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(Lettre du CIDIF n° 37 -novembre 2007- page 123)
 
INDE, élections provinciales 

 

Intronisée, dimanche 13 mai, ministre en chef de l'Uttar Pradesh, Mayawati Kumari va cette fois diriger seule cet Etat de 180 millions  d'habitants. La victoire absolue remportée aux élections provinciales  par son parti, le Bahujan Samaj Party (BSP), qui représente les dalits (intouchables), est une première, depuis seize ans, dans cet Etat du  nord de l'Inde où la politique se joue encore par les castes.

À 51 ans, cette institutrice élevée en politique par le fondateur du  BSP, Kanshi Ram, a surclassé ses rivaux avec lesquels elle avait dû  composer lors de ses trois précédents règnes.

La défaite risque d'être particulièrement amère pour Rahul Gandhi, étoile montante du parti du Congrès et héritier de la dynastie  Nehru-Gandhi, qui avait fait campagne sans relâche pour tenter de  redonner vie à sa formation. Autre grand perdant, le Bharatiya Janata  Party (BJP, nationaliste hindou) qui semble avoir perdu le vote  traditionnel des brahmanes, la caste supérieure. Ministre en chef  sortant, Mulayam Singh Yadav, du Samajwadi Party (socialiste), a vite  reconnu sa défaite.

Mme Mayawati doit son succès à une campagne qui n'a pas été menée exclusivement en faveur des dalits. Défiant les prévisions de nombreux observateurs, elle a réussi à former une puissante alliance entre les dalits et les brahmanes.

" La victoire de Mayawati a le potentiel pour déclencher une nouvelle  révolution sociale en Inde, a commenté l'analyste politique Chandra  Bhan Prasad. Tandis qu'ils prêtaient serment, tous les ministres, y  compris ses collègues brahmanes, se sont inclinés aux pieds de  Mayawati. Le message est clair et fort. Avec le brahmane comme nouvel  ami, le dalit peut marcher la tête haute. "

Accusée de corruption

Mme Mayawati, dont les mandats précédents n'ont pas laissé que de bons  souvenirs, devra toutefois faire preuve de beaucoup de poigne et de  compétence pour faire sortir cet Etat du sous-développement qui le  caractérise.

" Nous ferons de l'Uttar Pradesh un Etat libéré de l'injustice et du  crime ", a-t-elle promis. Vaste tâche dans un Etat où jusqu'à trente  ministres ont été poursuivis de meurtres, viols ou vols. Mme Mayawati  a, elle-même, à plusieurs reprises, été accusée de corruption. En  2003, son gouvernement était tombé à la suite d'une controverse liée à  l'approbation par son cabinet d'un complexe touristique de 40 millions  de dollars près du Taj Mahal.

Françoise Chipau (Source : Le Monde 17 mai 2007)