Blue Flower

Chers adhérents et amis, et chers amis,

 

Vous êtes de plus en plus nombreux à nous lire mais aussi à nous écrire via internet sans pour autant avoir adhéré à notre entreprise. Nous formons donc pour cette nouvelle année le vœu de vous voir nous rejoindre et surtout nous souhaitons la constitution d’une équipe éditoriale en France comme en Inde pour ne pas rater le train en marche, le bateau en marche comme dirait les Anglais. Les relations entre la France et l’Inde sont en augmentation constante et il ne nous est guère possible dans le cadre actuel de La Lettre du CIDIF de vous tenir informés complètement, le présent se référant constamment au passé et le passé pouvant apporter son poids de liens de toutes sortes, plutôt positifs.

La Lettre 25 va ressembler aux lignes qui suivent, une espèce d'énumération à la Prévert qui a pour objectif de vous apporter l’essentiel des événements de l’an 2001, du moins ceux qui ont une signification proche de nos différents centres d’intérêt, et de vous laisser entrevoir toutes les lacunes.

Tout d’abord, bien sûr, il y a eu ces deux journées qui se sont déroulées les 8 et 9 juin 2001 dans l'auditorium du musée Dobrée à Nantes. Ce colloque tant attendu a tenu ses promesses. Participation importante, chaleur humaine, qualité des interventions, digressions et réactions, passions et émotions, intérêt manifesté par les Nantais pour ce qui est aussi leur histoire, il n'y a que la température qui n'était pas de la partie.

 Les Actes de ce colloque ne sont toujours pas prêts et sont annoncés pour le mois d'avril 2002. Nous nous contentons de reprendre ici quelques notes de Mme Georges Malécot  sur ce qui a été dit par le père Ceyrac.

Quelques pages sur la famille Dobrée viennent à point nommé ainsi qu'un compte rendu du livre de Marcel Delaunay , Hélène de Chappotin et les Franciscaines missionnaires de Marie. C'est l’histoire d'une femme nantaise qui s’est battue toute sa vie contre des religieux, et plus particulièrement les jésuites, qui ne pouvaient admettre que des congrégations féminines ne soient pas sous leur coupe. Le combat perpétuel entre des hommes et des femmes, qu'ils soient religieux ou non, est toujours d’actualité.

Et puis, il y a eu cet autre colloque qui a eu lieu le 20 octobre 2001 et dont le seul titre « France et Inde au XXIe siècle » ne pouvait que susciter l’intérêt de tous ceux qui, Indiens ou Français, souhaitent voir se développer des liens de plus en plus approfondis entre les deux pays. Détailler les différentes interventions n'est pas de notre ressort. Nous pouvons seulement rapporter des impressions. Quelques critiques entendues étaient que "c'était très superficiel". Mais comment aller au delà de généralités sur un sujet aussi vaste ? J’ai été fascinée par le français d’un Indien qui se trouve être le directeur d’un grand quotidien indien.  Et il n’est pas le seul à maîtriser aussi bien notre langue. Il m’a été satisfaisant de vivre cette journée qui réunissait dans la salle Boutmy de Sc.Po., rue Saint Guillaume à Paris, non seulement des personnalités françaises et indiennes mais aussi une audience tout aussi impressionnante et comprenant de nombreux jeunes Français originaires de Pondichéry. Il est à présent évident que l’importance de l’Inde est devenue manifeste en France.

Presque 50 années plus tôt dans cette même salle Boutmy, Tibor Mende avait donné aux étudiants une conférence durant laquelle il avait affirmé que l’Inde allait se déliter rapidement. C’était au moment de la parution de son ouvrage L’Inde devant l’orage et l’opinion publique de l’époque croyait beaucoup plus en l’émergence de la seule Chine. Je me souviens aussi des moqueries non déguisées de quelques camarades sur la roupie de sansonnet. L’Inde, à présent, est toujours là et continue patiemment à surmonter toutes les difficultés inhérentes à un pays de cette taille. Et la petite roupie fait toujours vaille que vaille l’unité de tous les Etats de l’Union Indienne. Quelle revanche.

Ce colloque était organisé par le CERI mais aussi par la Revue des Deux Mondes dont le numéro de septembre-octobre 2001 s’intitule « L’Inde : une vision du XXIe siècle »[1]. Il n’est guère possible de reprendre ici le contenu des différents articles ni de cerner la personnalité des auteurs. Nous ne pouvons que les citer en reprenant tout simplement le sommaire.

   Comment ne pas évoquer le 11 septembre et ses conséquences ? Le compte rendu sur le livre de Christophe Jaffrelot  vient  à point nommé nous éclairer sur ce qu’est le Pakistan, pays peu connu et pourtant l’une des clés de la question talibane en Afghanistan. Christophe Jaffrelot n’exclut pas « une révolution islamique d’inspiration talibane au Pakistan » (p. 439).  Or nous savons à présent que les talibans étaient formés dans les madrassas du Pakistan, ce qui maintient la forte tension actuelle entre l'Inde et le Pakistan.

Et puis, comment ne pas souligner l’importance de ce que nous révèle M. David Annoussamy dans son article sur les élections du 1er semestre 2001, dans certains Etats du Sud, qui donnent lieu à des controverses et sur les révisions constitutionnelles du 2èmesemestre 2000 ?[2] La création de trois nouveaux Etats, plus conformes aux vœux de ses habitants n’est probablement qu’un début à la création d’autres Etats. « La tendance », écrit M. David Annoussamy, « est donc, qu’on le veuille ou non en faveur d’Etats nouveaux. En effet, l’identité nationale s’est émoussée depuis l’indépendance en faveur de l’identité régionale » et « les rapports de l’Union avec les Etats ne pourront plus être les mêmes ». La commission nommée par le Gouvernement pour la réorganisation des Etats a eu surtout pour objectif de grouper la population selon la langue. Nous sommes bien loin  de l’utopie du hindi comme seule langue nationale. Ce qui est beaucoup plus surprenant encore c’est d’apprendre que « les Etats n’existent que par la volonté du Parlement et qu’ils peuvent être supprimés en tant que tels ou même cédés à une puissance étrangère ».  Sans imaginer une seconde la cession à une puissance étrangère, car les anciens comptoirs français sont indiens dans leur essence et participe de ce "ciment invisible"[3], la toute puissance du Parlement pourrait-elle se pencher sur ce qui ne pourrait qu’être bénéfique aux liens plus qu’amicaux qui unissent la France et l’Inde ? Comment ne pas se mettre à rêver d’un Etat qui ne s’appellerait plus le Territoire de Pondichéry, ce qui écorche la susceptibilité des autres comptoirs en marginalisant la langue de Mahé et celle de Yanaon, pour trouver une appellation plus conforme à la réalité permettant aux liens entre la France et l'Inde de s'épanouir sur un sol propice ? Pourquoi tous les habitants de ce qui fut créé par les Français, et tous ceux qui vivent en France et ailleurs n’auraient-ils pas le droit de garder une certaine identité et leurs racines ? Et même si la langue de tous les jours n’est pas le français, comment oublier les liens qui existent avec cette langue et sa culture qui a marqué bien des peuples ne serait-ce que par sa devise « Liberté, égalité, fraternité » ? Depuis que l’Europe devient de plus en plus une réalité, chacun, dans ce vaste ensemble, défend ses racines et son identité. Pourquoi pas ceux que l’on appelle globalement les Pondichériens et qui sont d’origines très diverses ?  Utopie, utopie mais les utopies se réalisent parfois. Il faut la volonté de quelques-uns, ne serait-ce qu’en réactivant constamment la mémoire, et en laissant faire le temps, le plus grand maître d’œuvre.

Jean Deloche vient de publier un ouvrage particulièrement impressionnant par son contenu comme par sa qualité. Senji (Gingi), ville fortifiée du pays tamoul et qui a tant de liens avec des Français. Jean Deloche nous présente, à cette occasion, un texte par lequel Godeheu décrit ce lieu remarquable par son impressionnante puissance.

Passé et présent s’entremêlent constamment. Mon objectif de faire un grand feu du passé après avoir réuni des archives pour la mémoire aboutit à un enracinement et un attachement profond à deux pays tout aussi chargés d’histoire.

J’aurais aimé vous présenter en images et en couleurs le Carnet de voyages d’Arnaud d’Auney, Les Indes françaises[4] . J’aurais aimé vous parler de son exposition de tableaux, mais nous y reviendrons.

J’aurais aimé, j’aurais aimé…..

Nous repartons en Inde et serons de retour en avril. Vous pourrez toujours nous joindre par courriel, à notre adresse électronique.

 

Bonne et heureuse année.

 

Jacqueline Lernie-Bouchet

 



[1] A noter que le numéro précédent est consacré à la francophonie.

[2] M. David Annoussamy, « Inde, 2ème semestre 2000, Les révisions constitutionnelles et la création d’Etats nouveaux ». Lettre du CIDIF, n°25.

[3]  Voir "Le ciment invisible" de Jean-Claude Carrière dans La  Revue des Deux Mondes, septembre-octobre 2001, p. 100 à 103. Jean-Claude Carrière a publié en août Le Dictionnaire amoureux  de l’Inde..

 

[4] Gallimard, Nouveaux loisirs, 2001