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(Lettre du CIDIF n° 37 -novembre 2007- page 142)

 

 Les Français de plus en plus nombreux sur les bancs des facs indiennes

 

Sur les campus de New Delhi, L'Inde fait parler d'elle et attire de plus en plus d'étudiants français dans ses universités. Entre enthousiasme et petites difficultés, découverte d'une culture différente et de méthodes d'enseignement nouvelles, l'expérience les séduit tous...

Attablé à une petite dabha (restaurant) de l'université Jawaharlal Nehru de New Delhi (JNU), Lucas, élève de Sciences-po Paris qui étudie ici les sciences de l'environnement, semble très à l'aise. Comme lui, de plus en plus de jeunes sont attirés par ce pays, et les partenariats des grandes écoles et universités françaises avec leurs homologues indiennes se multiplient. A Jawaharlal Nehru, université réputée de New Delhi, le nombre d'étudiants français a doublé depuis l'année dernière, ils sont une vingtaine aujourd'hui.

A l'heure où l'Inde entre dans la modernité, le pays a de nombreux atouts pour les étudiants français : l'Inde est anglophone, en plein développement et son enseignement scientifique réputé s'étoffe de nouvelles filières. Mais les étudiants français sont venus avant tout par goût pour la culture indienne. "Je ne suis pas un opportuniste qui serait venu dans un but professionnel uniquement", se défend Julien, ancien étudiant en sciences politiques à l'université Jamia Masjid de New Delhi. Ces jeunes cherchent à changer de repères, à se confronter à une civilisation différente. "Je voulais changer mes marques. Ici, je découvre un mode de vie et une philosophie différents ", explique Lucas.

Ces étudiants découvrent également l'enseignement à l'anglo-saxonne. Quelque soit l'université, l'enseignement en Inde hérite du modèle britannique qui laisse une grande marge de liberté. "Il y a plus d'interaction. Le professeur ne nous considère pas comme des ignorants, il échange avec ses élèves", constate Gautier, étudiant en sciences de l'environnement à l'université de Pune. Les étudiants français mettent souvent à profit leur temps libre pour voyager ou travailler dans une ONG comme Julien l'année dernière.

Mais l'arrivée dans le pays n'est pas toujours évidente. Ces jeunes font face à pas mal d' imprévu. "Pour s'inscrire, obtenir sa carte de séjour et même avoir internet, c'est très long et très pénible", raconte Gautier, à Pune. Certains craquent, car ils ne s'adaptent pas à l'Inde. "Une Française est partie au bout de trois semaines, elle ne voyait que le mauvais côté des choses : la saleté, la pauvreté...", témoigne Lucas. Tous ces jeunes insistent sur la nécessité d'être bien préparé avant de partir. "On m'avait préparé au pire, en me disant que c'était très dur de supporter la pauvreté, le manque de confort, mais je ne trouve donc pas ça si terrible", explique Lucas.

Pour les filles, l'échange avec les Indiens peut s'avérer difficile. Diane, étudiante en sciences sociales à l'université Jawaharlal Nehru de New Delhi, explique que parler à un garçon indien est souvent mal interprété. "Ils nous prennent pour des filles faciles", dit-elle. La méfiance entre les deux sexes est de rigueur. "Il y a une règle à JNU, une fille peut porter plainte si un garçon l'a regardée plus de 15 secondes dans les yeux", témoigne Lucas. Les garçons concluent de manière unanime : l'université indienne n'est pas franchement le "plan drague", ni une bonne affaire pour sortir. Faute de bars sur les campus, les étudiants se retrouvent plutôt chez eux. Mais tous y trouvent ce qu'ils sont venus chercher, le dépaysement. "Je ne regretterai jamais d'être venu ici", conclue Lucas en souriant.

 

Dorothée Gieux (Source : Aujourd'hui l'Inde, le 28 septembre 2007)