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(Lettre n° 36 page 7)

              6 Septembre 1718.

Cejourd’hui le Procureur Général est entré et a dit qu’il a eu avis et est bien informé de deux abus considérables dans cette ville auxquels il est important de remédier, le 1er qu’il y avait un nombre d’habitants chrétiens qui achetaient des esclaves gentils et les gardaient, sans les faire instruire ni baptiser, afin de se conserver la liberté de les revendre ensuite aux gentils et aux Mahométans, le second qu’il arrivait souvent que des esclaves étaient maltraités par leurs maîtres et maîtresses, avec une dûreté et une cruauté inouïes, à la honte de la Chrétienté et de l’humanité, dit en sorte que la mort même aurait été à préférer par ces malheureux aux tourments qu’on leur faisait souffrir, lesquels deux abus il convenait de faire cesser et à cette fin requérait le dit Sieur Procureur Général qu’il plût au Conseil, ordonner : 1° que tous les habitants de cette ville de quelque qualité et condition qu’ils soient, qui possèdent des esclaves de l’un et l’autre sexe seront tenus de les faire instruire et baptiser dans le terme de deux mois, à peine de confiscation des dits esclaves, avec défense d’en garder, par la suite de nouvelles acquisitions, qu’ils ne fassent instruire et baptiser dans le sus dit terme qui courra du jour qu’ils en auront fait l’achat, sous les mêmes peines ; 2° qu’il soit fait défense à tous les habitants comme dessus d’excéder dans le châtiment de leurs esclaves ni d’user de dûreté ou de cruauté, à peine de confiscation des dits esclaves.

La matière mise en délibération ; le Conseil adhérant aux réquisitions du dit Sieur Procureur Général a ordonné et ordonne que tous les habitants de Pondichéry de quelques qualité et condition qu’ils soient, qui possèdent des esclaves de l’un et l’autre sexe, seront tenus de les faire instruire et baptiser dans le terme de deux mois, à peine de confiscation des dits esclaves qui seront vendus et le produit de la vente distribué aux pauvres, avec défense d’en garder par la suite de nouvelles acquisitions qu’ils ne fassent instruire et baptiser dans le sus dit terme qui courra du jour de l’achat sous les peines sus dites. Fait en outre défense le Conseil à tous les habitants comme dessus d’excéder dans le châtiment de leurs esclaves ni d’user de cruauté et dûreté, à peine de confiscation des dits esclaves comme dessus et autre peine plus grande s’il y échet. Ordonne que le présent Règlement sera affiché aux lieux accoutumés et délivré copie aux Supérieurs des R. P. Capucins et Jésuites, pour être par eux lu et publié au prône de la messe paroissiale, avec réquisition de tenir de leur part, la main à son exécution.