Blue Flower


 

La nuit aux étoiles, par Shobhaa Dé, roman traduit de l’anglais (Inde) par Sophie Bastide-Folz,, Actes Sud, 2010,  395 p.

Note de lecture de Roland Bouchet

 

Par ce roman, Shobhaa Dé nous entraîne, à la suite de son héroïne, la très belle et très jeune actrice tamoule, Aasha Rani, dans le monde de Bollywood, l’objet de fantasmes des innombrables fans du cinéma de Mumbai. Ce monde est rempli de chausse-trappes où il est nécessaire pour une actrice d’être intelligemment cornaquée pour obtenir le premier rôle et pour maintenir ce rang dans l’esprit du public. Le succès peut être éphémère et la chute brutale en cas d’insuccès.

Le mentor d’Aasha Rani est sa propre mère, Amma, qui conduit la carrière de sa fille avec l’habileté d’une véritable proxénète, la présentant ou la faisant présenter aux producteurs par son “agent “. La beauté “époustouflante“ de la jeune actrice accroche les regards et les envies de ces messieurs orgueilleux, riches mais stressés, car leur fortune ne dure que le temps du succès. Shobhaa Dé nous décrit un monde cruel, peu ou pas du tout cultivé et plutôt glauque, où la seule morale est celle du gain. Faire de l’argent justifie tous les comportements, jusqu’à l’assassinat ou le vitriol. Univers machiste et cruel où la femme n’existe pas sans appuis et sans se couler dans un moule d’hypocrisie généralisée.

Tout va bien pour Aasha Rani. Elle a les amants qu’il faut au moment où il faut et sa carrière se déroule brillante. Elle est adulée par le public qui reprend sur son passage les chansons de ses films. Tout va bien … jusqu’au jour où Aasha tombe amoureuse de son amant du moment, amoureuse au point de vouloir l’épouser. Erreur inexcusable : l’homme est marié, l’épouse s’acharne bec et ongles sur cette “petite traînée“  de femme du sud à la peau foncée. La presse à scandale se saisit de l’événement, le monde de Bollywood se découvre une “morale“ pour rejeter l’intruse.

Comment Aasha Rani se sortira-t-elle de ce mauvais pas ? Il ne faut pas déflorer l’intrigue que l’auteur conduit avec une grande maîtrise et que le lecteur découvrira avec plaisir.

Au-delà de cette description du milieu cinématographique avec ses turpitudes, l’auteur, qui est une figure bien connue du féminisme indien, dénonce la condition de la femme dans une société où l’homme a “naturellement et traditionnellement“ tous les droits et tous les pouvoirs dans la vie quotidienne. La peinture du monde du cinéma est une projection caricaturale de cette situation et illustre, par certains côtés, les critiques  acerbes de la société indienne par Pavan K. Varma[1]

Rien ne manque à l’ouvrage pour capter l’attention du lecteur, ni les scènes chaudes que les écrans indiens ne montrent jamais, ni les épisodes dangereux de la criminalité internationale. Ce qui ne manque surtout pas, c’est le talent de l’auteur dont les œuvres sont, manifestement à juste titre, des best-sellers dans son pays.



[1] Pavan K. Varma, La classe moyenne en Inde, naissance d’une nouvelle caste, Actes Sud, voir La Lettre du CIDIF n° 39 de novembre 2009.