Blue Flower


From Arikamedu to the Foundation of Modern Pondicherry

by J.B.P. More

Saindhavy publication, 2014, 232 p.

 

Voici un livre en langue anglaise sur Pondichéry qui est  le bienvenu dans cette époque où la ville est de plus en plus attractive, non seulement pour les étrangers qui y font des séjours renouvelés chaque année, mais aussi, et le phénomène est remarquable, pour les Indiens eux-mêmes qui viennent y passer volontiers week-ends et vacances. Ces touristes, en provenance de tous les coins de l'Inde, Bangalore, Hyderabad, Delhi et, bien entendu Chennai viennent chercher ce quelque chose d'indéfinissable qui fait le charme de Pondichéry.

J.B.P. More nous invite à une rapide et intéressante visite de l'histoire de ces lieux avant l'installation de la Compagnie française des Indes Orientales en 1674 et de l'impulsion que François Martin, le premier gouverneur, allait donner à la fondation de la ville avec le concours de commerçants et d'hommes d'affaires qu'il avait incité à venir de San Thomé (Chennai) pour s'installer à Pondichéry et y prospérer sous la protection de la Compagnie. Cette installation s'était faite à la demande, un an plus tôt, de Sher Khan Lodi, gouverneur de la région, qui estimait de bonne politique d'introduire une concurrence commerciale supplémentaire aux Néerlandais et aux Britanniques déjà présents dans la contrée.

A l'heure actuelle, on a tendance à confondre Pondichéry, la ville, avec Pondichéry, le territoire qui s'étend de façon discontinue de Kalapet à l'entrée de Cuddalore et du Golfe du Bengale à la région au-delà du Grand Etang. L'auteur fait justement remarquer que, avant le dix-septième siècle, l'histoire de ce petit territoire n'avait pas pour centre la ville que nous connaissons et qui n'existait alors que sous la forme d'un village d'artisans tisserands.

Pour reconstituer l'ancienne histoire des lieux, on dispose de deux sources essentielles : l'archéologie et les écrits des voyageurs étrangers, car peu de documents locaux n'ont résisté à l'épreuve du temps et du climat. En revanche, les fouilles archéologiques, les monuments et les écrits arabes et chinois permettent de dévoiler un passé que l'on peut maintenant reconstituer.

Une très ancienne présence humaine est attestée par de somptueux sarcophages de Suttukeni que l'on peut contempler au musée de Chennai et même au musée Guimet. Les relations commerciales avec la Rome antique sont attestées par les découvertes faites à Arikamedu (Virapatnam, près d'Ariankupam). Ces découvertes avaient enflammé l'imagination du chercheur qu'était le professeur Jouveau-Dubreuil et qui avait identifié Pondichéry avec la Poudouké des Grecs. C'était certainement aller un peu vite en matière de déduction, d'autant plus qu'à cette époque, Arikamedu avait une existence plus attestée que celle de Pondichéry. Ce qui est certain, en revanche, c'est l'installation portuaire d'une certaine importance que l'archéologue Casal mit en lumière en 1947.

Parmi les monuments légués par le Moyen-Age de l'époque des Pallavas, le temple de Bahour est le témoin de l'ancien siège d'une espèce d'université au rayonnement intellectuel et spirituel considérable alors que la ville de Pondichéry était sans doute un village sans grande importance et qui devait paraître assez éloigné (15 km !).

En ce qui concerne les temples, le nombre de ceux qui méritent une visite est considérable pour un territoire aussi peu étendu. Celui de Villiyanour est le plus connu, mais il y en a beaucoup d'autres et l'auteur en fait l'histoire en nous les présentant.

Mais l'année précédant la disparition de François Martin (1706), un événement dû à une tentative de prise de contrôle d'une congrégation religieuse sur le comptoir allait déclencher une réaction de la population que rapporte l'auteur : cette affaire allait avoir des conséquences sur la gestion de l'Etablissement pendant près de 20 ans. Ces faits sont rappelés par l'auteur et méritent d'être connus. Le CIDIF avait reproduit l'œuvre (épuisée) qui traite de cette affaire[1].

Ce livre s'achève à l'orée du XVIIIe siècle où les documents abondent, autant de la part des Occidentaux que des Pondichériens qui ont pris une part importante dans la vie de la ville, comme Ananda Rangapillai, ou dans son apport sur la connaissance de la civilisation indienne, comme Maridas Poullé.

L'illustration photographique de qualité qui accompagne cette œuvre est une invite à revoir (ou à voir) le musée de Pondichéry et à visiter tous les monuments du Territoire. On se prend à rêver devant autant de ressources dans cet ancien comptoir sur l'organisation possible de visites dont l'intérêt culturel est manifeste et qui auraient certainement un grand succès, à condition d'avoir des guides anglophones ou francophones.

Les références de chacun des chapitres et la bibliographie générale qui termine le livre sont une mine de renseignements considérable sur Pondichéry et son histoire. Un plaisir pour ceux et celles, de plus en plus nombreux, qui viennent goûter ce quelque chose d'indéfinissable qui fait le charme des lieux.

 

          Roland Bouchet, La Lettre du CIDIF le 17 février 2014.


[1] Voir dans la section La Lettre du CIDIF n° 28-29 d'octobre 2003 : Les Jésuites à Pondichéry et l'affaire Naniapa, par Paul Olagnier

 

 

 

Il est possible de se procurer ce livre  en Inde  à Higginbothams, Pondichery et auprès de Munshiram Manoharlal Publishers, New Delhi.

En France, prendre contact avec l'auteur par courriel :

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