Blue Flower

(Lettre du CIDIF n° 34-35 -novembre 2006-  page 162) 

 

Les derniers jours de la déesse, Roman, Catherine Clément, Stock, 2006

 

Comment ne pas éprouver une certaine curiosité pour ce livre qui retrace, sous la forme d’un roman, les derniers jours de celle que ses fidèles, toujours plus nombreux et venus de l’Inde entière, appellent Mère ou Amma. La “ verysimilitude ”, chère à la littérature britannique, la vraisemblance donc, s’applique parfaitement ici. On ne peut pas démêler le vrai du faux. Chacun connaît sa propre part de vérité et la retrouve avec satisfaction. Et cependant, personne, à Pondichéry, n’aurait osé entreprendre de raconter les dernières heures d’Amma. A-t-elle été assassinée par ce photographe qui était près d’elle peu avant qu’on la retrouve inanimée ? Ou bien est-elle morte de sa belle mort ? Nous le saurons à la fin du roman qui nous réserve une surprise de taille. Réalité Ou fiction ?

L’enquête presque policière qui prélude à cette fin imprévue conduit le lecteur dans une recherche de la vérité à partir des éléments connus, recueillis de toutes parts, de celle que nous ne nommerons plus que Rachel ou la Mère. On retrouve ce polytechnicien bien connu, décédé depuis longtemps, et plusieurs personnes que j’ai peut-être moi-même rencontrées autrefois. Mes voisins étaient de l’ashram, devenus des amis qui ne vivaient que pour elle et par elle, la Mère, Sri Aurobindo étant  devenu invisible. Mme Tara Ali Baig qui s’est beaucoup intéressée aux jeunes filles de Pondichéry était la femme du premier consul indien. Comment dire mon émotion de retrouver l’imperceptible ou plutôt “ l’à peine perceptible ” d’une adolescence par ailleurs préoccupée par les études au collège français de Pondichéry et le mouvement pour l’intégration des Comptoirs dans l’Union indienne, qui ne semblait pas intéresser l’Ashram. Et puis aussi un témoignage d’une amie de toujours qui corrobore ce passage indiquant que dès son arrivée, celle qui est devenue la Mère avait fait le vide autour du patriote, devenu philosophe, qui avait fui la police de l’Inde britannique. Le père de mon amie était de ceux qui avaient reçu le philosophe à Pondichéry et faisait parti de son groupe d’amis pondichériens. Il eut un jour le besoin de demander un conseil à celui qui n’était plus connu que sous le nom de Sri Aurobindo. C’était durant l’année 1930. A l’ashram, on l’avait renvoyé : non, notre maître ne reçoit personne, lui avait-on dit, ce n’est pas la peine d’insister. A peine de retour chez lui, M.T. avait vu arriver le chauffeur de Sri Aurobindo qui était venu le chercher pour le conduire auprès du Maître et avait reçu le conseil qu’il en attendait. De nombreux témoignages non formulés subsistent. Il serait peut-être intéressant de réunir tous ces souvenirs qui sont de plus en plus flous avec la disparition de ceux qui les ont vécus.

Je ne dévoilerai rien de cette enquête policière qui se déroule dans un monde irréel. Le ton doit choquer bien des personnes de l’ashram mais, dieu merci, ils ne lanceront pas de fatwa contre  un romancier qui a osé tenir des propos iconoclastes. Quelqu’un aura-t-il le courage, un jour, d’enquêter sur la véritable histoire de l’ashram fondé par Sri Aurobindo et celle qu’on appelle la Mère ?

Ce roman, doté d’une intrigue presque policière, se lit d’une traite. On ne le quitte que lorsqu’on l’a terminé.