Blue Flower

(Lettre du CIDIF n° 37 -novembre 2007- page 112)
 
 
 Inde,  Bibliothèque du voyageur, Guide Gallimard, 2006

 

De même que l’ouvrage sur les écrits en hommage à Senghor, j’avais reçu ce livre trop tard pour en faire le compte rendu dans la Lettre du CIDIF de 2006. Ce que j’ai à dire n’en est pas moins valable et pourrait servir à tous ceux qui publient des guides sur l’Inde.

Ce guide est vraiment très bien fait. C’est une traduction-adaptation de l’Insight guide : India, traduction de Sophie Paris et Pascaline Truc. Tout est parfait, cartes et plans, histoire et société avec une chronologie qui indique déjà la variété et la modernité de cette Inde multiforme dont il n’est jamais possible de tout saisir, la pauvreté comme la richesse extrême et surtout son rang actuel dans le monde malgré des traditions souvent désuètes qui auraient pu la tirer en arrière.

Je vous laisse découvrir cet ouvrage très bien fait sauf en un endroit qui contient les mêmes erreurs que dans les autres guides mais ici, cela est tout à fait normal car c’est un livre anglais qui ne peut savoir qu’il existe au moins une ville dont le passé francophone mérite d’être développé.

Regardez dans la partie “ Itinéraires , le Sud ”. On annonce Chennai (Madras), le Tamil Nadu, le Kerala, les Lakshadweep, le Karnataka, l’Andhra Pradesh. Pas de Pondichéry à l’horizon et en cherchant bien, on trouve finalement Pondichéry dans le Tamil Nadu, alors que Pondichéry se trouve dans l’‘Indian Territory of Pondicherry ‘, directement rattaché à New-Delhi et comprenant Mahé, Karikal et Yanaon. Ces ‘confetti’ ont leur importance et ne pas en parler c’est les oublier totalement et je dirai comme ce vieil homme à qui l’on posait des questions sur les hommes de Sumer et leur civilisation : “ They lost history so they died ”. Et que dit-on de Pondichéry ? Pas grand chose si ce n’est qu’il y a l’ashram avec l’éternelle histoire de Mme Alfassa… Bon, je n’irai pas plus loin. Les Pondichériens sont exaspérés de prêter leur ville à des touristes qui font étape sans jamais savoir ce que comporte Pondichéry, ne serait-ce que pour tous ces Français de plus en plus nombreux qui viennent en Inde. Il s’agit là uniquement de tourisme car par ailleurs Pondichéry se porte bien avec un nombre de Français qui s’y installent, au moins quelques mois, de plus en plus nombreux.

Quant aux restaurants cités, il va falloir en revoir la liste, les deux premiers étant en perte de vitesse.

. L’encadré consacré à Pondichéry met en gras la ville blanche, de moins en moins réservée aux Blancs, la ville noire où l’on trouve de nombreux Blancs, le Raj Nivas qui n’est rien d’autre que le palais des anciens gouverneurs et dont l’architecture est spécifique, l’église du Sacré-Cœur - et pourquoi pas celle de Notre Dame des Anges ? -, Auroville bien sûr que j’apprécie pour toutes ses réalisations mais que j’aimerais voir traiter séparément, l’incontournable Sri Aurobindo ashram  – une ashramiste me disait un jour qu’il n’y avait rien d’autre à voir à Pondichéry - et Arikamedu. Mais il y a encore tant d’autres choses à voir et à découvrir à Pondichéry, comme nous le dévoile Georgette David dans son livre qui demeure le vade me cum de tous ceux et toutes celles pour qui Pondichéry est un but de voyage[1]

Quand donc les voyagistes prendront-ils conscience qu’il y a de plus en plus de Français désireux de connaître l’histoire d’une région que l’on camoufle sous le prétexte qu’elle a “subi“ la colonisation des Français alors que dans le même temps toute l’Inde a été colonisée par les Anglais ? N’est-ce pas là une opportunité pour une francophonie en devenir ? Pourquoi ne pas donner du temps au temps ? Les sceptiques ne seront peut-être plus là pour en voir les résultats dans dix, vingt ou trente ans.

Le Centre d’Information et de Documentation de l’Inde Francophone travaille depuis presque 20 ans à la restitution de l’histoire des relations entre Français et Indiens avec ses heurs et ses malheurs tout comme celle des Anglais en Inde, en ce qui concerne le passé. Il s’attache aussi au présent et à l’avenir. Vous trouverez La Lettre du C.I.D.I.F à la Bibliothèque Nationale mais aussi à la bibliothèque de l’Ecole Française d’Extrême-Orient, av. du Président Wilson, dans le XVIème à Paris et encore en vous adressant directement au C.I.D.I.F.

J’espère que ces quelques lignes permettront aux auteurs de guides futurs d’améliorer la présentation de cette partie de l’histoire de l’Inde. En attendant, je ne puis que conseiller l’acquisition de ce guide dont la présentation est déjà une invitation au voyage.



[1]  Georgette David, Pondichéry : Des comptoirs français à l'Inde d'aujourd'hui, Editions Kailash, 2004