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(Lettre du CIDIF n° 37 -novembre 2007- page 135)
 
 

L'Inde, pays des filles disparues.

Les filles sont une charge pour la famille indienne

Dimanche dernier, 25 fœtus filles ont été découverts par la police dans une décharge, près d’une maternité privée, à Nabaghanpur Village, dans l’Orissa. Une semaine auparavant, un villageois tombait par hasard sur les corps de 7 nouveaux nés de sexe féminin, dans le même district. En Inde, pour des raisons économiques, sociales et religieuses, la naissance d’une fille est vécue comme une malédiction.

La police du district de Nayargarh dans l’Orissa, est en état d’alerte après les découvertes successives de fœtus et de nouveaux nés de sexe féminin. Les 25 fœtus découverts dimanche sont à l’hôpital pour expertises médico-légales. «Nous pensons que les fœtus ont été jetés après un avortement illégal dans une maternité privée», a déclaré aujourd’hui l’officier de police Girijanandan Rath. Deux personnes ont été arrêtées pour complicité.

«L’Inde préfère les garçons, explique Ranjana Kumari, du centre de recherche sociale. Le garçon est celui qui ramène le pain, c’est le pilier économique de la famille, tandis que la fille est un fardeau». La coutume de la dot impose que la famille de la mariée donne de l’argent à la famille du mari. Sociologiquement, le garçon confère une plus grande sécurité. «Il représente la continuité, la transmission du nom et des biens de la famille », poursuit Ranjana Kumari.

Les infanticides sur les filles et les avortements sélectifs sont encore nombreux en Inde. «Il est difficile d’avoir des chiffres car il n’y a jamais de témoins», constate Ranjana Kumari. L’avortement est légal depuis 1971 en Inde mais les gynécologues et laboratoires ont l’interdiction de révéler le sexe du bébé pour éviter la discrimination. Pour contourner cette interdiction, les parents sont prêts à payer des opérations réalisées dans des laboratoires bas de gamme.

Les chiffres donnent la mesure du problème : l’Inde a un taux de natalité de 927 filles pour 1000 garçons, selon le rapport de l’UNICEF 2007. C’est le deuxième après la Chine à avoir un taux aussi bas. Contrairement aux idées reçues, les avortements et infanticides sont plus nombreux en ville qu’en campagne. «La technologie qui permet de connaître le sexe du bébé avec les ultrasons et les amniocentèses est plus accessible en ville qu’en campagne» explique le Centre d’études sur les femmes. Les Etats aux plus faibles taux de natalité féminine sont le Punjab, et l’Haryana, deux Etats riches. New-Dehli n’est pas loin derrière, avec 915 filles pour 1000 garçons. La situation ne fait que s’aggraver depuis 2001. Le centre d’études sur les femmes révèle qu’en 1991, deux districts en Inde avaient un taux de natalité féminine inférieur à 850. En 2001, on en dénombrait 51.
 
«Le gouvernement tente des choses mais ce n’est pas suffisant» regrette Ranjana Kumari. En février 2007, le Ministère de la santé et de la famille a proposé le lancement d’un programme d’adoption des filles qui ne seraient pas désirées mais rien n’est encore sur pied.

Dorothée Gieux (Source : Aujourd'hui l'Inde, le 25 juillet2007)