Blue Flower

Ainsi vont les enfants de Zarathoustra

Parsis en Inde, Zarthustis en Iran

de Monique Zetlaoui

 

 

 

Le livre de Monique Zetlaoui[1] raconte l’histoire de ces Parsis qui ont échoué en Inde, il y a plusieurs siècles.  De nombreuses familles parsies ont vécu à Paris depuis le début du XXe siècle et sont francophones. Il s’en trouvait également à Pondichéry.

JRD Tata est né à Paris (près de l'Opéra Garnier) en 1904, d'une mère française et d'un père parsi.  Grand industriel et financier, il est aussi le père de l'aviation civile indienne et a été initié par Louis Blériot. Les Tata possédait une résidence secondaire  sur les côtes de la Manche et l'aviateur  était leur voisin. La première femme nationaliste indienne Bhikhaiji  Cama a vécu  à Paris de très nombreuses années ;  c'est de la capitale qu'elle menait son combat contre les Anglais.  Amie de Jean Jaurès elle se vit offrir par ce dernier une tribune dans l'Humanité. En 19O7, elle brandit pour la première fois à l’étranger le drapeau de l'Inde lors du Congrès de la Seconde  Internationale Socialiste  à Stuttgart.

Ce sera notre contribution à l’interculturalisme, à différencier du multiculturalisme.

 Le texte qui suit est tiré d’éléments fournis par l’auteur.

 

Depuis la fin du XIXe siècle, avec notamment le livre de Delphine Menant[2], les lecteurs francophones n’ont plus eu à leur disposition d’ouvrages consacrés à l’histoire de cette communauté si particulière, tellement « à part » et en même temps tellement indienne.

« Ils sont insignifiants en nombre, mais au-delà de toute comparaison en contribution ». C’est ce que pensait Gandhi de la communauté parsie.  Ce livre retrace l’histoire de cette minorité depuis son arrivée sur le sol indien jusqu’à nos jours.

Ils sont près de 120 000, professent une des plus anciennes religions du monde, sans doute le premier monothéisme, révélée par un prophète, Zarathoustra. Ils sont viscéralement attachés à leurs traditions tout en étant le groupe le plus occidentalisé de l’Inde. Les Parsis dont sont issus les plus gros industriels de l’Inde comme les Tata, les Godrej ou les Wadia mais aussi des chefs d’orchestre internationaux comme Zubin Metha ou tout simplement des chanteurs modernes qui soulèvent des foules enthousiastes de Londres à New York, comme Freddy Mercury, sont-ils des survivants en voie d’extinction ? Et d’ailleurs qui sont-ils ?

Les Parsis sont une microscopique communauté installée sur la côte Nord-Ouest de la péninsule indienne, au Gujerat dans un premier temps, puis à Bombay depuis le XVIIIe siècle. Originaire de Perse, cette minorité ethnique et religieuse a traversé de nombreuses épreuves avant de trouver refuge en Inde au VIIIe siècle après l’islamisation de la Perse. Dans le sous-continent, ils vont avoir un parcours tout à fait particulier, quelque peu atypique au milieu de la majorité hindoue. Une partie de ce livre est consacrée à leur religion, le zoroastrisme et à leur livre sacré l’Avesta. Sont également décrits leurs rituels religieux qu’ils ont réussi à maintenir même à travers l’exil. La naissance de Bombay est pratiquement parallèle à leur arrivée dans cette ville et il n’est pas faux d’affirmer qu’ils ont fait Bombay et que Bombay les a faits. Ils ont participé activement à l’essor de la capitale marathe et ont, entre autres, financé la construction de bon nombre des bâtiments de la ville. Soudés par une extraordinaire cohésion sociale, les Parsis ont développé une vie caritative très importante et ont attaché une attention particulière à l’éducation. Leur histoire, c’est aussi celle de l’Inde puisqu’ils ont joué un rôle important dans la lutte pour l’Indépendance,

La partie purement historique raconte les causes de leur exil et l’accueil qu’ils reçurent en foulant le sol indien. Sont retracées ici les différentes étapes qui ont marqué leur histoire depuis le premier séjour au Gujerat avec la jolie légende du bol de lait jusqu’à l’exode vers Bombay où ils vont connaître au XIXe siècle une réussite fulgurante.

 Ils ont vécu en Perse préislamique et ont quitté leur patrie d’origine, il y a environ 1200 ans, au moment de la conquête arabe. Ils ont réussi à ne jamais perdre leur identité tout en se considérant comme citoyens de l’Inde à part entière. S’il est indéniable qu’à la période du Raj britannique, ils se sont projetés sur le mode de vie et la culture occidentale, nombre d’entre eux, et non des moindres, ont participé à la lutte pour l’indépendance. Les figures prestigieuses de cette communauté sont aussi des figures prestigieuses de l’Inde : Dadabhai Naoraji, le « Grand vieil homme de l’Inde », a été le premier Indien à employer l’expression « swaraj » (autonomie), le premier, aussi,  à siéger au Parlement britannique. Il a été Président du Congrès à trois reprises ; Madame Bhikhaiji Cama, ardente nationaliste a été exilée plus de trente ans en Europe ; Homi J. Baba est le père du programme nucléaire indien ; Les Godrej, les Wadia et surtout les Tata comptent parmi les grands négociants du XIXe siècle qui ont bâti de véritables empires. Ils sont à l’origine de l’industrie lourde en Inde et se hissent aujourd’hui parmi les premiers groupes mondiaux.

Leur histoire, c'est aussi leur place dans la nation d'aujourd’hui. Si 10 % des Parsis caracolent toujours au sommet, si la communauté se distingue toujours par son taux d’alphabétisation très élevé, par un taux de professions libérales supérieur à celui d’autres communautés, il n’en reste pas moins qu’ils sont à un tournant de leur histoire qui ne se fait pas sans mal. Evoluant dans un système castéiste, accueillant et bienveillant à condition d’en respecter les règles, les Parsis étaient restés endogames et aucune inquiétude ne les traversait quant à la perte de leur identité. Ces dernières années, les modifications de la société, l’urbanisation accélérée, les mariages mixtes de plus en plus nombreux avec le taux de célibat le plus élevé de l’Inde, mettent en danger leur spécificité. La nature même s’en mêle puisque l’épizootie qui décime les vautours risque de faire disparaître un rituel plusieurs fois millénaire, celui des tours du silence, où les vautours déchiquètent les corps des défunts. Mais les Parsis n’ont sans doute pas dit leur dernier mot. Ceux dont le parcours, ces deux derniers siècles, est un véritable démenti à la phrase de Kipling : « East is east and West is West and never the twain shall meet » sauront-ils une fois de plus relever ce défi, et rester, comme le chantait un des leurs, Freddy Mercury : « the champions »?

L’Unesco, consciente que leur culture est patrimoine de l’humanité, entreprend un programme pour préserver cet héritage et a déclaré l’année 2003, l’année du 3500è anniversaire du zoroastrisme.



[1]  Edition Imago. En librairie à partir du 20 octobre 2003.

[2] Les Parsis, Editions Ernest Ledoux. Paris, 1898.