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4 - LE TRANSFERT DES COMPTOIRS FRANCAIS A L'UNION INDIENNE

Il ne s'agit pas ici de réécrire l'histoire de la rétrocession des comptoirs à l'Union indienne jusqu'en 1954. Des études détaillées[1]ont déjà été consacrées à cette période, et l'on se contentera de rappeler les grandes étapes du processus ayant mené au transfert.

Pour les autorités françaises, si le principe du dialogue avec l'Inde ne fut jamais remis en cause, la tendance n'était guère à la précipitation quant au transfert des Etablissements, tendance renforcée par l'attitude conciliante, au moins jusqu'en 1953, du partenaire indien. On peut en effet citer à ce propos un extrait du rapport annuel de l'ambassade de France en Inde pour l'année 1953, traitant de la situation des Etablissements :

"La France est le seul grand pays d'Europe qui garde encore en Asie des positions impériales. Si la défense de nos privilèges impose en Indochine un effort considérable et de gros sacrifices, les choses se présentent différemment aux Indes où les comptoirs français peuvent être gardés sans coup férir. Il semble donc que nous n'ayons rien à perdre au maintien de cette situation et qu'il suffise d'accueillir avec sang froid les doléances du gouvernement de New Delhi ..."[2]

Pourtant, malgré cette attitude optimiste, la situation de la France dans les Etablissements semblait, seulement quelques mois plus tard, avoir nettement évolué si l'on en croit l'archevêque de Pondichéry, Monseigneur Colas qui, le 30 juillet 1954, intervenait auprès du ministre de la France d'outre-mer à Paris en des termes alarmistes. Celui-ci écrivait alors :

"La France ne peut plus conserver ses établissements dans l'Inde. Il vaut mieux partir avec le sourire, avec quelques avantages pour l'influence française que de partir "avec un coup de pied dans le..."[3]

Comme le souligne ce document, la situation s'était en effet considérablement dégradée dans les Etablissements dès le début de l'année 1954, et la crise qui y débutait alors allait les mener au transfert.

4.1 - L'HISTOIRE DU TRANSFERT DES COMPTOIRS. MYTHES ET REALITES

4.1.1 - Une histoire mythifiée du transfert

Il existe à propos de l'histoire du transfert à l'Union indienne des Etablissements français une version que l'on pourrait qualifier d'officielle et qui est notamment dénoncée par l'auteur américain William F. S. Miles. Dans son ouvrage[4], il écrit à propos de l'histoire du transfert des Etablissements que "si l'on écoute aujourd'hui les diplomates français en Inde ou si l'on consulte certains ouvrages indiens sur cette période, on se rend compte de l'existence de deux mythes, servant à solidifier les relations franco-indiennes, et allant dans le sens des conceptions non violentes indiennes héritées de Gandhi"[5].

Le premier de ces mythes diffuserait l'idée selon laquelle la France négocia le transfert des comptoirs volontairement, sans contrainte, suivant en cela la tendance à la décolonisation de l'après-guerre et le droit d'autodétermination des peuples, le tout dans un climat de confiance mutuelle et de non-violence. Ceci place donc le transfert dans une optique tout à fait différente de ce qui a pu se passer avec les guerres de décolonisation de la France, en Indochine puis en Algérie. Cette façon de présenter les choses permet également d'observer le transfert des comptoirs français comme contrastant fortement avec les événements ayant conduit au départ forcé des Portugais de leurs territoires des Indes[6].

Le second, diffusé par les ouvrages indiens traitant de l'histoire du transfert, serait le "mythe du nationalisme indien". Selon celui-ci, à Pondichéry, le mouvement en faveur de la fusion[7] avec l'Inde était "un soulèvement du peuple, une lutte naturelle contre le colonialisme répressif et une expression du nationalisme indien"[8]. Cette version des faits, qui applique à des Pondichériens des termes issus de l'histoire du nationalisme indien, comme celui de freedom fighter, vise en fait à identifier l'histoire du transfert des Etablissements à celle de l'indépendance indienne, et à l'y intégrer.

4.1.2  - La part de vérité des mythes

Chacun de ces deux mythes contient une part de vérité. Il est vrai, ceci suivant ce qui a été avancé dans la partie précédente[9], que les évènements ayant conduit au transfert ne furent accompagnés que de rares effusions de sang, surtout si l'on tente une nouvelle fois la comparaison avec l'Indochine. De plus, on peut dire que si l'on retrouve souvent l'idée selon laquelle les comptoirs ont été transférés dans un climat de dialogue permanent, c'est que l'hostilité de Nehru et de l'opinion publique indienne envers la politique colonialiste de la France et les tensions pouvant naître du contentieux à propos des Etablissements étaient contrebalancées, dans une certaine mesure, par de bonnes relations personnelles entretenues par Nehru et les diplomates français en poste en Inde. On peut notamment expliquer ces bons rapports personnels par l'admiration que ces derniers semblaient porter au Premier ministre, comme le prouve la façon dont l'ambassadeur Stanislas Ostrorog[10] présentait le Pandit Nehru à l'occasion du rapport annuel sur l'Inde, en 1952 

"Il est difficile de porter jugement sur un homme exceptionnel, plus difficile encore quand cet homme se range avec les adversaires. Mais ces oppositions ne touchent qu'à la vie quotidienne. Nehru mérite d'être placé plus haut... Les années passées à Harrow et à Oxford ont accentué ces tendances donnant à ce jeune hindou le caractère d'un grand seigneur anglais, d'esprit libéral... Agnostique et très éloigné de tout mysticisme, il suit sans y faillir une règle morale qui répond à son souci d'élégance... Si sensibles que soient les divergences entre nous et même à défaut d'entente, il serait injuste de méconnaître la grandeur d'un homme qui consacra sa vie à une cause généreuse, assista à la fin de l'empire britannique aux Indes et maintenant occupe la première place en Asie".[11]

Il est également indéniable qu'il existait à Pondichéry une activité en faveur de la fusion. Avec la présence à Pondichéry de représentants de New Delhi (remplaçant les consuls anglais après 1947) et la presse indienne, les idées nationalistes appliquées à l'Inde française trouvaient un important relais. On peut donner dès 1947 l'exemple d'un article du Times of India, qui le 18 août, soit seulement trois jours après l'indépendance, parlait de "la destinée évidente de Pondichéry", affirmait que la souveraineté française n'était plus qu'un anachronisme et que "la destinée de l'Inde était inéluctable"[12]. A partir de 1954, les journaux ne cessèrent d'exhorter la France à quitter les lieux

Au moment de l'indépendance, la vie politique à Pondichéry était dominée par le Parti socialiste de l'Inde française, dirigé par Edouard Goubert (1894-1979), qui affichait sans équivoque son attachement à la France. Mais avec la naissance de la nouvelle Inde, Pondichéry vit l'apparition de différents groupes militant à leur tour en faveur d'un changement de statut politique de l'Inde française. Les politiques de Pondichéry allaient peu à peu basculer dans le camp de l'Union indienne. On peut citer le Parti communiste de l'Inde française de V. Subbiah (ou Soubaya), qui se prononça dès 1947 pour la fusion avec l'Inde, ou encore le Parti indépendant de l'Inde française de Saravane Lambert. On peut néanmoins relever, à propos des leaders politiques pondichériens en général, que leur attitude politique ne suivait pas une ligne constante, et que leur parcours consistait plutôt à agir en fonction de leurs propres intérêts, c'est-à-dire la recherche d'un certain pouvoir. Subbiah avait été élu en février 1947 comme conseiller de la République, en tant que fervent partisan du camp français, mais son élection fut par la suite invalidée[13]. A partir de cette invalidation, Subbiah, rejeté par l'Inde française, la rejeta à son tour, et se plaça désormais dans le camp d'une opposition systématique aux pro-français. En octobre 1948, le net recul des communistes aux élections municipales[14] confirma cette nouvelle tendance, alors que l'influence de Subbiah dans la politique locale déclinait. Pour lui, l'avenir semblait dès lors plus prometteur du côté de l'Union indienne. Un autre revirement important fut celui de Saravane Lambert. De culture française et d'origine indienne, il avait été élu député de l'Inde française à l'Assemblée Nationale en janvier 1947, sous l'étiquette socialiste, ce qui le plaçait sans équivoque dans le camp français. Pourtant, il se montra rapidement attaché au principe d'autodétermination future des populations locales, suivant en cela l'esprit de la déclaration de la France du 8 juin 1948[15]. Saravane Lambert avait adopté une conception réaliste de l'avenir des Etablissements. Pour lui, la souveraineté française sur une portion du sous-continent était un anachronisme qui devait fatalement disparaître, et leur transfert spontané permettrait de sauvegarder une part d'héritage de deux siècles de présence française, c'est à dire la permanence de la culture française à laquelle il était attaché. Son changement de cap coïncida aussi avec le déclin de son influence politique. En effet Saravane Lambert appartenait au même mouvement qu'Edouard Goubert, qui prit peu à peu un ascendant politique sur lui, au sein des socialistes, s'imposant comme le véritable leader, au détriment du député de l'Inde française qui assistait à sa mise en retrait, ce qui arrangeait les affaires des autorités françaises qui voyaient en Goubert un partisan plus sûr qu'un Saravane Lambert faisant figure à leurs yeux d'intellectuel et de rêveur. Les deux hommes, issus du même camp, devinrent rivaux. Le terrain pro-français étant occupé par Goubert, Saravane Lambert se dirigea vers le camp de la dissidence, choix renforcé par son échec, en 1951, dans sa tentative pour obtenir un nouveau mandat de député, qui revenait cette fois à Goubert.

Pour V. Subbiah comme pour Saravane Lambert, l'avenir des Etablissements passait par l'intégration à l'Union indienne. Parmi les trois leaders politiques évoqués, seul Goubert se plaçait encore dans le camp français.

 

4.1.3 - Une autre réalité de l'histoire du transfert

Les deux "mythes" que nous propose W.F.S. Miles s'inspirent donc, pour une part, de la vérité, mais ils présentent le défaut d'occulter une part importante des faits

En effet, pour commencer, l'histoire du transfert des comptoirs n'est pas exempte de violences. On peut à cet égard prendre l'exemple de Subbiah après son entrée en dissidence. A partir de 1950, il multiplia les incidents violents. Incendies, bagarres provoquées avec les partis adverses, pose de bombes représentaient l'éventail des moyens utilisés. Au cours de l'année 1953, un attentat communiste lors d'une réunion politique du Parti socialiste[16] causa deux morts et deux blessés dans une commune proche de Pondichéry. A la suite de cet évènement, trois cent bombes furent découvertes à Nettapacom, non loin de Pondichéry.

Ceci étant, les adversaires de la présence française ne détenaient certes pas le monopole de l'action violente, les attaques venant également des partisans de la France. Celles-ci s'exprimaient à travers le système des goondas, ces hommes de main utilisés pour intimider l'adversaire, et dont l'usage avait été érigé en système de gouvernement par Goubert[17]. Pendant l'année 1950, cent vingt cinq maisons de partisans de la fusion avec l'Inde, dont celle de Subbiah[18], furent incendiées criminellement. En avril 1954, trois communistes furent tués près de Mahé par des cipayes de l'Inde française qui entendaient résister à l'occupation d'une enclave. En juin, quand les nationalistes indiens se massèrent à la frontière de l'Etablissement de Yanaon, les "goondas" ouvrirent le feu…

Certains ouvrages[19] mettent en avant l'action des partisans de l'Union indienne au sein de l'Inde française. Mais cette action semble avoir été secondaire dans le processus ayant conduit au transfert, contrairement aux pressions exercées par le gouvernement indien sur les territoires français. En effet, si l'on met souvent en avant l'attitude patiente et compréhensive de l'Inde vis-à-vis de la France, New Delhi pouvait montrer un tout autre visage, quand il s'agissait de chercher à accélérer le cours de évènements. Ainsi, la pression de l'Inde s'exerça par un véritable blocus économique, dont l'effet fut d'autant plus néfaste pour les Etablissements du fait de l'existence des aldées, qui permettait aux Indiens d'exercer leur pression en atteignant le cœur des comptoirs, en contrôlant strictement les points de passage entre les aldées et les territoires français. La volonté de l'Inde d'exercer une pression économique sur les comptoirs s'exprima dès 1948, quand elle annonça qu'elle entendait mettre fin aux accords douaniers en vigueur[20], ce qu'elle mit en application en mars 1949. Ceci fut la première étape de ce qui devint un blocus économique de l'Inde française par l'Union indienne[21]. A partir de cette date, l'Inde exploita la dépendance économique des comptoirs à tous les niveaux, gênant aussi bien le transit des marchandises que des personnes. En mars 1953, la pression sur l'Inde française fut poussée à l'extrême, les Etablissements de Pondichéry et Karikal furent entourées d'un réseau de barbelés. A partir d'avril 1954, un système de permis contrôlant et limitant les allées et venues entre l'Inde et les territoires français fut mis en place.

De plus le gouvernement indien ne se limitait pas à ces pressions, et était en contact avec les leaders "mergeristes" de Pondichéry, comme nous en informe Subbiah dans ses mémoires. Celui-ci fait état de sa rencontre avec un envoyé de Nehru, en 1951, afin de discuter d'éventuels plans ayant pour but de mieux développer le mouvement en faveur de la fusion dans les comptoirs[22]. Mais l'Inde ne se permit pas pour autant une aide ouverte à ce mouvement.

Si ce ne fut pas le cas, c'est aussi peut-être parce que les nationalistes indiens dans les comptoirs ne représentaient pas une force considérable. Le mouvement nationaliste a en effet pris, dans l'historiographie indienne contemporaine, une place plus importante que ce qu'il représentait vraiment sur le terrain.

On ne peut tout d'abord oublier qu'il existait à Pondichéry une partie de la population qui affichait un attachement sincère à la France (attachement que l'on retrouve lors de la période de transition, avant le transfert de jure), fruit d'une présence de près de trois siècles et des tentatives de la métropole d'assimiler les populations des comptoirs, et qui se traduira en 1962 par l'option de la nationalité française par une partie de cette population.

L'attachement à la France se traduisait, du point de vue politique, par le soutien déjà évoqué du parti majoritaire à Pondichéry, le Parti socialiste de l'Inde française, et de son leader, Edouard Goubert, qui était devenu le politique local le plus influent. En 1947, alors que Saravane Lambert, qui appartenait encore à la même formation politique, occupait le poste de député de l'Inde française, Goubert s'était réservé la place au conseil de gouvernement, ce qui lui permit de mieux asseoir sa mainmise sur la politique locale, avant de briguer lui-même et d'obtenir le mandat de député en 1951.

De plus, si la France avait accepté le principe d'autodétermination des populations, c'est qu'elle était en droit d'espérer une issue favorable, en cas de référendum. Mais ces espoirs de soutien populaire, la France les devait sans doute pour une grande part au fait d'avoir dans son camp le député Edouard Goubert (et ses goondas). Avec lui, les autorités françaises tenaient un allié de poids.

Seulement, on touche là le cœur du problème pour la France. Pour se maintenir dans ses comptoirs et puisque le recours à la force lui était interdit par d'anciens traités (et par toute logique, face à un pays de plus de 300 millions d'habitants et avec déjà une guerre de décolonisation sur les bras), l'appui des politiques locaux, et surtout du désormais incontournable Edouard Goubert, lui était indispensable. Si à la fin de 1953, les diplomates français croyaient pouvoir conserver les comptoirs "sans coup férir"[23], l'évolution de la position de Goubert porta un coup fatal à l'Inde française.

 

 

4.2 - L'OPPORTUNISME DE GOUBERT, UN REVIREMENT DECISIF

4.2.1 - Edouard Goubert, personnage incontournable et controversé de l'histoire des Etablissements

Si l'on se doit de s'attarder un peu plus longuement sur le cas d'Edouard Goubert, c'est parce que celui-ci joua un rôle de premier plan sur la scène politique pondichérienne, que ce soit dans les années qui précédèrent le transfert de facto, comme lors de la décennie qui suivit ce même transfert[24]. Ayant constitué son assise politique à l'époque des Etablissements français, il parvint, grâce à un virage à 180° négocié au bon moment, à se maintenir comme un interlocuteur local indiscutable alors que Pondichéry rejoignait l'Union indienne et resta présent sur la scène politique pondichérienne jusque dans les années 1960.

Le personnage d'Edouard Goubert est donc lié à l'histoire des Etablissements, mais curieusement, on ne trouve que peu de traces écrites de la vie du député de l'Inde française et leader du Parti socialiste de l'Inde française. De Goubert, une image radicalement différente nous est donnée selon les sources consultées. Il y a d'abord l'image officielle de l'homme public que l'on retrouve en Inde et en particulier à Pondichéry, où le nom d'une avenue lui est consacrée ("Goubert Salai", le front de mer, anciennement "cours Chabrol"). Ce Goubert là est honoré comme un héros, un freedom fighter ayant grandement contribué au rattachement de Pondichéry à l'Inde. Mais selon des sources françaises, au premier rang desquelles figurent les archives diplomatiques concernant les années 1950, c'est un tout autre personnage auquel nous avons à faire. Politicien opportuniste, profitant du blocus indien pour s'enrichir grâce à la contrebande, Goubert retourna sa veste alors qu'il allait être poursuivi pour fraude fiscale, et, sentant que le glas de la présence française allait sonner, il prit le parti de l'Inde pour maintenir sa position de leader à Pondichéry.

Edouard Goubert (1894-1979) était un créole, de mère indienne et de père français, ancien combattant de 1914-1918. Il avait fait ses études en France et était censé être licencié en droit, ce qui le conduisit à faire carrière dans l'administration (il fut notamment greffier à Chandernagor et à Pondichéry). On le surnommait "Cogi-Goubert" car il organisait des combats de coq le dimanche. Il était de plus bien connu sur la scène politique pondichérienne pour son rôle d'agent électoral. Au service de politiciens locaux, Goubert savait manier la distribution d'alcool et l'art de la persuasion, au besoin avec l'aide d'hommes de mains, les goondas, ce qui devait l'aider à progresser dans sa carrière, jusqu'à devenir le numéro un à Pondichéry.

Le numéro un, c'est bien ce qu'Edouard "Cogi" Goubert était devenu sur la scène politique pondichérienne au début des années 1950. Mais pour parvenir à cette place, le leader du Parti socialiste de l'Inde française et député de l'Inde française à l'Assemblée nationale avait aussi bénéficié de l'aide des autorités françaises qui avaient décidé de s'appuyer sur lui, malgré ses zones d'ombre et ses pratiques irrégulières, plutôt que sur l'ex-député Saravane Lambert qui avait trop tôt affiché sa conception réaliste de l'avenir des Etablissements[25].

Le député Goubert était donc le principal support politique local de la présence française, d'où l'importance décisive de son revirement en faveur de l'Union indienne. Reste à savoir plus exactement pourquoi et comment il effectua ce virage.

4.2.2 - Le revirement d'Edouard Goubert

Tout d'abord, il convient de rappeler que la situation s'était considérablement aggravée pour les Etablissements français au début des années 1950. A partir de 1953, la position de la France en Inde était de plus en plus intenable. Depuis le début de 1953, les Etablissements de Pondichéry et Karikal étaient isolés par un double réseau de barbelés. Au début de 1954, l'asphyxie des comptoirs était en bonne voie. De son côté, la France tenta de prendre des mesures pour enrayer le trafic de contrebande, ce qui eut pour effet d'ébranler le loyalisme de Goubert et de ses amis, ainsi privés de leur principale source de profits. A ce moment, le député se rendit compte que du côté de Paris, on semblait commencer à se résigner à un abandon des comptoirs. Le parti de Goubert, tout en continuant à soutenir officiellement la France, prit alors secrètement contact avec les autorités indiennes, pour préparer un éventuel ralliement. Si Goubert ne lâchait pas encore le camp de la France, c'est qu'il espérait encore retrouver le bénéfice de ses juteux trafics de contrebande. Il choisit pour cela de viser celui qui tentait de les limiter, le gouverneur Ménard[26], par une attaque violente qu'il adressa au ministère de la France d'outre-mer en février 1954. Convoqué à Paris, Ménard en profita pour déballer le dossier constitué en plusieurs années sur "l'industrieux ami de la France"[27]. A son retour à Pondichéry, avec la confiance renouvelée du Gouvernement, Ménard passa à son tour à l'attaque contre le député dont on savait qu'il jouait sur deux tableaux, bien décidé à ne plus tolérer les irrégularités. La justice engagea dès lors des poursuites qui auraient pu l'être des années plus tôt, sans la protection des autorités. Goubert fut inculpé pour fraudes fiscales, pour avoir cumulé depuis 1951 son indemnité parlementaire avec son traitement de greffier en chef. Il fut également poursuivi pour entrave à la liberté des enchères à propos de la vente de "callou" (alcool de palme).

Pour Edouard "Cogi" Goubert, le vent avait définitivement tourné. Il était désormais temps pour lui de faire basculer son système d'alliances, et de se tourner vers ses amis de l'Union indienne. Le 18 mars 1954, il fit voter par ses amis et clients politiques[28] une résolution demandant le transfert immédiat de Pondichéry à l'Union indienne, sans référendum, "selon le vœu des populations". Le 19 mars, le texte fut transmis simultanément au ministre de la France d'outre-mer et au gouverneur Ménard. Le même jour, Goubert annonça à Ménard qu'il ne reconnaissait plus la loi française et qu'il comptait organiser le lendemain une manifestation populaire en faveur de l'Inde. Mais celle-ci tourna au fiasco, la rue ne bougeant pas à l'appel du nouveau champion de l'intégration. Afin de ne pas se laisser arrêter, Goubert passa en territoire indien dans la nuit du 25 au 26 mars 1954, d'où il organiserait dès lors les actions qui lui permettraient d'être considéré ultérieurement comme un freedom fighter.

4.2.3 - Différentes factions contre la France en territoire indien

Goubert rejoignait ainsi en territoire indien le communiste Subbiah dans sa "lutte" pour le transfert. Mais entre les différents adversaires de la France, et plus particulièrement entre Goubert et Subbiah, l'entente n'était pas de mise et chacun mena en fait son propre "mouvement de libération", prolongeant ainsi sur le terrain de la lutte contre la France les rivalités locales. Goubert et Subbiah n'étaient d'ailleurs pas les seuls à mener leur propre barque, puisque parmi les adversaires déclarés de la France, on trouvait également un certain Dadala, qualifié par l'administration coloniale de déserteur français (Raphaël Ramanayya Dadala était un ancien membre de la police de l'Inde française de Yanaon, qui avait fondé un "corps de libération de l'Inde française"), et qui, depuis le territoire indien, mena à partir de 1952 une sorte de petite guérilla contre les autorités françaises. Il est un fait à propos des freedom fighters pondichériens, et qui touche un aspect particulier de la politique dans les comptoirs français, ce que l'on pourrait appeler la factionnalisation. Malgré un but apparemment commun, le départ de la France de ses comptoirs, il n'y eut pas véritablement d'entente et d'effort commun de la part de ses adversaires dans ce sens.

 

  4.3 - LA FIN DU CONTENTIEUX ET L'ACCORD DE TRANSFERT

4.3.1 - Le pourrissement de la situation et l'évacuation de Yanaon et Mahé

De la première moitié de l'année 1954, on doit retenir deux événements majeurs. Le revirement d'Edouard Goubert et le pourrissement progressif de la situation dans les comptoirs, avec l'échec des négociations de mai-juin. Au moins cette période servit-elle, du côté des autorités françaises, à parvenir à une estimation réaliste de la situation, à travers les missions de Tezenas du Montcel, inspecteur général envoyé par le ministère de la France d'outre-mer. Celui-ci ne s'inquiétait guère de l'action des Goubert et autre Subbiah, qui selon lui ne représentait rien et ne devait pas être prise au sérieux. Pour l'inspecteur général, leur action était inquiétante pour les Français dans le sens où elle était soutenue par l'Inde[29]. Face à l'Inde, la partie n'était pas égale et la France n'avait pas les moyens de s'opposer à sa volonté d'asphyxier les Etablissements. Tout au plus pouvait-elle retarder l'échéance en admettant le principe du transfert, qui permettrait l'ouverture de négociations, le but étant désormais d'obtenir des garanties assurant la pérennité de l'influence française.

Le Président du Conseil, Laniel, prit en avril l'initiative d'un contact avec l'Inde et écrivit directement au Pandit Nehru pour proposer une négociation, ce qui aboutit à la fixation d'une rencontre entre des délégations des deux pays pour le 14 mai à Paris. Seulement, cette négociation ne tombait pas au meilleur moment pour la France. Dien-Bien-Phu était tombé le 7 mai et le ministre des Affaires étrangères, Georges Bidault, était accaparé par la conférence sur l'Indochine qui s'était ouverte en avril à Genève. Dans ces conditions, les négociations s'enlisèrent et furent finalement suspendues le 4 juin, dans l'impasse.

Cependant, la situation des comptoirs, déjà imprécise depuis des mois, ne faisait qu'empirer. En juillet 1954, elle inspirait la description suivante à l'éditorialiste du Trait d'union :

"A l'heure actuelle, les Etablissements français dans l'Inde ressemblent singulièrement aux épaves qui flottent au hasard des vents et que le premier rocher peut briser (...). A la lumière des évènements récents, la situation paraît plus que sérieuse et on ne voit pas au point où en sont les choses comment se précise l'avenir prochain de l'Inde française"[30].

L'avenir se dessinait alors d'autant plus mal pour la France que dans les semaines qui suivirent l'échec des négociations de Paris, les deux plus petits des Etablissements, ceux de Yanaon et de Mahé, durent être évacués par les autorités françaises. A Yanaon, c'est Dadala qui mena l'offensive contre un comptoir totalement isolé. Soumis à des pressions quotidiennes, le maire finit par prononcer son ralliement à l'Union indienne avant de s'enfuir, laissant la responsabilité du comptoir au seul fonctionnaire métropolitain présent, Georges Sala. Le secrétaire général des Etablissements français, Escargueil, envoyé en mission à Yanaon décida alors, en accord avec le ministre de la France d'outre-mer, l'évacuation sur Pondichéry de Sala, afin d'éviter un accrochage avec d'éventuels assaillants, et surtout une humiliation publique. Le dernier administrateur français quitta donc Yanaon le 2 juin, Le 13 juin, le territoire de Yanaon fut investi, d'abord par des policiers militaires de l'Union indienne (en civil, mais ensuite identifiés comme tels), puis par Dadala et ses hommes qui prirent le contrôle de l'administration, devant une population majoritairement indifférente.

Alors qu'à Paris le gouvernement Laniel était tombé le 11 juin 1954, le ministre de la France d'outre-mer, qui assurait l'expédition des affaires courantes, prescrivit un "décrochage" analogue à celui de Yanaon[31] pour Mahé et Kârikâl, en cas de nécessité. Le 20 juin, le gouvernement Pierre Mendès-France[32] qui venait de s'installer au pouvoir, fut prévenu des menaces qui pesaient à leur tour sur Mahé, où l'on s'attendait à un assaut imminent. A Paris les nouveaux politiques en place se prononcèrent pour une reprise des négociations, avec l'accord de Mendès-France. Le 6 juillet, le Conseil accepta le principe d'un accord sur le transfert rapide de souveraineté (la ratification interviendrait après un transfert de facto), moyennant des garanties culturelles et économiques suffisantes. Le même conseil des ministres autorisait un décrochage à Mahé. L'évacuation eut lieu le 16 juillet, quand l'administrateur Deschamps, deux gendarmes, soixante cipayes et trois civils franco-indiens embarquèrent sur le paquebot Granville, détourné à cet effet sur Mahé. Une fois le paquebot disparu à l'horizon, le drapeau indien safran, blanc et vert fut hissé à la place du pavillon français, mettant fin, sans violence, à deux cent trente trois ans de souveraineté française sur Mahé.

 

4.3.2 - Après les accords de Genève, un accord avec l'Inde

Après Yanaon et Mahé, c'est sur les Etablissements de Karikal et Pondichéry que s'accentua la pression. Le bruit courait alors que Goubert avait l'intention d'envahir Pondichéry au début du mois d'août, afin de devancer les bandes de Subbiah et Dadala, qui exerçaient également leur pression sur le chef-lieu des Etablissements. La conclusion d'un accord avec l'Inde semblait alors plus que jamais urgente, mais Pierre Mendès-France fut accaparé par les négociations de Genève jusqu'au 21 juillet, date à laquelle les conventions sur l'Indochine furent signées. Face à la détermination indienne, la France décida finalement en cette fin juillet d'une attitude double. D'une part l'ambassadeur Stanislas Ostrorog fut chargé de soumettre au gouvernement indien les propositions françaises en vue d'un transfert, et d'autre part, en cas d'échec de cette ultime démarche, une évacuation de Pondichéry et Karikal fut envisagée.

Le 30 juillet 1954, l'ambassadeur Ostrorog effectua donc sa démarche auprès du gouvernement indien. Les propositions françaises portaient essentiellement sur l'acceptation de la cession de facto des Etablissements avant la cession de jure et sur la sauvegarde des intérêts culturels et économiques de la France. Le 7 août, le Pandit Nehru informa le comte Ostrorog qu'il acceptait toutes les propositions françaises, et la pression indienne sur les deux derniers comptoirs s'allégea aussitôt.

 

4.3.3 - Le congrès de Kijéour en guise de légitimation populaire

Une fois le principe du transfert acquis pour les deux gouvernements, il restait pour la France à régler le problème de la consultation populaire, l'article 27 de la constitution ne pouvant être occulté. Par contre, il pouvait être contourné, et le gouvernement français retint pour cela la procédure qui avait été imaginée en 1948 pour fixer la date et les conditions de la consultation populaire. Les membres de l'assemblée représentative de l'Inde française et des conseils municipaux, réunis en congrès, se prononceraient pour ou contre le transfert des Etablissements. Deux problèmes d'ordre pratique restaient alors en suspens. Le premier concernait les élus devant prendre part au vote et sous le coup d'une procédure judiciaire (c'était le cas de Goubert dont l'immunité parlementaire avait été levée le 28 juin). Le second, qui découlait du premier, concernait le lieu où devait se tenir la réunion. En effet, il n'était pas possible pour les autorités françaises d'accueillir sur leur territoire des élus passés en territoire indien, dont la plupart étaient sous le coup de poursuites pour atteinte à la sûreté de l'Etat. Goubert et quelques autres cumulaient même cette inculpation politique avec un délit de droit commun. Pour y remédier, une solution subtile fut trouvée. Le lieu de la consultation fut fixé à Kijéour, dans une construction provisoire (un "pandal") qui fut installée à cheval sur la frontière entre les Etablissements et l'Union indienne, et les élus en délicatesse avec les autorités françaises prirent place du côté du territoire indien. La séance fut présidée par Balasoupramanien, le président de l'assemblée représentative de l'Inde française, demeuré fidèle à la France, qui pouvait donc sauvegarder l'apparence d'une réunion d'élus français.

Le procès-verbal de la séance[33] rapporte les résultats de la consultation. Sur les 181 conseillers convoqués, 178 étaient présents, et 170 se prononcèrent en faveur du rattachement à l'Union indienne des Etablissements selon les modalités du projet d'accord établi entre les deux gouvernements français et indien, dont le texte avait été paraphé quelques jours plus tôt à New Delhi.

Quelques jours plus tard, le Trait d'union titrait : "A Kijéour s'est joué le sort de l'Inde française"[34]. Ce sort était en fait joué depuis longtemps, on serait tenté de dire depuis 1947. Restait à déterminer dans quelles conditions s'opérerait le départ des français. Or, en 1954, la France partait sur un accord, qui lui garantissait de voir sa présence, du moins sur le plan culturel, perdurer dans ses Etablissements, et c'est là une des interrogations majeures qui se posaient alors quant à l'avenir des comptoirs. Le souvenir de deux siècles de présence française serait-il balayé par le simple fait du rattachement à l'Union indienne, ou bien l'héritage original de cette présence était-il suffisamment fort pour survivre à une intégration?

En cette fin d'année 1954, l'Union indienne croyait avoir réalisé l'intégration de l'Inde française. En fait, en attendant la signature d'un traité et sa ratification par les parlements nationaux, les comptoirs restaient juridiquement sous souveraineté française. S'ouvrait alors pour les anciens Etablissements français une période de transition qui, notamment par le jeu des reports successifs des projets de loi autorisant le gouvernement français à ratifier le traité, allait durer huit années. Huit années pendant lesquelles les comptoirs se trouvèrent dans une situation imprécise, et allait se poser la question de leur identité, entre héritage d'une aventure coloniale et une place au sein d'une puissance majeure en Asie.

 



[1]On peut par exemple citer Georges Chaffard, Les carnets secrets de la décolonisation, Calmann-Lévy, Paris 1965. On peut également citer, pour avoir un point de vue indien, le récent ouvrage de Ajit K. Neogy, Decolonization of French India, Liberation Movement and Indo-French Relations, 1947-1954, publications du département de sciences sociales, Institut Français de Pondichéry, 1997.

[2]A.E. Dossier n° 122. L'Inde en 1953, rapport annuel de l'ambassade de France.

[3]Document cité par Georges Chaffard, Les carnets secrets de la décolonisation, Calmann-Lévy, Paris, 1965. p.248

[4]William F. S. Miles, Imperial Burdens, Countercolonialism in Former French India, Lynne Riener Publishers, Boulder-Colorado & London, 1995. pp. 57-58.

[5]Ibid. p.57.

[6]La souveraineté portugaise à Goa, Daman et Diu prit fin en 1961 à la suite d'une intervention militaire de l'Union indienne.

[7]Pour parler du transfert, en anglais, le terme "merger" est utilisé.

[8]William F. S. Miles, Imperial Burdens, Countercolonialism in Former French India, Lynne Riener Publishers, Boulder-Colorado & London, 1995. p. 57. "The local movement for merger with India was a populist uprising, a natural struggle against repressive colonialism, and a manifestation of Indian nationalism".

[9]Voir supra, page 24 : Des relations franco-indiennes sous le signe du dialogue, ou l'inéluctable transfert des Etablissements.

[10]Le Comte Stanislas Ostrorog fut l'ambassadeur de la France en Inde d'octobre 1951 à septembre 1960, date de son décès.

[11]A.E. Dossier n° 122. L'Inde en 1952, rapport annuel de l'ambassade de France.

[12]Cité par Stéphanie Samy, Une histoire singulière, Pondichéry de 1947 à 1954, mémoire de troisième année de Sciences Po (1994-1995), Bordeaux et publiée également dans la Lettre du CIDIF n° 12-13.

[13]Son élection fut invalidée car Subbiah, dont les parents étaient issus de l'Inde britannique, ne pouvait être reconnu comme citoyen français.

[14]Les communistes perdirent la majorité dans les cinq municipalités de l'Inde française où ils la détenaient.

[15]Le 8 juin 1948, le ministre de la France d'outre-mer lisait à l'assemblée une déclaration précisant que le Gouvernement entendait "laisser aux populations des Etablissements le droit de se prononcer sur leur sort et leur statut futur".

[16]Celui-ci, dirigé par Edouard Goubert, ennemi intime de V. Subbiah, se situait alors encore dans le camp des pro-français.

[17]Ce qui servit de prétexte à l'Inde pour refuser le référendum. L'accord de 1948 sur une libre consultation des populations fut dénoncé officiellement le 24 octobre 1952. Voir ci-dessus page 26 :L'abandon du principe de référendum.

[18]A considérer l'histoire du transfert des Etablissements, on peut noter que les rivalités locales et personnelles se déplacent bien souvent sur le terrain de la lutte entre partisans et adversaires de ce transfert.

[19]On peut par exemple se référer aux mémoires de V. Subbiah, Saga of Freedom in French India (Testament of my Life), New Century Book House, Madras, 1990.

[20]En 1941 avait été créée une union douanière entre l'Inde française et le gouvernement indien indépendant. En échange du paiement d'un droit annuel, la France avait accepté de céder la juridiction des douanes pour les importations et exportations de l'Inde française.

[21]Le blocus économique suscita par la même occasion le développement d'une contrebande d'or et pierres précieuses et d'alcool.

[22]V. Subbiah, Saga of Freedom in French India (Testament of my Life), New Century Book House, Madras, 1990. p. 294.

[23]A.E. Dossier n° 122. L'Inde en 1953, rapport annuel de l'ambassade de France,  p.108.

[24]Voir infra, page 90, L'évolution de la vie politique dans les Etablissements.

[25]Saravane Lambert, élu député en 1946, tenta de défendre au Parlement la thèse qui lui paraissait la plus juste et la plus réaliste. Face à l'Inde indépendante, il considérait l'existence des comptoirs comme un anachronisme et pensait que leur transfert spontané éviterait non seulement un conflit, mais qu'en plus il permettrait de jeter les bases d'une alliance sincère entre les deux pays, permettant ainsi le maintien d'une présence culturelle de la France à Pondichéry. Dès son arrivée à Paris, Saravane Lambert avait adhéré à l'intergroupe des parlementaires d'outre-mer, parmi lesquels figuraient entre autres le malgache Ravoahangy, futur condamné à mort de 1948, et l'algérien Ferhat Abbas.

[26]André Menard fut le gouverneur des Etablissements français d'avril 1950 à août 1954.

[27]Georges Chaffard, Les carnets secrets de la décolonisation, Calmann-Lévy, Paris, 1965. p.222.

[28]Parmi lesquels figuraient cinq des six membres du conseil de gouvernement et les maires des huit communes de Pondichéry.

[29]"(...) Les partisans de l'intégration, et notamment le "Mouvement de Libération" dirigé de l'extérieur par Goubert, ne doivent pas être pris au sérieux. Ces gens-là ne représentent rien et leur action aurait déja sombré dans le ridicule si l'Inde ne la soutenait". Cité par Georges Chaffard, Les carnets secrets de la décolonisation, Calmann-Lévy, Paris, 1965. p.224.

[30]Le Trait d'union, volume XI, n° IX, juillet 1954. Le mensuel francophone Le Trait d'union paraissait à Pondichéry depuis 1944.

[31]Pour la France, l'évacuation de Yanaon n'impliquait nullement un abandon de souveraineté, puisqu'il ne s'agissait, en droit, que d'une passation de pouvoirs intérimaires à un fonctionnaire franco-indien.

[32]Pierre Mendès-France, à la fois président du Conseil et ministre des Affaires étrangères, était alors accaparé par la négociation de Genève sur l'Indochine, et n'avait guère de temps à consacrer à la question des Etablissements, qui revenait pratiquement entre les mains du ministre de la France d'outre-mer, le M.R.P. Robert Buron et du secrétaire d'Etat aux Affaires étrangères Guérin de Beaumont.

[33]Journal officiel de l'Inde française, 105°année, n°42 bis, vendredi 22 octobre 1954.

[34]Le Trait d'union, volume XI, n°XII, octobre 1954.