Blue Flower

 

                                    

 

Trois femmes — trois continents — trois vies différentes. La chevelure les relie toutes et c’est l’essence même de ce roman de plage, publié en 2017.

Les cheveux d’une femme indienne qui sont partis de Tirupati, le site de temple bien connu en Inde, arrivés à Palerme, en Italie, où, avec l’aide des mains habiles d’une femme italienne, ils sont devenus la perruque dans son entreprise familiale. Et de là, elle est finalement parvenue à Montréal, au Canada, pour couvrir la tête d’une avocate qui avait perdu ses cheveux à la suite d’un cancer.   En bref, disons que c’est une histoire de cheveux nés en Inde, nourris en Italie et adoptés au Canada.

C’est ainsi que nous découvrons trois femmes de trois continents aux vies sociales totalement opposées. La première est originaire du village de Bhâgalpur, dans l’État indien de l’Uttar Pradesh, qui s’appelle Smita. La seconde, Giulia (Julia), est une Sicilienne de Palerme en Italie. La troisième, Sarah, est une avocate de Montréal, au Canada. L’auteur envoie la chevelure des femmes Dalits indiennes au bon moment, pour sauver les deux autres femmes de la chute tant morale qu’économique. Mais, ironiquement, les cheveux sacrifiés n’ont rien apporté à la vie de leurs anciens propriétaires, si ce n’est la satisfaction de pouvoir les offrir à leur dieu Vishnu, «avec un sentiment nouveau, presque exaltant (à ses pieds, ses vieux cheveux, une petite pile noire de jais, comme un reste d’elle-même, un souvenir déjà.  Son âme et son corps sont purs. Elle se sent apaisée. Bénie. Protégée).

Compte tenu des différences géographiques, sociales et culturelles entre les trois femmes, l’auteur a l’occasion d’en dire long sur leur condition et leur environnement. Parmi les trois femmes choisies, le choix d’une femme canadienne est simple, toute femme moderne du monde peut la remplacer : “Mère, cadre, working girl, IT -Girl, Wonder-woman, autant d’étiquettes que de magazines féminins collent sur le dos des femmes qui lui ressemblent”. Concernant la deuxième femme, Giulia (Julia), elle est le personnage le plus précis puisque sa famille vit de la cascatura (fabrication de perruques à partir de cheveux exclusivement italiens), comme l’exige le roman.

Enfin, ce qui nous intrigue le plus, c’est le choix de la troisième femme : Smita, une Dalit, intouchable du nord de l’Inde, pour offrir sa chevelure aux autres. Il est vrai que chaque jour en Inde, des milliers de personnes parmi les plus pauvres se rendent à Tirupathi pour offrir au Seigneur Vekateshwara la seule propriété qu’elles possèdent, leurs cheveux. Cependant, parmi les plus pauvres, l’auteur préfère choisir une femme intouchable, comme par hasard Smita choisit Bénarès pour aller à Tirupati, avec son maigre argent volé dans la maison d’un brahmane avant de s’enfuir du village. La raison est simple, ce sont des choix qui permettent à l’auteur de parler longuement des choses négatives sur l’Inde qu’elle a lues et collectées ici et là, alors que, lorsqu’il s’agit du Canada ou de l’Italie, l’auteur sait habilement éviter l’influence malsaine.

Selon les mots de l’auteur, les femmes intouchables comme Smita doivent descendre l’allée avec leur visage caché sous un foulard; elles doivent signaler leur présence dans le village en portant une plume de corbeau; elles ramassent la merde des autres à mains nues, toute la journée, si elles voulaient envoyer leurs filles, les dernières seraient  battues et renvoyées de l’école… etc., etc.

Cette description utilisée serait plus ou moins la même que si l'on généralisait la condition des Parisiens en prenant en compte la vie des pauvres sans-abris qui vivent sous les ponts de la banlieue parisienne. Et il est également erroné de comparer la vie et les caractères des "Misérables" à la France du XXIe siècle.

Si l’on accepte le destin tracé par l’auteur, Smita, la femme Dalit du sous-continent indien, est condamnée à continuer sa vie telle qu’elle est, alors que les femmes des autres continents ont suffisamment d’esprit pour se sortir d’une situation difficile.

Nous ne pouvons pas dire que tout ce que dit l’auteur est faux, en même temps, on ne peut pas généraliser cette condition de Dalit en Inde, surtout quand un Dalit est le Président de l’Inde.   

 

Krishna Nagarathinam

 


La Tresse
 (roman), Paris, Grasset, 2017 (Livre de Poche 2018)