Blue Flower

Les Belles Etrangères

 Par Jacqueline Lernie-Bouchet

Les Belles Etrangères[1] sont des manifestations organisées en France par le ministère de la Culture et de la Communication autour des littératures étrangères. Elles sont mises en œuvre par le Centre national du livre et la Direction du livre et de la lecture. Un groupe d’écrivains d’un même pays viennent ainsi à la rencontre du public français en collaboration avec des librairies, des bibliothèques, des associations culturelles mais aussi des universités de toute la France. À cette occasion, différentes œuvres étrangères sont traduites en français. En 2002, c'est l'Inde qui était invitée.

Parler des  Belles Etrangères, consacrées à l’Inde, c’est essayer de mettre toute l’eau de la mer dans un petit trou creusé dans le sable. Les 20 écrivains[2] choisis par la France pour représenter la littérature indienne ont permis de découvrir l’existence de quelques arbres d’une forêt immense et pleine de surprises. C’est donc un point de vue purement personnel que je vais donner ici.

La manifestation la plus complète autour des  Belles Etrangères a été sans conteste la séance inaugurale qui s’est tenue le 18 novembre 2002 et durant laquelle a été projeté un film intitulé « L’Inde un continent qui s’écrit », donnant le parcours des vingt auteurs sélectionnés qui se sont exprimés personnellement, souvent avec humour. Peu importe le mode de sélection car ces vingt-là sont largement représentatifs de l’Inde d’aujourd'hui même si ce choix a été contesté par la Presse indienne qui regrettait que n’aient pas été mis à l’honneur des auteurs déjà célèbres et lus dans de nombreux pays. Par sa spontanéité, son humour et aussi sa gravité, ce film a certainement contribué au succès des Belles Étrangères. Il a permis aux vingt écrivains indiens de se présenter au public français. Il a reçu un excellent accueil et a donné le départ à près de deux semaines durant lesquelles la littérature indienne contemporaine a été à l’honneur dans les médias (télévision, radio), dans des conférences-débats et des rencontres entre lecteurs français et auteurs indiens dans de nombreuses salles et librairies tant en Province qu’à Paris.

C’est ainsi que j’ai tout de suite remarqué l’écrivain MUKUNDAN et son livre Sur les rives du fleuve Mahé[3]. Alors que le CIDIF a aussi pour objectif de faire connaître les auteurs originaires des anciens comptoirs, je n’avais jamais entendu parler de MUKUNDAN. Je suis donc allée à sa rencontre pour lui dire combien j’étais heureuse d’apprendre la traduction de son roman en français. Cet ouvrage date des années 70 et avait d’abord été rédigé en maléali puis traduit en anglais. Malgré cette double traduction, presque 30 ans après, j’ai aimé l’univers poétique et pourtant réaliste des petites gens de Mahé. Il est impossible de reconnaître le cadre historique[4] de ce roman qui fait allusion aux derniers moments des Français dans ce comptoir. Ne pouvant faire l’impasse de l’article de Vaiju Naravané[5] qui a déploré la double traduction et critiqué presque en bloc Les Belles Étrangères, je reproduis cet article dans sa totalité [6] . Pour éviter d’engager une polémique avec cette journaliste, vivant en France et pour laquelle ce pays ne présente la plupart du temps qu'un sujet de critiques, j’ai choisi aussi de reproduire le point de vue de Shashi Tharoor, paru dans le même journal, quelques jours plus tard.[7].

Le deuxième auteur qui a retenu mon attention a été Upamanyu CHATTERJEE dont l’ouvrage, English August[8], a fait l’objet d’un long-métrage réalisé par Dev Benegal et diffusé par Arte, en sous-titrage français. A l'invitation de l'Association France-Union indienne, nous avons eu le plaisir de le voir et de l’apprécier quelques jours plus tard, en la présence de l’auteur qui est également francophone. Le Canard enchaîné avait donné une critique très élogieuse du livre et je n’ai pas été déçue de cette satire décoiffante de la société indienne. L’autodérision n’est-elle pas le meilleur moyen de se présenter avantageusement aux yeux des autres ?

J’aurai sûrement l’occasion de revenir sur l’œuvre du bien connu Shashi Taroor, totalement francophone, que j’ai eu le plaisir de rencontrer à plusieurs reprises. Qualifié de « voix majeure de la littérature contemporaine » par Elie Wiesel, à la suite de la publication de l’Émeute[9], il est, à 46 ans, l’un des phares de la jeune littérature indienne et peut-être même mondiale. Bernard Pivot lui a consacré toute une séquence dans son émission « Double je ». Je suis frappée de constater que bon nombre d’écrivains indiens reviennent sans cesse sur ce que nous, originaires de Pondichéry, avons vite oublié en quittant l’Inde pour la France au début des années 50. Il apparaît que la partition de 1947 continue à jouer un rôle important avec son lot de souffrances et de rebondissements de toutes sortes.

J’ai, bien entendu, été attirée par Shauna Singh BALDWIN[10] et l’ai rencontrée également à plusieurs reprises. Elle est aussi francophone, comme les trois auteurs précédents. Encore une fois, il est question de la partition de l’Inde en 1947 avec les massacres entre communautés et les femmes martyres. La souffrance des Sikhs au Pendjab est racontée avec minutie. Il est même difficile d’entrer dans ce jeu irréel, qualifié d’intimiste ailleurs, qui se veut aussi véridique. Il ne faut cependant pas s’y tromper. Il faut avoir le courage d’aller jusqu’au bout. Chacun des personnages est si riche dans sa véracité,“ verysimilitude “, diraient les anglicistes, qu’il est impossible de restituer toute leur profondeur en quelques lignes.

La lecture de ce roman est cependant facilitée grâce aux dates qui le jalonnent de 1937 à 1947. Satya et Roop sont les deux épouses de Sardarji, diplômé d’Oxford et riche propriétaire sikh. Satya, la stérile, Satya, la superbe, l’élégante, la raffinée, la nationaliste, se laisse mourir après le second mariage de son époux avec Roop qui lui donne trois enfants. Satya viendra cependant hanter sa famille. Roop, attachante par sa jeunesse à peine sortie de l’enfance, Roop la docile finira par prendre sa vie en main au moment de la partition de l’Inde, tout en restant fidèle à son mari et ses enfants. C’est cependant Satya qui a le dernier mot, celui qui nous met face à la détresse d’être femme dans ce pays si attachant par ailleurs. Dans l’Inde divisée de 1965, Satya vient de renaître à nouveau femme. Le nouveau père est déçu parce que ce n’est pas un garçon. Le dernier paragraphe est poignant :

«  La voix de l’homme est basse et grave, on dirait la plainte discordante d’un gramophone à bout de course. Je n’ai pas besoin de comprendre les mots pour savoir qu’il est déçu que je ne sois pas un garçon. Il y a des choses qui se passent de traduction. Et je sais bien, parce que la mémoire de mon corps se passe des mots, que les hommes qui voient arriver sans plaisir les bébés filles ne me chériront pas lorsque je serai une femme, quand bien même ils m’appelleraient 'princesse' parce que le Guru leur a dit de le faire.

J’ai voyagé si loin, j’ai enduré tant de douleur et de vide !

Mais les hommes n’ont pas encore changé. »

Mon choix s’est ensuite porté sur BAMA que j’aurais aimé rencontrer. C’est un auteur tamoul qui ne pouvait que me toucher profondément. Son livre[11] dénonce la condition des femmes en milieu dalit, dans les sous-castes les plus basses. Il est prenant par sa force à rendre directement le cri de ces pauvres femmes, jamais entendues et traitées plus bas que les plus déshérités, y compris par leurs maris et les hommes qui les entourent, justement parce qu’elles sont femmes. Malgré l'assertion de Vaiju Naravane qui estime que ce n'est pas de la littérature, ce livre est poignant parce que personne mieux que ces femmes elles-mêmes ne pourrait jeter un cri aussi déchirant. Il est important de souligner que Bama insiste sur le peu de changement survenu par le fait de l’appartenance à l’église catholique. Il est même reconnu que cette appartenance pose des problèmes supplémentaires à l’intégration déjà difficile des Dalits en Inde.

Narendra JADHAV consacre son roman[12] à une famille d’intouchables vivant dans l’ouest de l’Inde au XXe siècle. Je n’ai pas eu l’occasion de l’aborder. Je n’ai pas encore lu son livre. Lors des rencontres à la Sorbonne et dans le cadre du débat animé par Vaiju Naravané, N. Jadhav est longuement intervenu pour rappeler que même le Mahatma Gandhi n’avait pas apporté d’amélioration à la condition des intouchables. La discussion très animée sur le thème des Dalits et de leur condition en Inde, constamment relancée par les auditeurs, n’a pas été appréciée par l’animatrice qui me confiait un peu plus tard qu’elle n’avait pu diriger le débat comme elle l’entendait[13].

Le choix de Dalits (intouchables) parmi les dix-neuf auteurs traduits a été fort critiqué.  C’est de bonne guerre. On n’aime pas voir exposée à l’étranger une institution aussi inacceptable dans ses terribles défauts que le système des castes. Si la Presse indienne n’a pas compris le choix fait parmi les ouvrages écrits par des Dalits, elle n’en est pas moins virulente en Inde pour dénoncer les sévices qu’ils subissent [14]  et c'est tout à son honneur.

Comment ne pas suivre Mahasweta DEVI qui a publié en bengali plus de soixante romans et de nombreux recueils de nouvelles quand elle nous fait entrer dans la peau de cette mère de famille qui revit les derniers moments de son fils, engagé dans un mouvement révolutionnaire, et tué dans une rafle policière[15]. J’avais entendu parler des Naxalites mais je ne savais pas que des jeunes épris d’idéal luttaient déjà contre la corruption. J’ai lu d’un trait ce roman angoissant qui reprend des faits véridiques. Encore une fois, il s’agit de la souffrance d’une femme, et cette fois dans ce qu’elle a de plus cher, son enfant.

Lors de la journée à la Sorbonne, j’ai rencontré aussi Esther David qui, dit-on, a été choisie parce qu’elle est d’une famille de religion juive. Elle n’a pas hésité, et j’ai apprécié, à choquer le public en affirmant qu’elle était avant tout Indienne et que ses écrits concernant les juifs en Inde étaient son gagne-pain ce qui a été traduit par l’expression plutôt péjorative de « fonds de commerce ». Voici ce qu’elle écrit à un ami qui m’a donné l’autorisation de reproduire son courriel : « … J’ai été profondément peinée en apprenant que j’avais été invitée aux Belles Étrangères, seulement parce que j’étais juive. Mon livre, La ville en ses murs, a été l’une des premières traductions que Philippe Picquier a publiées d’un écrivain indien et j’ai failli avoir le prix Femina. Mon livre a été de nouveau publié en format de poche. J’ai aussi préparé un compte rendu sur l’écriture indienne pour la Maison des écrivains et pour les traducteurs de Saint-Nazaire. Quant à l’aspect « gagne-pain », j’ai été raillée et mal jugée par beaucoup parce que j’ai essayé de dire que le fait d’être juive nourrissait mon imagination en thèmes que je connais le mieux. A la conférence[16] , les gens ont plus été intéressés par l’histoire des Juifs en Inde que par ma littérature, ce qui n’a jamais été facile… »[17].

En dehors des ouvrages lus, il y en a toujours plusieurs qui attendent sagement dans la bibliothèque, Kali-Katha[18], par exemple, qui est une chronique de l’Inde coloniale et post-coloniale. 

Il ne faut pas oublier qu’en littérature, on aime ou on n’aime pas. Par ailleurs, peut-on vraiment donner la priorité à ce qu'il est convenu d'appeler le style lorsqu’il s’agit de traductions ? Ne passe-t-il pas au second plan  lorsque ce qui est raconté émeut profondément ?

À l’issue de ces rencontres, je me suis retrouvée avec une bibliographie impressionnante de bon nombre d'ouvrages récemment parus sur l’Inde. Et encore ceux-là ne représentent-ils qu’une infime partie des écrivains indiens que nous pourrions faire connaître aux Français. L'inverse est également souhaitable[19]. N’est-ce pas le meilleur moyen d'échanges ?

La liste des ouvrages en français des écrivains invités aux Belles Étrangères permettra à chacun et à chacune de compléter ses lectures et d'apprécier un monde littéraire peu connu jusqu'à présent.

 

 

 

 «  Mais personne n’a l’air de penser que la femme puisse, elle aussi, avoir un cœur agité de passions, avoir faim, éprouver des désirs charnels. La femme ne doit rien laisser paraître de ses émotions. Notre destin est écrit : la femme doit réprimer ses besoins, les effacer, pour s’occuper de l’homme et des autres membres de la famille, s’y consacrer intégralement. Et nous aussi nous y croyons, et nous proclamons sans faille que “ notre mari est notre Dieu vivant“ !

Les hommes peuvent nous humilier mille fois, parler de nous sans le moindre respect, et se conduire de même : ce n’est là que banalité. Mais ces mêmes hommes ne pourront supporter qu’une femme se conduise de façon spontanée – ne serait-ce qu’une fois -, c’est-à-dire en manifestant sa dignité… »

Le livre se termine sur une note d’espoir :

« Naîtra alors le temps où l’on pourra vivre avec les mêmes droits, sans aucune différence, en gommant toute injustice, toute cruauté, toute inégalité entre hommes et femmes. J’ai le sentiment que ce temps va apparaître bientôt. »

                                                           Bama, Sangatti, pp. 165 et 166

 



[1] Cet article, publié depuis plusieurs mois dans le Trait d’union, comporte ici quelques développements.

[2] Qui n’étaient que 19. Shashi Tharoor donne les raisons de cette absence : l’écrivain  marathi, Kishor Shantabakale, avait été retenue par un procès qu’elle avait intenté à son beau-père, lui-même écrivain.

[3]  roman traduit de l’anglais (Inde) par Sophie Bastide-Foltz, Actes Sud, 2002, série dirigée par Rajesh Sharma.

[4] ( et c’était préférable pour ceux qui ont vécu cette histoire).

[5] Correspondante permanente à Paris pour l’Europe du journal The Hindu et conseillère littéraire pour les éditions Fayard.

[6] Source : The Hindu 

A strange outing - By Vaiju Naravane.

THE FIRST-EVER major event in France around Indian writing came to a disappointing end recently. The Belles Etrangeres -- literally Beautiful Foreigners, a line taken from the French poet Louis Aragon -- is a two-week-long literary fest that takes invited writers on a whirlwind tour of Paris and the French provinces for conferences, book signings and seminars. India was the guest of honour this year with 20 writers working the crowds. The choice of names, however, was questioned by critics, journalists and translators who felt that some of India's best writers had been passed over and sacrificed to "political correctness" in an attempt to establish a "balance" on the basis of language, sex, gender and social commitment.

"Quite honestly we did not get the best India has to offer. There was nothing we could really sink our teeth into. What the reader wants is good books. It does not matter to him whether the original is in English, Bengali, Hindi or Oriya, whether the writer is male or female. There is no point adopting a reservation policy for literature. You cannot be politically correct with literature. It is important to present the best in Indian writing in order to whip up an appetite for books from India. If this was the objective of the festival, then the exercise has failed," a prominent French journalist told . Press coverage although fairly extensive was half-hearted and lukewarm, as if journalists had found it difficult to work up enough enthusiasm for the fare offered.

Stalwarts such as Mahashweta Devi or U. R. Ananthamurthy writing in the 'bhashas' shared the honours with younger talent such as Alka Saraogi, a sprinkling of English-language novelists including Shashi Tharoor and Upamanyu Chatterjee, poets C. Narayana Reddy and Udayan Vajpayee, a few women authors, a children's writer, an illustrator and a trio of Dalit chroniclers, one of whom couldn't make it because he was arrested at Mumbai airport on the point of leaving for France, for allegedly mistreating his wife and misappropriating her property.

Kamala Suraiya Das dropped out at the last minute (to the obvious relief of the organisers -- her purdah-clad presence would have been difficult to explain or handle in these delicate, post-September 11 days, one of them confided) to be replaced as an afterthought (following strong protests at his exclusion by his French publishers Fayard) by Narendra Jadhav, whose book, "Outcaste" first published in French is to be brought out by Penguin Books in India. Despite some positive fallout, the Belles Etrangeres was a sorry tale of missed opportunities and poor organisation with a selection of authors that was difficult to fathom. "Our main criterion was that of translation. We wanted authors whose books were available in French. The public must be able to read the authors who are here. Otherwise what is the point of bringing them over," said Rajesh Sharma, literary adviser for the festival organised by the Centre National du Livre (CNL), a state-run body affiliated to the Ministry of Culture.

He was, however, at a loss to explain the presence of Mr. Narayana Reddy who has just one single Telugu poem in translation, that too as part of an anthology published by the magazine or the selection of Kishore Shantabai Kale whose work is not available in translation.

Forget Salman Rushdie, Arundhati Roy, Rohinton Mistry or Amitava Ghosh -- considered "too well known to be invited". Even writers such as Paul Zacharia, Khushwant Singh, K. Satchitanandan, O. V. Vijayan, I. Allan Sealy, Manil Suri, Ambai, Shashi Deshpande, Ayappa Pannikar, Amrita Pritam, Vinod Kumar Shukla, Dilip Chitre, Vilas Sarang, Raj Kamal Jha, Manu Bhandari, Anita Nair, all translated into French, were blithely ignored by the Belles Etrangeres.

"We invited Anita Desai, Vikram Seth, David Davidar. They all declined. And then there are other considerations. A balance between the languages represented, gender, social class, etc. weighed upon the choice. In any case I did not decide alone. The five-member committee from the CNL made the final choice," Mr. Sharma said, but refused to divulge the names of the committee members on the grounds that it was "an internal matter". A surprising declaration given the amount of public money involved.. »

When asked by this correspondent, both Jean-Sebastien Dupuit, Director of the CNL, and Martine Grelle, Commissaire for the Belles Etrangeres, denied that such a committee even existed. "There is no committee. Once the short list had been prepared, the final decisions were made by Michel Marian, the general secretary of the CNL, on the advice of Rajesh Sharma since almost no one within the CNL was really equipped to make the selection," Mr. Dupuit said.

It might have been wiser for the CNL to have appointed an adviser without an obvious conflict of interest. Mr. Sharma edits a collection of books from the Indian subcontinent entitled Lettres Indiennes for the southern French publisher Actes-Sud. Three of the four fiction writers he has published so far made their way to Paris, while a publisher like Philippe Picquier, the first to recognise and promote Indian talent in French (Bulbul Sharma, Sanjay Nigam, Mr. Allan Sealy, Mr. Khushwant Singh, Radhika Jha, Firdaus Kanga, Ms. Anita Nair amongst others) saw only two of his writers, Mukul Kesavan and Esther David, make it to the list. Esther David was invited because she is a Jewish writer but why was no Muslim writer invited?

Worse, the talented Malayalam writer Mukundan's book was hastily rendered into French from its English translation (despite the fact that excellent Malayalam translators are available) in order to meet the deadline of the Belles Etrangeres thus setting up a deplorable new precedent. It is hoped that texts from Indian languages will not make their way into French through the back door of English.

The choice of Dalit chroniclers earned some justified criticism since the writing was of poor quality and the accent on confessional autobiography that made no attempt to go beyond individual tales of caste discrimination. "I can understand that French publishers were excited by the idea of protest literature from India. But the best Dalit writers have not been represented. The Tamil language too has been unfairly dealt with. There are far stronger voices in Tamil and Telugu, exploring new avenues both in terms of style and content. We see no sign of them here," Prof. U.R. Ananthamurthy told. Only Narendra Jadhav's book rises above crude autobiography to offer a Dalit interpretation of Gandhian politics. Unfortunately, a somewhat limited and basic debate about caste and the politics of caste overshadowed any other discourse on India, literary or social.

While most events were admirably organised, in Paris people wishing to attend public meetings with the authors at the Sorbonne were turned away in droves. The rooms where the discussions were held barely seated 120 people. Having brought writers from so far away and at such expense, the least that could have been done was to give the public desirous of hearing them a chance to do so.

The Belles Etrangeres undoubtedly raised the profile of Indian literature in France. However, much more could have been achieved had the selection process been less flawed, more sagacious and non-partisan. In any other country such flagrant conflict of interest would have raised both questions and eyebrows. In France, however, where literary prizes are allegedly regularly "fixed" with permanent jury members on the payroll of major publishing houses a slight shrug of the shoulders was all it elicited.

Copyright: 1995 - 2002 The Hindu

[7] Voici l’article de Shashi Tharoor.

Source: The Hindu. Online edition of India’s national Newspaper. December 08, 2002.

 « Two weeks in Paris » by Shashi Tharoor

« The Hindu », Online edition of India’s national Newspaper. December 08, 2002.

«  Every year the French equivalent of the Sahitya Akademi – the Centre National du Livre- selects a country or two and brings a group of its writers to the Continent for a two-wweek programme, ‘Belles Etrangères’. This year as India’s turn.

Trust the French. Who would have put so much energy and resources into bringing 20 Indian writers to their country for a series of ‘rencontres’ with the public of this highly literate land ?  At a time when readership for literary novels is dropping everywhere like the stock market index, France remains devoutly wedded to the promotion and propagation of culture. And not just its own.

Nineteen of us – one Marathi writer, Kishor Shantabakale, was held up by the courts after his father-in-law, another writer, brought a case against him – spent the second half of November waxing literary under the greyskies of a drizzly Continent. It was an impressively motley group.

Five spetuagenarian seniors – the legendary Mahasweta Devi, …winning Bengali novelist and socialist activist ; the distinguished U. R. Ananthamurthy, kannada novelist and former President of the Sahitya Akademia, the Rajya Sabha MP and Telugu poet C. Narayana Reddy ; and the eminent Hindi stylist Nirmal Verma and Krishna Baldev Vaid – were joined by a variety of younger writers in other languages. We spanned the range from the trilingual 60-year-old M. Mukundan, a product of the former French teritory of Mahe in Kerala who has published dozens of books in Malayalam, to the U.S. based 31 year old Akhil Sharma, who is working on his second novel. In between were the Dalit writers Bama (tamil) and Narendra Jadhav (Marathi), the Hindi poet Udayan Vajpeyi, the Gujarati Jewish memoirist and novelist Esther David, the youngest-ever Jnanpith winner (for her hindi novel Kali-katha via Bypass), Alka Saraogi, and five more English language novelist  (in alphabetical order) Anita Rau Badami, Shauna Singh Baldwin, Upamanyu Chatterjee, Mukul Kesavan and myself. The list was completes by the author-illustrator pair of Anushka Ravishankar  and Pulak Biswas, who found enthusiastic audiences of children throughout.

Some of us worried about the burden of being expected ‘represent’ Indian literature there was nothing particularly democratic or incontestable about our selection and I, for one, lamented the absence of an Indian Muslim voice. It turned out that Soraiya Bibi, the former Kamala Das, had dropped out at the last minute, the great Urdu novelist Qurratulain Hyder had been unable to travel and a third Muslim invitee had been laid low by a stroke. There was also the question about what what made us all Indian : five of the 19 currentltly live abroad, and three ( Badami, Baldwin and Sharma) who have permanently made their homes elsewhere, no longer carry Indian pasports. Is Indianness, then, a state of mind, or a badge of ethnicity ? Nine Indian languages (including English ) were represented ; what about the other nine that figure on our rupee notes ?  The impossibility of doing justice to the breadth of Indian writing within a logisticalyy – manageable number of writers pointed to the unfairness of the question. What we all had in common was that some our work was available in French translation, that the event’s literay advisor, the Paris-based Rajesh Sharma, had considered us worth inviting, and that we were all able to get away when the French wanted us. In the absence of other defensible criteria, that would have to do.

After a couple of joint events we scattered throughout France in smaller groups, and some of us  were even asked to make brief forays to Belgium and Holland. But the time we spent together was amongst the highlights of the trip – the opportunity for 19 Indian writeers to get to know each other better, to convert names we had heard into flesh-and blood companions whose voices, tastes and and foibles added an invaluable dimension to their literary reputations. The literary encounters were fun, but nothing could match the joy of being embraced by gentle affection of Mahasweta Devi, or complementing the inadequacies of French vegetarian fare by dipping into the bottles of chilli-achaar that Alka Saraogi had so thoughtfully brought along. If in the process we could also encourage the French public to read more about India – and embolden French publishers to go onto discover other Indian authors – so much the better.

The writers left France at the beginning of December, full of tales of their experiences : of being received by the dynamicallly articulate French Foreign Minister, Dominique de Villepin (a veteran of the French Embassy in Delhi ), whose discourse ranged from the importance of retaining a plurality of literary voices to the prospects of war over Iraq ; of being startled when Narayana Reddy thereupon broke into melodic Telugu chant, the likes of which had never been heard in the meeting-rooms of the Quai d’Orsay ; of Bama being heckled by Tamil expatriates in Paris fordrawing attention in France to the problems of untouchability, and of Esther David rising to her defence ; of Shauna Singh Baldwin making side-trips to assorted French cities where much of the action of her next novel is to take place ; of an overflowing reception by the Indian Ambassador Savitri Kunadi, with writers, publishers, editors, and translators downing champagne and samosas ; and for me, of having to juggle readings and responses in both English and French as a packed audience at the city’s « Maison de l’Inde » (House of India) included equal numbers of people who did not know one or the other of these languages.

But the defining moment of the trip came towards the end of the fortnight, hen the group, returning from a reception at the majestic Hotel de Ville, found themselves accidental witnesses to the interment of the 19th Century novelist Alexandre Dumas, more than a century after his death, in the magnificently-lit Pantheon. The Roman columns of this great Parisian monument were bathed in purple, red blue light ; a military band played outside, while a honour guard escorted the coffin of the author of The Three Musqueteers to its final resting-place. Ananthamurthy, the doyen of the group, put it simply to me ‘The French ‘, he said, ‘ really know how to honour their writers’. And – in a smaller way- ours too. »

[8]  Upamanyu Chatterjee. Les après-midi d’un fonctionnaire très déjanté. Robert Laffont. Pavillons.

[9]  traduit de l’anglais par Claude Demanuelli, Seuil, 2002. Voici la note que l’on trouve à la suite de son article publié dans le Hindu et reproduit sur  son propre site : « Shashi Tharoor, Under Secretary-General for communications and Public Information, U.N., is the author, most recently of the novel Riot (Viking Penguin). His new book with M.F. Husain, Kerala : God’s Own Country) has been published by Books Toda, an imprint of India Today. Visit him at www.shashitharoor.com

[10] La Mémoire du corps, traduit de l’anglais par Josée Kamoun, Seuil, 2002. Ce roman a déjà été traduit dans une dizaine de langues.

11Sangati (L’Assemblée), traduit du tamoul par Josiane Racine, L’Aube, 2002.

[12]  Intouchable. Une famille de parias dans l’Inde contemporaine.

[13] Voir aussi, un peu plus haut le paragraphe de son article concernant les auteurs dalits choisis par les éditeurs français.  Sa critique qu’elle veut au-delà de toute discrimination de caste, est peut-être ici recevable puisqu’il s’agit de valeur littéraire et de la qualité du tamoul utilisé par les auteurs traduits, A défaut de connaître et de lire les auteurs éminents de cette caste, nous nous contenterons de ce qui nous est donné et nous donne envie d’aller plus loin.

[14]  « Le sort peu enviable des intouchables vu par la Presse indienne. Souvent brimés, maltraités par les castes supérieures, certains abandonnent l’hindouisme. » par Ingrid Therwath. Le Monde 18 septembre 2003. (Sélection du Courrier International). p. 18 «  Selon The Hindu, le grand quotidien de Madras, le BJP (Parti du peuple indien, nationaliste, au pouvoir à New-Delhi), formerait une alliance avec Mulayam Singh et utiliserait le nouveau venu pour séduire son électorat de haute caste. Il se réserverait en même temps la possibilité de rejeter sur ce dernier toute responsabilité en cas de débordements, et ce près de six mois avant les élections législatives nationales, prévues au printemps 2004.»

En fait, alors que la Constitution indienne condamne et interdit toute discrimination fondée sur l’intouchabilité, les crimes de caste et les conversions à d’autres confessions dans le but de se soustraire aux brutalités communautaires sont toujours d’actualité. La presse rapporte souvent des témoignages d’intouchables qui, pour échapper aux violences et aux discriminations dont ils sont victimes, préfèrent se convertir, souvent par villages entiers, au bouddhisme, au christianisme ou à l’islam ».  Peine perdue. Des lois anti-conversion ont déjà été promulguées dans quatre Etats (le Tamil Nadu, l’Orissa, le Madhya Pradesh et l’Arunal Pradesh).

« Que l’on essaie de s’y soustraire ou qu’on l’exploite à des fins politiques, la caste reste donc une donnée fondamentale de la société indienne ».

[15] La mère du 1084, traduit du bengali par Marielle Morin, Actes Sud, 2001.

[16] celle qui a eu lieu à la Sorbonne,

[17] «  …, Thank you for writing, I feel deeply hurt when I am told that I was invited to the Belles etrangers just because I was Jewish. My book La ville en ses murs was one of the first translations Philippe  Picquier published of an Indian writer and it was shortlisted for the prix Femina..Again it has been republished in poche form part.. I also prepared a special review on Indian writing for the Maison de ecrivains et traducteurs St.Nazaire. That particular session at the Sorbonne was particularly difficult. About the livelihood  it was in jest and misunderstood by many, as I was trying to say that my being Jewish inspires me and feeds me with subjects as I know it best. It feeds my imagination. Also, at the conference people were more interetsed in the history of the Jews in India instead of my literature, that was never easy, best wishes, Esther »

[18].Kali-katha, de Alka SARAOGI, traduit de l’hindi par Annie Montaut, Gallimard, 2002 .

[19] A cet égard, il convient de noter que V. RAJAGOPALAN, pondichérien et ancien professeur de français, vient de publier une traduction en tamoul des Mains sales de Jean-Paul Sartre.

La Lettre du CIDIF, dans son n° 25, avait déjà consacré un article à V. RAJAGOPALAN à l'occasion de la parution en tamoul de son Histoire de la littérature Française. Editeur: Puducherry co-operative Book Society,P.653.