Blue Flower


 

Les Etablissements français en Inde

par David Annoussamy

 

 

Installation

 

Au milieu du 16ème siècle les Portugais ont trouvé qu’il y avait une bonne rade foraine au niveau où la route de Gingy à la mer rejoignait la route côtière du sud de l’Inde. Derrière les dunes, il y avait un hameau de pêcheurs, puis un vallon appelé Pallam. Derrière le vallon il y avait une ville ancienne, Pallatour, avec temples et étangs. Le temple le plus important datait de l’époque chola ; il se situait à peu près au milieu de l’actuelle ville de Pondichéry.

Les Portugais voulaient installer un comptoir commercial à hauteur de la rade. De son côté, le prince de Gingy, dont relevait alors la localité, était désireux de voir les Européens y fonder un établissement commercial qui fournirait un important débouché à l’industrie textile alors florissante. Le comptoir fut donc installé entre les dunes et le vallon ; il se développa rapidement et se peupla d’artisans. Il reçut alors le nom de Poudou-séry, signifiant agglomération nouvelle dans la terminologie tamoule de l’époque. Les Portugais ont transcrit ce nom en Pudicheira, qu’on peut trouver dans les cartes de l’époque.

 Les Portugais ayant choisi le mauvais parti dans la succession du prince de Gingy durent quitter. Les Hollandais et les Danois qui se sont installés par la suite quittèrent également à cause des guerres européennes et locales. La place était libre.

En 1670, les Français, déjà installés à Masulipatnam (en Andhra Pradesh) furent invités par Chir Khan Lodi, au nom du sultan de Bijapour, à ouvrir une loge commerciale à Poudou-séry, qui était alors sous la dépendance des Mogols. Bellanger de Lespinay vint prendre possession de Poudou-séry en 1673 au nom de la Compagnie. François Martin le suivit et se consacra au développement du comptoir qui fut baptisé Pondichéry par les Français. En 1688 il obtient l’autorisation de faire le commerce à Karikal, ville ancienne du delta de Cavéry. En 1690 est fondé le comptoir de Chandernagor. En1721 les Français obtiennent la cession d’un terrain à l’embouchure de la rivière de Mahé avec droit d’avoir une garnison. En 1731 un comptoir est créé à Yanaon.       .

Assurés de l’appui de Gingy, les Hollandais débarquèrent à Pondichéry avec des forces importantes, le 25 août 1693. Le comptoir français, mal fortifié et disposant de peu d’hommes, capitula le 7 septembre. Les Hollandais lui donnèrent le nom de Poelesera. Le prince de Gingy sans cesse en guerre, pour faire face à ses besoins d’argent, vendit aux Hollandais le comptoir et en plus la ville qui était de l’autre côté du vallon et les terres en dépendant. Ils en restèrent maîtres jusqu’en1699. Ils ont effectué beaucoup de travaux ; ils ont conçu le projet d’une grande ville sous forme ovale, englobant la ville ancienne de Pallatour, forme qui est restée. Le nom de Poudou-séry a été étendu au nouvel ensemble. Le nom de l’ancienne ville s’est estompé. Cependant au milieu du 20ème siècle on continuait encore à appeler Pallam certaines parties de l’ancien vallon.

 Les Hollandais furent cependant obligés de rendre leur acquisition à la France à la suite du traité de Ryswick, moyennant le remboursement du prix qu’ils avaient payé au prince de Gingy. Le Poudou-séry agrandi par les Hollandais est devenu de ce fait propriété de la Compagnie et indirectement du roi de France.

Le commerce était le principal mobile de la Compagnie Royale des Indes orientales, fondée par l’édit d’août 1664. Mais les tentatives dans l’Inde et ailleurs ont montré qu’un appui militaire était souvent nécessaire. Aussi les légistes du 17ème siècle avaient-ils conçu la Compagnie comme un vassal du roi, avec droit d’avoir des établissements, des troupes, de faire la paix et la guerre. Mais ce devait être limité aux besoins de la protection du commerce et des cargaisons des navires.

Les princes indiens ont accordé la permission aux compagnies étrangéres de disposer de forces armées ; ils en vinrent même à solliciter leur aide militaire dans leurs luttes intestines. Les Européens se rendirent vite compte qu’avec leur supériorité de puissance de feu et leurs troupes bien entraînées et bien disciplinées, ils pouvaient triompher des forces indiennes de beaucoup supérieures en nombre. Ils commencèrent alors à faire leur propre choix des alliances pour asseoir leur suprématie.

 

Expansion manquée

 

Cette politique prend toute son ampleur avec Dupleix.  À partir de 1746 Pondichéry fut entraînée dans la tourmente des événements mondiaux et indiens. La guerre de la Succession d'Autriche déclarée le 15 mars 1744 fut le signal des hostilités entre la France et l’Angleterre en Inde. L’escadre française commandée par Mahé de La Bourdonnais conquit la ville de Madras le 16 septembre 1746. Madras resta entre les mains des Français et resta subordonnée à Pondichéry pendant 30 mois. Là-dessus survint le traité d’Aix-la-Chapelle aux termes duquel Madras fut rendu aux Anglais.

Par la suite pour les services militaires importants rendus à un camp des princes mogols, Dupleix reçoit au nom de la France trente aldées aux environs de Pondichéry, des terres autour de Mazulipatnam et Divy pouvant rapporter des revenus importants et aussi le contrôle de quelques places fortes comme Gingy, Alamparavai, etc. La France est sur le point de pouvoir contrôler tout le commerce de la région. L’ambition de Dupleix était de placer toute l’Inde méridionale sous la domination française.

Les vues de Dupleix étaient originales pour l’époque ; elles constituent les premiers linéaments de la politique coloniale européenne en Inde. Heureusement nous en avons un exposé complet et systématique dans son mémoire à la Compagnie daté du 16 octobre 1753, qui est un document du premier ordre pour qui se penche sur l’histoire coloniale française. L’idée maîtresse de Dupleix est qu’il faut soit l’exclusivité soit un revenu fixe pour pouvoir soutenir la concurrence avec succès. Or ce sont les guerres qui donnent des terres qui procurent des revenus fixes, soit par occupation soit par les dons des princes locaux qu’on aura aidés dans leurs entreprises militaires

En effet c’est une nouvelle politique que Dupleix veut instaurer et il demande à la Compagnie et au roi d’avaliser. Mais à Paris les esprits ne sont pas mûrs pour l’accepter d’emblée. Pourtant très vite elle fait son chemin dans les esprits et les événements vont contraindre la France à la prendre à son compte. En effet elle envoie par la suite plusieurs expéditions qui n’ont pas de succès décisifs. En 1763, avec le traité de Paris, c’est le triomphe de l’Angleterre dans les colonies. Les possessions françaises dans l’Inde sont réduites aux cinq comptoirs : Pondichéry, Karikal, Chandernagor, Mahé et Yanaon, plus huit loges sans importance. En 1776 le roi prend en charge l’administration directe des comptoirs. 

En résumé, au cours de la période qui va du milieu du 17ème siècle jusque vers la fin du 18ème siècle, l’évolution se fait de la manière suivante. Au début, les commerçants européens sont à la merci des caprices des princes indiens, puis victimes des guerres incessantes entre princes indiens et obligés d’assurer leur propre défense, ensuite auxiliaires recherchés des princes indiens en raison de leur supériorité militaire. Dans une deuxiéme phase ce sont les Européens qui prennent des initiatives pour régler le sort des princes indiens, et finalement éliminent l’autorité politique indienne. Tel est le chemin parcouru que ni les uns ni les autres n’ont entrevu au départ.

Dans ce parcours, il y avait deux concurrents, la France et l’Angleterre. Celle-ci l’a emporté. On a beaucoup épilogué en France sur les erreurs de son roi et de ses agents. Des défaillances individuelles, il y en a eu de l’autre côté de la Manche aussi. Les Anglais n’ont pas obtenu que des victoires. Au point de vue art militaire la France était certainement aussi avancée que l’Angleterre, sinon plus ; beaucoup de hauts faits d’armes l’ont démontré.

L’explication de la suprématie anglaise semble résider ailleurs. Celle-ci avait sacrifié son roi et déclaré les Droits de l’homme un siècle plus tôt ; elle a instauré un régime démocratique dans lequel triomphaient les intérêts de la bourgeoisie commerçante. De plus, l’Angleterre avait pris de l’avance dans les domaines vitaux d’une nation qui sustentent les opérations militaires : révolution agricole, essor démographique, découvertes techniques. Il y a aussi d’autres facteurs qui ont desservi la France dans l’Inde : l’ardeur religieuse des agents de Sa Majesté Très Chrétienne a aliéné les castes élevées de la population indienne alors que les Anglais sont restés très discrets sur le chapitre de la religion ; en dernier lieu la France engageait l’essentiel de ses forces dans les guerres européennes, alors que l’Angleterre n’avait pas le même enjeu en Europe.

 

Administration des Etablissements

 

       La France a donné aux comptoirs qui lui ont été concédés le nom de Etablissements français en Inde et les a administrés en essayant d’en tirer le meilleur parti possible. Elle a mis en train l’instruction à la française et développé des institutions démocratiques

Jusqu’à la Révolution, Européens et Indiens avaient vécu séparés les uns des autres. Bien qu’il y ait eu des relations individuelles étroites entre certains Français et Indiens, les rapports entre les deux communautés étaient restés distants : acheteurs-vendeurs, gouvernants-gouvernés, employeurs-employés, La Révolution a modifié les esprits ; les rapports changent et ce sont les Indiens qui en prennent l’initiative. Ils veulent être reconnus comme membres à part entière de la cité et recherchent une association avec les Français dans l’exercice du pouvoir accordé au peuple

Par la suite l’association progressive des habitants à ce pouvoir a créé des liens humains qui feront sentir leur effet sur la tournure des événements. L’histoire commune de près de trois siècles avec la participation des Indiens aux deux grandes guerres a créé des liens d’amitié entre les habitants des Etablissements et les Français. L’enseignement français a modelé l’esprit de l’élite locale.

        Après la deuxième grande guerre, la France se mit à considérer les colonies d’un oeil nouveau, car ces dernières l’avaient aidée de façon non négligeable à libérer son propre territoire des griffes de l’Allemagne. Le 7 Octobre 1946 fut votée une loi qui donnait aux colonies le nom de Territoires d’outre-mer. Elles font désormais partie intégrante de la République française au même titre que la métropole ; elles cessent d’être la propriété de la métropole en tant que colonies.

Le décret du 12 avril 1947 crée un conseil du gouvernement pour les Etablissements à la place du conseil privé du gouverneur. Ce nouveau conseil après quelques remaniements se composa du Commissaire de la République et de six conseillers élus par l’Assemblée représentative. Le gouverneur a chargé les membres du conseil de la responsabilité des services publics avec délégation de son autorité, pour diriger ces services avec l’assistance technique des chefs de service.

 

Transfert à l’Inde

 

Ainsi, quand l’Inde recouvre son indépendance le 15 août 1947, les Etablissements sont trés soudés sentimentalement et politiquement à la France. Et aussi trés soudés à l’Inde sentimentalement et culturellement.  Cette double appartenance était bien connue de la France ; elle a misé sur les sentiments pro- français quand elle a voulu prolonger un peu sa présence. Mais les autorités indiennes étaient complètement ignorantes de la réalité et ne pouvaient pas comprendre que les habitants des Etablissements puissent hésiter un seul instant à se fondre dans l’Inde..

        Quelques jours aprés l’indépendance de l’Inde, le 28 août 1947, la France et l’Inde par une déclaration conjointe ont exprimé leur désir de régler à l’amiable l’avenir des comptoirs. Le 6 octobre 1947, les 8 loges françaises furent remises à l’Inde sans formalité. Restaient les cinq comptoirs. Le ministre français de la France d’outre-mer fit le 18 juin 1948 une déclaration devant l’Assemblée nationale française selon laquelle le gouvernement allait accorder à la population des comptoirs le droit à l’auto-détermination. Cette décision fut acceptée par le gouvernement de l’Inde par un échange de courrier daté du 29 juin 1948.

Entre temps un fort mouvement de libération s’est manifesté à Chandernagor qui n’avait jamais pu supporter la tutelle de Pondichéry. Le comptoir fut proclamé ville libre dans le cadre de l’Inde française par décret du 7 novembre 1947. Le 20 janvier 1948, la ville revendiqua le droit de sécession pour décider de son futur par la suite. La loi autorisant le gouvernement à organiser le referendum de Chandernagor avec observateurs neutres fut votée par le parlement français le 26 mai 1949. Le referendum se déroula le 19 juin 1949. Sur 12 000 électeurs inscrits, 7500 répondirent non et 114 oui pour continuer à rester dans l’Union française. La cession du territoire devait se faire dans les 2 mois. Mais la signature du traité de cession tardait. La France demanda à l’Inde de prendre charge du territoire de facto, ce qui fut accompli le 2 mai 1950.

L’Inde en acceptant le projet de referendum pensait que ce serait une pure formalité pour l’accession à l’Union indienne, mais par la suite elle se rendit compte qu’un tel résultat n’était pas acquis en ce qui concerne les autres établissements. Aussi a-t-elle rejeté le projet du referendum. Elle réclamait la cession de ces établissements sans autre formalité.

         Le gouvernement indien, constatant que ses notes diplomatiques ne produisaient aucun effet, commença à boucler les frontières des établissements français avec une double clôture en fil de fer barbelé, et arrêta la fourniture d’électricité à Pondichéry. La vie à Pondichéry devenait de plus en plus dure. On avait des difficultés pour se procurer les denrées essentielles. La voie de terre était entièrement bloquée. Pondichéry devait importer d’Indochine le riz nécessaire qui auparavant venait tout naturellement du territoire voisin. La stratégie du consulat indien à Pondichéry consistait à contraindre la population à souhaiter l’intégration immédiate avec l’Union indienne et l’Administration locale française à se lasser d’avoir à gérer une pareille situation

.

Sur ces entrefaites survint un événement important : le 7 mai 1954, au camp retranché de Dien Bien Phu, la garnison française capitula (aux forces du Viêt-minh); le gouvernement français tomba. Un nouveau gouvernement, dirigé par Mendès France, s’engagea résolument dans une politique de décolonisation. Il accepta le principe du transfert immédiat de facto des Etablissements, remettant à plus tard la discussion et la signature du traité de cession en bonne et due forme. Les deux gouvernements élaborèrent à la hâte un projet d’accord de transfert de facto Le gouverneur convoqua en un congrès pour le 18 octobre les membres de l’Assemblée représentative et les conseillers municipaux des Etablissements pour se prononcer sur le projet élaboré par les deux gouvernements. Le congrès accepta le rattachement par 170 voix contre 8. Les comptoirs furent transférés de facto à compter du 1er novembre 1954. Le territoire restait français en droit, ses habitants conservaient la nationalité française, mails ils étaient gouvernés par l’Inde selon les règlements français. Étrange période, qui fut une période de transition dont la population avait bien besoin pour se ressaisir.

Le gouvernement indien était conscient du fait que le vote en faveur du transfert de facto n’avait pas été obtenu dans des circonstances normales, ni consenti de bon cœur. La population avait des sentiments mitigés quant à la perspective d’être gouvernée par ceux-là même qui venaient de la soumettre à un blocus, et qui étaient perçus comme les successeurs des Britanniques, qui ont investi et ravagé à plusieurs reprises Pondichéry et que les habitants considéraient comme leurs ennemis héréditaires, comme on leur a toujours d’ailleurs enseigné. La mélancolie du changement était visible.

Le gouvernement indien sentit le besoin de se faire accepter. Dans ce dessein, il lança des programmes de développement. Ces derniers parvinrent à créer un pont avec le peuple, car ils procuraient des emplois aux jeunes diplômés et une aide appréciable aux agriculteurs. Ces efforts portèrent leurs fruits ; la population commença à oublier ses griefs.

 

Intégration dans l’Inde

 

Après l’échange des instruments de ratification du traité de cession de Chandernagor, le 9 juin 1952, la constitution indienne a été modifiée pour incorporer ce territoire dans l’Union Indienne. Le statut de ville libre conféré par le gouvernement français a continué jusqu’à l’intégration effectuée par le Chandernagor (Merger) act, 1954 du 29 septembre du Parlement indien, qui a pris effet à partir du 2 octobre 1954.

Par le Chandernagor Municipal, Act, 1955, l’Assemblée législative du Bengale, à son tour, a érigé la ville de Chandernagor en une corporation, statut conféré en général aux grandes métropoles et qui procure des pouvoirs plus étendus et une autonomie plus grande que ceux des municipalités ordinaires.

En ce qui concerne les autres établissements, l’Inde et la France conclurent le traité de cession le 28 mai 1956, toujours sans avoir consulté les représentants du peuple de Pondichéry. Le traité fut ratifié par le gouvernement indien, deux jours après la signature. Mais en France la ratification devait être faite par le Parlement, le projet de loi de ratification déposé le 2/8/56 n’avançait pas en raison de l’opposition rencontrée; le traité fut ratifié par le Parlement français seulement en Juillet 62 après le règlement de la question de l’Algérie. L’échange des documents de ratification eut lieu le 16 août 1962, date qui restera comme celle du transfert de jure. Comme convenu, la France proposa à l’Inde certaines dispositions complémentaires au traité, l’Inde les accepta presque toutes sans difficultés. Elles furent incorporées dans un procés-verbal agréé signé le 13 Mars 1963.

Par la révision constitutionnelle du 28 décembre 1962, les Etablissements furent placés dans la liste des Territoires de l’Union indienne. Le gouvernement indien a par la suite modifié la Constitution en ce qui concerne le statut des Territoires de l’Union pour en faire des entités politiques dotées d’une certaine autonomie. L’Union Territories Act, voté en 1963, à la suite de cette modification, les dote d’une assemblée législative. Le gouvernement comprend l’Administrateur nommé par le Président et le conseil des ministres responsables devant l’Assemblée.

Le processus d’intégration s’emballe à partir de ce moment.

Avec les projets de développement de plus en plus ambitieux, on recrute beaucoup d’agents de toutes catégories et de toutes spécialités dont la plupart proviennent du reste de l’Inde. Le gouvernement de l’Inde, se rendant compte que c’est la meilleure façon de fondre les anciens comptoirs dans l’Union indienne, continue à injecter des capitaux importants à Pondichéry. L'administration devient entièrement indienne et la langue française disparaît complètement de l’Administration.

La population n’a pas fait la moindre protestation à tous ces changements de la structure politique et administrative du territoire ainsi que du régime des municipalités.. C’est à la pratique que les hommes politiques se sont rendu compte que l’ Union Territories Act leur a accordé moins que ce qu’ils attendaient. Depuis, ils réclament le rang d’un Etat avec un statut spécial qui donnerait tous les pouvoirs d’un Etat et aussi tout l’argent qu’ils reçoivent en tant que Territoire de l’Union. Parallèlement la question se pose si le moment n’est pas venu d’intégrer les Etablissements dans les Etats voisins, ainsi qu’il avait été envisagé dés le départ.

L’article 2 du traité de cession stipule que toute modification constitutionnelle au statut administratif spécial en vigueur au moment de la cession ne pourra intervenir qu’après consultation de la population. La partie francisée de la population, celle qui avait réclamé la période de transition, a émigré vers la France ou s’est éteinte. De plus elle n’avait demandé qu’une période de 25 ans pour la transition ; maintenant, 56 ans se sont écoulés. D’autre part cet article n’a pas été respecté pour les importantes modifications opérées. De ce fait cet article est tombé en désuétude.

Même si l’on veut suivre à la lettre le traité, n’ont droit à la consultation que ceux qui étaient domiciliés dans les Etablissements au moment du transfert et à la rigueur à leurs descendants. Il ne va pas être facile d’établir la liste des électeurs compétents. En effet la population des comptoirs qui était de 369 mille en 1961 à la veille de la cession est passée à 973 mille en 2001. Elle a presque triplé. Ce taux d’augmentation a été presque le double de celle de l’Etat voisin du Tamil Nadu indiquant que la moitié de l’augmentation est due à l’immigration. Les immigrés ne peuvent exciper d’aucun droit d’être consultés.

 

 Vestiges du passé français

 

Les vestiges les plus apparents sont les monuments érigés durant l’époque française. Certes on n’a plus le magnifique palais du gouvernement construit avec amour par Dupleix et les demeures des colons opulents, tous rasés par les Anglais aprés leur occupation en 1761. Mais de nouveaux monuments de conception française ont été érigés après la Restauration et qui sont encore debout.

Au moment du traité de cession il a été prévu que les personnes désirant conserver la nationalité française pouvaient le faire en souscrivant une déclaration en ce sens auprés du consulat de France. Parmi ceux qui ont exercé ce droit beaucoup sont partis en France. Eux et leurs descendants y sont environ au nombre de 50.000. La population de nationalité française restée dans les établissements est estimée à environ 10.000.

Ils jouissent d’une situation trés proche de la double nationalité. Cette communauté franco-indienne de Pondichéry et de France constitue un vestige vivant qui prolonge les liens politiques séculaires éteints.

D’autre part au moment du transfert, la France a gardé le lycée français. Mais l’effectif diminue du simple fait de la diminution de la population de nationalité française qui est à peu prés la seule à le fréquenter. En revanche l’Institut français de Pondichéry et l’antenne de l’Ecole française d’Extrême orient qui ont fait leur apparition après le transfert sont solidement implantés. Au total trois institutions françaises de nature culturelle auxquelles il faut ajouter le consulat général de France à Pondichéry. Elles n’ont rien à craindre d’une éventuelle intégration des Etablissements dans les Etats avoisinants qui est désormais une question interne.

 

David Annoussamy

 

 

Note : Pour plus de détails se reporter au livre L’interméde français en Inde de l’auteur, Institut français de Pondichéry et l’Harmattan,2005

.