Blue Flower

Chers adhérents et amis,

 

Cette année 2009 aura été marquée par les élections en Inde qui ont été un succès pour le parti du Congrès, reconduit aux affaires dans des conditions presque inattendues puisqu’il a les mains plus libres que dans la coalition précédente. Les électeurs n’ont manifestement pas suivi l’opposition qui s’appuyait sur la critique de la gestion par le gouvernement des attentats de Mumbay de novembre 2008. Le soutien apporté au Premier ministre Manmohan Singh  peut être analysé comme une maturité de l’électorat indien et il a été salué comme tel par l’ensemble de la presse mondiale. On lira avec intérêt les articles d’André Lewin : Les élections dans la plus grande démocratie du monde et l’analyse politique du scrutin par David Annoussamy : Elections de 2009 à l’Assemblée du peuple dans l’Inde, deux articles qui étaient parus sur le site du CIDIF dès le mois de juin dernier.

Mais en politique, la vie n’est jamais un long fleuve tranquille. La crise mondiale ralentit un peu le rythme de croissance de l’Inde, la pluviométrie compromet l’approvisionnement des populations et risque d’entraîner une hausse des prix des denrées alimentaires. Les tensions entre la classe dominante, entrée dans l’ère de la civilisation de consommation, et la grande majorité des laissés pour compte de la croissance, sont un défi auquel le gouvernement doit faire face. Les relations difficiles avec ses voisins, Pakistan et Chine, constituent d’autres épreuves auxquelles il est confronté. Tous ces problèmes sont évoqués dans ce numéro ou l’ont été largement dans la section Actualité  du site.

Car la nouveauté de cette année pour le CIDIF, c’est son entrée dans l’ère d’internet. Le site de l’association a été bâti par une jeune ingénieur en informatique et, depuis la fin décembre 2008, tous nos lecteurs disposant d’un ordinateur reçoivent presque quotidiennement des informations concernant l’Inde. Ces informations rapportent aussi bien les faits marquants de politique générale que les événements de moindre importance et même les faits divers. Cette façon de procéder permet de saisir, par petites touches, les réalités de ce pays qui, dans 20 ans, devrait avoir la plus grande population du monde et qui fait sa place dans la compétition internationale avec des atouts, mais aussi des handicaps colossaux. Nous essayons également de faire une place aux informations qui intéressent les relations avec notre pays.

La gestion de ce site nous conforte dans le sentiment que, dans la presse française, l’espace laissé aux informations en provenance de l’Inde est bien modeste et se manifeste plutôt par à coups. Il ne faut pas voir là un désintérêt particulier car les autres pays ne sont guère mieux traités. En contrepartie, la place faite à l’Europe et à la France dans la presse indienne est loin d’être très large. Le site essaie de maintenir l’attention sur ce pays en présentant sous toutes les facettes possibles les problèmes auxquels il est confronté.

L’ère de l’internet est aussi celle de la rapidité et de l’instantané. C’est pourquoi les principaux articles du numéro de cette Lettre ont paru sur le site au cours des derniers mois. Dans ces conditions, on peut se demander si l’édition de la Lettre sur papier est toujours justifiée. Pour notre part, nous pensons d’abord aux membres de l’association qui n’utilisent pas le nouveau media et puis nous estimons que la consultation sur papier a encore de beaux jours devant elle. Cela ne nous a pas empêché d’instaler sur le site les Lettres du CIDIF à partir du numéro 16-17 (juillet 1997) et il est maintenant possible de rechercher les thèmes qui ont été abordés et les auteurs qui ont été publiés.

Au cours de cette année 2009 a été réalisée la mise en place de la section internationale d’excellence scientifique au lycée de Pondichéry. Le CIDIF s’était manifesté depuis de nombreuses années pour apporter son soutien à cette initiative. L’agence pour l’enseignement du français à l’étranger (AEFE) et le ministère des affaires étrangères ont mené à bien cette opération. Le lycée a reçu les dotations nécessaires, sur le plan des personnels comme sur le plan matériel. Les inscriptions reposant sur l’étude de dossiers individuels, puis sur des entretiens, restait le problème de l’intégration d’éléments dignes d’intérêt mais dont les moyens financiers familiaux ne permettaient pas d’assurer l’écolage. Pour les quelques élèves se trouvant dans ce cas, il a été possible de les faire bénéficier de bourses dues essentiellement à des apports de sociétés ou d’institutions. Ce problème se représentera les années suivantes et il convient dès à présent de rechercher de nouveaux concours et chacun d’entre nous est invité à faciliter la recherche de parrainages.

 

Antoine Vallabh Mariadassou nous a quittés le 27 juin de cette année. Élève du collège (qui allait devenir le lycée) de Pondichéry au moment de l’indépendance de l’Inde, à une époque où le sort de Pondichéry ne se dessinait pas clairement, il avait, avec toute l’ardeur et la fougue de son jeune âge, entrepris d’enflammer ses camarades pour la cause du rattachement des comptoirs à l’Inde. Il réussit et son activisme le conduisit à faire 15 jours de prison préventive avec trois autres élèves, puis à être condamné à 5 ans de prison avec sursis. Ce fut sans doute le seul cas d’emprisonnement politique à Pondichéry en 275 ans de présence française. Il fit ses études supérieures en Suisse, puis en Allemagne où il se maria et fit toute sa carrière professionnelle.

Antoine, qui a rapporté dans la Lettre du CIDIF n° 20, en décembre 1998, ces événements et son action dans le Students Congrès, était resté très attaché à l’Inde et à Pondichéry où il revenait chaque année dans la magnifique maison familiale de la rue Candapa qui avait reçu Sri Aurobindo au moment de sa fuite de l’Inde anglaise. Et alors, comme autrefois, il aimait s’entourer de ses amis, qu’il avait nombreux, et discuter sans fin à refaire le monde. Et la discussion s’effectuait en français, comme autrefois, ce français qui était toujours l’une de ses langues maternelles et dans laquelle il s’exprimait si bien. Il était très fier de son action passée et n’avait pas gardé une once d’amertume envers qui que ce soit, car, s’il avait réussi sa vie familiale et professionnelle en Allemagne, il retrouvait en France et à Pondichéry ses parents et tous ses amis de sa jeunesse et de son adolescence avec qui la langue d’échange était naturellement le français. Sa générosité se manifestait dans de nombreux domaines, notamment pour les œuvres s’occupant de personnes âgées démunies résidant à Pondichéry. Il apportait également un soutien fidèle et fort à notre association et encourageait notre action en faveur de l’évolution du lycée toujours cher à son cœur.

Citoyen indien, Antoine regardait son pays et sa ville de Pondichéry avec beaucoup de lucidité, mais aussi avec une dévotion filiale qui ne s’est jamais démentie. Que son souvenir soit toujours un guide pour notre action.

 

Roland Bouchet