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(Lettre du CIDIF n° 37 -novembre 2007- page 127)
 
 Au Rajasthan, la communauté des Gujjars met fin à son soulèvement

 

Les Gujjars ont manifesté dans le Rajasthan. La communauté des Gujjars a  arrêté de manifester après qu'un comité chargé d'examiner leurs  exigences a été mis en place par le gouvernement du Rajasthan. Les  Gujjars réclament le statut de "Scheduled Tribes" (castes et tribus  répertoriées). Leurs manifestations ont fait 28 morts au cours des six  derniers jours. Cet événement illustre le détournement de la  discrimination positive comme un outil politique.

Après six jours de manifestation, les représentants de la communauté  des Gujjars du Rajasthan ont appelé au calme. Lors des négociations du  lundi 4 juin, ils ont obtenu que leur demande d'appartenance aux  "castes et tribus répertoriées" soit étudiée.

Les manifestations ont commencé à Jaïpur, dans le Rajasthan, mardi 29  mai. La communauté des Gujjars, 6 % de la population du Rajasthan, est  descendue dans la rue quand le gouvernement local BJP (conservateur) lui a refusé le statut de "castes et tribus répertoriées". Grâce à une  politique de discrimination positive, ce statut permet aux groupes  recensés d'obtenir des places réservées dans les administrations, les  universités ou certains corps de métiers comme la police.

Du Rajasthan, la colère des Gujjars s'est étendue aux Etats  limitrophes où vivent des membres de cette communauté, à New Delhi et  dans l'Haryana. Les manifestations ont dégénéré dans la violence, les  militants faisant face à un impressionnant dispositif de sécurité  déployé par l'Etat.  Le dernier bilan officiel fait état de 28 morts -  des manifestants et deux policiers -, des centaines de blessés et de  nombreux dégâts.

Les Gujjars veulent appartenir aux "castes répertoriées" afin de  bénéficier de quotas supplémentaires. Ils citent volontiers l'exemple  de la communauté des Meenas du Rajasthan, classée comme tel, qui est  plus avantagée en termes d'emploi, d'éducation et de représentation  politique. Une rivalité s'est ainsi instaurée entre les Gujjars et les  Meeras dans le Rajasthan.

La lutte des Gujjars illustre la tendance de groupes de population  minoritaires à utiliser la politique des quotas réservés aux  intouchables et aborigènes pour obtenir plus de pouvoir. Dans une  analyse parue dans le quotidien Times of India du 5 juin, le  sociologue Ravinder Kaur rappelle que les Meeras n'ont rien en commun  avec les tribus des forêts de l'Inde centrale à qui le statut de ST  était destiné. Les Meeras du Rajasthan ont milité pour obtenir ce  classement, comme les Gujjars aujourd'hui car "il rapporte des emplois  et de l'éducation, quitte à avoir un statut social inférieur en étant  considéré comme tribu".  De nombreuses voix s'élèvent pour demander  une révision du système des castes répertoriées. Le dernier  recensement sur les castes remonte à 1931. Depuis, les Etats indiens  ne disposent que de très peu de données sur les conditions économiques  et sociales de chaque groupe et ses besoins réels.

 

(Source : Aujourd'hui l'Inde, le 5 juin 2007  par Iris Deroeux)