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NOTE DE LECTURE

 

 

V .RAJAGOPALAN- Histoire de la littérature Française (en Tamoul) . Editeur: Puducherry co-operative Book Society,P.653 - 192,Ambalathadar Madarn Street PONDICHERRY 60 50 01- INDIA - Prix 100 Roupies Indiennes .

Existe-t-il un dialogue littéraire direct franco-tamoul ? Les grands courants littéraires tamouls, du cycle de Sangam (les premiers siècles de notre ère) au 20ème siècle en passant par les Nayanars et les Alvars, ont fait l'objet de recherches et publications de la part de prestigieux "indianistes" français depuis plus d'un siècle. Il faut ajouter à cela des publications françaises plus récentes de traductions ou d'analyses d'écrivains tamouls (Kàmban, Soubramania Bharatiar ) par des Indiens francophones. Qu'en est-il de la communication inverse ? Le public littéraire tamoul a généralement accès aux courants littéraires français par le truchement de l'anglais et non directement en tamoul. Cette lacune peut paraître étonnante, si l'on note que, durant les trois siècles de présence française, Pondichéry n'a pas manqué d'élites à double culture . Comme l'écrit François Gros , directeur d’études philologiques et historiques du Sud de l'Inde à l'Ecole pratique des Hautes Etudes, Paris-Sorbonne, "il serait grand temps de se passer de l'intermédiaire anglais pour approfondir un dialogue franco-tamoul sur des bases plus originales et plus assurées". Le livre de Rajagopalan se veut justement une contribution à ce dialogue direct et offre aux lecteurs tamouls un outil pour repérer chronologiquement les étapes fondamentales de la littérature Française.

Ce premier tome, qui couvre en un peu plus de 200 pages la période du XIe à la fin du XXe siècle, est présenté en trois parties : la première va du XIème au XVème siècle, la deuxième est consacrée au XVIème siècle et enfin la troisième , la plus longue, détaille le XVIIe siècle. La méthodologie adoptée pour chaque auteur est une courte biographie suivie d'une analyse des œuvres principales. Ici Rajagopalan évite l'écueil le plus dangereux du genre, celui d'aridité, en appliquant plusieurs recettes personnelles :

Tout d’abord, il adopte un style clair et fluide en évitant le pédantisme de certains auteurs élitistes tamouls. L'ensemble se lit facilement, tout en respectant la rigueur grammaticale.

Ensuite, il situe les œuvres en racontant le contexte social et politique français de l'époque et raccroche le lecteur tamoul à ce contexte par des allusions au contexte Indien.

Enfin, il émaille son texte d'exemples et de citations très significatifs et en donne la traduction tamoule afin, dit-il, d'offrir aux lecteurs une " dégustation " directe. C'est ainsi qu'on lit les traductions des morceaux classiques célèbres que des générations françaises ont " potassé " : le sonnet à Hélène, Rodrigue as-tu du cœur? , Iphigénie acceptant le sacrifice, Andromaque balançant entre le souvenir du mari et l'amour maternel, Toinette voulant crever un œil pour mieux soigner l'autre, Haro sur le baudet, etc. . Sur ce dernier auteur, il est intéressant de comprendre que Rajagopalan a choisi « les animaux malades de la peste » parce que cette fable n'existe pas dans le Pantchatantra indien qui est l'ancêtre de La Fontaine mais aussi de Phèdre et Esope. Nous noterons que pour toutes ces traductions Rajagopalan adopte le même style tamoul standard que pour le reste de son livre. Il faut croire que la " dégustation " a réussi et éveillé l'appétit car le professeur Gangadaran qui a écrit la préface tamoule du livre formule le souhait que Rajagopalan traduise complètement quelques pièces de théâtre classique français .

Signalons pour terminer qu'on annonce un volume suivant couvrant la période du XVIIIe siècle à l'époque contemporaine. Bon courage à l'auteur !

 

Soubbaramayer