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 (Lettre du CIDIF n° 34-35 -novembre 2006-  page 233)

 

M. LEROY, MISSIONNAIRE  APOSTOLIQUE  DE  PONDICHÉRY

M. LEROY (Gustave-Pierre), né à Paris (paroisse Saint-Ambroise), le 3 décembre 1864. Entré laïque au Séminaire des Missions Étrangères le 8 septembre 1881. Prêtre le 4 juin 1887. Parti pour Pondichéry le 27 juillet 1887. Mort à Bangalore le 15 juin 1919.

Une figure profondément sacerdotale et apostolique disparaît avec le cher Père Gustave Leroy, une de celles qui font grand honneur à l’archidiocèse de Pondichéry. Excellent prêtre et missionnaire modèle, fidèle à accomplir ses devoirs d’état de chaque jour, les yeux et le cœur en haut sous le regard et pour l’amour de Dieu : tel fut ce confrère pendant une carrière apostolique de trente-deux ans.

Il naquit à Paris sur la paroisse de Saint Ambroise, le 3 décembre 1864. Sa famille très honorable, alla plus tard s’établir à Nîmes ; peu favorisée des biens de la fortune, elle se distinguait par ses sentiments religieux. Le petit Gustave avait treize ans quand une fièvre typhoïde le rendit si malade, qu’on lui administra le sacrement des mourants. Un jour, sa mère désolée, le croyant à toute extrémité, leva les bras au ciel : ´ Seigneur le demandez-vous ? sa mère vous le rend, mais si vous me le conservez, je vous le consacre ; il sera tout à vous. ª Mais le divin Maître avait sur le jeune malade des vues particulières, il le conserva à sa mère. Celle-ci conduisit son enfant à Lourdes pour l’offrir à Jésus par les mains de Marie, afin qu’il devint prêtre ; et, de retour à Nîmes, elle le présenta comme aspirant au sacerdoce à M. l’abbé C. Ferry, supérieur de la maîtrise de la cathédrale, où il avait déjà commencé ses études.

Elève intelligent et vertueux, Gustave Leroy puisa bien vite à la maîtrise, avec les principes d’une solide piété, l’amour de la régularité, du travail et de la prière. A l’ombre du sanctuaire, se développèrent chez lui un go˚t prononcé pour le chant et les cérémonies de l’église, un talent remarquable pour la musique sacrée. En même temps le bon Dieu lui donnait un attrait singulier pour la vie de missionnaire. Sa rhétorique terminée, il fit part à sa mère de son projet de se consacrer aux missions ; et Mme Leroy, en qui la foi exaltait la générosité, se déclara heureuse de pouvoir offrir au bon Dieu son plus grand sacrifice, celui du seul fils qui lui restait.

En septembre 1881, Gustave Leroy arrivait au Séminaire des Missions Étrangères de Paris, simple comme un enfant. Les aspirants missionnaires le reçurent à bras ouverts ; pour le Benjamin de la communauté, à la romance du gai bonjour on ajouta toutes sortes de tendresses et de délicates attentions. A la salle des Martyrs, où ses nouveaux amis le conduisirent après lui avoir souhaité la bienvenue, le futur apôtre offrit sa vie au bon Dieu et le pria de lui accorder la gr‚ce de persévérer jusqu’à la mort dans sa vocation sainte, la gr‚ce aussi de verser son sang pour Jésus-Christ. Depuis trois ans, M. Favreau professait le cours de philosophie institué au Séminaire en 1878, Gustave Leroy fut un de ses bons élèves. Sous la sage direction d’anciens missionnaires, hommes vertueux et pleins de science, de plus en plus se développa chez lui la meilleure des piétés.

Le pieux lévite reçut les quatre ordres mineurs en mars 1884. ´ Pour le bon Dieu ! ª voilà, désormais, écrit-il, la devise de ma vie. Heureux, ce sera mon cri de joie ; fatigué, méprisé, abandonné, je le redirai encore ; mourant, ce sera mon dernier mot ª. Le 7 mars 1886, il était ordonné sous-diacre. Six mois plus tard, ses études théologiques terminées, comme il était trop jeune encore pour être promu au sacerdoce dans l’année, on l’envoya comme « socius » à Rome, du procureur général de la Société des Missions Etrangères, M. Cazenave. Ordonné diacre à Saint-Jean-de-Latran, le 5 mars 1887, il revint à Paris pour sa préparation immédiate à la prêtrise, qu’il reçut le 27 mai de la même année. Deux mois après, il quittait sa mère chérie et la belle France, et s’en allait aux Indes pour y consacrer sa vie au salut des ‚mes dans la mission de Pondichéry

Quand le jeune Père débarqua à Pondichéry au mois d’août 1887, la hiérarchie catholique était établie dans les Indes depuis un an environ et nos missions y formaient une province ecclésiastique. Pondichéry était devenu archevêché, ayant pour suffragant Mysore et Coimbatore. La Préfecture apostolique de Pondichéry, naguère sous la juridiction des Religieux du Saint-Esprit et du Saint Cœur de Marie, ayant cessé d’exister, son territoire avait été joint à l’archidiocèse. Celui-ci se développait alors sur une étendue de 220 kilomètres du Sud au Nord et de 240 de l’Est à l’Ouest ; il possédait 206.350 catholiques sur une population totale de 7.500.000 habitants. Dans ce vaste champ d’apostolat, les ouvriers évangéliques étaient au nombre de 119, dont 32 prêtres indigènes. Vingt-cinq prêtres professaient dans les Séminaires ou collèges ; les autres, dans les « pangous » ou districts, étaient chargés des travaux de nature très diverse que comportent l’administration des chrétiens et l’évangélisation des païens.

La Société des Missions Etrangères ayant accepté la direction du Collège colonial de Pondichéry, M. Leroy fut chargé de la classe de cinquième. Pendant sept ans, tout au devoir, il professa, et sa sociabilité, sa délicatesse le rendirent cher à tous.

En 1894, M. Paillot, ayant été nommé principal du collège, ce fut avec une véritable joie que le jeune professeur accepta de le remplacer provisoirement à la paroisse européenne. Pendant un an, il fut, avec M. Francazal, le très dévoué vicaire du vénérable Père Godet. Nombre de familles bien chrétiennes de la ´ ville blanche ª conservent avec vénération la mémoire de M. Leroy.

En septembre 1895, Mgr Gandy lui confia la direction du petit Séminaire où se trouvent en grand nombre des externes qui se destinent aux carrières civiles, il y avait alors près de 400 élèves : chrétiens, païens, et musulmans.

M. Leroy s’était mis à l’étude de l’Inde, il publia bientôt une nouvelle édition du célèbre ouvrage du P. Dubois : Mœurs, institutions et cérémonies des peuples de l’Inde. Sous son habile direction, l’établissement prospérait et l’harmonie y régnait lorsque, en 1899, le gouvernement français décréta la laïcisation.

Relevés de leurs fonctions au collège et congédiés sous prétexte que l’enseignement secondaire, luxe inutile pour l’Inde française, allait être supprimé dans la colonie, les prêtres des Missions Etrangères se trouvèrent dans la nécessité de transformer leur petit Séminaire qui, depuis sa fondation en 1850, avait été réservé aux enfants et jeunes gens indiens des castes supérieures. Ce privilège fut aboli et M. Leroy fit connaître en ville que les portes du vieil établissement seraient désormais ouvertes à tout le monde, aux Européens comme aux Indiens, aux Parias comme aux Choutres. Mais, au nom d’un prétendu droit consacré par le temps, au nom des intérêts supérieurs de la religion, des chrétiens de la haute caste supplièrent le supérieur du petit Séminaire et l’autorité diocésaine de renoncer à pareille réforme. M. Leroy leur donna de bons airs et Monseigneur l’Archevêque sa bénédiction. Au lieu de s’incliner respectueusement sous la main bénissante du pieux et doux prélat, ces Messieurs se retirèrent exaspérés ; et le lendemain, 18 septembre 1899, par ordre de certains notables chrétiens, dont toute la ferveur allait au culte de la caste, aucun élève choutre ne mit les pieds au petit Séminaire. Cette grève dura quarante-huit heures. Le troisième jour, seuls boudaient quelques grincheux ; et ce fut en vain que d’autres mécontents cherchèrent à semer la discorde parmi les confrères du Sacré-Cœur, tous Indiens de castes honorables.

Il fut nommé, quelque temps après, supérieur au séminaire-collège de Karikal. Durant quatre ans, dans cette petite ville française chef-lieu d’un district de près de 6.000 chrétiens, le principal du collège se dépensa sans compter pour le bien de ses élèves. Et maintes fois, il se fit un plaisir de prêter le concours de ses talents et le secours de son ministère aux missionnaires chargés de la paroisse.

Enfin, récompense des millions d’actes de patience et de dévouement que représente une quinzaine d’années d’enseignement dans les collèges de l’Inde, M. Leroy obtint du bon Dieu, vers la fin de 1904, le genre de vie qu’enfant il avait rêvé et pour la réalisation duquel il avait d˚ se renoncer ! Après six mois passés à Viriour, il fut envoyé  en 1905 à Eraiyour, chef-lieu de l’un des plus importants et des meilleurs districts de la Mission de Pondichéry. C’est le centre d’un pangou dans lequel vivent quatre milliers de chrétiens, la plupart appartiennent aux castes, peu considérées dans le pays, des Vanniers et des Otters. Les castes réputées supérieures n’y sont représentées que par une trentaine d’individus rettys, vellages ou mondelys. Le reste comprend plus de 1.500 parias petits cultivateurs, souvent à court de riz ou de menus grains, et traînant une existence plutôt pénible. Les Otters et les Parias sont disséminés dans une cinquantaine de villages dont les six principaux possèdent une petite chapelle d’administration. Presque tous les Vanniers se groupent autour de la belle église neuve du chef-lieu, près de laquelle se trouve un grand presbytère, bâti pendant la famine de 1876-77.

M. Leroy qui succédait à de vaillants ouvriers évangéliques, se trouva à la tête d’un pangou modèle. Pour attirer sur son ministère et sur son troupeau les bénédictions du ciel et la protection spéciale de la Sainte Vierge, il établit tout d’abord, en son église d’Eraiyour l’Adoration perpétuelle en union avec Montmartre et érigea la confrérie du Très-Saint-Rosaire. Appuyé sur Jésus et Marie, il s’appliqua ensuite à continuer le travail de ses devanciers et à développer les œuvres établies au chef-lieu et dans les stations secondaires du district.

Chaque année, en rendant compte de son administration, M. Leroy donnait des chiffres absolument exacts qui en disaient long sur la magnifique somme de travail réalisée dans le pangou d’Eraiyour.

Homme de talents supérieurs et prêtre très distingué, il se délecta à mener ´ dans les terres ª, durant quatorze années, la vie des ouvriers apostoliques. Loin de la civilisation de Pondichéry et des autres cités importantes de la Mission, où il aurait pu faire merveille ; en pleine campagne indienne où il devait renoncer à toutes les délicatesses, voire même à tous les besoins du corps ; au milieu de pauvres Parias et de petites gens dédaignés, il mena une vie cachée ignorée du monde, faite d’immolations quotidiennes, mais aussi de tout ce qui constitue le devoir d’état, et cette vie sanctifiée pourrait servir de réponse à ceux qui, en pays de mission, rêvant de faire de grandes choses ou des actions extraordinaires, négligent de remplir les humbles devoirs de leur tâche de chaque jour.

Il fut un travailleur acharné dans le champ de l’apostolat. Que ne lui doivent pas ses fidèles !

Grâce à ses soins, Eraiyour était devenu l’une des meilleures paroisses de l’archidiocèse.

Il m’est bien doux, écrivait en 1911, Monseigneur l’Archevêque, de citer comme un exemple, que les autres missionnaires s’efforceront d’imiter, le district d’Eraiyour, où M. Leroy secondé par M. Tesson, s’est fait un devoir d’obéir à la lettre, aux ordres du Souverain Pontife. Ce confrère a rédigé et fait imprimer un tout petit catéchisme contenant les vérités essentielles ; il l’a fait apprendre à tout son petit monde ; il a catéchisé lui-même pendant des journées entières et disposé ainsi des centaines de jeunes ‚mes à répondre à l’appel du divin Maître : ´ Laissez venir à moi les petits enfants ª. Lors de ma visite, en un seul jour, nous avons entendu la confession de près de quatre cents de ces jeunes enfants. Je ne saurais dire quelle intime satisfaction j’ai éprouvée. ª En 1916, M. Leroy eut la joie d’envoyer au Séminaire un enfant d’Eraiyour et, l’année suivante, une jeune fille, également de sa paroisse au noviciat des religieuses du Saint-Cœur de Marie. Chaque année de 1905 à 1918, une moyenne de 150 enfants bien préparés firent leur première communion. La moyenne des confessions des petits enfants avant la première communion fut de 400 par an.

Les diverses fêtes de l’année et, en particulier, le premier vendredi du mois, sont toujours célébrés à Eraiyour, avec solennité, mais aussi avec une piété qui inonde de joie le cœur du missionnaire. Le nombre des confessions répétées et des communions de dévotion prouve qu’une abondante sève de vie spirituelle anime la chrétienté, il atteste en même temps l’inlassable assiduité du prêtre au confessionnal. Dans les comptes d’administration de M. Leroy, le chiffre annuel minimum des confessions est de 11.022 ; le chiffre maximum est de 17.958. Pour les communions, les chiffres ne sont pas moins éloquents ; de 1914 à 1916, ils avaient plus que doublé.

S’il y eut ensuite un fléchissement, c’est que M. Leroy dut remplacer, dans le pangou de Conancoupam, le P. Daniel, mobilisé ; or c’était un supplément de 2.500 chrétiens dispersés dans 70 villages.

A Eraiyour, le nombre des catholiques avait atteint 4.934 en 1918, à cause de l’excédent des naissances. Entre 1905 et 1918, le chiffre annuel minimum des baptêmes d’enfants, nés de parents chrétiens, avait été de 160 et le chiffre maximum de 232. Dans l’espace de ces treize ans, la moyenne annuelle des mariages fut de 44, celle des viatiques de 41, celle des extrêmes-onctions de 49. La moitié des visites aux malades exigeait de pénibles tournées en charrette à bœufs, le plus souvent à travers les champs, sur des sables brûlants ou dans la brousse pleine de fondrières. Et il n’hésitait jamais à partir quand on l’appelait pour administrer les derniers sacrements.

Au moins deux fois l’an, le Père s’en allait faire la « visaranei », ou visite pastorale en chacune des stations secondaires pourvues d’un oratoire. Il travaillait pendant quelques jours à prêcher, à confesser, à dirimer les querelles ou procès, à se rendre compte de la situation de la chrétienté, à donner à tous de bons conseils. Ces tournées lui plaisaient, car à l’exemple du divin Maître, il aimait à aller au peuple et à exercer son ministère partout où il y avait des âmes à sauver. Bref, M. Leroy pratiqua la méthode d’apostolat que Saint Paul jugeait la meilleure : avec simplicité, dévouement et charité.

Il fut un homme intérieur, un prêtre de haute piété, qualité essentielle pour un missionnaire. La vie active, qui lui permettait de se faire tout à tous n’était chez lui que le débordement de la vie intérieure. Consacré sans réserve aux œuvres de l’apostolat, il se pénétrait de Dieu pour lui donner des ‚mes.

Dès son arrivée dans la Mission de Pondichéry, il se trouva entouré de missionnaires qui, par l’étude approfondie des sciences sacrées, étaient devenus éminents en vertu et féconds en apostolat. A leur école, il s’efforça de mettre l’étude de la théologie à la base de sa vie, il en alimenta sa piété. Il consacra aux études ecclésiastiques à peu près tout le temps qui lui laissaient ses exercices de piété, les fonctions de son ministère.

Pour ne pas s’exposer à défigurer le Message de la bonne nouvelle par défaut d’ordre et de plan, M. Leroy s’était fait une règle d’écrire ses sermons. Nous en avons presque tous les manuscrits ainsi que ceux des retraites prêchées à des prêtres ou à des religieuses.

Conformément à l’Encyclique de Pie X, sur l’enseignement de la doctrine chrétienne. M. Leroy donnait, chaque dimanche, dans la soirée, entre la récitation du chapelet et le salut du Saint-Sacrement, une instruction catéchistique. Et ses leçons toujours bien préparées ont contribué efficacement à affermir la foi dans son excellente chrétienté.

Sa charité, toujours en éveil, était surtout compatissante aux enfants, aux vieillards et aux malades. Pour soigner ses chrétiens, en temps d’épidémie, il n’épargna rien, pas même sa vie. Il était heureux d’aller chaque jour inspecter ses écoles, de récompenser les bons élèves, d’encourager le dévouement des maîtres et des maîtresses. A l’exemple de l’apôtre des Indes, il aimait, dans son apostolat, à se servir des enfants et mettait toute sa confiance en leurs prières. En 1911, à Sojanandibouram où il achevait la construction d’une chapelle dédiée à Notre-Dame de Lourdes, ses Otters se montraient admirables de bonne volonté pour terminer ce long travail ; mais leurs récoltes ayant été détruites par la sécheresse, tous vivaient dans la gêne. ´ Un jour, écrit le Père à son archevêque, voyant mes pauvres gens désolés, je fis prier les enfants du couvent qui venaient de se confesser ; le soir même une bonne pluie arrosait les terres desséchées. ª

A la paroisse de Notre-Dame des Anges de Pondichéry, il prodiguait ses secours avec sollicitude aux vieillards pauvres.

A la Mission, au petit Séminaire, à Karikal, il était vraiment tout cœur pour les anciens missionnaires. Vit-on jamais confrère plus aimable pour les Pères qui venaient de l’intérieur du pays chercher au centre de la Mission, le délassement physique et le réconfortant moral qui relèvent, raniment et fortifient ? Aux vétérans de l’apostolat il témoignait une affection particulière

Dans ´ les terres ª, les vieillards indiens trouvèrent en lui un ami véritable, mais ce qui lui concilia toutes les sympathies, ce fut le soin qu’il prenait des malades. Ses connaissances médicales lui avaient valu dans le pays la réputation d’un docteur émérite. Aussi chaque matin voyait-on quantité de chrétiens et de païens arriver dans l’enclos de l’église d’Eraiyour pour avoir des remèdes. Un peu d’onguent, deux ou trois pilules, une pincée de poudre, valurent souvent au Père le bonheur de verser l’eau baptismale sur la tête des petits enfants païens en danger de mort. Et parfois des païens adultes s’en allèrent, eux aussi, du dispensaire au ciel, après avoir reçu le baptême à l’article de la mort.

En 1913, le Père d’Eraiyour avait célébré dans l’allégresse le vingt-cinquième anniversaire de son ordination sacerdotale, mais il avait aussi ressenti le plus profond chagrin de sa vie : sa bonne mère était morte. Depuis lors, sa santé chancela, mais son dévouement resta le même. Aussi se dépensa-t-il sans compter dans le vaste district de Conancoupam  qu’il administra après le départ de M. Daniel, mobilisé.

En1918, le pays étant ravagé par l’influenza, M. Leroy se multipliait auprès des malades et s’oubliait si bien pour les secourir, qu’il se tuait. Un jour, gravement atteint par la grippe infectieuse, il s’alita et reçut l’extrême-onction de la main d’un prêtre accouru de loin à son chevet. Dix jours après, se sentant moins mal, il se fit porter sur une chaise auprès des moribonds pour les administrer ; mais il ne suffisait pas à la besogne, il pria son voisin de Viriour de venir l’aider. Tous deux, quoique malades eux-mêmes, administrèrent en quinze jours, 170 extrêmes-onctions.

Au milieu de janvier 1919, M. Leroy quoique exténué, crut devoir aller à la fête patronale de Conancoupam pour faire l’administration de ses stations secondaires. Mais si son zèle n’avait toujours pas de bornes, il n’en était pas de même de ses forces : elles trahirent son courage. Il revint à son chef-lieu très déprimé et des complications broncho-pulmonaires l’obligèrent à s’aliter de nouveau. Il prévint aussitôt son archevêque et, sentant sa vie partir, il écrivit dans son testament : ´ Je pardonne à tous et tout ; je prie tout le monde de me pardonner de bon cœur. Que Dieu sauve mes chrétiens et les amène à observer le dimanche dans tout le district. Je les bénis tous du fond du cœur ; qu’ils prient pour moi… A toi, mon Jésus pour l’éternité! ª Puis sur l’ordre de Mgr Morel il alla se reposer au Servamalai.

M. Leroy souffrait non seulement de la poitrine, mais aussi d’une affection cardiaque ; il se vit contraint d’aller à l’hôpital Sainte-Marthe de Bangalore. Là, en dépit des soins les plus attentifs, son état ne fit qu’empirer. Après avoir reçu le sacrement des mourants dans les sentiments de la plus édifiante piété, il voulut communier chaque jour.

Le samedi, 14 juin, Sœur Marie de Notre-Dame de la Garde, dit à son malade que probablement le bon Dieu ne tarderait pas à venir le chercher ; le cher Père répondit qu’il était prêt à partir. Le dimanche de la Trinité, vers une heure du matin, il perdit connaissance, deux heures plus tard il s’endormait dans la paix du Seigneur, sans secousse, sans plainte, sans effort, comme un bon ouvrier qui a fini sa journée.

Ce fut un grand deuil à Eraiyour, tout le village pleura. Et le jour des funérailles, l’assistance fut des plus édifiantes ; plus de huit cents fidèles, réellement émus par la disparition de leur pasteur, s’approchèrent de la sainte Table.