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 (Lettre du CIDIF n° 30-31 -octobre 2004-  page 53)

 

A partir de l’époque post-védique ou upanishadique, de nouveaux textes spécialisés apparaissent. Ils traitent des sujets spécifiques comme la grammaire, la philosophie, les mathématiques, la médecine ou la chirurgie, etc. Les dix siècles entre –500 et +500 ont été la période la plus faste pour la pensée scientifique indienne. Jusque vers le Xe ou le XIIe siècle après le Christ, ces traités seront périodiquement commentés et expliqués par des savants de premier ordre qui les mettront au goût du jour. Ces commentateurs rendront un grand service à la science car, grâce à leurs commentaires encore disponibles, on arrive à se faire une idée de l’œuvre originale souvent perdue. Cette longue tradition de création d’œuvres et de commentaires se perpétuera pendant très longtemps. Très souvent l’œuvre originale porte le nom de son auteur comme la Charaka Samhita, premier traité de médecine de Charaka du VIIe siècle avant le Christ. Mais la recension dont nous disposons ne daterait que du IIe siècle après le Christ, l’original étant perdu. Il en est de même du Susruta Samhita, le remarquable traité de chirurgie de Susruta, chirurgien du IVe ou IIIe siècle avant le Christ. Et tout le monde connaît le célèbre Aryabhatiya, le Traité de mathématiques d’Aryabhatiya du Ve siècle.

Charaka, l’auteur du Charaka Samhita, dans le chapitre intitulé « La quête de la longévité », appelle la médecine tantôt la science de la longévité, tantôt la science de la vie. Cette science a été enseignée par le dieu Brahma lui-même aux deux Ashvin qui, à leur tour, l’ont inculquée au dieu Indra qui va l’enseigner au Sage Bharadvaja.

Ce dernier et tous les autres sages réunis sur les « pentes sacrées » des Himalayas arrivèrent à la constatation que les maladies étaient autant d’obstacles à l’austérité, au jeûne, à la poursuite des études, à la continence, à tous les vœux des humains en général et à ceux des grands Sages en particulier, alors que la bonne santé est la base suprême de la vertu, de la richesse, du plaisir et du salut, pratiquement de tout ce pourquoi les hommes sont sur cette terre. Les maladies empêchent les progrès de l’humanité. Sur cette constatation, ils entrent tous en méditation.

C’est au sortir de cette longue méditation que Bharadvaja fut désigné par ses pairs pour aller apprendre la science de la vie auprès d’Indra.

Bharadvaja[1] est considéré comme le père de la médecine indienne et le fondateur de l’Ayurveda[2] dont le premier enseignant était son disciple Atreya Punarvasu, qui avait lui-même six disciples remarquables dont le très célèbre Agnivesa qui devint l’éminent compilateur de cette science. Charaka parle de lui en des termes élogieux :

« C’est grâce à l’excellence de son intellect, et non à cause d’une quelconque différence dans l’enseignement du Maître en sa faveur, que Agnivesa devint l’éminent compilateur de cette science. »

Ses cinq autres condisciples[3] firent leurs propres compilations qui furent soumises à d’Atreya et de l’Assemblée des Sages. Dès qu’elles furent approuvées par acclamation par les grands Sages présents, « les déesses de la Lumière, de l’Entendement, du Succès, de la Mémoire, du Génie, de la Résolution, de l’Eloquence, du Pardon et de la Compassion entrèrent en Agnivesa et les autres » (Charaka Samhita, 39).

Atreya est considéré comme le fondateur d’une célèbre académie de médecine dans laquelle il organisait, avec l’aide de ses disciples exceptionnellement doués, des symposiums sur des sujets variés. La poursuite de la connaissance se faisait sous forme de « débats amicaux ». C’est à l’occasion de ces débats-discussions qu’apparaissent les premiers rudiments de la logique indienne appliquée à la médecine et à la physiologie. Cette logique s’épanouira plus tard dans le système de la philosophie Nyaya de Gautama, mais alors ce sera au profit de la métaphysique et de la pensée philosophique.

Les expériences individuelles dans les domaines des soins et de l’hygiène rassemblées et codifiées lors de ces symposiums forment la base de l’Ayurveda, le Traité des sciences médicales indiennes, que ce soit en médecine proprement dite, en chirurgie ou en obstétrique. Les versets du Rig Veda suivent pas à pas le progrès de l’homme dans le domaine médical. C’est en observant les carcasses d’animaux[4] lors des sacrifices sanglants et dans certaines régions, c’est en pratiquant la vivisection, que l’anatomie a été maîtrisée. Lorsque les sacrifices et la vivisection seront prohibés par le pouvoir bouddhiste, la formation des chirurgiens se contentera des descriptions des textes antérieurs. Certains commentateurs zélés iront même jusqu’à supprimer ou occulter ces passages « sanglants » dans les textes anciens, provoquant ainsi le début de la régression scientifique en Inde.

La chirurgie est une science très ancienne qui plonge ses racines dans la protohistoire sinon dans la préhistoire. Les Egyptiens anciens la pratiquaient ainsi que la civilisation de l’Indus. On y a trouvé des crânes qui ont subi la trépanation. Cette tradition multimillénaire a dû se transmettre et se perpétuer jusqu’à l’époque védique et plus tard. Le premier chirurgien indien qui ait laissé des écrits sur cette science est Susruta[5]. Dans son traité le Susruta Samhita, cet éminent chirurgien fait preuve d’une grande érudition et d’une méthodologie rigoureuse qui se comparent favorablement avec les textes modernes. Il arrange méthodiquement les différentes expériences chirurgicales et les pratiques des chirurgiens plus anciens. Il dénombre 125 instruments chirurgicaux différents (beaucoup de ces instruments sont pratiquement en usage encore aujourd’hui). Il parle également de ceux que ses lointains prédécesseurs utilisaient tels que les tessons de verre et l’écorce de bambou. Il conseille aux futurs chirurgiens d’imaginer et d’inventer de nouveaux instruments en fonction des besoins.

Il pratique la lobotomie avec beaucoup d’ingéniosité, de maîtrise et d’adresse. Pour recoudre les deux bouts de l’intestin qu’il vient d’opérer, il pose à des endroits adéquats des fourmis noires qui tiennent par leurs mandibules les deux bouts à suturer, et il leur coupe l’abdomen. Ces têtes inertes s’y maintiennent jusqu’à la guérison puis se résorbent comme le fait le catgut moderne en tissu animal.

C’est à lui que l’on attribue la technique de la chirurgie plastique du nez et de l’oreille en prélevant la peau du cou. Des 76 variétés de maladies des yeux qu’il recense, 51 relèvent, dit-il, de la chirurgie. Et il décrit chaque opération de façon élaborée. Dans la plupart des cas, les méthodes modernes ne sont guère meilleures. De même en obstétrique, l’utilisation du forceps et de la césarienne était courante. Il préconise des méthodes d’asepsie comme la fumigation à la vapeur de moutarde blanche, à la feuille de neem, à la résine de certains arbres, de la pièce qui abrite la parturiente ou tout autre patient, sans connaître, pourtant, l’existence de micro-organismes comme les bactéries, les bacilles, etc.

Susruta était aussi célèbre pour ses extractions de calculs. Il développe la méthode à utiliser dans un rare cas de « Sukrasmari » (il s’agit de concrétion produite par le liquide séminal chez l’homme). L’existence de cette pathologie inconnue n’a été découverte ou redécouverte qu’au XXe siècle par des médecins occidentaux. De tous les scientifiques indiens de ces temps reculés, Susruta semble être le savant le plus « moderne » par sa pensée, ses techniques, sa vision scientifique et aussi par son comportement. Il devait jouir d’un très grand prestige, car il a pu se permettre de passer outre ou de contourner avec impunité les tabous religieux et les interdits sociaux de son époque. Les conseils qu’il prodigue à ses disciples n’ont rien à envier au célèbre serment d’Hippocrate.

Les sciences médicales, que ce soit sous l’aspect fondamental (anatomie, pathologie, physiologie), l’aspect préventif (asepsie, diététique), l’aspect curatif (pharmacologie, thérapeutique) ou l’aspect opératoire (chirurgie), les mathématiques (arithmétique, géométrie), l’astronomie (astrologie) etc. sont toutes sorties de l’observation des phénomènes ambiants pour aboutir à des applications pratiques pour améliorer le bien-être de l’humanité, le but ultime. Bien-être au sens le plus large, le plus englobant possible : bien-être spirituel, psychique, physique, matériel …

Il existe également des domaines où l’esprit spéculatif a donné autant d’importance à l’observation qu’au raisonnement, spécialement dans le cas où cette observation n’était pas possible. Deux domaines en particulier ont été étudiés en profondeur sans pouvoir bénéficier de l’observation et de l’expérimentation et sans pouvoir en tirer des bénéfices pratiques appliqués : l’Esprit et la Matière. On connaît l’existence de plusieurs écoles qui postulent leur co-éternité. De même qu’il en existe qui postulent la primauté de l’Esprit sur la matière (c’est le cas de beaucoup d’écoles orthodoxes), il existe aussi des écoles qui postulent l’autosuffisance de la matière capable d’évolution pour arriver à la vie et à la conscience (c’est le cas de beaucoup d’écoles hétérodoxes).

Ainsi, les écoles de philosophie ne demeurent pas en reste dans l’analyse scientifique. Les écoles théistes poussèrent leurs recherches pour aboutir à des sommets en matière de métaphysique[6] et de théologie. Les écoles agnostiques ou matérialistes, quant à elle, étudièrent la matière et son comportement et arrivèrent, elles aussi, à des conclusions remarquables comme la loi de la causalité et la théorie atomique, entre autres.

La loi de la causalité est peut-être l’une de plus grandes découvertes de la pensée humaine permettant le progrès de la science. Dans l’histoire de la pensée indienne, Kanada[7] est le premier à avoir exploré la relation entre la cause et l’effet. Plus tard, elle s’est développée sous une forme modifiée dans l’école Samkhya et elle a subi aussi l’examen critique des écoles bouddhistes et des védantins.

Kanada, le fondateur de la première des six[8] écoles de philosophie orthodoxe, le Vaisesika, et son condisciple Gautama, le fondateur du système Nyaya, ont élaboré des doctrines très similaires. Leur méthode très rationnelle et intellectuelle est analytique et réaliste. Leur loi de la causalité et leur théorie atomique sont très proches, c’est pourquoi ces deux écoles peuvent être considérées comme une seule sous la désignation de Nyaya-Vaisesika.

En appliquant la loi de la causalité à l’analyse de la matière[9], ce système aboutit à la théorie atomique. Selon la théorie de Kanada à laquelle souscrit également Gautama, la matière s’analyse en « dravya » ou éléments. Sans entrer dans les détails du raisonnement rigoureux et logique de Kanada, il suffira de savoir que la « dravya » est constituée de « dvyanuka » que l’on pourrait traduire par « molécules faites de deux atomes », ou « tryanuka, » molécules composées de trois fois deux atomes, ou « caturanuka » composées de quatre « dvyanuka », et ainsi de suite. L’atome se nomme « paramanu ». La doctrine veut que la tryanuka et à fortiori la paramanu restent invisibles à cause de leur petitesse. Ce sont les combinaisons des molécules binaires (dvyanuka) qui produisent toute la matière existante. La doctrine ne va pas au-delà de l’atome, car il faut s’arrêter à un moment donné. La pensée indienne a une peur innée du « regressus ad infinitum », qui risquerait d’aboutir au sophisme de la flèche de Zénon qui n’atteint jamais son but.

La maya ou illusion induite par les sens a permis aux Indiens de se méfier des apparences et d’aller au-delà de la perception physique ; par contre, l’autre méfiance, exactement parallèle du sophisme, les a freinés et ne leur a pas permis d’envisager l’existence des particules subatomiques.

Le Nyaya-Vaisesika n’envisage que quatre catégories d’atomes correspondant aux quatre éléments ou dravya : la terre, l’air, le feu et l’eau. Les principales caractéristiques des paramanus selon la doctrine sont les suivantes :

1- Elles sont éternelles et indivisibles alors que les dvyanuka, tryanuka, etc. ne le sont pas.

2- Elles ne sont pas perceptibles par les sens, ni individuellement ni collectivement

3- Elles sont les causes matérielles ultimes de l’Univers.

4- Chacune d’elle possède sa propre quiddité qui la différencie des autres.

Dans la théorie atomique des Jaïns, l’atome est indifférencié. Chaque atome en se combinant à d’autres donne naissance à une variété infinie d’éléments. Dans les limites imposées par la doctrine, la matière peut subir des différenciations qualitatives. Ainsi la transmutation des éléments est possible, elle n’est pas qu’une vue abstraite de l’esprit, ni qu’un rêve d’alchimiste. On a vu plus haut que le Nyaya de Gautama a inventé la logique[10] qui est à la base du raisonnement scientifique. Le deuxième outil dont avaient besoin Kanada et Gautama est la maîtrise de la langue. Le raisonnement scientifique exigeait une langue rigoureusement efficace. Il est intéressant de noter que le sanskrit classique codifié par la grammaire de Panini[11] date de la même époque. Cette grammaire reste efficace à ce jour. Elle a permis à cette langue de l’élite intellectuelle, d’une part, de s’adapter en permanence aux nouvelles exigences et, d’autre part, de ne pas se laisser modifier par l’usure que l’usage populaire lui eût infligée inévitablement.

Il faut convenir que c’est la quête philosophique qui fournit les instruments de la poursuite scientifique comme la logique, le raisonnement, la déduction, l’analogie, l’analyse, la synthèse, l’usage rigoureux des mots et du langage etc. La grammaire du sanskrit classique de Panini (VIe s. av. J. -C.) est un monument de rigueur scientifique et un modèle du genre. Elle étudie l’étymologie, la morphologie, la syntaxe, la prosodie, la rhétorique, etc. et a fixé la langue pour toujours en la confisquant au peuple tout en ne mettant pas en danger la créativité ultérieure dans les domaines littéraires, philosophiques ou scientifiques, jusqu’à ce jour. Certes, il y a eu des commentateurs qui ont explicité pour les générations suivantes les aphorismes de Panini. Cette grammaire est à la base de toutes les grammaires du moyen indien et modernes. Même la grammaire de la langue tamoule qui n’est pas indo-européenne est basée sur celle de Panini.

La précision du mot et du langage a facilité la précision du raisonnement et a contribué à la démonstration scientifique grâce à la logique qui dispose d’un syllogisme à cinq composantes (contrairement à celui d’Aristote qui ne comporte que deux prémisses et une conclusion).

Comment s’opère la transmission de la connaissance ? Essentiellement de deux façons : premièrement par l’enseignement de maître à disciples pour les connaissances intellectuelles et de maître à apprentis pour les connaissances techniques. Dans ce système la déperdition des connaissances est grande, car le maître fait part à ses élèves ou disciples des résultats de ses recherches sans leur expliquer la démarche qu’il a suivie, et il n’est pas de bon ton de « demander des explications » au maître. Le meilleur ou le plus doué des disciples, dans son petit coin, essaie de reconstituer la démarche du maître et, s’il n’y réussit pas du premier coup, il attend avec patience que telle ou telle allusion du maître le mette sur la voie. Les autres disciples se contentent de retenir de mémoire ce qu’a dit le maître et ils le répéteront en permanence à leurs propres élèves. Seul le disciple studieux qui aura finalement reconstitué à force de persévérance et d’ingéniosité la démarche du maître sera représentatif de l’école de pensée de celui-ci. Par contre les apprentis qui assistent le maître dans ses travaux sont mieux lotis, car, grâce à leur participation, ils sont appelés à s’approprier les techniques mises au point et expérimentées par le maître. C’est pourquoi les métiers d’art et de technologie se transmettent très souvent de père en fils.

La deuxième méthode de propagation de la connaissance est la discussion entre maîtres. Il se peut qu’ils soient assistés par un ou deux de leurs meilleurs élèves privilégiés. Ces discussions ont lieu dans des symposiums ou séminaires. Ainsi le grand Sage Bharadvaja préside, vers –700, le premier symposium sur les plantes médicinales. Dans ces symposiums les spécialistes venus de près ou de loin mettent en commun leurs connaissances et discutent des méthodes et des résultats obtenus.

Les débats-discussions sont tellement fréquents et importants dans le domaine scientifique que toute une terminologie spécialisée a été inventée. Les méthodes varient selon que la discussion est hostile ou amicale, selon qu’il faille prouver ou convaincre, contrer ou appuyer une opinion. Cette technique élaborée de la discussion est si précise dans l’usage des mots et des arguments qu’à elle seule elle forme un corpus scientifique utilisable également dans d’autres domaines comme la philosophie, la psychologie, la linguistique, etc.

La diffusion des sciences hors des frontières historiques de l’Inde a emprunté également une troisième voie, celle de la propagation religieuse. Contrairement à l’hindouisme, religion aprosélytique, le bouddhisme avait une vocation mondiale. Sa propagation allait de pair avec la dissémination des connaissances indiennes. A l’instar de leurs homologues chrétiens des temps modernes, les missionnaires bouddhistes partis par les routes caravanières qui allaient devenir plus tard la Route de la Soie non seulement colportaient leurs idéaux, mais étaient devenus également les vecteurs des sciences indiennes[12]. Ils sont passés en Asie centrale puis, de là, vers la Méditerranée. C’est par ce même chemin, mais en sens inverse, que sont arrivées en Inde à des époques différentes les idées babyloniennes et grecques relatives à la géométrie et à l’astronomie.

La quête progressive de la cause première absolue a laissé tomber de son établi des copeaux appelés religion, philosophie et sciences. Si la religion retient l’homme un instant dans une posture statique, la philosophie le porte vers le « pourquoi ? » inaccessibles des choses et des êtres, et les sciences restent les modestes vecteurs des modestes découvertes des modestes « comment ? ».

Ce qui est singulier dans la recherche scientifique indienne ait qu’elle ait été capable de concevoir et d’exprimer avec une autre terminologie peut-être, mais avec la même certitude que les sciences modernes, l’existence des galaxies, la théorie des atomes et des molécules etc. uniquement par la perception, l’imagination, la déduction et l’intuition sans jamais éprouver jamais le besoin d’inventer des instruments matériels d’observation ou d’expérimentation comme la lunette astronomique ou le cyclotron, alors que dans le domaine des sciences appliquées, comme la chirurgie ou le bâtiment, des instruments sophistiqués de plus en plus précis ont été conçus et élaborés. Pour l’Indien, les calculs d’Adams eussent été suffisants pour prouver l’existence de Neptune ; la lunette de Le Verrier était superflue.

 



[1] Bharadvaja est issu d’une illustre lignée de philosophes et de savants qui remonte jusqu’à Atharvan, le compilateur de l’Atharva-Véda (le quatrième Véda). Il est considéré comme le père des sciences médicales indiennes.

Ce symposium qui s’est tenu dans la région des Himalayas est relaté par Charaka dans son traité le Charaka-Samhita. Il en donne également les noms des participants et raconte la légende de la mission de Bharadvaja auprès du dieu Indra pour apprendre la médecine. L’un des participants est originaire de la Bactriane.

[2]L’Ayurveda est aujourd’hui enseigné dans les facultés indiennes de médecine au même titre que l’allopathie ou médecine classique.

[3]Les condisciples d’Agnivesa sont : Bhela, Jakurtana, Parasara, Harita et Ksarapani.

[4] L’Aitareya Brahmana (Ait. Br. VIII, 1) contient des instructions précises pour pratiquer le dépeçage des animaux sacrificiels. Ces techniques étaient tenues secrètes par les prêtres brahmanes du sacrifice. Les maîtres et leurs disciples appartenaient à la caste des brahmanes, il leur était donc possible de participer aux rites sacrificiels et d’en profiter pour faire des « travaux pratiques » d’anatomie.

Le chirurgien Susruta préconise la dissection des cadavres humains dans la formation des futurs chirurgiens, malgré la prévention de l’époque contre les cadavres considérés comme impurs et polluants. Les apprentis chirurgiens s’exerçaient également sur les fruits et légumes pour apprendre à effectuer des opérations chirurgicales simples comme l’incision, l’extraction de corps solides, etc.

[5] Susruta (Ve siècle avant J.-C.) a écrit un traité célèbre le Susruta Samhita qui parle de la chirurgie et de l’obstétrique. Ce traité a été réécrit et commenté par un grand nombre de commentateurs de renom jusqu’au Xe siècle. Le texte le plus ancien qui nous soit parvenu daterait du IIe siècle.

La Charaka Samhita (la médecine) et le Susruta Samhita (la chirurgie) ont été traduits en arabe dès le VIIIe siècle, sous l’égide du Calife Al Mansur. De ces traductions ont été tirées les versions persane et latine.

[6] A vrai dire, l’Advaita de Shankara n’est pas théiste, quoiqu’en disent d’aucuns. Il représente l’absolutiste védantiste. Le Vishistadvaita de Ramanuja et le Dvaita de Madhva, par contre, représentent le déisme védantique.

L’absolutisme védantique de Shankara (VIIIe siècle) a une explication historique. Comme l’Advaita doit faire émerger l’Inde du bouddhisme et du jaïnisme, religions ambiantes de l’époque, Shankara adopte la même méthode de raisonnement logique que celle de ces religions agnostiques pour aboutir à l’Absolu qu’il nomme « Brahman » qui n’a rien de commun avec « Brahma » le dieu créateur du panthéon hindou.

[7] Kanada est un grand Sage des temps anciens. Il descend, dit la tradition, de la célèbre famille de Kasyapa. Il a vécu à Prabhasa (la moderne Pabhosa près d’Allahabad, l’ancienne Prayag) vers le VIe siècle avant le Christ. Il est aussi connu sous le nom de Aulukya, fils d’Uluka ou Kasyapa du nom de l’ancêtre de sa famille. En fait, Kanada n’est qu’un surnom qui veut dire « celui qui se nourrit de miettes » tant son austérité était grande. Cette vie austère plut au dieu Shiva, le grand Maître de toute connaissance. Il lui apparut sous les traits d’une chouette et lui enseigna, dit la légende, les sutras du Vaisesika.

[8] Les six systèmes de philosophie orthodoxe sont : Nyaya, Vaisesika, Samkhya, Yoga, Mimamsa et Vedanta. Très tôt, le Nyaya et le Vaisesika ont été associés parce que leurs doctrines sont très proches. Il en fut de même du Samkhya et du Yoga, deux systèmes également proches.

[9] Cette théorie atomique sera plus ou moins acceptée par toutes les écoles de philosophie à l’exception du Vedanta. Mais la doctrine du Nyaya-Vaisesika sera néanmoins critiquée dans ses détails. Les Jaïns avaient leur propre théorie atomique.

[10] Exemple de syllogisme indien :

1- Il y a le feu sur la montagne.

2- Car il y a de la fumée.

3- Quand il y a de la fumée, il y a le feu, ex : la cuisine.

4- Il y a de la fumée sur la montagne comme il advient toujours quand il y a du feu.

5- Donc, il y a le feu sur la montagne.

Le troisième terme correspond à la majeure d’Aristote, le second à la mineure et le premier à la conclusion. Le syllogisme indien a renversé l’ordre d’Aristote. Dans le syllogisme indien, l’exemple du troisième terme est considéré comme important à cause précisément de l’exemple. Les deux derniers termes sont considérés comme ajoutant de la force à l’argument !

Les Bouddhistes garderont seulement les 3 premiers termes et déclareront que les deux autres sont tautologiques.

[11] Certains auteurs pensent que Panini était un homme du Sud de l’Inde et qu’il a inventé cette grammaire pour mieux appréhender le sanskrit qui n’était pas sa langue maternelle.

Par un juste retour des choses, la première grammaire tamoule a été écrite, dit la tradition, par Agastya, un rishi du Nord de l’Inde qui est venu aryaniser le Pays Tamoul. Cette grammaire, l’« Agattyam » du nom de son auteur, est perdue.

Un de ses disciples, Tolkapiar, a composé le « Tolkapiam », disponible encore aujourd’hui. Le « Nannoul » est la grammaire tamoule de l’époque classique.

[12] Pocock, l’indianiste anglais, dans son livre India in Greece, explique que le mot Pythagore, ou Puthagoras en grec, viendrait de Buddhaguru, le maître bouddhiste.