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(Lettre du CIDIF n° 30-31 -octobre 2004-  page 144) 

La rupture franco-indienne.

Alors, le 24 octobre, le gouvernement de New Delhi dénonce officiellement l’accord de 1948. La note transmise par son ambassadeur à Paris en donne pour motif essentiel que « les conditions nécessaires à un référendum libre n’existent pas » dans nos quatre Etablissements du Sud. Le gouvernement français « n’a pris aucune mesure pour tenir compte des recommandations des observateurs neutres ». A Pondichéry, « des bandes armées de voyous arborent parfois le drapeau français et sont autorisées à opérer en toute impunité… »

En conséquence, le gouvernement de New Delhi « considère que des négociations devraient intervenir sur la base d’un transfert direct de ces territoires à l’Inde », et réitère l’assurance « de son désir d’y maintenir les droits culturels et autres, y compris la langue, les lois et les usages des habitants de ces établissements ».

Cette fois le Quai d’Orsay se réveille. Et par une note du 19 novembre, rédigée en un style courtois et précis qui est un modèle du genre, il répond au gouvernement indien. Sur le principe du référendum, la France maintient sa position : « Nulle cession, nul échange, nulle adjonction de territoire n’est valable sans le consentement des populations intéressées. » En ce qui concerne les incidents dénoncés par l’Inde, « ces indications ne concordent pas avec celles reçues de nos représentants dans ces Etablissements », qui mettent en cause, toujours, le fameux Dadala. Enfin, s’agissant des relations économiques entre les deux zones, « il est difficile au gouvernement français d’envisager… le retour pur et simple à l’Union douanière ». Toutefois, une note annexe du même jour précis qu’à défaut d’Union douanière, le gouvernement français est prêt à ouvrir, vers le 15 décembre des conversations « en vue de rétablir des relations économiques normales… ».

Cette petite guerre de notes approche du dénouement. Le 16 décembre, l’ambassade de l’Inde transmet la position définitive de son gouvernement : sa conviction a toujours été qu’il n’était pas d’autre moyen que l’Union douanière « pour rétablir un régime normal dans les relations commerciales et financières » entre les deux territoires. Mais en tout état de cause, ce problème est lui-même dépassé. Car « la situation dans les Etablissements français s’est aggravée à un tel point » depuis le mois de septembre, qu’aucun règlement sur quoi que ce soit n’est plus possible aujourd’hui hormis le transfert direct à l’Union indienne. C’est la rupture des pourparlers qui traînaient depuis 1948. Et New Delhi avertit Paris « qu’étant donné l’absence d’un accord d’Union douanière et la contrebande sur une large échelle des Etablissements français vers l’Inde, il est devenu nécessaire pour le gouvernement indien d’adopter toutes les mesures possibles pour arrêter cette contrebande ». En clair : on va vers un blocus renforcé des territoires français et un contrôle douanier de plus en plus sévère.

L’ancien député Lambert Saravane a repris son poste de professeur à Pondichéry. Il est le témoin lucide de cette époque. A des amis de Paris, il écrit : « J’assiste avec tristesse à la guerre froide que se livrent aujourd’hui l’Inde et la France. Comment en est-on arrivé là ? Je ne veux incriminer personne. Pourtant je suis convaincu, plus j’étudie la question, qu’il y a possibilité de trouver une solution amicale. » Il crie dans le désert.

 

Le commencement de la fin.

Début 1953, les Etablissements de Karikal et Pondichéry sont isolés par un double réseau de barbelés entre lesquels est ménagé un chemin de ronde. Au mois de mai, c’est le tour de Mahé, qui est coupée de ses dépendances enclavées en territoire indien. Le pont routier de Pallour, qui relie Mahé au village français de Pandaquel, est gardé par des policiers de l’Union indienne. Au mois de novembre 1953, le gouvernement de New Delhi signifie au commissaire de la République à Pondichéry son refus de proroger la convention de Metur sur la fourniture du courant électrique. Le courant est effectivement coupé le 2 janvier 1954, et l’usine commence à démonter son matériel… Les pompes électriques qui assurent l’irrigation des rizières sont stoppées. L’Inde, responsable des services postaux, arrête la distribution des colis venant de l’étranger, sous prétexte de contrebande. L’asphyxie des Comptoirs est en bonne voie. L’envoi des produits agricoles en provenance de l’Inde étant pratiquement suspendu, les autorités françaises tentent d’importer des céréales de Ceylan. Mais le gouvernement de Colombo, solidaire de celui de New Delhi dans la « lutte anticolonialiste », interdit les exportations vers nos établissements. L’Inde refuse de renouveler les licences d’importation de produits pétroliers à Pondichéry. La métropole doit entreprendre un effort financier exceptionnel au profit de ses Comptoirs, qui deviennent une lourde charge. On a bien décidé tardivement, depuis fin 1952, des mesures successives d’interdiction du commerce de l’or, mettant fin à la contrebande, dans le but d’apaiser l’Union indienne. Mais il est trop tard. Le mécanisme mis en marche par New Delhi ne peut plus être arrêté. L’interdiction du trafic de l’or entraîne d’ailleurs des conséquences aggravantes. Les ressources fiscales des territoires baissent rapidement. Pour faire face aux dépenses courantes, les autorités sont obligées de puiser dans le fonds de réserve de quatre millions de roupies, qui existe à Pondichéry comme dans toutes nos colonies en application d’un décret de 1912. Cette réserve sera bien vite mangée, et la métropole devra prendre en charge le déficit du budget local. Surtout, avec la fin des fructueux trafics de contrebande, on constate le refroidissement rapide du loyalisme de l’équipe Goubert. Privés de leur principale source de profits, les amis de l’ambitieux député sentent d’autre part la détermination française vaciller. Car à Paris, on ne nourrit guère d’illusions sur les chances de parer au blocus indien. Il ne sera pas possible de soutenir longtemps à bout de bras un territoire lointain dont les moyens habituels d’existence sont contrôlés par l’adversaire, et dont la survie n’est assurée artificiellement que par l’aide métropolitaine. Même l’envoi de troupes, outre qu’il est en contradiction avec les traités, serait un piège sans fin : leur présence ne ferait qu’accentuer le déséquilibre économique de nos Etablissements. Surtout, lorsqu’on a déjà sur les bras une guerre d’Indochine, on ne risque pas une expédition contre l’Inde.

Le sénateur de l’Inde française, M. Paquirissamipoulle, maire de Karikal, est rentré en janvier 1954 d’un séjour à Paris. Il a vu M. Georges Bidaut, alors ministre des Affaires étrangères, M. Louis Jacquinot, ministre de la France d’outre-mer. Il s’est entretenu aussi avec M. Maurice Schumann. Ses interlocuteurs ne lui ont pas caché qu’à plus ou moins long terme, on ne pourrait sans doute éviter la réunion des Comptoirs à l’Inde. On souhaite que cette mutation puisse s’accomplir dans les conditions les plus favorables pour la France. Comment ? On ne le sait pas encore, mais il appartient aux élus locaux d’aider le gouvernement à trouver une issue. Le sénateur, homme honnête, est revenu bouleversé. A quoi bon désormais faire campagne pour l’Union française ? A ses amis, il a rendu compte de sa mission à Paris. Les « goubertistes » flairent le vent. En affairistes conséquents, ils vont s’efforcer, pendant les premières semaines de 1954, de jouer sur deux tableaux. D’une part, on va prendre langue, secrètement, avec les autorités indiennes, pour préparer un éventuel ralliement. Mais d’autre part, on va tout faire pour que le « business » puisse reprendre, et d’abord, puisque le gouverneur Ménard se montre décidé à appliquer la nouvelle législation sur le commerce de l’or, demander sa tête à Paris en l’accusant… de défaitisme. Le jeu est habile. Car le gouvernement français, s’il en vient peu à peu à l’idée d’un transfert des Comptoirs, ne veut surtout pas que cela se sache ! On s’abstient, par exemple, de protester à New Delhi contre les mesures de blocus, car il ne faut surtout pas donner aux autorités indiennes l’impression que leur tactique est efficace… Le ministère de la France d’outre-mer prépare même une déclaration à diffuser à Pondichéry, réaffirmant que notre politique en Inde reste inchangée : maintien de la présence française.

Début février, le député Goubert envoie un télégramme en clair au ministre de la France d’outre-mer, attaquant violemment Ménard. Celui-ci est immédiatement convoqué à Paris où il arrive le 16 février. Mais il n’a pas quitté Pondichéry sans « biscuit ». A peine est-il en métropole qu’un second télégramme parvient rue Oudinot, émanant de personnalités pondichériennes. Rédigé à l’instigation de l’administration locale, ce message demande le maintien de M. Ménard, et proteste contre les allégations du député. Perplexité à Paris… Le commissaire de la République en profite pour renforcer sa défense : il déballe tout le dossier Goubert. Il a emporté avec lui les notes qu’il accumule depuis plusieurs années, à toutes fins utiles, sur l’industrieux ami de la France. M. Ménard obtient finalement gain de cause. Il retourne à Pondichéry le 3 mars, nanti d’une lettre de M. Louis Jacquinot datée du 28 février. Dans cette lettre, le ministre de la France d’outre-mer l’assure de la confiance du gouvernement pour maintenir dans nos établissements la présence française.

 

La « trahison » de Goubert

Le commissaire de la République rentre bien décidé à régler son compte à Goubert. Toutes les irrégularités tolérées depuis si longtemps sont brusquement jetées à la face du député : on n’a plus de raison de la ménager, maintenant que l’on sait qu’il a pris des assurances du côté indien. Et l’administration se sent solidaire de son chef depuis qu’il a obtenu de Paris confirmation de ses pouvoirs… Le trésorier-payeur général « découvre » soudain que Goubert cumule depuis 1951 son indemnité parlementaire avec son traitement de greffier en chef. La Direction des Finances demande son inculpation pour fraudes fiscales. Une instruction judiciaire est ouverte le 6 mars contre le député pour entrave à la liberté des enchères à propos de la vente de callou (alcool de palme). La justice suivant hypocritement son cours – car il y a cinq ou six ans et plus qu’on eût pu inculper Goubert pour les mêmes motifs –l’instruction aboutit, dans un premier temps, à l’arrestation de quatre des principaux agents de Goubert. L’homme fort de Pondichéry sent que sa fortune est en train de vaciller. Il est temps de rejeter la carte française et de jouer la carte indienne tenue en réserve. Il convoque pour le 18 mars tous ses amis et clients politiques des conseils municipaux du territoire et leur fait voter une résolution invitant le gouvernement français à transférer les Etablissements à l’Union indienne sans référendum, « selon le vœu des populations ». Le texte de la motion est aussitôt télégraphié en clair au ministre de la France d’outre-mer, et le 19 mars, le gouverneur Ménard, pris de court et furieux, ne peut que « rendre compte » à Paris. Le même jour, Goubert, fort de la caution des élus municipaux, prévient le commissaire de la République qu’il ne reconnaît plus la loi française ; et qu’en conséquence, passant outre l’interdiction de toute manifestation, il entend organiser pour le lendemain un grand défilé populaire pour l’intégration. M. Ménard répond qu’il est résolu à faire respecter l’ordre, au besoin par la force. Il ne dispose pour cela que de moyens modestes : sur l’ensemble du territoire de Pondichéry (8 communes, 200.000 habitants), on compte une dizaine de gendarmes européens, et environ 400 auxiliaires indigènes. On pourrait, à l’extrême limite, armer les 200 sous-officiers et soldats appartenant aux forces d’Indochine et actuellement en congé dans l’établissement. Mais on friserait l’acte illégal, à cause du fameux traité de 1814. Heureusement, la foule indienne manque de combativité. Et bien des partisans de Goubert s’effraient à l’heure de la rupture, de se voir entraînés si loin. L’arrestation des quatre agents électoraux du député a déjà donné à réfléchir. La manifestation est un fiasco. La rue n’a pas bougé. A l’heure prévue pour le défilé, le gouverneur Ménard et son épouse sortent ostensiblement en ville, sans escorte, pour une promenade au bazar. Les goubertistes sont restés chez eux…

L’épreuve de force a provisoirement tourné au désavantage de Goubert. Le député est furieux de l’apathie de ses partisans, et redoute à juste titre le ressentiment du gouverneur. Il n’entend pas, en demeurant inactif à Pondichéry, se laisser prendre dans une souricière. Dans la nuit du 25 au 26 mars, Goubert rompt les ponts. Avec son fidèle lieutenant Moutupoulle, maire de Pondichéry, et le conseiller du gouvernement chargé des Travaux publics, Moutoucoumarapareddiar, il passe en territoire indien. Dès le surlendemain, les compères équipés de camions avec haut-parleurs et suivis d’une bande de « volontaires » indiens, entreprennent en lisière des enclaves françaises une campagne de propagande pour le rattachement à l’Union indienne. On signale bientôt à leurs côtés le leader communiste Soubaya, ancien sénateur. Mais entre Soubaya et Goubert, les querelles sont fréquentes. Le communiste ne va pas tarder à faire bande à part avec ses propres partisans. Tout comme le célèbre Dadala, qui paraît doué d’ubiquité, et que l’administration coloniale, dans tous ses rapports, continue de qualifier imperturbablement de « déserteur français ».

 

La troisième mission de M. du Montcel

Le 24 mars, les conseillers municipaux de Karikal votent à leur tour une motion d’intégration dans l’Union indienne.

Le même jour à Paris, le conseil des ministres décide de renvoyer dans nos Comptoirs, en mission d’information, le « spécialiste » de la rue Oudinot : l’inspecteur général Tezenas du Montcel. Ce haut fonctionnaire connaît son métier. Des élus municipaux et territoriaux de Pondichéry, qu’il voit à plusieurs reprises, il obtient le vote d’une nouvelle motion corrigeant l’effet désastreux de la première. Certes, leur point de vue sur « l’accession inévitable de l’Inde française à l’Union indienne » est maintenu. Mais ces braves gens consentent à exprimer également « le vœu unanime de la population » de « rester un vivant témoignage de l’amitié de l’Inde et de la France ». Des municipalités de Yanaon et de Mahé, M. du Montcel obtient mieux encore : des motions unanimes en faveur de l’Union française. Ces municipalités, écrit dans son rapport l’inspecteur général, « ont saisi l’occasion de proclamer une fois de plus leur attachement à la France. Il convient même de noter que les clans politiques traditionnellement rivaux de Yanaon se sont mis pour une fois d’accord sur une résolution commune contre l’accession à l’Union indienne… ». Assurances qui tourneront vite en farce quand, trois semaines plus tard, les Yanaonais voteront avec la même spontanéité une motion exactement inverse, et que le gouverneur Ménard devra suspendre le maire ; quant à Mahé, fin juin, les élus locaux seront en fuite, soit ralliés aux partisans de l’Union indienne… Mais pour l’heure, M. du Montcel peut rapporter à Paris de bonnes motions… D’ailleurs, explique-t-il en substance dans son compte rendu de mission, les partisans de l’intégration, et notamment le « Mouvement de Libération » dirigé de l’extérieur par Goubert, ne doivent pas être pris au sérieux. Ces gens-là ne représentent rien et leur action « aurait déjà sombré dans le ridicule » (sic) si l’Inde ne la soutenait. Le malheur, c’est que l’Inde la soutient. Et là, M. du Montcel est suffisamment perspicace pour admettre que la partie n’est plus égale. Il a été reçu à New Delhi par M. R.K. Nehru, secrétaire d’Etat aux Affaires étrangères, et la conversation l’en a convaincu. « Il faut avoir le courage de ne pas se cacher la vérité, si désagréable soit-elle : nous n’avons pas actuellement les moyens de faire échec à la volonté bien arrêtée de l’Inde d’asphyxier nos Etablissements. Tout au plus pouvons-nous espérer un sursis… Nous devons donc à mon sens admettre le principe de l’intégration…condition sine qua non que posera l’Inde à l’ouverture de toute négociation. Nos efforts doivent tendre à obtenir une intégration à terme, aussi lente et aussi progressive que possible, et certaines garanties assurant la pérennité… de l’influence française. »

On comprend mieux dès lors que l’envoyé du ministère de la France d’outre-mer se soit efforcé d’obtenir des élus locaux des motions sur la sincérité desquelles il nourrit sans doute peu d’illusion : il s’agit de sauver la face, de gagner du temps pour se présenter à la négociation avec une carte point trop détériorée… C’est dans le même esprit, et probablement avec l’avis favorable de l’inspecteur général, que le commissaire de la République essaie de reconstituer, après la « trahison » de Goubert, un nouveau parti pro-français.  On pousse en avant à Pondichéry un magistrat, Duthamby, leader d’un fantomatique « parti démocrate de l’Inde française ». M. Ménard n’aime pas beaucoup Duthamby. Mais il n’a pas le choix pour colmater la brèche. Les fonds spéciaux permettront de « tenir » quelques mois… Le temps pour le gouvernement français de trouver une solution honorable…

Le rapport Tezenas du Montcel est remis au gouvernement le 11 avril. MM. Laniel, Bidaut et Jacquinot en retiennent essentiellement l’idée que la seule voie ouverte est celle de la négociation. Justement, quelques jours plus tôt, M. Nehru a fait à la tribune du Parlement indien une déclaration modérée invitant la France à discuter d’un « règlement amical ». L’occasion est propice. Le 16 avril, le président du Conseil écrit personnellement au Pandit Nehru, pour lui proposer la « recherche d’un arrangement ». Le Premier ministre indien répond le 23 : « L’initiative que vous avez prise à propos des Etablissements que la France possède encore en Inde est la bienvenue, et c’est avec joie que j’y souscris. » Et Nehru de suggérer « d’entrer en négociations actives tout de suite en vue de résoudre ce problème ».

 

La négociation manquée de mai-juin 1954.

Un échange de notes entre Paris et New Delhi va permettre de fixer au 14 mai, à Paris, la rencontre des deux délégations. Celle de l’Inde est dirigée par R.K. Nehru ; celle de la France par l’ambassadeur Guy de la Tournelle, directeur général des Affaires politiques au Quai d’Orsay. M. Georges Bidault est à Genève, retenu par la conférence sur l’Indochine qui s’est ouverte fin avril. Dien-Bien-Phu est tombé le 7 mai. Déjà on parle de l’éventualité d’une mission de l’Inde au Vietnam, dans le cas où une puissance neutre serait sollicitée de contrôler un accord de cesser le feu. Aussi a-t-on visiblement, du côté français, le souci de ménager le gouvernement de New Delhi. Mais les diplomates de carrière qui vont, à partir du 17 mai, mener les conversations sur les Comptoirs, doivent composer avec les fonctionnaires de la France d’outre-mer. Rue Oudinot, où on ne peut pas juger des problèmes selon les mêmes critères, on a du mal à admettre, quoi qu’on en dise, l’interférence de la « grande » négociation de Genève et de la « petite » négociation à Paris. M. de la Tournelle ne dispose pas de l’autorité nécessaire pour emporter une solution politique là où ses collègues de l’administration coloniale s’accrochent à une solution constitutionnelle, impliquant référendum. M. Louis Jacquinot, vétéran des combinaisons ministérielles, qui fut ministre sous la IIIe République et le sera toujours sous la Ve, a montré du courage sur les champs de bataille de deux guerres. Mais aux affaires de l’Etat, sa vocation d’homme à portefeuilles l’empêche de prendre des options tranchées. S’agissant, de surcroît, d’un territoire de l’Union française, on ne peut attendre de ce Lorrain de droite, quelle que soit sa lucidité, l’initiative d’une politique de décolonisation : elle serait trop contraire à sa formation première. Quant au secrétaire d’Etat aux Affaires étrangères, Maurice Schumann, il est surtout préoccupé à tenir à Paris la « base arrière » de son patron, Georges Bidault. Pour le reste, il a montré depuis longtemps, en dépit de sa grande intelligence, son aptitude à s’aligner sur les canevas préparés par les grands commis du Quai. Il « n’embêtera » pas M. de la Tournelle… Ainsi privée d’impulsion politique, la négociation sur les Comptoirs va rapidement s’embourber dans le marais du juridisme.

Les réunions se succèdent presque sans interruption du 17 mai au 4 juin, tous les après-midi au Quai d’Orsay.

La thèse indienne est que les différentes motions d’élus municipaux demandant l’intégration, l’existence d’un « mouvement de libération », la décision du parti majoritaire de se transformer en un « congrès de libération de l’Inde française », prouvent assez où va la volonté populaire, pour qu’il ne soit nul besoin d’un référendum. Si toutefois les exigences formelles de la constitution française rendent indispensable une consultation, l’Inde demande que pendant la période préparatoire certains services de l’administration locale soient placés sous son contrôle : surtout la police, afin que les représentants indiens puissent veiller eux-mêmes sur la régularité de l’opération, et la justice, pour empêcher d’éventuelles poursuites contre les partisans de l’intégration.

 La thèse française maintient, bien entendu, que la souveraineté sur les Comptoirs n’est pas transférable, même partiellement sans le consentement populaire. Quant au mode même de la consultation, on semble disposé, à Paris, à ne plus exiger un référendum formel. La notion de consultation populaire « souple » est pratiquement admise. Elle porterait non plus sur le principe même de l’intégration, mais sur l’acceptation ou le rejet d’un accord de transfert préalablement conclu entre les deux gouvernements. Mais il ne saurait être question pendant la période transitoire d’abdiquer ces parcelles de souveraineté que sont le contrôle de la police et de la justice. On pourrait à la rigueur admettre dans ces services une participation de « conseillers » indiens, sous l’autorité des titulaires français. On ira même jusqu’à envisager le transfert des Douanes, par référence à l’ancienne Union douanière. On finit par suggérer un système de cogestion, où le consul général de l’Inde serait adjoint au commissaire de la République.

La délégation de l’Inde maintient ses exigences sur le transfert de la Police et de la Justice, éventuellement du Trésor, acceptant seulement que des « conseillers » français soient adjoints aux chefs de service indiens.

Aucun compromis n’apparaissant possible sur ces bases, les deux parties décident, le 4 juin, de suspendre les négociations. Elles se sont déroulées de bout en bout dans un climat relativement amical. Mais c’est l’impasse.

 

La chute de Yanaon.

Cependant la situation des Comptoirs ne fait qu’empirer. Depuis le mois d’avril, tous nos ressortissants qui désirent se rendre d’une enclave à une autre sont tenus de solliciter un laissez-passer du Consulat général de l’Inde à Pondichéry. Ce qui revient à stopper quasiment les mouvements des personnes. Les bandes de Goubert, de Soubaya et de Dadala multiplient les incursions en territoire français et « libèrent » plusieurs « aldées » (parcelles enclavées). Le sort des villes est lui-même de plus en plus précaire. Mahé, Yanaon, Karikal, Pondichéry, sont pratiquement encerclées.

C’est Dadala qui mène l’offensive contre Yanaon. Les rapports officiels français le qualifient de « sous-officier déserteur des forces publiques ». Dans leur rapport de mission de 1951, les observateurs neutres mentionnent qu’un mémorandum leur a été remis « par un ancien officier de police des Etablissements, M. Dadala Ramanyya, qui a quitté son poste, ne voulant pas exécuter certains ordres qu’il jugeait contraires à son honneur d’Indien »…

Depuis fin avril, le Comptoir ne reçoit plus de vivres et les habitants ne peuvent pas sortir. Isolée de la mer par les alluvions du fleuve Godavery, Yanaon a cessé depuis longtemps d’être un port. Aucun secours donc à attendre du large. Le maire, soumis à des pressions quotidiennes, prononce son ralliement à l’Union indienne et s’enfuit. La vie de l’administrateur Sala, seul fonctionnaire métropolitain, est menacée. On s’attend d’un jour à l’autre à une attaque des irréguliers de Dadala, qui n’ont qu’un pont à franchir pour entrer en territoire français. Coupés de tout ravitaillement, M. Sala et ses vingt-trois policiers indigènes ne pourront tenir longtemps. Le 28 mai, le secrétaire général des Etablissements français, M. Escargueil, envoyé en mission à Yanaon, rend compte de la situation désespérée dans laquelle se trouve la ville. Le commissaire de la République, en accord avec le ministre de la France d’outre-mer, décide alors, pour éviter des incidents graves et une humiliation publique, d’évacuer sur Pondichéry l’administrateur Sala. Dans l’attente imminente des « volontaires » de l’Union indienne, il a confié l’intérim de ses pouvoirs à un magistrat franco-indien, M. Siva, juge de paix. L’ordre du gouverneur Ménard est d’éviter toute effusion de sang. Quand le 12 juin au soir, M. Siva est informé des préparatifs d’attaque, il prend la précaution de désarmer ses cipayes. Le 13, à l’aube, onze camions amènent à l’entrée du pont-frontière deux cents civils armés – qui seront identifiés comme des policiers militaires de l’Union indienne. Le poste de garde se replie en lançant derrière lui quelques grenades lacrymogènes. Les agresseurs pénètrent dans la ville en tirant des rafales de mitraillettes. Plusieurs cipayes sont blessés. Derrière les policiers militaires, qui auront dans l’ensemble un comportement correct, arrivent Dadala, l’ancien maire Madimechetty, et plusieurs centaines d’irréguliers civils. Ces derniers vont mettre à sac les demeures des fonctionnaires pro-français et molester les conseillers municipaux loyalistes. Dadala prend le contrôle de l’administration. La population reste en majorité indifférente. Un meeting en faveur de l’intégration doit être annulé, faute de participants…

 

Les dernières cartouches.

A Paris, le gouvernement Laniel est tombé le 11 juin, victime de l’émotion parlementaire consécutive aux revers d’Indochine. Rue Oudinot, M. Louis Jacquinot continuera à expédier les affaires courantes jusqu’au 17 juin. Un de ses derniers actes ministériels sera, le 5, de prescrire en cas de nécessité, pour Mahé et Karikal, un « décrochage » analogue à celui de Yanaon. Opération, a-t-on souligné en haut lieu, qui n’implique nullement un abandon de souveraineté, puisqu’il ne s’agit, en droit, que d’une passation de pouvoir à un fonctionnaire franco-indien…

Mais on n’a pas perdu tout espoir de reconstituer quelques atouts, en vue d’une éventuelle reprise des négociations. Le sénateur-maire de Karikal, Paquirissamipoulle, vient de séjourner longuement à Paris. Il est classé comme « intégrationniste modéré », resté en bons termes avec l’administration française. On lui a demandé de prendre contact avec Goubert et ses lieutenants, pour essayer de les rallier à une solution moyenne : le député reviendrait à Pondichéry ; on serait prêt pour cela à lui sacrifier le gouverneur Ménard. Un statut de très large autonomie serait concédé, unilatéralement, au Conseil de gouvernement contrôlé par Goubert et ses amis. A charge pour eux de négocier ensuite directement avec l’Union indienne. On escompte que Goubert, soucieux de défendre pied à pied ses nouvelles prérogatives, se montrerait suffisamment ferme et retors pour retarder d’un an ou deux l’inéluctable intégration, et finalement ne l’accepter qu’au plus haut prix…

L’administrateur Perrier, maintenant directeur des Affaires politiques de l’Inde française et lui-même d’origine franco-indienne, rentre de Paris muni d’instructions analogues. Mais Goubert et ses amis, l’ancien maire de Pondichéry, Moutoupoulle, l’ancien conseiller du gouvernement Moutoucoumarapareddiar, sont trop réalistes pour se prêter à cette combinaison tardive. Les jeux sont déjà faits. Ils vont tout raconter aux autorités indiennes. De son côté, le consul général de l’Inde à Pondichéry, l’habile et séduisant Kewal Singh, rencontre le sénateur Paquirissamipoulle, et n’a pas de peine à le convaincre de rester en dehors de toute manœuvre.

Si Paris nourrissait encore quelques illusions sur les suites de cette ultime tentative, nos propres services de renseignements s’en chargent d’en faire apparaître la vanité. Un « honorable correspondant du S.D.E.C.E.[1] subtilise la copie d’un rapport que le consul général Kewal Singh envoie à son gouvernement. Ce texte démontre noir sur blanc que nos efforts de dernière heure sont parfaitement connus de la partie adverse, y compris le simulacre de constitution d’un « Front pro-français » dirigé par Me Duthamby, avec quelques pensionnés de l’administration et de l’armée et de fonctionnaires franco-indiens. Nos dernières cartouches seront vite mouillées.

 

Evacuer ou négocier ?

Dès la rupture des négociations de Paris, le gouverneur Ménard, prévoyant des jours difficiles, avait demandé l’envoi d’urgence à Pondichéry de cinquante gardes mobiles. Le débarquement de ce renfort, le 16 juin, provoque un grave incident diplomatique. Une lettre du Consul général de l’Inde accuse les autorités françaises d’introduire dans nos Etablissements des troupes au mépris du traité de 1814. Leur but serait » d’intimider les populations ». Ainsi est créée « une situation sérieuse ». « Le gouvernement de l’Inde aura à prendre les mesures nécessaires pour protéger ses intérêts légitimes, à moins que le gouvernement français n’opère le retrait de ses troupes sans délai. »

Devant cet ultimatum à peine voilé, notre ambassadeur à New Delhi se précipite à Pondichéry pour conférer avec M. Ménard. Le comte Stanislas Ostrorog représente alors la France en Inde. Ce diplomate de grande classe, qui approche de la soixantaine, est un personnage pittoresque. Issu d’une vieille famille des rives du Bosphore, il sert avec honneur la République française, comme l’on fait avant lui les Paléologue ou des Commène. Sec et racé, parfait gentilhomme, on dit qu’il se livre volontiers avec de jeunes amis indiens aux jeux innocents que l’on prêtait aux bergers d’Arcadie. Son premier conseiller M. Christian Belle a la réputation de sacrifier aux mêmes dieux. Il doit s’en suivre entre les deux hommes un accord politique étroit bien utile pour le succès de leur mission.

L’ambassadeur et le gouverneur examinent longuement les différentes attitudes possibles devant la menace indienne. Ils en rejettent deux : la capitulation, qui serait déshonorante ; la résistance, qui serait vouée à l’échec. Ils retiennent la troisième : l’évacuation, au moment choisi par nous, après une entente de fait avec le gouvernement indien et « dans la réserve de nos droits », avec recours éventuel devant une instance internationale.

M. Ménard rend compte le 18 juin au nouveau ministre de la France d’outre-mer, M. Buron. Il demande « des instructions précises et sans réticence ». Le 20, il prévient Paris des menaces qui pèsent sur Mahé. Plusieurs centaines de policiers se sont massés à la frontière de l’Etablissement. On s’attend à un assaut, d’un moment à l’autre. L’administrateur Deschamps télégraphie : « Présence navire de guerre arrangerait tout. Mer peu agitée. » Un navire de guerre ? Où le prendre ? Le plus proche est dans les eaux indochinoises, à cinq ou six jours de mer. Et son intervention sur les côtes indiennes, en juin 1954, en pleine conférence de Genève où l’Inde joue un si grand rôle, risquerait d’entraîner de graves conséquences politiques.

M. Robert Buron, député de la Mayenne, appartient à l’aile libérale du M.R.P., celle minoritaire, qui a toujours montré de la sympathie aux peuples d’outre-mer en instance d’émancipation. C’est un barbu jovial et dynamique. Il a la réputation de venir à son bureau à bicyclette, ce qui met en joie les chansonniers et les échotiers. Il n’aura pas trop de toute sa proverbiale bonne humeur pour affronter, sitôt franchie la porte de la rue Oudinot, l’épreuve indienne. Il était venu le 17 dans la soirée, après le débat d’investiture, pour reconnaître les lieux. Il comptait rester un quart d’heure. Il a dû camper sur place une partie de la nuit. Sur sa table affluaient les messages de Pondichéry. Les spécialistes du chiffre étaient débordés. Le dossier des Comptoirs ne pouvait plus attendre.

Or le Président du Conseil, qui est en même temps ministre des Affaires étrangères, est accaparé par la négociation de Genève sur l’Indochine. Il n’a guère d’attention à accorder, en cette période, à nos difficultés indiennes. Elles ne sont, après tout, que secondaires, par rapport au problème de la guerre et de la paix au Vietnam. Dans ces premières semaines du gouvernement Mendès-France, le sort de nos Etablissements sera donc pratiquement entre les mains du ministre de la France d’outre-mer et du secrétaire d’Etat aux Affaires étrangères Guérin de Beaumont.  Député de la Manche et diplomate de profession, Beaumont– qui mourra prématurément – appartient à la « nouvelle vague » des Indépendants, la jeune génération libérale, déjà représentée dans l’équipe de P.M.F. par André Bettencourt, André Moynet, Roland de Moustiers, Jacques Chevallier.

Le 23 juin, Robert Buron tient une conférence avec Guérin de Beaumont. Les deux ministres examinent les conclusions des conversations Ménard-Ostrorog. L’hypothèse de l’évacuation n’est pas jugée satisfaisante, sauf en cas d’extrême urgence. Mieux vaudrait tenter de reprendre les négociations avec l’Inde, en s’efforçant de réduire la marge des divergences qui ont fait capoter trois semaines plus tôt les pourparlers du Quai d’Orsay.

M. Mendès-France, consulté, donne immédiatement son accord. A New Delhi, le comte Ostrorog reçoit des instructions dans ce sens. A Pondichéry, M. Ménard est informé. Il accuse réception le 30 juin, et « demande respectueusement d’engager très vite les négociations », car il redoute une attaque armée contre le chef-lieu des Etablissements français. En attendant, il continuera « en dépit des difficultés sans cesse croissantes, « à tenir » la population ».

A Mahé, la situation est critique, encore que le jeune administrateur Deschamps semble prendre un certain plaisir sportif à « jouer » jusqu’à la dernière minute. Le 30, le maire a pris la fuite à pied. Il ne reste que deux conseillers municipaux loyalistes. Les partisans armés de l’Union indienne grignotent jour après jour le territoire de l’Etablissement. La portion qui reste sous notre contrôle n’est guère plus étendue que le jardin du Luxembourg… Ce qui n’empêche pas le jeune Deschamps, tout à son affaire, de solliciter du gouverneur Ménard, le 2 juillet « un petit renouvellement des fonds secrets », pour brouiller le jeu politique adverse.

De New Delhi, le comte Ostrorog câble que, dans le climat actuel de la capitale indienne, toute reprise des négociations paraît subordonnée à un engagement précis du gouvernement français sur le principe du transfert. Ce n’est qu’à ce prix qu’on peut espérer, en premier lieu, un allègement du blocus et la levée des menaces armées qui pèsent sur les trois derniers Comptoirs. L’ambassadeur attend des instructions avant d’accomplir une nouvelle démarche auprès du gouvernement indien.

Au conseil de cabinet du 6 juillet, M. Buron brosse un tableau de la situation en Inde française. Il fait valoir l’argument invoqué par le comte Ostrorog. Le conseil accepte le principe du transfert rapide de la souveraineté, moyennant des garanties culturelles et économiques suffisantes. La ratification interviendrait postérieurement au transfert de facto. Toutefois, comme plusieurs semaines peuvent encore s’écouler avant le résultat espéré, et qu’on doit prévoir le pire, la mise en alerte d’un navire de guerre est décidée. Sa mission serait non d’intimider l’Inde, mais de protéger, en cas de rupture, l’évacuation de Pondichéry. Le commissaire de la République pourrait s’y embarquer dignement, pavillon haut. La Défense nationale désigne l’aviso Sénégalais.

 

« Mission remplie à Mahé »

M. Ménard signale justement l’arrivée à la frontière de Pondichéry de Dadala, retour de Yanaon. Voilà qui laisse présager une opération prochaine. A Mahé, les incidents sont devenus journaliers ; on note un début de désertion chez les cipayes. Le retrait de l’administrateur et des deux gendarmes européens est sérieusement envisagé. « Leur vie », télégraphie le gouverneur, « est cette fois en danger, et nous sommes très près de l’effondrement. » Le conseil des ministres du 6 a autorisé le décrochage, en se référant au précédent de Yanaon. On se préoccupe de trouver un navire marchand qui puisse être détourné sur le petit port du Malabar. Le paquebot Granville est à huit jours de mer. Il fera l’affaire. L’opération est fixée au 16 juillet. L’administrateur Deschamps remettra ses pouvoirs au contrôleur des Contributions directes, partisan modéré de l’Union indienne. Il prévient de son prochain départ le Collector (préfet indien) de la province, pour que celui-ci veille à éviter d’inutiles violences. M. Deschamps, les deux gendarmes, soixante cipayes et trois civils franco-indiens s’embarquent sur le Granville. Au moment de quitter la Résidence, l’administrateur a envoyé au gouverneur Ménard le télégramme suivant :

« Mission remplie. Passation effectuée. Pacification générale est réalisée. Tous détails réglés. Administrateur intérimaire désigné par vous avec approbation de tous comprend son rôle. Population de Mahé retrouve sérénité. Honneur France intact et de plus, estime unanime pour attitude et loyauté gouvernement français. Drapeau français flotte. »

Symboliquement, notre pavillon va claquer au vent, devant la Résidence, pendant une demi-heure encore. Puis, quand le Granville aura disparu à l’horizon, le drapeau indien, orange, blanc et vert, sera hissé à sa place. Un comité provisoire composé des principaux rebelles de 1948 prend en main la gestion municipale. Il est présidé par l’ancien maire contumax, Coumarin. L’administrateur intérimaire s’efface. Tout s’est passé sans violence ni pillages. Deux cent trente-trois ans de souveraineté française sur Mahé ont pris fin.



[1] Service de documentation extérieure et de Contre-espionnage.