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UNE VISION DE L’INDE

Pavan K. Varma

Devenir indien. La révolution inachevée de la culture et de l’identité

 

La recension du livre de Pavan K. Varma vient d’être publiée sur le site du CIDIF. Il nous relate longuement le traumatisme subi par les Indiens du temps de la colonisation. Il est impensable de présenter ici une critique d’ensemble tant les questions sont nombreuses. Deux sujets ont retenu mon attention. Tout d’abord, la religion est pour l’Inde un élément important, écrit M. Varma. Nous savons que ce n’est pas le cas en France. Après avoir fait état d’une Inde plurielle , M. Varma écrit en page 266:

 « En France, par constrate, le port du turban pour les enfants sikhs et celui du voile par les jeunes musulmanes sont interdits à l’école du fait de la proscription par l’Etat de tout symbole visible d’affiliation à une religion. En revanche, le port de la croix est autorisé » 

Or, le port d’une croix visible n’est pas autorisé. Ensuite, ce sont les tenues vestimentaires indiquant l’appartenance à une religion qui sont mises en cause. L’école française souhaite placer tous les enfants sur un pied d’égalité. La laïcisation va si loin que les crèches au moment de Noël sont interdites sur les lieux publics. Dans le même temps, à Pondichéry, il y a de nombreuses crèches dans des endroits aussi improbables que les hôtels, avec des figurines du passé ressemblant étrangement à ceux du temps de la colonisation.

Ensuite, M. Varma préconise le hindi comme langue nationale. Voici ce qu’il écrit à propos du tamoul :

« Les protestations violentes contre l’imposition du hindi qui ont éclaté au milieu des années 1960, les plus virulentes dans le Sud, au Tamil Nadu (où la majorité de la population parlait le tamoul), auraient sans doute pu être évitées, pour peu que, dès le départ, on ait fait preuve d’un peu d’insistance alliée à de l’imagination. Les cyniques pourraient même faire valoir que le durcissement des positions entre partisans et adversaires du hindi arrangeait bien le petit mais puissant groupe qui n’avait jamais été convaincu de la nécessité de remplacer l’anglais. »

M. Varma oublie d’abord que l’anglais, ou plutôt l’américain, est devenu une langue internationale. Il ne se rend pas non plus compte de l’attachement de chaque région à sa propre langue. Si « le hindi a derrière lui des siècles d’histoire et dispose d’un lexique élaboré et étendu », il en est de même pour le tamoul (et d’autres langues du sous-continent indien) qui est bien plus ancien que le hindi. Comment l’auteur de ce livre a-t-il pu imaginer que les Tamouls se sépareraient aussi facilement de leur langue ? Dans le Tamil Nadu, des efforts sont faits pour introduire le hindi comme langue de communication, un hindi simple. Mais ce sera sur le long terme à moins que prenne le dessus ce mélange de tamoul et d’anglais qui va s’amplifiant pendant que le hindi fait de même. Peut-être  y aura-t-il un jour une nouvelle langue issue de toutes les langues indiennes ? Vouloir dès à présent une langue nationale relève d’un défi difficile à imaginer.

 Le pauvre Macauley qui, pour l’auteur, est à l’origine de tous les maux actuels de l’Inde parce qu’il a rendu l’apprentissage de l’anglais obligatoire, ne souhaitait pas que les Indiens s’emparent de la culture anglaise. Il voulait juste ce qu’il fallait pour avoir de bons petits soldats prêts à servir les intérêts britanniques dans les Indes. Est-ce une faute de la part des Indiens cultivés d’avoir su apprécier la richesse de la littérature anglaise  du XIXème siècle qui ouvre sur tous les horizons du monde ?

Peut-on être à présent maître de populations aussi diverses que celles qui composent la nation Inde qui, il ne faut pas l’oublier, n’existe que depuis 1947 ? La nation indienne est une jeune nation qui doit faire ses preuves encore longtemps avant que tous les habitants du sous-continent adoptent l’identité indienne qui n’est représentée pour le moment que par un passeport. Il y a tant de problèmes à résoudre, ne serait-ce que celui des castes à ne pas confondre avec les classes sociales. La pérennité de la nation, n’est pas liée à la seule langue. C’est avant tout la volonté de vivre ensemble.

 

 Jacqueline Lernie-Bouchet, le 11 février 2012.