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E.  Conclusion
TROIS SIÈCLES DE PRÉSENCE EN INDE.
QUEL HÉRITAGE ?

 

 

1. - LES PERSPECTIVES DES RELATIONS FRANCO-INDIENNES EN 1963

 

De 1947 à 1963, deux questions avaient formé des obstacles sérieux à l'instauration de rapports cordiaux entre la France et l'Inde. Il s'agissait du problème du transfert des Etablissements français en Inde puis des très longs délais que la France avait pris avant de ratifier le traité de 1956 portant cession à l'Inde de ses anciens comptoirs, et d'autre part des incidences de l'affaire algérienne. L'octroi de l'indépendance à l'Algérie et le règlement de la question pondichérienne rendirent le climat des relations franco-indiennes, selon la diplomatie française, "meilleur qu'il ne [l'avait] jamais été depuis 1947, date de l'accession de l'Inde à l'indépendance"[1]. En novembre 1962, l'ambassadeur Garnier jugeait que "les relations entre les deux pays se [trouvaient] enfin débarrassées de tout ce qui en compromettait l'épanouissement", et que "tout compte fait, ce n'était qu'un retour à une situation "normale"[2]. Toutefois, si Garnier jugeait en conséquence que la conjoncture était favorable "pour tenter d'améliorer les positions [de la France], surtout sur les plans économiques et culturel" car ses efforts auraient pu alors trouver "un accueil favorable"[3], il ne s'enflammait guère pour ce qu'étaient selon lui les perspectives des relations politiques. L'ambassadeur de France en Inde estimait en effet que "sur le plan des relations politiques, la coopération [resterait] toujours superficielle, à la merci d'un incident mineur, d'un vote à l'O.N.U. où se heurteraient les thèses indiennes et françaises"[4]. La position de l'ambassadeur est d'autant plus intéressante qu'elle semblait également refléter celle du ministre des Affaires étrangères de de Gaulle, Maurice Couve de Murville, comme le montre la conclusion de la lettre qu'il lui adressait le 15 novembre 1962 :

"Lors de mon dernier passage à Paris, Votre Excellence m'a dit qu'Elle ne voyait aucun inconvénient à ce que des contacts fussent pris, à ce que l'on procédât à des échanges de vues dans le sens d'une coordination politique plus étroite de l'action des deux pays dans le Sud-Est asiatique, mais en observant : "Je doute que cela puisse mener bien loin". Tel est également mon sentiment."[5]

Mais au-delà de l'avenir des relations politiques franco-indiennes tel qu'il se présentait en 1963, les questions qui nous intéressent plus particulièrement sont d'une part celle de l'avenir des anciens Etablissements français, et comment il se dessinait après huit ans de transition entre les transferts de facto et de jure, et d'autre part quel est, 35 ans après la cession de jure, l'héritage que la France a laissé dans ses anciens comptoirs.

 

2. - L'AVENIR DES ANCIENS ETABLISSEMENTS EN 1963

 

 

2.1 - L'EXISTENCE DU NOUVEAU TERRITOIRE ETAIT-ELLE VIABLE ?

 

La première question qui se posait au moment où les Etablissements français étaient définitivement intégrés à la République indienne était de savoir s'ils avaient un avenir dans ce nouveau cadre. Les anciens Etablissements avaient, sous la domination française, formé une entité propre pendant près de trois siècles. En d'autres termes, la question était donc de savoir si, au sein de l'Union indienne, l'existence du nouveau "territoire de l'Union" était viable.

Déjà, pendant la période de transition, la question de l'avenir des institutions politiques s'était posée[6]. A l'occasion de la crise de l'assemblée représentative en 1958, le représentant français adjoint à Pondichéry, Robert Duvauchelle, s'était, alors qu'il rendait compte à l'ambassadeur de France de la situation politique à Pondichéry, interrogé à ce sujet :

"Tout cela est bien confus, il se dégage de toutes ces intrigues une pénible impression de médiocrité, d'intérêts sordides dans lesquels ce qui préoccupe le plus la population passe complètement inaperçu. Les fonctionnaires indiens en sont très surpris et pensent presque ouvertement que l'assemblée représentative, de création française, n'est pas faite pour ce pays. On peut compter sur eux pour en obtenir la modification radicale, dès le transfert de jure."[7]

La question du maintien du particularisme pondichérien, de la viabilité du territoire en tant qu'entité propre au sein de l'Union face à la possibilité d'une absorption par les Etats voisins réapparut également avec l'échéance du de jure. Exprimée surtout du côté de Madras dès le transfert de facto[8], la position des "absorptionnistes" n'avait en fait jamais disparu du débat. Quelques jours après l'échange des instruments de ratification du traité de cession du 28 mai 1956, le journal indien Hindustan Times, commentant le désir exprimé par Goubert de voir les Etablissements continuer à former une entité distincte au sein de l'Union, déclarait que "point [n'était] besoin (...) de constituer un Etat séparé dont l'existence ne [pouvait] être justifiée ni par la superficie, ni par la population"[9]. Le 30 juillet 1962, les autorités françaises rendaient à nouveau compte d'un éditorial, publié dans le quotidien de Madras The Mail, "préconisant le rattachement des anciens Etablissements aux Etats dans lesquels ils se [trouvaient]"[10]. En fait, cette polémique qui avait toujours été entretenue par les journaux de Madras depuis 1954 cachait en 1962-1963 un autre débat concernant le statut qui allait être accordé aux anciens comptoirs[11]. Celui-ci opposait le Pandit Nehru, qui avait déclaré que le statut de "territoire de l'Union" serait accordé aux Etablissements, et les politiques Pondichériens, Goubert à leur tête, qui, considérant que ce statut, synonyme d'administration directe par le gouvernement central, ne laissait pas suffisamment de prérogatives aux élites locales, militait en faveur de l'octroi du statut d'Etat. Finalement, le Pandit Nehru, que Goubert vint rencontrer à Delhi, opta pour la solution d'un amendement de la constitution portant changement du statut des "territoires", répondant ainsi en partie aux revendications des représentants de la population pondichérienne[12]. La question de l'absorption réapparut une nouvelle fois en 1964, à l'occasion des élections législatives à Pondichéry, lors desquelles la bataille électorale s'engagea sur la question de l'autonomie, et de la mort du Pandit Nehru, qui ne s'était personnellement jamais départi de ses assurances quant au maintien du particularisme pondichérien. Sa disparition, le 27 mai 1964, pouvait donc être assimilée à celle du meilleur soutien de l'individualité pondichérienne. Mais l'inquiétude qui vit alors le jour à Pondichéry, découlant de l'incertitude supposée de la position du successeur de Nehru, ne devait en fait être attribuée qu'à des rumeurs et à l'effervescence électorale, puisque le gouvernement indien ne s'éloigna jamais de la ligne de conduite de Nehru, consistant à respecter les clauses du traité de cession stipulant que la consultation des populations était indispensable à tout changement constitutionnel.

A l'époque où l'éventualité du transfert des comptoirs commençait à être envisagée par la France, le fait était que la conservation des comptoirs ne se justifiait pas, économiquement parlant. A l'occasion du transfert de jure, on pouvait donc également se poser la question de la viabilité économique du territoire des anciens Etablissements. Le représentant français à Pondichéry, Robert Morel-Francoz avait, en juin 1960, peint un tableau de la situation économique des Etablissements, en la comparant à celle d'avant le de facto, et en en tirant des conclusions quant à l'avenir :

 

"Le marasme n'est pas que politique, il déborde largement sur l'économique (...). Pondichéry, capitale de colonie quasi autonome, redevient en 1954 la petite ville indienne qu'elle n'a jamais cessé d'être, même si le rattachement direct à la lointaine capitale de Delhi, même si sa structure préservée d'"Etat" amortissent un peu cette chute.

Aussi bien, Pondichéry, port franc de 1949 à 1954, n'oubliera jamais ces cinq années de folle abondance. Le commerce fonde tous ses critères sur ce paradis perdu que sont les maigres licences d'importation qu'on lui mesure de plus en plus chichement (...). Les fastueuses prébendes, les montres suisses qui, débarquées au poids à Karikal, savaient se frayer leur chemin jusqu'au fond de l'Himalaya, tous les merveilleux trafics dignes de Hong Kong et de Tanger, que Pondichéry permettait durant ce quinquennat, il faudrait une âme de tigre pour ne point regretter cette douceur de vivre (...).

Déclin il y a, bien sûr, quand on revient par la pensée vers ces époques bénies. Quand même on ne comparerait qu'avec l'époque antérieure à 1949, où les marchandises importées de France (alcools, vins, parfums, etc...) étaient recherchées par bien d'autres que ces Pondichériens, la décadence serait encore marquée. A la chambre de commerce, on se flatte, même aujourd'hui, d'obtenir du gouvernement indien la reconversion de Pondichéry en port franc et qu'il suffira d'une motion bien rédigée pour emporter les résistances. Que l'idée en soit délirante n'a pas besoin d'être démontré. Ni Madras, ni les petits ports du Sud, Cuddalore et Nagapatinam (eux-mêmes plus animés que Pondichéry) ne le pourraient admettre. Si les chances naturelles de Pondichéry (une meilleure rade foraine, un plus riche arrière pays agricole) au départ - c'est-à-dire dans la première moitié du XVIIIème siècle - étaient supérieures à celles de Madras, les jeux sont faits dorénavant. En sus de sa propre capacité de chef-lieu agricole, Pondichéry n'a aucun avenir économique (...).

Il n'y a donc aucun avenir économique qu'il soit honnête de prévoir pour Pondichéry ou Karikal. Je ne dis rien, bien sûr, de Mahé, ce ravissant village, ou de Yanaon, cette minuscule bourgade allongée le long d'un des bras morts et crottés de la Godavéry (...).Encore convient-il de noter que, sans illusion sur sa valeur intrinsèque, les Indiens lui ont fait, comparativement, la part belle en lui consacrant dans leur second plan quinquennal, de 1956 à 1961, quelques 50 millions de roupies."[13]

 

 

2.2 - QUEL DESTIN CULTUREL POUR LE TERRITOIRE DE PONDICHERY ?

 

En étudiant la période de transition située entre les transferts de facto et de jure, nous avons pu aborder la question de l'évolution culturelle des Etablissements. En 1963, les anciens Etablissements étaient définitivement intégrés dans une Union indienne plurilinguistique, mais dont la seule langue commune était alors l'anglais. La question de la place de la langue française, et de l'avenir de l'originalité culturelle pondichérienne se posait donc alors avec encore plus d'acuité.

 

2.2.1 - Pondichéry et la politique culturelle de la France en Inde

Le 22 septembre 1962, un mois après la cession de jure des Etablissements, le Pandit Nehru, de passage en France, rencontra le général de Gaulle. Le président de la République, répondant au Premier ministre indien qui le remerciait "pour le règlement satisfaisant de la question de Pondichéry", lui déclara qu'il avait été "d'autant moins difficile de régler la question de Pondichéry que les deux pays [étaient] d'accord pour que cette ville serve de lien culturel entre l'Inde et la France"[14]. A propos de Pondichéry, Nehru déclara encore qu'il espérait "que cette ville [constituerait] une fenêtre vers la culture et la langue française"[15]. Le communiqué à l'issue de la rencontre précisait que "le vœu [avait] été notamment formé, de part et d'autre, de voir s'intensifier les relations culturelles, techniques et scientifiques et se renforcer la coopération existante dans le domaine économique"[16].

L'intérêt que semblait manifester le président français au développement d'échanges culturels avec l'Inde pouvait s'inscrire dans le cadre d'une politique culturelle plus large de la France à l'étranger. Il s'agissait du "Projet culturel extérieur de la France", idée qui avait été lancée par de Gaulle avec son ministre de la culture, André Malraux, pour une meilleure projection de l'image de la France à l'étranger, préalable au développement plus lucratif d'échanges économiques. Le maintien d'une présence culturelle française à Pondichéry, garanti par le traité de 1956, et de son développement en Inde, entrait donc parfaitement dans le cadre de la politique voulue par de Gaulle.

Quinze ans après l'indépendance, la prépondérance de l'influence culturelle anglaise en Inde était écrasante, que ce soit aux niveaux politique, économique, ou surtout linguistique, ce qui, considérant l'étendue du pays et la masse de sa population, limitait évidemment les possibilités de la France d'action culturelle dans l'Union indienne. L'action de la France en Inde, au lendemain du de jure, se présentait sous deux aspects distincts.

Il s'agissait d'abord pour elle de "maintenir et de renforcer [sa] présence traditionnelle à Pondichéry et dans les autres Etablissements français devenus indiens par la ratification du traité de 1956"[17]. Celle-ci reposait essentiellement sur le Collège français et l'Institut français. Les anciens Etablissements français représentaient un cas particulier. La coopération culturelle franco-indienne, hors de ce cadre, était, selon les autorités françaises, "un événement nouveau, qui, sous des formes diverses, [paraissait] susceptible d'un développement continu"[18]. Pour les autorités françaises, il paraissait indispensable d'inscrire la politique culturelle de la France en Inde dans un cadre dépassant celui des anciens comptoirs, ce qu'exprimait l'ambassadeur Garnier en décembre 1961 :

"Centrer notre action intellectuelle en Inde à Pondichéry serait, pour les prochaines années, aussi peu fondé que vouloir développer aux Etats-Unis notre influence culturelle en Partant de la Louisiane! (...)"[19]

Il s'agissait pour la France d'encourager l'enseignement de sa langue et de sa culture auprès des universités indiennes (des postes de lecteurs auprès des universités indiennes furent ainsi créés de 1959 à 1961 dans différentes villes comme New Delhi, Madras, Calcutta, Poona...). Des centres culturels furent également créés à New Delhi et Calcutta et des Alliances françaises installées à Bombay, New Delhi, Madras et Pondichéry. Dans le domaine de la coopération technique, le programme de la France avec l'Inde s'effectuait "dans le cadre de l'accord de coopération économique et technique signé le 23 janvier 1958, complété par un protocole franco-indien signé à New Delhi le 30 janvier 1961"[20].

La France, pour développer une politique culturelle en Inde, pouvait donc s'appuyer sur une base, et sur la bienveillance des plus hautes autorités indiennes. Le ministère des Affaires étrangères précisait en effet en novembre 1962 "qu'au cours de la période de transition, les autorités indiennes [s'étaient abstenues] de mettre une entrave quelconque au développement de l'action culturelle [de la France]" et même qu'elles l'avaient "au contraire facilitée"[21]. Un an plus tôt, l'ambassadeur Garnier abondait dans le même sens :

"(...) L'esprit de tolérance qui anime [l'Inde] laisse le champ ouvert aux initiatives que nous estimerons souhaitables de prendre sur le plan culturel. L'Inde décolonisée n'a pas enlevé de leurs socles les statues des rois et des reines d'Angleterre qui ornaient les places principales de la capitale et des villes de province. Il n'est pas à redouter que ses dirigeants décident d'abolir les traces de notre influence, par suite des conditions dans lesquelles nous nous sommes effacés (...)."[22]

En 1963, il était donc clair que le développement de la culture française en Inde dépendait essentiellement des moyens que la France entendait accorder à sa politique culturelle sur le sous-continent.

 

2.2.2 -  La question de la place de la langue française à Pondichéry

L'article 28 du traité de cession prévoyait que le français resterait la langue officielle des Etablissements aussi longtemps que les représentants élus de la population ne prendraient pas de décision différente. Comme le rapporteur Boscher en faisait état en 1962, cette disposition était "effectivement appliquée"[23]. Le député précisait en effet qu'à Pondichéry, "les communications officielles du haut-commissaire indien, les arrêtés qu'il [prenait étaient] publiés en français", que "les conseils municipaux [rédigeaient] leurs délibérations dans [cette] langue"[24]. Le rapporteur de l'assemblée nationale ajoutait toutefois, corroborant ainsi dans une certaine mesure la vision qu'avaient les Pondichériens de culture française de l'évolution culturelle des Etablissements pendant la période de transition[25], "qu'au sein de l'administration une certaine tendance à l'anglicisation [existait]"[26]. Boscher présentait sa vision de la place et de l'avenir de la langue française à Pondichéry :

 

"(...) Il ne faut pas se bercer d'illusions, la langue française n'est parlée et comprise que par une petite minorité des 350.000 habitants des comptoirs. Le recensement de 1961 a laissé apparaître pour l'ensemble des comptoirs un pourcentage d'analphabètes de 64,33% qui est sensiblement égal à la moyenne nationale indienne. Encore faut-il se dire que parmi les 35% de la population classée comme sachant lire et écrire la vaste majorité n'entend que le tamoul.

En fait l'éducation française dispensée par le collège et les établissements privés s'adresse à quelques centaines de jeunes gens et jeunes filles et l'on peut dire, sans risque de se tromper, que le nombre total de francophones dans l'ensemble des comptoirs ne doit pas dépasser quelques milliers.

C'est dire que le maintien du français comme langue officielle est subordonné à un très gros effort de scolarisation et de diffusion de notre langue (...)."[27]

En mai 1963, consacrant une évolution de fait, l'assemblée représentative de Pondichéry vota une résolution selon laquelle elle désirait que le français reste la langue officielle du territoire, mais que "les langues maternelles des membres telles que le tamoul, le malayalam et le telinga (ou telugu) ainsi que l'anglais et l'hindi seraient considérées comme langue associées au français"[28]. Pour les autorités françaises, ce vote posait le problème de l'interprétation de l'article 28 du traité de cession. Celles-ci en vinrent à la conclusion que si l'article 28 en question garantissait le maintien du français comme langue officielle dans les Etablissements, il n'excluait pas l'adjonction d'autres langues officielles, mais que "cependant le texte ne [donnait] pas, par lui-même, qualité aux représentants élus de la population pour décider cette adjonction"[29]. Le 3 avril 1965, un texte de loi sur les langues officielles (The Pondicherry Official Languages Act, 1965) était finalement adopté. Cette loi faisait suite à celle de 1963 sur l'administration des territoires de l'Union qui, par une clause conditionnelle, "sauvegardait entièrement le statut reconnu à [la langue française] dans les anciens Etablissements"[30]. La loi de 1965 sur les langues officielles stipulait que le tamoul, le malayalam (pour la région de Mahé) et le telugu (pour la région de Yanaon) pouvaient désormais être utilisés comme langues officielles dans le Territoire de l'Union, ainsi que l'anglais.

 

 

 

2.2.3 — 1965, les Pondichériens dans la querelle des langues

 

En 1965, la participation des Pondichériens à un événement concernant toute la nation indienne et qui secoua particulièrement le Sud, la querelle des langues, nous montre que la population des anciens comptoirs était alors largement tournée vers d'autres questions que celle de la place de la langue française dans leur territoire. Au début de 1965, de violents événements portèrent en effet brusquement la question linguistique au premier plan des préoccupations.

D'après la Constitution, janvier 1965 devait consacrer le remplacement de l'anglais par l'hindi comme langue officielle de l'Union. La constitution de l'Union indienne consacrait en effet huit articles à ce problème, et prévoyait notamment qu'au bout d'une période transitoire de quinze ans à compter de sa promulgation (le 26 janvier 1950, célébré chaque année en Inde comme le Republic Day), le hindi, écrit avec l'alphabet devanagari[31], deviendrait la langue officielle du pays, et serait seul utilisé par l'administration centrale ainsi que dans les relations entre les Etats et la Fédération. Ces derniers conservaient toutefois la liberté d'adopter, pour leurs besoins internes, un ou plusieurs des idiomes locaux. Les données du problème des langues en Inde étaient, schématiquement, les suivantes : selon l'annuaire officiel de 1964[32], il y avait 845 idiomes, dont 15 langues reconnues comme telles et parlées en 1951 par 325 millions d'habitants sur un total de 360 millions. Dans l'esprit des constituants, il s'agissait de donner à l'Union une langue commune et qui ne soit pas héritée du colonialisme. Le mal ainsi dénoncé était qu'on ne s'entendait pas du nord au sud et de l'est à l'ouest du sous-continent et l'anglais était quant à lui relégué à son rang de langue étrangère, géographiquement, politiquement et historiquement. Seulement, au-delà du débat qui voyait notamment avancer l'argument selon lequel l'hindi ne serait pas adapté aux exigences du monde moderne, et qui avait poussé, devant les difficultés insurmontables d'une application stricte de la Constitution, à l'adoption d'une loi en 1963, prévoyant le maintien après l'échéance du 26 janvier 1965 de l'anglais comme "langue officielle additionnelle", les constituants ne semblaient pas avoir pris en compte une donnée fondamentale du problème. Le fait était que pour les gens de l'Inde du Sud, il n'était pas question d'apprendre le hindi.

La consécration du hindi comme langue officielle de l'Union provoqua une flambée de violence, même si la date du 26 janvier 1965 n'apportait en définitive que des changements très théoriques après le vote de la loi de 1963. Ce furent les étudiants qui protestèrent le plus violemment. A partir de janvier 1965, des manifestations sanglantes eurent lieu dans l'Etat de Madras d'abord, puis l'agitation gagna les Etats voisins de l'Andhra et du Mysore, les étudiants du Kérala et du Bengale se bornant pour leur part à déclencher des grèves de solidarité. L'agitation n'épargna pas Pondichéry, où deux personnes furent tuées. Lors des émeutes de janvier et février 1965, on dénombra finalement plusieurs dizaines de victimes dans les Etats du Sud.

Lors de ces événements les autorités de New Delhi accusèrent le parti séparatiste tamoul D.M.K.[33] d'être l'instigateur des troubles. Pour Jean-Paul Garnier, l'ambassadeur de France en Inde, si "ce mouvement n'y [était] évidemment pas étranger (...), la cause profonde [devait] en être cherchée dans le chauvinisme linguistique extrêmement chatouilleux des habitants de l'Etat de Madras"[34]. Les violences de ces deux mois, qui illustraient la force du sentiment régionaliste dans le Sud dravidien, faisaient ainsi ressortir la rivalité entre le Nord et le Sud.

Mais ce qui nous intéresse particulièrement, c'est le fait qu'en prenant part à cette querelle des langues et à l'agitation anti-hindi, les Pondichériens montraient qu'ils se sentaient hautement concernés par un des plus importants débats que l'Inde avait connu depuis l'indépendance. L'écho que cette querelle des langues reçut dans les anciens comptoirs montrait que les Pondichériens, avant de se sentir les héritiers éventuels de l'aventure coloniale de la France aux Indes, s'intégraient dans la mouvance régionaliste qui se développait dans le Sud et qui se matérialisait par la montée du parti dravidien D.M.K. On pouvait donc voir dans leur participation à ce grand débat national le signe indiscutable d'une intégration réussie dans l'Union indienne et sa diversité.

 

3. – 35 ANS APRES, LE TRANSFERT DEMEURE UN HERITAGE STRUCTUREL, PLUTOT QUE CULTUREL

 

 

3.1 - L'UNION TERRITORY OF PONDICHERRY, UNE STRUCTURE QUI PERDURE

 

Tout au long de la période à laquelle nous nous sommes intéressés, la question d'une éventuelle absorption des anciens Etablissements par les Etats voisins de l'Union indienne ne cessa d'être évoquée. Après l'intégration de jure des Etablissements et leur transformation en un "territoire de l'Union", il y eut toujours des voix en Inde pour continuer de militer en faveur d'une fusion de Pondichéry et Karikal avec le Tamil Nadu, de Mahé avec le Kérala et de Yanaon avec l'Andhra Pradesh. Mais ni les gouvernements qui se succédèrent depuis à New Delhi, ni les populations intéressées ne se prononcèrent jamais en faveur d'une telle issue. Aujourd'hui, plus de 35 ans après l'intégration de jure des anciens comptoirs à l'Union indienne, l'Union Territory of Pondicherry continue de former une entité propre en son sein.

L'étude des anciens Etablissements français nous a conduit à évoquer le destin des autres possessions étrangères sur le sous-continent indien après 1947, les enclaves portugaises de Goa, Daman et Diu. Contrairement à ce qui se passa avec les comptoirs français, l'Union indienne dut recourir à la force pour réaliser leur intégration, mais comme les anciens Etablissements, les enclaves portugaises de Goa, Daman et Diu reçurent en 1963 le statut de "territoire de l'Union". Pourtant, ces anciennes enclaves connurent, après cette date, une évolution différente de celle des comptoirs. Cette évolution fait aujourd'hui de Goa, la plus importante des anciennes possessions portugaises, une entité plus pertinente que l'Union Territory of Pondicherry, au moins sur les plans géographique et linguistique. En effet, l'ancienne enclave de Goa, la seule des trois ayant une taille significative, fut séparé de Daman et Diu pour former un "territoire" à part, lequel accéda au statut d'Etat en 1987. L'Etat de Goa constitue donc aujourd'hui, au contraire de l'Union Territory of Pondicherry, une entité viable sur les plans géographique et culturel. L'Etat de Goa est constitué d'un seul tenant, contrastant ainsi avec la dispersion géographique du "territoire" de Pondichéry. De plus, la population de Goa, au sein de laquelle subsiste une communauté chrétienne proportionnellement importante par rapport au reste de l'Inde et un métissage hérité de la présence portugaise (même si l'apport de populations extérieures atténue nettement cette identité locale), présente une unité culturelle plus marquée que dans les anciens Etablissements, partagés entre populations de langue tamoule, malayalam et telugu.

Pourtant l'avenir des anciens Etablissements en tant qu'entité propre au sein de l'Union ne semble nullement menacé, bien au contraire. Lorsque les Etablissements français furent intégrés de jure à l'Union indienne, et que le débat sur leur nouveau statut fut lancé, avant que celui de "territoire de l'Union" ne leur fut concédé, Edouard Goubert, alors conseiller du gouvernement (et qui devint ensuite le premier ministre en chef, ou Chief Minister du "territoire de l'Union" de Pondichéry) avait milité en faveur de l'accession au statut d'Etat. 35 ans après, cette éventualité suscite toujours autant l'intérêt des politiques locaux, et des demandes répétées sont faites auprès de New Delhi pour qu'elle se concrétise. Dans son édition du vendredi 21 novembre 1997, le Hindu faisait état des déclarations du lieutenant-gouverneur de Pondichéry, représentant du gouvernement central dans le "territoire", Mme Rajendrakumari Bajpai (qui a quitté ses fonctions en 1998), qui apportait son soutien à la demande du "territoire"[35]. Le Lieutenant-gouverneur, pour qui le premier critère qui devait être pris en compte par Delhi était celui de la capacité financière de Pondichéry, appuyait donc la demande de Pondichéry en se basant notamment sur l'accroissement de cette capacité depuis les années 1960[36]. Le 22 avril 1998, à l'occasion de la cérémonie de lancement du chantier de construction d'une nouvelle assemblée, face au Golfe du Bengale, à proximité du port, Rajendrakumari Bajpai, qui remplissait pour la dernière fois ses fonctions de lieutenant-gouverneur avant son départ, se déclara une nouvelle fois optimiste vis-à-vis de l'obtention du statut d'Etat. Lors de son discours, elle déclara que "Pondichéry méritait de devenir un Etat"[37]et que si ce devait être le cas, le nombre de sièges à l'assemblée (actuellement au nombre de 30) passerait certainement à 40, ce qui rendait nécessaire la construction d'une assemblée plus spacieuse[38].

En quittant ses Etablissements de l'Inde en 1954, la France laissait un héritage structurel, qui perdurait donc en 1999 sans être aucunement remis en cause, si l'on s'appuie sur les déclarations du lieutenant-gouverneur qui fut en poste à Pondichéry de 1995 à 1998. Mais est-ce-là la seule trace durable du passage de la France en Inde? A considérer l'héritage culturel qu'elle y a laissé, on semble être en droit de se poser la question.

 

3.2 - UN HERITAGE CULTUREL MOINS EVIDENT

 

Quand les Français avaient du renoncer à la souveraineté qu'ils exerçaient sur leurs petits territoires des Indes depuis trois siècles, ils avaient accompagné leur départ par de grands espoirs dans le domaine de la présence culturelle de la France en Inde et de son développement, en s'appuyant sur les assurances du Pandit Nehru et sa formule célèbre de "fenêtre ouverte de l'Inde sur la France" qu'il consacrait à Pondichéry. Mais aujourd'hui, au-delà de la question, déterminante, des moyens qui furent accordés par la France à sa politique culturelle à Pondichéry et en Inde, et en considérant la place désormais restreinte de la culture française dans les anciens Etablissements, il faut bien se rendre à l'évidence qu'il était sans doute illusoire de vouloir donner une place importante à la francophonie, et plus largement à la culture française sur le sous-continent indien.

Toute trace du passage des français n'a certes pas disparu. Il reste à Pondichéry une communauté de "Franco-pondichériens", composée des familles de ceux qui, en 1963, choisirent d'opter pour la nationalité française. Mais elle représente une partie infime de la population. De plus, la communauté est partagée entre Pondichéry et la France, vers laquelle les jeunes se tournent massivement dans l'espoir de trouver un travail et un niveau de vie que l'Inde ne leur offre pas. Elle subit ainsi un "plongeon démographique, qui contraste avec la forte croissance indienne", et tend à se réduire "comme une peau de chagrin"[39]. La communauté des Franco-Pondichériens pourrait ainsi disparaître prochainement du paysage des anciens Etablissements. L'héritage tiendrait alors seulement par le maintien à Pondichéry d'institutions financées par la métropole, comme l'Institut français, l'Ecole Française d'Extrême-Orient, qui sont effectivement pour la France une "fenêtre ouverte sur l'Inde", et la présence d'une communauté de Français métropolitains, travaillant dans leur cadre, et qui ne sont le plus souvent que de passage.

En 1954 déjà, l'historien Jacques Dupuis, en rappelant que longtemps avant la France, les romains étaient passés dans cette région de l'Inde, semblait s'interroger sur l'avenir de la culture française à Pondichéry :

"(...) Près du village de Virampatnam, des murs de brique millénaires, lentement sapés par les eaux, s'écroulent dans le fleuve. Lieu solitaire, où les cocotiers frémissent, les ruines d'Arikamédou nous disent : "ici vinrent des marchands de l'Empire romain, 1600 ans avant les Français". Nous ne saurons jamais dans quelles circonstances la langue grecque, langue de la partie orientale de l'Empire, fut parlée ici pour la dernière fois. Le pont trop frêle, jeté entre l'Inde et l'Europe, par ces navigateurs du Premier siècle, nous l'avons refait, et les ruines nous rappellent la fragilité de notre œuvre".[40]

Il est vrai que les marques actuelles de la présence française et de l'époque des comptoirs s'apparentent plus à des vestiges.

Tout d'abord, si l'on considère la politique locale, on se rend compte qu'il n'existe aucune trace de l'époque des Etablissements. Dès 1954, les politiciens locaux qui, à l'image de Goubert, entendirent continuer leur carrière dans le cadre de l'Union indienne, s'empressèrent d'adhérer aux grands partis qui réglaient le jeu politique dans l'Union. Aujourd'hui, la génération des politiques qui avaient connus l'Inde française et le transfert s'est éteinte (mais déjà, à l'époque des comptoirs, la participation à la vie politique ne signifiait pas forcément avoir une formation française, le leader communiste Subbiah n'était par exemple pas francophone), et à Pondichéry, le découpage politique est le même que dans l'Inde du Sud, avec la domination des partis dravidiens D.M.K. et A.I.A.D.M.K[41].

De l'époque des comptoirs, il ne reste de visible qu'une architecture qui disparaît progressivement et des noms de rue (Saint-Louis, Suffren, Surcouf, La Bourdonnais, etc...) souvent inspirés par l'histoire de la colonisation française, et qui sont confinés à la "ville blanche". Ailleurs, les grands personnages de l'histoire de l'Inde indépendante ont fait leur apparition. L'ancienne rue Dupleix, principale artère de la ville, a été rebaptisée rue Nehru, Lal Bahadur Shastri a quant à lui détrôné Bussy. Sur le front de mer, face à l'ancien ponton, une statue du mahatma Gandhi a remplacé celle de Dupleix qui, débarrassée de son imposant socle représentant des divinités hindoues, a été reléguée au bout de la même promenade, là où personne ne semble faire attention à elle. Le bruit court même qu'on penserait à redonner à Pondichéry son nom initial de "Puducceri", cédant ainsi à une mode qui pousse à l'élimination des évocations du passé colonial et qui a déjà transformé, entre autres, Madras en Chennai et Bombay en Mumbai.



[1]A.E. Dossier n° 239. Note du 29 novembre 1962 sur l'état des relations franco-indiennes.

[2]A.E. Dossier n° 239. Lettre du 15 novembre 1962 de Jean-Paul Garnier, ambassadeur de France aux Indes, à Maurice Couve de Murville, ministre des Affaires étrangères, au sujet des perspectives des relations franco-indiennes.

[3]Ibid.

[4]Ibid.

[5]Ibid.

[6]Voir page 90, deuxième partie L'évolution de la vie politique dans les Etablissements, et plus particulièrement page 95.

[7]A.E. Dossier n° 340. Lettre du 10 septembre 1958 de Robert Duvauchelle, représentant français adjoint à Pondichéry, à Stanislas Ostrorog, ambassadeur de France aux Indes, au sujet de la situation politique à Pondichéry.

[8]Voir supra, deuxième partie, page 77 : La question du statut futur des Etablissements.

[9]A.E. Dossier n° 334. Télégramme du 28 juillet 1962 de l'ambassadeur Garnier.

[10]A.E. Dossier n° 334. Lettre du 30 juillet 1962 de Pierre Royere, représentant français à Pondichéry, à Jean-Paul Garnier, ambassadeur de France aux Indes, au sujet du futur statut des Etablissements.

[11]Voir supra, troisième partie, page 196.

[12]Ibid.

[13]A.E. Dossier n° 320. Lettre du 13 juin 1960 de Rober Morel-Francoz, représentant français à Pondichéry, à Stanislas Ostrorog, ambassadeur de France aux Indes, au sujet de Pondichéry en 1960.

[14]A.E. Dossier n° 239. Entretien du général de Gaulle et de M. Nehru, le samedi 22 septembre 1962, de 12 h. 30 à 13 h. 20.

[15]Ibid.

[16]A.E. Dossier n° 239. Communiqué franco-indien à l'issue de la visite de M. Nehru le 22 septembre 1962.

[17]A.E. Dossier n° 239. Note du 13 septembre 1962, au sujet des relations culturelles franco-indiennes.

[18]Ibid.

[19]A.E. Dossier n° 333. Lettre du 27 décembre 1961 de Jean-Paul Garnier, ambassadeur de France aux Indes, à Maurice Couve de Murville, ministre des Affaires étrangères, au sujet de considérations sur le fin de l'Inde française.

[20]A.E. Dossier n° 239. Note du 13 septembre 1962, au sujet des relations culturelles franco-indiennes.

[21]A.E. Dossier n° 239. Note du 29 novembre 1962 sur l'état des relations franco-indiennes.

[22]A.E. Dossier n° 333. Lettre du 27 décembre 1961 de Jean-Paul Garnier, ambassadeur de France aux Indes, à Maurice Couve de Murville, ministre des Affaires étrangères, au sujet de considérations sur la fin de l'Inde française.

[23]A.E. Dossier n° 239. Rapport parlementaire Boscher. Assemblée nationale, annexe au procès-verbal de la séance du 29 juin 1962. pp. 34-35.

[24]Ibid.

[25]Voir deuxième  partie, 3. L'évolution culturelle de l'Etat de Pondichéry.

[26]A.E. Dossier n° 239. Rapport parlementaire Boscher. Assemblée nationale, annexe au procès-verbal de la séance du 29 juin 1962.

[27]Ibid. p. 35.

[28]A.E. Dossier n° 344. Note du 13 juin 1963, au sujet de l'interprétation de l'article 28 du traité de cession des Etablissements de l'Inde.

[29]Ibid.

[30]A.E. Dossier n° 344. Lettre du 22 avril 1965 de Jean-Paul Garnier, ambassadeur de France aux Indes, à Maurice Couve de Murville, ministre des Affaires étrangères, au sujet des langues officielles à Pondichéry.

[31]Qui est dérivé du sanscrit, l'ourdou, proche du hindi, étant transcrit en caractères arabes.

[32]Source: A.E. Dossier n° 153. Lettre du 18 mars 1965 de Jean-Paul Garnier, ambassadeur de France en Inde, à Maurice Couve de Murville, ministre des Affaires étrangères, au sujet des langues de l'Inde.

[33]A propos du D.M.K., voir supra, deuxième partie, 2.3.1.

[34]A.E. Dossier n° 153. Télégramme du 28 janvier 1965 de Jean-Paul Garnier, ambassadeur de France en Inde.

[35]The Hindu, vendredi 21 novembre 1997. "The Lieutenant Governor of Pondicherry, Mrs. Rajendrakumari Bajpai (...) extended her support to the demand that Pondicherry be made a full-fledged State (...)".

[36]Ibid. "(...) She said the first question being raised in Delhi was wether Pondicherry could sustain itself financially if it was made a State. She welcomed the big jump in revenue from general sales and central sales tax from Rs. 26.51 lakhs in 1966-1967 to Rs. 164.92 crores during 96-97 (...)".

[37]The Hindu, jeudi 23 avril 1998. "(...) Speaking on the occasion she said Pondicherry deserved to become a state".

[38]Ibid. "(...) In the event of the status being granted, she said the seats in the Assembly would also go up to forty or so. In that case an enlarged and more spacious premises was necessary. In that context the new complex would help (...)".

[39]Jacques Weber, Pondichéry et les comptoirs de l'Inde après Dupleix, la démocratie au pays des castes, Editions Denoël, Paris, 1996. p. 407.

[40]Le Trait d'union. Volume XI, n° XII, octobre 1954.

[41]Le All-India Anna Dravida Munnetra Kazhagam fut fondé en 1972 par Maradur Gapalamenon Ramachandran, alias "M.G.R." le célèbrissime acteur tamoul reconverti dans la politique, après son exclusion du D.M.K. d'Annadurai. L'ancienne actrice Jayalalitha Jayaram, qui participe avec l'A.I.A.D.M.K. à l'actuelle coalition gouvernementale conduite par le parti nationaliste hindou B.J.P. lui a succédé après sa mort.