Blue Flower

 

David Annoussamy, La culture tamoule, Éditions Kailash, 11/12/2016

 

 

 

Les livres de David Annoussamy sont toujours agréables à la lecture et donnent le sentiment au lecteur d’avoir appris et compris beaucoup sur le sujet traité. C’est encore le cas avec La culture tamoule parue en décembre 2016 et qui devrait être très prochainement disponible en librairie.

 

Le projet de l’auteur est à la fois simple et ambitieux : faire connaître le fait tamoul dans le monde d’aujourd’hui.

 

Partie intégrante de la culture indienne, la culture tamoule présente un particularisme très marqué, d’abord par son ancienneté, les joutes littéraires des Sangam existaient aux siècles précédant l’ère chrétienne, et ensuite par la vigueur de ses institutions, les différentes dynasties Chola, Pandya et Pallava qui, du nord au sud du golfe du Bengale et au-delà des mers, ont su installer leur autorité et marquer leur présence par la construction de monuments dont beaucoup sont maintenant classés au patrimoine mondial de l’Unesco.

 

L’auteur nous présente et nous explique le monde tamoul d’aujourd’hui dans tous ses aspects et d’abord dans ses relations avec le temps. Et le charme du livre opère immédiatement. Nous apprenons que le calendrier solaire est un peu en décalage avec celui que l’on connaît en Occident, mais surtout que toutes les heures de la journée n’ont pas la même valeur ni les mêmes qualités, certaines sont néfastes, d’autres fastes et qu’il importe donc de savoir à quel moment il convient d’entreprendre ou de faire des choses importantes, comme engager une affaire immobilière ou célébrer un mariage.

 

Entré dans le monde tamoul par le temps, nous continuons notre voyage en explorant la pensée religieuse et la vie religieuse que l’auteur distingue à juste raison. La journée est ponctuée de gestes rituels aussi bien à la maison qu’aux différents temples de la localité. Ces comportements sont purement personnels et ne sont pas imposés par une religion qui ne comporte ni dogmes ni de véritables commandements. Religion peu contraignante, mais très forte religiosité qui se manifeste dans toutes les relations, que ce soit avec les dieux, avec les membres de la famille ou dans les nombreuses fêtes collectives qui jalonnent les différents moments de l’année.

 

Ce sentiment religieux se double ou se prolonge de tout un ensemble de croyances qui touchent  à la superstition, aux astres, à la numérologie, aux horoscopes, aux présages et auxquels chacun attache plus ou moins d’importance mais qui suscitent des professions à part entière : tout projet de mariage donne lieu à l’examen des horoscopes des futurs époux par un homme de l’art.

 

 L’exploration de la vie familiale et du système de castes complète cette introduction à la connaissance de l’être tamoul. Organisation de la famille et fonctionnement du système des castes subissent les contrecoups de la vie moderne mais sont encore suffisamment prégnants pour garder, sans doute pour de nombreuses années encore, leurs caractéristiques.

 

Il y a une  vie de société qui repose sur un ensemble de principes éthiques qu’une longue histoire littéraire a nourri, faite de bon sens et d’une profonde humanité, plus qu’humaine pourrait-on dire puisqu’elle s’étend à tout le monde vivant. Certains moralistes estiment que « le ventre du consommateur de viande est le cimetière des êtres vivants ! Celui qui élève des bêtes dans le but de les tuer et les mangers est un pécheur sans nom. C’est l’abus de confiance d’une suprême gravité ».

 

Religiosité, éthique, organisation familiale, contrats sont les éléments constitutifs des affaires que peut connaître la justice, qui doit leur trouver une solution équitable. Il est très intéressant de constater que les Tamouls n’ont jamais eu un corpus juridique sinon sous la période coloniale qui a voulu leur en donner un par une erreur totale d’appréciation de la situation. « Si les Tamouls n’ont pas donné une forme écrite à leur loi, ce n’est pas par incapacité mais par volonté délibérée … Une loi, dès qu’elle est écrite, tend à échapper au peuple. Un groupe de personnes spécialisées fait son apparition pour dire au peuple en quoi consiste la loi. ».

 

Pratiquement tous les aspects de la culture tamoule donnent lieu à analyse, de la médecine aux arts, à la littérature, à la musique, à la danse, au théâtre et au cinéma. Chaque chapitre est écrit de façon à être lu ou relu sans nécessairement revenir sur les sections antérieures.

 

D’où vient le plaisir que suscite la lecture de ce livre ? C’est l’auteur lui-même qui nous en donne l’explication en faisant l’éloge de la vertu de la parole dans son exposé sur les principes éthiques :

 

« Les moralistes accordent une grande importance à la parole. Ils prennent grand soin d’indiquer les règles du bon langage : tenir compte du lieu, de l’assistance, ne pas débiter trop vite, ne pas répéter, pas trop développer, s’abstenir de dire des faussetés, s’exprimer de façon concise. La meilleure façon de parler c’est de parler avec naturel sans jamais forcer son talent. Toute affectation produit de mauvais résultats ».

 

David Annoussamy applique à l’écrit ce que les moralistes recommandaient à l’orateur et participe ainsi à la culture tamoule qu’il connaît si bien et qu’il veut faire connaître à tout un public francophone qui vient et revient avec plaisir sur la côte Coromandel.

Pondichériens d’origine ou d’élection, avant le voyage périodique sur la Baie du Bengale et avant l’acquisition de tout autre guide, emportons, lisons et relisons ce livre : celui-ci nous ouvre vraiment les portes du monde tamoul que l’auteur aime tant et sait nous faire aimer.

 

Roland Bouchet, La Lettre du CIDIF janvier 2017.

 

 

PS-1 Vigueur de la culture tamoule. Au moment où nous rendions compte de ce livre, un événement a fait grand bruit en Inde et a même fait l’objet d’échos dans la presse internationale. Le gouvernement central avait, cette année, fait droit à une injonction de la Cour Suprême en interdisant le jallikattu, jeu spectaculaire de « maîtrise des taureaux » qui clôt les grandes festivités du Pongal au mois de janvier. Devant cette interdiction, le Tamil Nadu est devenu plus qu’effervescent. Des quasi-émeutes ont eu lieu et même un Bandh (arrêt de toute vie commerçante, scolaire et de services pendant une journée entière) a été proclamé et suivi à la lettre. Le gouvernement central est revenu sur sa décision et le jallikattu a pu se dérouler dans les agglomérations qui le désiraient. 

Détail piquant : la décision du gouvernement central avait été prise, certes après une injonction de la Cour Suprême, mais celle-ci avait, semble-t-il, pris en compte une plainte d’association non tamoule de lutte contre la cruauté envers les animaux. Or les seules victimes de ce jeu (dont l’existence est attestée depuis 4000 ans) sont des humains : des jeunes gens volontaires qui sont blessés parfois mortellement.

Cet incident avec le gouvernement central a ravivé, pendant quelques jours, les ressentiments d’incompréhension entre le nord et le sud. De culturel, le froissement avait tendance à devenir politique.

 

 

 

 

PS-2 Les lecteurs du CIDIF connaissent M. David Annoussamy depuis de nombreuses années. Pour retrouver les différents articles de l’auteur, cliquer sur le lien SITE CIDIF et taper David Annoussami dans la zone « RECHERCHE »

 

 

Pour consulter les recensions de ses divers ouvrages, utiliser les liens suivants.

La littérature tamoule, un trésor inconnu, un livre de David Annoussamy

Le droit indien en marche (Vol.1), de David Annoussamy,

Le droit indien en marche (2), par David Annoussamy,

L'intermède français en Inde, de David Annoussamy