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Swami Karpatri, Symboles du monothéisme hindou, Le linga et la déesse, traduit de l’hindi et du sanskrit par Jean-Louis Gabin et Gianni Pellegrini. Cerf, avril 2013, 374 pp.

 

Avec cet ouvrage, Jean-Louis Gabin tient la promesse qu’il avait faite dans son dernier livre, L’hindouisme traditionnel et l’interprétation d’Alain Daniélou, de publier les textes de Swami Karpatri pour preuve des dérives de transmission par Alain Daniélou de la pensée de celui qui était considéré comme le grand maître de l’hindouisme. Nous avions prévu que ce livre devrait faire beaucoup de bruit[1] et nous n’avons pas été démenti, puisque nous-même avons reçu le reproche véhément d’avoir fait une recension d’une œuvre qui n’en méritait pas ! Des critiques ont été formulées avec un vocabulaire plus près de celui des procès des purges de l’ère stalinienne que de la contestation des faits et des écrits que Jean-Louis Gabin mettait en lumière. On trouvera ci-dessous des exemples de ces « exécutions » intellectuelles, avec des douceurs d’expression qui relèvent plus de la mauvaise foi et de l’insulte que de l’analyse et de la controverse[2].

Le nouveau livre, Symboles du monothéisme hindou, devrait permettre une discussion apaisée sur les problèmes factuels en question et sur les problèmes métaphysiques traités, domaine dont la compréhension et la discussion sont manifestement réservées aux spécialistes et aux adeptes.

Les textes de Swami Karpatri sont présentés ici en hindi, précédés de leur traduction en français effectuée par Jean-Louis Gabin et par Giani Pellegrini, maître en indologie reconnu et apprécié aussi bien en Inde qu’en Europe. Cette traduction abonde en notes et remarques qui permettent d’éclairer le lecteur sur des notions qui ne lui seraient pas familières. Giani Pellegrini fait précéder la traduction d’un exposé sur la doctrine de Swami Karpatri. On y rencontre tous les concepts métaphysiques liés à la « non-dualité » et leur jeu dans une logique certainement rigoureuse, mais quelquefois difficile à suivre pour le non initié. Une introduction de l’ouvrage établie par Jean-Louis Gabin rappelle les positions doctrinales du Swami avec leurs incidences sur la vie politique de son pays nouvellement indépendant et revient sur la « mésinterprétation » des traductions d’Alain Daniélou.

Enfin, une préface de l’un des grands “sages“ de l’hindouisme traditionnel, Swami Sri Svarupananda Sarasvati atteste qu’il a découvert les falsifications d’Alain Daniélou grâce aux travaux de Jean-Louis Gabin dont il salue l’action par ces mots : « Jean-Louis Gabin a exposé cette falsification devant nos yeux et a rétabli la vérité. Celui qui jette de la poussière pour souiller le soleil retrouve la poussière sur son propre visage ; cela n’affecte en rien le soleil. Nous remercions Jean-Louis Gabin qui, ayant fait l’effort d’apprendre le hindi, a rendu cette publication possible ».

Sans prendre position sur les questions métaphysiques dont nous sommes innocent, ni sur l’orthodoxie ou l’hétérodoxie de telle ou telle secte, ni sur les orientations politiques originelles du Rama Rajya Prasad qui ne semble pas avoir aujourd’hui une activité nationale, nous avons apprécié une œuvre qui est l’accomplissement d’une promesse de Jean-Louis Gabin.

 

Roland Bouchet, La Lettre du Cidif le 26 avril 2013.

 


[1] Jean-Louis Gabin, L’hindouisme traditionnel et l’interprétation d’Alain Daniélou, Les Éditions du Cerf, 2010. Voir le compte rendu que nous avions établi en cliquant ici.

 [2] Voir les remarques suscitées par la recension de l’hebdomadaire Le Point du 24 juin 2010 en cliquant sur l’adresse suivante : Recension du Point