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(Lettre du CIDIF n° 30-31 -octobre 2004-  page 127) 

 

Georges Chaffard

Les comptoirs français ont rejoint l’Union indienne, il y a cinquante ans cette année. Grâce à des témoignages, des études et des travaux de recherche, les lecteurs de La Lettre du CIDIF, au fil de ces quinze dernières années, ont pu prendre connaissance des conditions et des péripéties qui ont accompagné cet événement ainsi que ses conséquences. La presse française, d’une façon générale, n’a “couvert“ l’événement et ses suites que de façon succinte et parfois caricaturale. Ce ne fut pas le cas de Georges Chaffard.

Georges Chaffard, qui devait disparaître prématurément dans un accident d’automobile, a, dans son métier de journaliste, suivi avec une grande attention et un souci constant d’objectivité la fin de l’empire français et les espoirs mais aussi les désillusions de la construction de ce qui s’appelait l’Union française. Dans les années 1950, on trouve sa signature dans Esprit, les Temps Modernes, Le Monde, l’Express. En 1965, il faisait paraître chez Calmann-Lévy, où il dirigeait une collection, un livre qui est toujours une référence : Les carnets secrets de la décolonisation. C’est le chapitre de ce livre consacré à « l’abandon des Comptoirs de l’Inde » qui est reproduit ci-après.

Ce document constitue une relation honnête et vivante des événements qui conduisirent au traité de facto en 1954. Il ne semble pas contenir d’erreurs. On relève toutefois une omission : il ne signale pas la fin tragique du conseiller municipal de Yanaon, Samatam Krystaya, seule mort liée à cette période.

En revanche, il apparaît, à cette lecture, qu’il n’y a eu aucun marchandage à la Conférence de Genève sur l’Indochine entre Mendès-France et l’Inde, représentée par Khrisna Menon. Le problème des Comptoirs n’a pas été abordé à ce moment-là, même dans des discussions particulières.

Il ne semble pas que le livre de Georges Chaffard ait jamais été réédité. C’est pourtant une œuvre qui fait revivre nombre de protagonistes dans toute leur humanité, de Lambert Saravanne, le premier député de l’Inde française sous la IVe République, à Mgr Colas, l’archevèque de Pondichéry, en passant par des personnalités aussi diverses que Goubert, Tézenas du Montcel, Yves Perrier, le comte Ostrorog, Paquirissamipoullé, Maurice Shumann, Louis Jacquinot, Robert Buron, André Ménard et tant d’autres.

L’Inde française termine son existence à la Convention de Kijeour dans un vibrant hommage de son président, Balasoubramaniam, rendu à la France pour « la grande œuvre bienfaisante et impérissable accomplie dans cette vieille terre de Dupleix. » Hommage surprenant dans de telles circonstances politiques et qui n’est sans doute que l’expression d’une sincérité certaine.

Il faut lire ou relire Georges Chaffard.