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(Lettre du CIDIF n° 37 -novembre 2007- page 141)
 
 

Une start-up française sur le terrain favori des Indiens : l'informatique

Une Start-up française à New Delhi

Deux jeunes diplômés français ont créé en 2005 leur start-up informatique en Inde. Ils ont gagné leur pari, et se sont fait une place dans l'eldorado de l'informatique tout en gardant l'originalité de leur entreprise : un fonctionnement souple et le développement de projets sociaux.

C'est dans un garage de Chennai (Madras) que Kevin et Rémy ont créé en juin 2005 E-nova technologies, une société de services informatiques spécialisée dans le logiciel libre. L'ambassade française d'Inde est le premier client de ces deux jeunes entrepreneurs de 26 et 24 ans. Elle leur commande une méthode d'apprentissage en ligne du français. Au cours de leur aventure, ils ont dû faire face aux innombrables formalités administratives indiennes et à des périodes difficiles : ''On a hésité à mettre la clé sous la porte l'année dernière, faute de contrats." Mais le succès a fini par être au rendez-vous et ils ont désormais de l'expérience, des clients réguliers et de nouveaux bureaux dans le sud de New Delhi.

Leur pari était pourtant risqué : avec près de 150 000 ingénieurs formés en Inde chaque année, la concurrence est rude. La clé de leur succès : des méthodes de travail adaptées aux besoins et aux habitudes des entreprises étrangères. "Beaucoup de nos clients ont d'abord travaillé avec une entreprise indienne qui n'a pas été capable de faire le travail prévu ou de tenir les délais. Certaines sociétés françaises nous ont même demandé de coacher leurs employés indiens."

Pourtant, eux aussi ont des difficultés pour travailler avec des ingénieurs indiens : "le salaire est souvent leur seule motivation, nous avons du mal à les intéresser aux projets de l'entreprise." Un problème pour ces jeunes entrepreneurs qui se projettent sur le long terme : "Nos employés indiens n'hésitent pas longtemps avant de nous quitter s'ils peuvent avoir un meilleur salaire ailleurs, même si le travail qu'on leur propose a peu d'intérêt " Le fonctionnement original d'E-nova technologies n'est pas toujours adapté aux codes de travail indiens : la hiérarchie est souple, les décisions sont prises collectivement alors que les Indiens "sont plus habitués à une hiérarchie claire et à un manager qui surveille leur travail".

C'est pour cette raison - et parce qu'ils sont sur le point de signer d'importants contrats - qu'ils recherchent activement des nouveaux collaborateurs français, "nous aimerions que des personnes plus intéressées par nos projets que par l'argent viennent travailler avec nous". Et des projets, ils n'en manquent pas : une partie de leurs bénéfices est réinvestie en faveur d'associations ou d'ONG. Ils développent actuellement un logiciel pour Rishi Valley, un réseau d'école utilisant des méthodes alternatives d'éducation. Grâce à lui, les instituteurs pourront échanger leurs outils pédagogiques, comparer les résultats de leurs élèves -et donc les améliorer-. Le projet est en cours, "il ne nous manque plus que des appuis financiers pour le concrétiser".         Emil Sinclair      (Source : Aujourd’hui l’Inde, le 15 octobre 2007)