Blue Flower

Chers adhérents et amis,

A chaque fois, je m'émerveille d'avoir encore le plaisir de m'adresser à vous, ce qui signifie la persistance de l'existence de La Lettre du CIDIF. Nous sommes d'abord touchés par votre fidélité. Nous sommes toujours surpris de nous voir confier tant de documents, sans compter les inédits qui sont de plus en plus nombreux, pour une meilleure connaissance de cette histoire si riche que nous n'avons pas fini de raconter alors que nous pensions être très rapidement à court d'informations à transmettre. Nous espérons que d'autres voix se feront entendre. Nous avons beaucoup à échanger et à communiquer pour que ne se produisent jamais des violences préjudiciables à tous. Une histoire longtemps occultée est toujours source de conflits.

 Les comptes rendus de travaux universitaires relatifs à la France et l'Inde sont à présent réguliers et nous apportent, à chaque livraison, leur contingent de renseignements qui permettent progressivement de réduire notre ignorance de fait. Les recherches universitaires ne suffisent cependant pas à nous renseigner complètement sur ces Indiens qui se sont progressivement attachés à la France tout en gardant leur spécificité. Personne ne s'en était jamais préoccupé auparavant. "Nos ancêtres les Gaulois" ont été remplacés par une histoire qui n'est pas non plus vraiment l'histoire des Pondichériens, même s'il est souhaitable d'entrer dans un moule comprenant des ensembles de plus en plus grands. Et cette histoire concerne non seulement des natifs et leurs descendants mais aussi des familles, venues de France, qui se sont installés sur place en même temps que ces natifs. Cet état de fait est d'autant plus important à rappeler que presque cinquante ans après, il y a un mouvement constant entre la France et l'Inde, souvent via Pondichéry, qui semble même s'accentuer . Pondichéry, ce mot magnifique est devenu magique. Pondichéry fait toujours partie de l'imaginaire français. Plus encore, les comptoirs font enfin partie de circuits touristiques. Hormis tous ceux qui retournent régulièrement en Inde, reviennent à Pondichéry les enfants de ceux que l'on appelait les Créoles mais aussi les enfants dont les parents avaient fait un séjour à Pondichéry en tant que fonctionnaires. La fille du gouverneur Bonvin est actuellement à Pondichéry, reçue avec chaleur aussi bien par des Pondichériens, français ou indiens, que par le consulat général de France. Il est loin le temps où un administrateur avec sa famille comprenant des enfants en bas âge a attendu longuement dans un aéroport non climatisé et parfaitement inconfortable après s'être vu refusé un abri pour quelques heures au consulat de France de Madras[1]. Deux ministères : la France d'Outre-mer et les Affaires értrangères. Reviennent aussi à Pondichéry des Pondichériens qui n'y étaient jamais retournés, jurant probablement leurs grands Dieux qu'il s'agit là d'une occasion unique. Ils se trouvent rattrappés par des enfants voire des petits-enfants, au trois-quart européens, qui s'intérèssent encore à leurs origines lointaines. Feu de paille ? L'avenir nous le dira.

La curiosité pour un tel particularisme reste entière. C'est ainsi que je m'étais souvent posé la question de savoir pourquoi des Indiens ont abandonné leur ville d'origine pour suivre François Martin, emmenant avec eux tout ce qu'ils possédaient. Pourquoi, ensuite sont-ils restés fidèles à la France malgré des occupations anglaises à répétition ? Après tout, Français et Anglais n'étaient-ils pas également des colonisateurs ? Pourquoi ces Indiens de race et de nationalité française la plupart du temps  ont-ils accepté un exil volontaire après l'indépendance de l'Inde ? Le terme d'exil volontaire est peut-être inadéquat mais quoi dire d'autre ?

Dans son article "Pondichéry et la Révolution française" David Annoussamy raconte cette épopée fantastique qui a conduit les Indiens à envoyer eux aussi leurs lettres de doléances . On y trouve un élément de réponse qui semble s'être précisé dans le temps : le besoin de sécurité . Voilà donc un sujet de recherches.

L'autre inédit que nous sommes heureux de publier est "La décolonisation de Chandernagor" par Pourouchottamin Velandi. Ce magistrat à la retraite de 83 ans, qui a finalement effectué la plus grande partie de sa carrière dans les Territoires d'Outre-mer, a vécu les événements de Chandernagor. Comme il le dit lui-même, il ne nous apprend rien de nouveau. Mais ses souvenirs sont d'autant plus précieux qu'ils nous restituent toute l'ambiance du moment.

Ce sont certainement les deux temps forts de ce numéro 24 qui comporte par ailleurs des textes qui laissent deviner l'importance d'une institution judiciaire qui s'est progressivement instaurée au fil du temps. La justice, n'est-ce pas un élément important de sécurité ?

En dehors des mouvements de personnes signalés plus haut, le Pondichéry d'aujourd'hui, c'est aussi Rhaghunat Manet, à présent internationalement connu et qui a aussi une école de danse à Pondichéry. C'est aussi Gloria Saravaya qui a obtenu le prix de poésie Jasmin d'argent 2000 qui lui a récemment été décerné à Agen. C'est également Jean Gabin, professeur au lycée de Pondichéry et à l'université de Pondichéry. C'est encore ces huit aldées choisies par le savant M.S. Swaminathan dont le projet pourrait modifier la vie des 700 000 villages indiens.

Nous avons réuni beaucoup d'autres sujets que vous retrouverez tout au long de ce numéro qui, nous l'espérons, vous intéressera. Nous attendons vos réactions et vous souhaitons une très heureuse année 2001.

Jacqueline Lernie-Bouchet.

 



[1] Ceci  a fait l'objet d'un article dans un numéro de La Lettre du CIDIF.