Blue Flower

 

 (Lettre du CIDIF n° 34-35 -novembre 2006-  page 3)

Chers adhérents et amis

 

Cette année, c’est Pondichéry qui est venue à nous, Pondichéry qui reprend son nom de Poudou Tchéry, de même que Madras a repris son nom tamoul, Sennei, oui Sennei et non Chennai (demandez aux tamoulophones). Une exposition de photos consacrées à Pondichéry, intitulée Et maintenant Pondichéry, s’est tenue entre mai et juin de cette année[1] .

Souvenez-vous de notre précédent éditorial. Nous avions vécu le tsunami et nous vous en faisions part avec un certain recul. L’Institut Français de Pondichéry venait de fêter son cinquantième anniversaire et poursuivait sa belle carrière.  Nous avions évoqué ce que pourrait être l’avenir du Lycée français dans l’esprit du Traité de cession et dans le cadre des nouvelles relations internationales dues à la mondialisation. Les idées avancent favorablement dans ce domaine : le CIDIF et deux autres associations, l’AFUI et l’APP[2] ont constitué un groupe d’étude et de travail commun en vue d’apporter aux différentes autorités leur force de proposition et, dans la mesure du possible, leur aide pour la réalisation de certains aspects que peut prendre un projet susceptible de prendre corps assez rapidement.

Cette fin d’année a été endeuillée par la disparition d’une personnalité pondichérienne, Amalor Arago. C’est un ami très cher qui vient de nous quitter. Il fut l’un des fondateurs, puis le directeur duTrait-d’Union, ce mensuel francophone qui réunit dans un même sentiment d’appartenance un Pondichéry “sans rivage“ sur toute la planète, Nous lui devons beaucoup et surtout nous n’oublions pas ses encouragements  et son soutien lors de la création du CIDIF. Georgette David lui rend ici un hommage auquel nous nous associons. A tous les siens nous voudrions dire combien nous partageons leur douleur et que nous garderons toujours son souvenir dans nos cœurs.

Il me faut mentionner aussi la disparition ces jours-ci d’une personnalité marquante de l’Association France-Union Indienne, Gaston Vallette, Il m’avait confié un jour que l’objectif premier de l’AFUI avait été de conserver un contact avec les Comptoirs qui venaient d’être remis à l’Union indienne. Amalor Arago et Gaston Vallette vont nous manquer tous les deux, l’un à Pondichéry, l’autre à Paris. Que leur souvenir reste un exemple dans toute action en faveur de relations favorables et toujours meilleures entre la France et l’Inde.

La chronique indienne de David Annoussamy suit son cours. Nous espérons qu’elle fera l’objet d’une publication sur le long terme et que son livre L’intermède français en Inde, Secousses politiques et mutations juridiques[3] ne sera pas le dernier.

Dans la Lettre, apparemment, la voix de l’Inde fait progressivement place à notre regard d’abord essentiellement fixé sur l’histoire des Comptoirs. L’Inde s’affirme, se fait présente, occupe tous les terrains, fascine par sa progression lente et raisonnée qui n’a rien à envier à la Chine. Et pourtant, il y a toujours un lien avec les raisons qui nous ont poussé à créer cette Lettre. Il y a toujours une arrière-pensée qui préside aux choix des articles sélectionnés . Je ne reprends pas tout ce que vous allez trouver dans le sommaire et souhaite seulement attirer votre attention sur quelques points.

Les travaux universitaires sont dus, pour la plupart, à l’instigation de Jacques Weber, dont la thèse magistrale était consacrée aux comptoirs à une époque où personne ne pouvait imaginer que Pondichéry connaîtrait un regain d’intérêt, justifié dans le temps.

Nous n’avions encore jamais rien publié sur Goa, qui fut possession portugaise en Inde. Nous n’avions pas encore un compte rendu du livre en anglais d’Ajit K. Néogy sur la décolonisation de l’Inde française. Mémoires  et thèses fourmillent. Jacques Weber en a relevé pour vous la liste.

N’avions-nous pas prévu de faire une place à des écrivains de Pondichéry ? Gloria Saravaya[4] a tout quitté, a renoncé à tous les hochets de la civilisation pour vivre à Pondichéry. Poète, elle est inspirée par ce grand nom de la francophonie qui est aussi poète : le président Senghor, agrégé de grammaire, qui avait fait sienne la langue française pour mieux exprimer ses tourments et ses victoires sur lui-même comme sur les autres. Il aurait eu cent ans, cette année.

Et puis, voilà qu’un jeune Français, Raphaël Malangin, s’est consacré, avec une ardeur et une application remarquables, à faire revivre l’histoire des bâtiments publics de Pondichéry. Dans la dernière Lettre, il nous avait parlé du Phare. Cette fois-ci, il nous livre le résultat de son travail sur le Pier, disparu aujourd’hui, sur la Mairie, la Douane et le Bureau du port. Le travail de ce jeune chercheur mérite une attention particulière car il apporte sur le patrimoine pondichérien un éclairage qui lui manquait. L’historien et l’urbaniste trouveront dorénavant ici matière à réflexion. Sans vouloir figer une ville, il est toujours précieux de connaître le développement qu’elle a pu vivre. Les civilisations, comme les humains, naissent, parviennent à leur apogée, se transforment et peuvent disparaître progressivement, parfois brusquement.

Restaurer c’est bien, entretenir, veiller sur l’environnement, c’est encore mieux. C’est ce que fait l’ADEME[5]

Un coup d’œil sur les livres rappelle que la littérature indienne est foisonnante et d’une richesse à la mesure de toutes les civilisations qui la composent. Cela n’empêche pas des auteurs français de s’intéresser à l’Inde mais aussi à Pondichéry. Le roman iconoclaste[6] de Catherine Clément devrait bénéficier d’une large diffusion. Les éditions Kailash, fondées par notre ami Raj de Condappa et son épouse, proposent, parmi leurs publications, une approche de l’hindouisme selon Alain Daniélou. Et puis encore, il faut prêter attention à cet essai, directement rédigé en anglais, dans lequel Jean Alphonse Bernard entreprend un voyage imaginaire en Inde, et plus particulièrement dans le Sud, avec Alexis de Tocqueville, un Français qui connaissait parfaitement l’Amérique et l’Inde de son temps et que la science politique redécouvre depuis quelques années pour son analyse percutante de la démocratie.

Et c’est encore l’Inde d’aujourd’hui que tentent de nous expliquer Parvan K. Varma avec son Défi indien, et une équipe dirigée par Christophe Jaffrelot avec l’Inde contemporaine.

Les documents reproduits en fin de Lettre reprennent d’une part des extraits des arrêts du Conseil Supérieur de Pondichéry dont une édition intégrale et commentée serait la bienvenue. Les archives des Missions Étrangères de Paris nous livrent des vues intéressantes sur la vie religieuse dans la région à la fin du XIXe siècle. .

La Lettre, nous l’espérons, a rempli la mission qui lui était assignée et a su garder son originalité. A vous de nous dire si nous devons continuer. Et sur quelle voie ? A vous de nous dire s’il y aura une suite.

Et puisque nous sommes proches de cette fin d’année, permettez moi de vous souhaiter  toutes les satisfactions pour l’avenir. L’espérance transcende et donne des ailes.

Jacqueline Lernie-Bouchet

 

 



[1]  Voir les articles concernant cette exposition et les événements qui l’ont accompagnée.

[2] L’Association France-Union indienne (AFUI) et l’Association des amis du patrimoine pondichérien(APP)

[3] Institut français de Pondichéry. Collection Sciences Sociales. 11

[4] Nous avions publié  un de ses poèmes dans La lettre.

[5] Voir le poème L’enfant venu d’ailleurs, publié dans le n° 24 de la Lettre du CIDIF.

[6]  Les derniers jours de la déesse.