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ÉDITORIAL

 

Ce numéro de notre Lettre marque une étape importante dans la vie de notre association car ce sera sans doute le dernier sous la forme imprimée que nous produisons depuis plus de vingt ans.

Il y a juste deux ans, en effet, était ouvert le site internet du CIDIF qui reçoit quotidiennement les informations concernant l’actualité indienne ou les relations entre l’Inde et la France ou l’Europe. Ce site enregistre, au plus près du moment de leur apparition, les articles que l’édition sur papier ne reprend qu’avec retard. Un certain nombre d’entre vous n’utilise pas ou pas encore l’internet. Nous voudrions les inciter à “franchir le pas“ pour maintenir un lien que nous avons tissé au cours de toutes ces années. Quoi qu’il en soit, ce changement de technique va conduire à modifier les conditions d’adhésion à notre association et notre conseil d’administration présentera des propositions dans ce sens à notre prochaine assemblée générale.

Ce numéro est donc une occasion pour faire le point sur  nos activités et sur leur évolution depuis le mois de juin 1989.

L’idée de départ était de recueillir la mémoire des relations entre la France et les Indes, puis l’Inde, depuis plus de trois siècles, cette histoire mal connue souvent même de ceux de nos compatriotes originaires des anciens comptoirs et qui vivent dans l’Hexagone tout en gardant des liens familiaux et sentimentaux avec cette terre de moins en moins lointaine grâce aux moyens modernes de communication et de transport. Dans ce domaine, la Lettre du CIDIF a, semble-t-il, bien rempli son objectif. Il n’est que de consulter les sommaires des Lettres pour constater l’ampleur de la documentation qui a été réunie sur ces trois derniers siècles. Ce que nous n’avions pas prévu, en revanche, c’est la quantité et la qualité des travaux universitaires que cette période a suscitées et suscite encore chez nos jeunes chercheurs.  Avec l’appui indéfectible de Jacques Weber, la Lettre a su faire une large place à ces travaux.

Un autre objectif poursuivi était celui de favoriser les relations humaines et institutionnelles entre la France et l’Inde. Cela commence d’abord par la connaissance que nous pouvons avoir de l’autre pays, au-delà des clichés souvent réducteurs et presque toujours dangereusement paresseux. C’est ainsi qu’au cours des deux dernières décades, l’Inde est passée du statut de “pays en voie de développement“ à celui de “pays émergent“. Avec un taux de croissance annuel de l’ordre de plus de 9% et un dynamisme démographique qui en fera le pays le plus peuplé du monde en 2030, le regard sur ce pays a changé. D’un cliché, on risque facilement de passer à un autre : paradigme de la pauvreté et de la misère hier, les médias en font bien vite un modèle de croissance et de richesse. Les choses ne sont jamais aussi simples et, si les atouts du pays sont incontestables, les défis auxquels il est confronté sont d’une ampleur inouïe : le manque d’infrastructures, la gestion de l’eau, les relations avec ses voisins, Pakistan et Chine, les tensions au Cachemire et dans les Territoires de l’est, les disparités sociales entre les zones urbaines et les campagnes, la guérilla naxalite, la corruption, autant de problèmes qui paraissent d’autant plus difficiles à résoudre qu’il faut le faire dans un cadre démocratique et semi-fédéral qui n’est pas lui-même exempt de faiblesses. Tous ces problèmes ont été évoqués dans la Lettre, et le sont, depuis deux ans, pratiquement de façon quotidienne sur le site. Depuis dix ans, les chroniques indiennes de David Annoussamy savent ausculter les changements importants de la société en analysant, de façon claire et percutante, les modifications fréquentes de la constitution et les arrêts phares de la Cour suprême. Ces chroniques sont une mine de renseignements pour comprendre l’évolution de l’Inde telle qu’elle se déroule sous les yeux des contemporains.

Cette connaissance de l’Inde, c’est aussi celle de sa littérature. L’explosion du nombre d’auteurs indiens de l’une des langues du pays ou de langue anglaise a permis à des talents véritables d’avoir une audience internationale. Le succès de ces auteurs a donné lieu à une manifestation à Paris, que nous avons suivie en 2002, Les Belles Étrangères, et dont nous avons rendu compte dans le numéro de 2003. Les notes de lecture de la Lettre ont essayé de faire connaître et faire apprécier des auteurs qui ont pris toute leur place dans la littérature mondiale.

Tous ces éléments historiques, culturels, économiques peuvent maintenant être consultés par internet sur le site du CIDIF. Les sommaires des Lettres, que nous publions à la fin de ce numéro, montrent l’ampleur des secteurs que nous avons voulu couvrir. Les années qui passent n’ont pas atténué l’intérêt de lire ou de relire la plupart de ces articles. Ce site constitue donc une bibliothèque que chacun ou chacune peut visiter à tout moment.

Le site, qui recueille les Lettres à présent toutes publiées,  comprend trois autres sections :

la rubrique "Livres et publications", ouverte depuis le 2 avril 2009, est destinée à recevoir des notes de lecture et des analyses d’œuvres susceptibles d'intéresser les lecteurs de la Lettre du CIDIF. Ces notes ont été incorporées à la Lettre de l'année ;

- la rubrique "Essais", ouverte depuis le 30 mai 2009, a reçu les articles qui avaient vocation à paraître dans la Lettre du CIDIF de l'année.

la rubrique "Actualité", où nous enregistrons au jour le jour les messages et les articles de presse qui, auparavant, paraissaient dans la Lettre, la plupart du temps sous forme de photocopie, avec un retard qui lui enlevait souvent l’intérêt et la fraîcheur du “vient de paraître“.

Quelle que soit la rubrique concernée, les correspondants sont informés immédiatement de l’enregistrement des différents articles par un courriel. Chacun peut donc soit consulter immédiatement ou plus tard l’information ou même l’ignorer si cela ne correspond pas à son intérêt. De toute façon, la mémoire des ordinateurs individuels n’est jamais surchargée par les envois, qui ne sont que des “renvois“ sur le site.

Si la Lettre tient une place importante dans l’activité de l’association, l’action en faveur de la francophonie en Inde a toujours été l’un des objectifs prioritaires du CIDIF. Après l’intermède français qu’a si bien exposé David Annoussamy, la présence francophone en Inde n’a rien à voir avec la quelconque nostalgie d’une histoire passée mais bien avec la volonté et les efforts communs de deux pays qui recherchent les moyens d’une collaboration économique et culturelle. On sait que l’anglais est pratiquement devenue la langue « commune » de l’enseignement supérieur en Inde, mais aussi un moyen de communication dans ce pays qui comporte 16 langues principales. Aussi, dans ces conditions, le fait que la langue française arrive au premier rang des langues étrangères demandées dans les établissements d’enseignement est un signe particulièrement encourageant. Des accords passés entre plusieurs universités françaises et indiennes pour la création de diplômes à « double sceau », avec semestres universitaires pouvant être suivis dans l’un ou l’autre pays, ont commencé à entrer en fonction.

Toujours dans le même domaine de la francophonie, notre association a tenu à favoriser la création au Lycée français de Pondichéry d’une filière scientifique d’excellence ouverte à tous les élèves quelle que soit leur nationalité. Nous avons trouvé une écoute favorable auprès des autorités politiques et de l’Agence pour l’enseignement du français à l’étranger qui a doté le lycée des moyens nécessaires pour la réalisation du projet tant sur le plan des personnels que sur le plan matériel. Les deux premières années de fonctionnement se sont traduites par un recrutement significatif. La nouvelle section concerne maintenant les classes de troisième et de seconde. À la prochaine rentrée la section comprendra aussi la classe de première et, dans un peu plus d’un an, atteindra sa pleine expansion avec la terminale.

Cette opération s’est déroulée dans d’excellentes conditions avec notamment le parrainage actif du Lycée Louis-le-Grand de Paris. Dès cette deuxième année, le lycée français de Pondichéry a bénéficié d’une “lisibilité“ dans le secteur de l’enseignement dans l’Inde qu’il n’avait manifestement pas jusqu’à présent. De “franco-français“, l’établissement tend à prendre une stature d’établissement international. À la fin du premier cycle complet de la section, dans moins de deux ans, le projet donnera ses premiers résultats. Les tests à mi-parcours sont plus qu’encourageants et les perspectives d’accueil dans les classes préparatoires en France sont un autre gage de réussite. Enfin, la décision pratiquement entérinée d’accorder aux doctorants étrangers en France la possibilité d’avoir un emploi, jusqu’à 20 heures par semaine, facilitera l’accès à l’enseignement supérieur. Dans ce contexte, il est certain que la section d’excellence du lycée de Pondichéry devrait contribuer, par l’apprentissage du français, à cet échange souhaité entre les élites intellectuelles de nos deux pays.

 

Après 22 ans d’existence, notre association peut prendre la mesure du travail effectué que la confiance toujours renouvelée de ses membres a rendu possible. Elle voit que le domaine qu’elle s’était assignée au départ s’ouvre, à l’époque de la mondialisation, sur des secteurs d’échanges de plus en plus larges et de plus en plus nombreux. Il est heureux de constater que la réflexion et l’action sont toujours d’actualité dans ce qui justifiait notre création. Nous continuons et, comme chaque année, nous souhaitons qu’une relève apporte un sang neuf à la poursuite de notre entreprise.

Que cette nouvelle année apporte à chacun et chacune d’entre vous des satisfactions de toutes sortes et de vrais moments de bonheur.