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Bonne nouvelle à Pondichéry : le numérique réduit la fracture sociale.

Grâce au soutien d'ONG et d'entreprises, plusieurs villages ont depuis peu accès à un réseau informatique. Ce projet, qui révolutionne la vie quotidienne de la population, devrait être étendu à l'ensemble du pays.

Courrier International n° 529-530 du 21 décembre 2000.

Traduction d'un article de Arun Ram paru dans INDIA TODAY de New Delhi

 

T

ous les matins, un pêcheur du nom de Madurai prie pour faire une bonne pêche et pour revenir sain et sauf. Mais, depuis quelque temps, son rituel s'est allongé d'une demi-heure : en effet, avant de prendre la mer, Madurai s'assoit devant un ordinateur pour consulter la météo marine et la position des bancs de poissons. Et il n'est pas le seul : des centaines d'autres pêcheurs de Veerampattinam, un village côtier situé à une quinzaine de kilomètres de Pondichéry , en font autant. Pour les habitants de huit villages des environs de Pondichéry (Villianur, Pillayarkuppam, Kizhur, Embalam, Veerampattinam, Thirukanchipet, Pooranamkuppam et Kalitheerthalkuppam), les technologies de l'information ont cessé d'être de la science-fiction. Grâce à l'Information Village Research Project (IVRP), leur vie a totalement changé. Subventionné par le Centre international de recherche pour le développement, installé au Canada, et mis en œuvre par la M.S. Swaminathan Research Foundation (MSSRF), dont le siège est à Madras, ce projet a facilité bien des choses. Ainsi, Lakshmi Venkatesan, une villageoise de Kizhur âgée de 35 ans, n'a qu'à consulter certains sites pour y trouver des conseils à propos de la culture des champignons. Si l'on en croit R. Rajasekhar Pandy, spécialiste en sciences sociales à l'antenne du projet de la MSSRF, à Villianur, "chaque village dispose d'un centre d'information relié à l'antenne de Villianur, qui est elle-même connectée au siège de la MSSRF, à Madras, par Intranet". Le centre d'information du village (VIC) est alimenté de vive voix ou par courrier et retransmet ses données par haut-parleurs. Cela permet aux villageois d'avoir des conseils sur la rotation des cultures, les engrais et les pesticides, et leur évite de parcourir 20 kilomètres pour connaître le prix de vente du riz.

"LES FEMMES ONT ACQUIS UNE PLUS GRANDE ESTIME DE SOI"

La plupart des villages ne disposent que d'un ou deux téléphones, généralement hors service. "Aucune importance", affirme R. Rajasekhar Pandy, car ces endroits sont reliés par des appareils cellulaires. "D'ailleurs, les fréquentes coupures d'électricité ne nous dérangent pas non plus : 60% de l'énergie utilisée dans le cadre de ce projet est d'origine solaire", ajoute-t-il. Comprenant l'immense potentiel du projet, la société Motorola a fait don de matériel émetteur récepteur radio afin de relier les villages. Désormais, les villageois s'adressent au VIC pour toutes sortes de renseignements - tels les horaires de bus, la liste des médecins et des hôpitaux, les projets gouvernementaux ou encore les offres d'emploi. Et, pour la première fois sans doute à Veerampattinam, 20 jeunes ayant suivi des études ont fait acte de candidature pour entrer dans la police ou chez les pompiers. "Il y a tant de diplômés et il est si difficile d'avoir connaissance des offres d'emploi ! Ce projet nous a ouvert de nouvelles perspectives" dit Satish, lui-même titulaire d'une licence d'histoire.

Mais ce n'est pas tout. L'antenne fait fonction de véritable bureau de presse, avec des reporters sur le terrain. "Un rapport sur la vente des semences de riz au village d'Embalam peut être utile à un villageois de Pooranamkuppam qui veut en acheter", explique un bénévole. L'accord passé entre la MSSRF et les chefs de village prévoit la participation des populations. Les comités villageois fournissent des volontaires et un local pour le centre d'information, et la MSSRF fournit les experts et le matériel. En outre, la fondation assure la formation en informatique des volontaires et dispense des informations.

A l'issue d'un programme de formation, six villageoises de Kizhur ont créé une entreprise baptisée Nesam. "A présent, je peux envisager sereinement les dépenses qu'entraîne la scolarité de mes trois filles", déclare Lakshmi, l'une des associées de Nesam. En outre, les enfants des pêcheurs et des paysans apprennent très vite à maîtriser l'outil informatique. En sortant de l'école, un garçonnet de Kizhur âgé de 5 ans s'entraîne pendant une heure sur les logiciels Word et Power Point. Les VIC fournissent également des CD interactifs traitant de sujets scientifiques et destinés aux enfants. Ce sont les pêcheurs eux-mêmes qui en ont conçu les images sur Power Point. Pour le Pr. M.S. Swaminathan, qui vient de recevoir le prix lndira Gandhi pour la paix, le désarmement et le développement, "ce projet a permis d'atteindre trois objectifs: les femmes ont acquis une plus grande estime de soi, la qualité de la vie s'est améliorée et la cohésion sociale entre les différentes communautés s'est renforcée". L'avenir est plus rose. L’1VRP fait partie intégrante de Biovillage, un projet plus important mis en œuvre par la MSSRF et qui vise à couvrir les 700 000 villages de 1’1nde à l'horizon 2010.

Arun Ram