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1.3 - L'OPPOSITION PONDICHERIENNE A LA RATIFICATION ET SON ECHO EN FRANCE

Une opposition pondichérienne à l'intégration progressive des Etablissements se manifesta dès les premiers mois qui suivirent le transfert de facto. Nous avons déjà évoqué cette opposition, marquée par la diversité, à trois reprises, en première partie. A l'occasion des élections de 1955, le candidat indépendant Marcel Valot présenta une liste préconisant le retour des Etablissements à la France. Celle-ci ne reçut à l'époque qu'à peu près 2.000 voix pour dix candidats, mais retint néanmoins notre attention car Valot réussit à battre Goubert dans sa circonscription, pour l'élection au conseil municipal de Pondichéry. En 1956, on retrouvait cette opposition avec l'action isolée d'un Pondichérien, Teivassigamany, qui se pourvut en annulation du vote de Kijéour devant le conseil d'Etat. A la même époque, un "groupement représentatif des intérêts pondichériens", défendant plutôt semble-t-il les intérêts d'une partie de la population francophone, se présentant comme une "élite intellectuelle"[1], présenta un mémorandum demandant non le retour des comptoirs à la France, mais l'aménagement des accords dans des conditions inacceptables pour l'Inde et la France (parmi les dispositions souhaitées figuraient l'aménagement d'une période transitoire de longue durée, le bénéfice de la double nationalité, ou encore des privilèges commerciaux).

 Cette opposition pondichérienne, qui se manifesta à partir de 1956 par son hostilité à la ratification du traité de cession des Etablissements ne concerna qu'une infime partie de la population des anciens comptoirs français. Elle fut de plus caractérisée par sa diversité, l'absence d'une position claire et commune, et par le fait qu'elle se développa dans (et par) une situation d'incertitude née de l'attente de la cession de jure. Elle retint l'attention des diplomates français en poste en Inde qui voyait en elle, au delà d'une manifestation d'attachement à la France, une menace possible pour les relations franco-indiennes, et qui nous ont transmis une documentation abondante la concernant. Cette opposition n'était, indiscutablement, pas représentative de la population des Etablissements, ni même de son élite puisque, il faut le rappeler, les politiques en place avant 1954, à l'image de Goubert, l'étaient toujours quelques années plus tard, et semblaient s'accommoder fort bien de la transition. Mais elle nous intéresse par la répercussion qu'elle a pu donner à ses idées en France, là où se situait le débat sur la ratification, notamment auprès des parlementaires.

 

1.3.1 - Une opposition plurielle et active

Il ne s'agit pas ici de présenter cette opposition de manière exhaustive. Une telle intention relèverait de la gageure si l'on veut bien prendre en considération la formule qu'elle inspirait, par sa diversité et sa variété, au représentant français Morel-Francoz, quand il écrivait à son intention, en 1957, que "les choses, [à Pondichéry], s'expriment d'autant plus surabondamment qu'elles se conçoivent moins clairement"[2]. Nous tenterons donc, en nous référant aux sources que les diplomates nous ont laissées, d'en présenter un tableau plus général, laissant sans doute la place à quelques omissions.

 En juin 1960, à l'occasion de son départ de Pondichéry, le représentant français Robert Morel-Francoz, qui était en poste depuis octobre 1956, tentait, en nous proposant un découpage sociologique préalable de la population des anciens Etablissements, de nous présenter un tableau de l'opposition, qu'il désignait comme "l'irrédentisme"[3]. Pour lui, il était important de rappeler que 90 à 95% de la population des anciens Etablissements était constituée par des gens "hindous par les cultes rituels (...), tamouls par leur langue", qui n'avaient eu "que de rares contacts avec les autorités françaises et qui, s'ils ne [détestaient] certes point du tout la France, ne la [connaissaient] à peu près pas"[4]. Morel-Francoz s'attachait ensuite à décrire plus longuement le reste de la population des anciens comptoirs, qu'il divisait en trois catégories :

"Allant de l'intérieur vers l'extérieur, nous voyons ensuite des hindous peu ou prou occidentalisés (mais qui vivent, dans la retraite inviolable de leur demeure, à l'indienne), qui parlent anglais ou français. Ils ne sont pas très nombreux ; ce sont surtout des gens du moyen et du petit commerce ; ils remplissent aussi les petits rayons de la fonction publique.

 Puis viennent les renonçants, souvent chrétiens, qui ont, volontairement, abandonné leur statut d’origine et chez qui se rencontrent les plus farouches opposants au transfert. Beaucoup furent militaires dans nos armées ou petits fonctionnaires, principalement en Indochine. C'est parmi eux aussi que se remarque une haine pour l'Inde, son génie et ses mœurs, dont parfois l'expression m'a paru confondante, chez des gens qui ne peuvent pas […]qu'ils ne fassent partie d'elle, par leur sang et par leur langue. Leur nombre doit balancer entre 15 et 20.000.

 Ensuite, nous voyons ceux qui se disent "créoles" et qui sont, en vérité, des métis : 3 à 400 au plus. Ils souffrent des mêmes complexes d'orgueil blessé et d'abandon que les Anglo-Indiens dans le reste de l'Inde. Il est convenable de conseiller à tous ceux d'entre eux qui en ont les moyens et la possibilité de gagner la France, de s'y "reconvertir", d'y établir définitivement leurs pénates. Je m'y suis employé chaque fois qu'il parut possible. Notre aide, dans ce sens, doit leur être acquise. Il seront malheureux ici, voués à un avenir fort incertain : parlant français et parfois uniquement français, leur avenir, pour autant qu'ils en aient, est en France et non plus ici. Beaucoup l'ont compris.

 Restent enfin les vrais créoles, qui n'ont point d'autre sang que le nôtre : quelques familles survivantes, amères, nostalgiques, et qui ne fraient avec personne. Leur situation mondaine et financière s'est effondrée, depuis les deux derniers siècles. Ils habitaient alors ces charmants hôtels de Pondichéry, qui se délabrent eux aussi, mais avec d'autres habitants. Ils sont, sûrement, moins de cinquante individus.

 Quant au total des francophones, pour Pondichéry et Karikal, atteint-il même 7 ou 8.000 personnes, qui sachent vraiment notre langue et la pratiquent, fût-ce en patoisant ? Il ne semble pas. Ce chiffre est, en tout cas, un extrême maximum."[5]

 L'opposition pondichérienne à l'accord de 1954 et au traité de 1956 se recrutait donc dans une proportion très limitée de la population, c'est-à-dire essentiellement parmi les "renonçants". Une part de cette opposition se caractérisait par le fait qu'elle ne refusait pas l'intégration à l'Union indienne, mais désirait qu'elle se fasse dans certaines conditions que nous avons, pour une part, déjà abordées (il s'agit par exemple des demandes pour un statut d'autonomie et une période transitoire de 25 ans, ou encore pour l'obtention de la double nationalité). Le représentant français la divisait en deux catégories, "mous" et "durs", qu'il décrivait de la manière suivante :

"Cette opposition comporte des mous et des durs, chacune de ces deux catégories se subdivisant d'ailleurs en clans et en tendances. A tout le plus, elle pourrait se faire suivre (dans l'hypothèse, d'ailleurs invraisemblable, d'un référendum) par une dizaine de milliers de clients dociles : encore ce chiffre est-il probablement optimiste.

 Les mous, ce sont ceux qui ne remettent pas totalement en cause le principe des accords franco-indiens mais qui entendent les aménager à leur convenance. Ils se formèrent, dès le début de 1956, en un "groupement représentatif des intérêts pondichériens" et produisirent un premier mémorandum, le 26 mars de cette année, puis le 11 avril 1957 un second. Formant une sorte d'élite (toute proportion gardée, il est peut-être possible de les décorer de ce vocable), ils se recrutent particulièrement parmi les gens de la basoche, les médecins pondichériens, les présidents d'association, les retraités. Leurs prétentions vont surtout à laisser, de leur vivant, les choses en l'état. En conséquence, une longue période transitoire de 25 ans -c'est-à-dire une génération- serait solennellement promise à Pondichéry par l'Union indienne qui veillerait à ce que le rattachement direct, à elle, de ce petit Etat, ne soit pas compromis au profit de Madras et qui maintiendrait son statut politique et administratif pendant ce temps. Le reste des postulats qu'on trouve dans ces deux mémorandums, concernant la circulation des personnes, les transferts de fonds, le plan culturel, etc..., découle de cette prétention à une certaine autonomie au sein de l'Union indienne. Les parlementaires français, destinataires de cette littérature, en accusèrent réception et en retirèrent peut-être quelques idées. Pas un des parlementaires indiens ne fit mine de l'avoir reçue. D'où aigreur de nos Pondichériens modérés qui regrettèrent d'avoir découvert, pour si peu d'écho, ce à quoi ils rêvaient (...).

 En face de ces mous qui, même durcis, restent susceptibles de complaisance à l'égard de l'Inde, il y a les durs, les irréductibles, les gens du tout ou rien. Pour eux, il n'est de ressource que dans l'appel au peuple. Le "congrès de Kijéour" devant être tenu pour une farce sinistre, un référendum doit être organisé par les Nations Unies, qui permettra aux gens de se compter, enfin, pour ou contre la France. Des prédictions l'ont certifié, notre pays se maintiendra éternellement dans l'Inde du Sud et, tôt ou tard, y reviendra en force. C'est dans cette viande creuse que se nourrissent les plus crédules d'entre eux."[6]

 

1.3.2 - Une opposition revigorée par les événements de 1958 en France

Avec le retour au pouvoir du général de Gaulle en France, et le changement de constitution, l'opposition pondichérienne connut un net regain d'activité. La raison en était simple, pour les opposants, l'accord de 1954 comme le traité de 1956 avaient été négociés par les hommes de la IVème République, et ces textes devaient naturellement être remis en cause avec l'arrivée du général. A l'été 1958, le quotidien The Times of India, dans un article du 16 juillet 1958 évoqué ci-dessus[7], avait déjà fait état de l'agitation dont cette opposition faisait preuve. Au début de 1959, l'adjoint du représentant français, Duvauchelle, décrivait l'état d'esprit régnant parmi l'opposition à Pondichéry depuis le retour de de Gaulle :

"Depuis la crise française du 13 mai 1958, les éléments de la population de Pondichéry qui ont toujours manifesté leur opposition à une cession du territoire des Etablissements français de l'Inde à l'Union indienne ont repris courage. Ils considèrent que la négociation de l'accord de facto a été le fait de l'ancien "système" et que la Vème République ne peut vouloir ce que désirait la IVème. Ils se sont livrés à quelques manifestations de fidélité à la France, promenant en procession l'effigie du général de Gaulle..."[8]

Quelques semaines plus tard, l'ambassadeur de France, le comte Stanislas Ostrorog, expliquait au ministre des Affaires étrangères, Maurice Couve de Murville, comment , et pourquoi cette opposition pouvait s'exprimer à Pondichéry  dans le cadre d'une situation de transition qui durait alors depuis quatre années et demi dans les anciens Etablissements :

"Je reviens de Pondichéry. De ce dernier séjour, une impression de malaise demeure qu'il serait dangereux d'ignorer. Rien de grave, aucun incident ne s'est produit, mais le prolongement d'une situation anormale encourage dans leur action certaines gens qui cherchent à maintenir l'équivoque pour avoir chance d'intervenir et se parer des attributs du jeu politique. Ceux-là souhaitent que le cas des Etablissements prenne l'importance des affaires d'Algérie jusqu'à troubler l'opinion française.

 Il n'y a pas lieu de revenir ici sur le fond du problème : vous le connaissez aussi bien que moi. Si je me permets de vous écrire, c'est que le moment de la décision me semble approcher. L'état d'attente et de sursis ne peut prendre caractère permanent. Il donne aux agitateurs l'occasion de dire que le temps n'est plus où des gouvernements indignes acceptaient tous les abandons, qu'aux Indes maintenant comme en Afrique, la France s'est ressaisie."[9]

 

Au cours de l'été 1959, l'opposition la plus extrême tenta de se faire entendre abondamment, et d'autant plus que la période coïncidait avec la préparation et la tenue (au mois d'août 1959) des deuxièmes élections à l'assemblée représentative depuis le transfert de facto. Le représentant français, Morel-Francoz, rapportait alors le contenu de manifestes électoraux émanant de ceux qu'il appelait les "irrédentistes" :

 

 "...Le second, qui porte les initiales du M.R.P. et la signature de Gressieux, demande à ses adhérents (ils ne doivent pas dépasser la trentaine) l'abstention et préfère que le President's rule continue à s'appliquer ici jusqu'au référendum qu'il continue d'espérer.

 Le troisième est signé d'un certain Madrid, ancien sous-officier, qui se donne comme "Président du Comité des droits de la population de l'Inde française". Ce tract peut d'ailleurs être considéré comme l'acte de naissance et de baptême de ce comité dont on n'avait encore point ouï parler. Rédigé par quelque avocat de retour d'Indochine, il tend à prouver que cette consultation est faite "au mépris des dispositions du traité de cession de facto", qu'elle est donc illégale et ne sera point reconnue par le comité qui presse, en conséquence, le gouvernement français "de procéder d'urgence à la nomination d'un sénateur français pour représenter au Parlement l'Inde française".

 Ce bon exemplaire de prose irrédentiste n'est évidemment point fait pour le lecteur de Pondichéry, qui en a souri, mais pour celui de Paris qui, espère-t-on, le prendra au sérieux (...)."[10]

Il est intéressant de rappeler à nouveau quelle audience pouvaient obtenir ces propos auprès de la population de Pondichéry. L'attitude des électeurs nous donnait une réponse dont le représentant français faisait état :

"Quant aux irrédentistes, qui prétendent porter nos couleurs, l'électeur leur a montré le cas qu'il faisait de leurs objurgations : au lieu de s'abstenir comme le leur ordonnait les Gressieux ou Madrid, sa participation électorale a, presque partout, dépassé les 80% de l'ensemble du corps électoral inscrit."[11]

Dans ses rapports, cités ci-dessus, le représentant français à Pondichéry faisait état des activités d'un certain Gressieux. Celui-ci, qu'on peut classer parmi les plus farouches opposants, retint particulièrement l'attention des diplomates français par une campagne qu'il mena à Pondichéry à la suite du retour du général de Gaulle en France. Gressieux appartenait à cette catégorie de gens à Pondichéry qui ne s'étaient pas résignés au sort des Etablissements français de l'Inde et qui avaient espéré que le retour du général de Gaulle au pouvoir aurait été de nature à modifier la situation de fait existant depuis fin 1954. Ancien policier révoqué d'Indochine, Gressieux essaya, avant 1954, de jouer un rôle politique à Pondichéry en créant le Mouvement Républicain Populaire de l'Inde française "dont, étant l'unique membre, il assumait la "présidence"[12]. Gressieux était un "ancien militaire, mal noté à ce titre"[13]. En juin 1958, il se signala à l'attention du représentant français, en même temps qu'à celle du haut commissaire indien à Pondichéry, en lançant le bruit que le général de Gaulle demandait des volontaires pondichériens pour servir en Algérie, et en ouvrant à cet effet un bureau de recrutement. En quelques jours, il enregistra "1500 candidatures dont 1200 des campagnes"[14]. De son coté, la représentation française jugeait que les renseignements sur les activités antérieures du personnage permettaient de "douter du désintéressement de son action" et qu'il chercherait sans doute à "monnayer à Paris ce qui [pouvait] être considéré comme un argument contre la ratification"[15].

 A considérer certains aspects de cette opposition pondichérienne, on peut effectivement penser que l'intérêt personnel et l'ambition pouvaient être un des moteurs de l'activité des opposants. L'épisode de la demande, par un groupe de Pondichériens, de nomination (et non d'élection) d'un sénateur représentant les Etablissements, peut illustrer cet aspect de la question. Cet épisode relevait du fantasme de certains Pondichériens de voir le retour à la France des Etablissements. Il relevait également de la volonté, logique dans leur esprit que ces Etablissements, étant toujours en théorie sous souveraineté française, soient représentés à Paris comme appartenant intégralement à la République française. Enfin, il pouvait témoigner de l'intéressement des protagonistes de l'affaire. En février 1959, quelques Pondichériens adressèrent à Matignon une motion intitulée "motion votée par les associations civiles et militaires et les notables de l'Etat de Pondichéry le 4 février 1959 pour la nomination d'un sénateur"[16]. Les quelques signataires de cette motion, jugeant qu'il était indispensable que les Etablissements soient représentés en France et que les Pondichériens rencontreraient des "difficultés de tous ordres pour élire régulièrement ce sénateur"[17], demandaient ni plus ni moins au général de Gaulle "de bien vouloir nommer M. Marius Clairon comme sénateur de l'Inde française"[18]. Les autorités françaises, de leur côté, jugeaient cette injonction des "notables" pondichériens de la manière suivante :

 

"La motion adressée à Melle Sidi Cara, Secrétaire d'Etat auprès du Premier ministre, trahit le désir de M. Marius Clairon, signataire parmi d'autres de ce document, d'être non point élu mais "nommé" sénateur de Pondichéry, et de recevoir la Croix de la Légion d'honneur.

Il est d'autant moins indiqué de répondre à ce libellé que le moindre papier à en-tête officiel, fût-ce un simple accusé de réception, sert -on l'a déjà vu- à accréditer la légende selon laquelle les intéressés "négocient" avec le gouvernement français ou le président de la République certaines modifications au traité de 1956, ou à tout le moins, confère au destinataire, auprès de nombreuse personnes d'esprit peu averti, une importance et un prestige qu'il n'est pas aujourd'hui dans les intentions du gouvernement de leur donner."[19]

 Cet épisode montre également qu'une des caractéristiques des opposants était leur prétention à représenter la population dans son ensemble (prétention totalement dénuée de fondements, si l'on se réfère à l'audience que la population leur accordait effectivement). C'est de cette prétention que relevait un nouveau mémorandum rédigé en 1960, faisant suite à ceux déjà rédigés en 1956 et 1957 et évoqués précédemment, et à propos duquel le représentant français nous livrait ses impressions, dont le ton semblait également trahir une exaspération certaine à l'encontre des manœuvres de l'opposition pondichérienne :

 

«...Se servant des signatures ainsi rassemblées, en 1956 et 1957, un niais et un coquin, le premier ancien adjudant, le second magistrat mis à la retraite d'office, ont brossé, vers mai 1960, un nouveau mémorandum et l'ont, à la veille de la visite de M. Nehru au général de Gaulle, largement diffusé à Paris. Reprenant les idées exprimées antérieurement, ils les ont truffées d'un condominium sur Pondichéry de la France et de l'Inde, les deux donnant à la population locale toute licence de gérer elle-même ses propres affaires. Pour le faire au mieux, Français et Indiens confieraient cette gestion aux signataires du manifeste, qui se sont constitués, proprio motu, en "Congrès local", tout fictif d'ailleurs -puisqu'il ne représente rien de plus (et encore n'est-ce pas tout à fait certain) que ses trente signataires. Il vaut, sur ce point, de citer leur prose : "Considérant qu'à défaut de référendum le principe affirmé tant "par la constitution française que par la voix autorisée du "président Nehru au nom de l'Union indienne, de respecter la "volonté de la population peut être sauvegardée en tenant "compte des aspirations véritables de la population qui ne "peuvent être affirmées, dans la situation actuelle, que par ceux "réunis dans le présent congrès et qui sont réellement qualifiés "pour parler sincèrement au nom de la population. Outre la beauté de la langue, on peut admirer là un saut périlleux accompli. »[20]

 Dernier acte dans la série des mémorandums, un ultime exemplaire, reprenant une nouvelle fois les revendications des précédents, fut diffusé en Août 1960. Seule innovation par rapport à ceux de 1956 et 1957, et proposant une solution plus réaliste que celle du "congrès local" que Morel-Francoz évoquait quelques semaines avant, les signataires demandaient "la création d'un organisme mixte d'administration et de gestion auquel [aurait été] confié pendant la période transitoire le contrôle de l'exécution du traité"[21] (un traité que les signataires envisageaient bien sûr préalablement renégocié). Ce mémorandum fut, comme les précédents, adressé directement à Paris. Le 4 août 1960, il fut remis au ministre d'Etat chargé des départements d'Outre-Mer, Robert Lecourt, par une délégation de fonctionnaires originaires de Pondichéry. C'est, à propos de ces mémorandums et autres documents que l'on a pu citer jusque-là, le point le plus important. Au-delà de leur contenu, c'est leur diffusion, pouvant leur donner une importance exagérée, qui doit retenir particulièrement notre attention.

 

 



[1]A.E. Dossier n° 325. Memorandum du 28 mars 1956 du "groupement représentatif des intérêts pondichériens".

[2]A.E. Dossier n° 340. Note du 8 avril 1957 sur le petit colloque de Pondichéry.

[3]A.E. Dossier n° 320. Lettre du 13 juin 1960 de Robert Morel-Francoz, représentant français à Pondichéry, à Stanislas Ostrorog, ambassadeur de France aux Indes, au sujet de Pondichéry en 1960.

[4]Ibid.

[5]Ibid.

[6]Ibid.

[7]Voir page 134, L'avis défavorable de la commission des territoires d'Outre-Mer, en mars 1958, la remise du débat parlementaire, et les réactions indiennes.

[8]A.E. Dossier n° 331. Conversation de M. Batbedat avec M. Duvauchelle du 3 février 1959, au sujet de Pondichéry.

[9]A.E. Dossier n° 331. Lettre du 19 mars 1959 de Stanislas Ostrorog, ambassadeur de France aux Indes, à Maurice Couve de Murvile, ministre des Affaires étrangères.

[10]A.E. Dossier n° 331. Lettre du 13 août 1959 de Robert Morel-Francoz, représentant français à Pondichéry, à Gaspard de Villelume, chargé d'affaires de France aux Indes, au sujet des élections à Pondichéry pour l'assemblée représentative.

[11]A.E. Dossier n° 331. Lettre du 20 août 1959 de Robert Morel-Francoz, représentant français à Pondichéry, à Gaspard de Villelume, chargé d'affaires de France aux Indes, au sujet de l'élection de l'assemblée représentative.

[12]A.E. Dossier n° 330. Note du 31 décembre 1958.

[13]Ibid.

[14]A.E. Dossier n° 340. Compte-rendu de voyage d'une délégation parlementaire française à Pondichéry et à New Delhi du 2 août au 3 septembre 1958.

[15]Ibid.

[16]A.E. Dossier n° 331. Motion votée par les associations civiles et militaires et les notables de l'Etat de Pondichéry le 4 février 1959 pour la nomination d'un sénateur.

[17]Ibid.

[18]Ibid.

[19]A.E. Dossier n° 331. Note du 7 avril 1959.

[20]A.E. Dossier n° 320. Lettre du 13 juin 1960 de Robert Morel-Francoz, représentant français à Pondichéry, à Stanislas Ostrorog, ambassadeur de France aux Indes, au sujet de Pondichéry en 1960.

[21]A.E. Dossier n° 337. Mémorandum du 4 août 1960. Défense et protection des intérêts français à Pondichéry.