Blue Flower

La cession de Pondichéry par Sivadji

 

 

 

 

Sur la demande de Sher Khan Lodi, gouverneur de la province, les Français s'installèrent à Pondichéry. On parla d'un firman du sultan de Bijapur confirmant la cession faite par Sher Khan Lodi. Les Marathes ayant envahi la région, François Martin fut contraint d'obtenir de lui un nouveau firman, moyennant une somme de 1.600 roupies. Les Hollandais qui s'emparèrent de la ville furent à leur tour obligés d'acheter leurs droits de s'établir à Pondichéry …. Mais, par le traité de Ryswick, la ville fut rendue aux Français et les Hollandais exigèrent le remboursement de la somme qu'ils avaient payée.

Parmi toutes ces transactions, on ne retrouve facilement que le firman de Sivadji à la Compagnie, que nous reproduisons ci-après. Il y a lieu de penser que les autres firmans devaient être à peu près dans les mêmes termes.

 

David Annoussamy       

 

 

______________________

 

 

Traduction du Caoul ou Firman DE RAGARNAT PENDIT,

Général pour le Raïa Sivagy, dans le Carnatte.

A la Roïale Compagnie de France établie à Pondichery.

 

 

RAGARNAT PENDIT, Général pour le Raïa Sivagy dans le Carnatte, SALUT :Vitulos Pendit, Brame, & Tanapa, Interprête, sont venus de votre part vers moi me demander un Firman ou Caoul pour l'établissement que vous avez à Pondichery, & sur la venue des Navires que vous attendez, ce que je leur ai acordé.

Tous les Marchands Tisserans ; Peintres & tous autres qui serviront ladite Compagnie, demeureront libres à Pondichery, sans qu'ils soient obligés de payer aucun des droits que les Habitans païent au Divan.

La Compagnie pourra faire porter, raporter, vendre & débiter, toutes sortes de marchandises dans tous les lieux & dépendances du Gouvernement de Gingy, sans qu'aucun Officier du Divan y puisse mettre empêchement. Elle poura aussi acheter toutes sortes de marchandises du Païs, comme Toiles, Indigo, Salpêtre, Ris, & généralement tout ce que le Païs produit, pour être porté où bon lui semblera, sans que lesdits Officiers le puissent empêcher.

La Compagnie poura faire débarquer toutes les marchandises qui lui viendront par mer, sans que l'Avaldar puisse faire ouvrir les balles, coffres ni aucune autre sorte d'emballage, seulement il lui fera permis d'en écrire le nombre ; & lorsqu'elles se vendront, ledit Avaldar sera appellé pour retirer les droits du Marchand qui les achetera.

La Compagnie poura faire embarquer toutes ses marchandises dans tel Vaisseau que bon lui semblera, sans que les Officiers du Divan puissent les visiter, ni faire ouvrir aucune balle, coffre & généralement tous autres emballages, seulement ladite Compagnie sera obligée de déclarer de bonne foi, la quantité & qualité des marchandises suivant ses livres :les Marchands & autres apartenans à ladite Compagnie, jouiront des mêmes priviléges.

La Compagnie poura négocier à Portonovo, Tevenepatam, ou Goudoulour, & généralement dans toute la côte dépendante de Gingy, & les marchandises desdits lieux transportées à Pondichery, sans que personne y puisse mettre empêchement.

La Compagnie, suivant le présent Caoul, païera un & demi pour cent de toutes les marchandises qu'elle fera embarquer, & celle qu'elle fera débarquer ; lorsqu'elles se vendront. Les Marchands païeront le même :pendant l'espace de cinq années, lesquelles expirées, payera deux & demi pour cent pour toujours, moïennant ce elle est exemte des autres droits comme Paliagars, Taliars, Peseurs & généralement de tous.

Répéte ledit Caoul, que les Avaldars ou autres Officiers du Divan, ne pourront pour quelque prétexte que ce soit, faire ouvrir aucune balle, coffre ou autre emballage qui s'embarqueront ou débarqueront ; seulement, ladite Compagnie déclarera le nombre & qualité des marchandises qu'elle fera embarquer, & de celles qu'elle fera débarquer, l'Avaldar sera appellé pour retirer les droits du Marchand qui les achetera.

Si quelque Officier du Divan, de quelque qualité qu'il puisse être, achete quelque marchandise de la Compagnie ou de ses Marchands, faute de païement ledit Divan sera obligé de faire païer.

Les gens de la Compagnie demeurans à Pondichery, pouront aller & venir dans toutes les terres de Gingy, sans que personne y puisse mettre empêchement, ni être visité par aucun Officier du Divan, même des Corps de garde.

La Compagnie poura prendre à son service le nombre de Lascars & serviteurs qui lui sera nécessaire pour son service.

L'Avaldar ni autre Officier ne poura empêcher à ladite Compagnie de prendre le nombre de Masoulis, Coullis & autres personnes dont elle aura besoin pour son service en les païant, & pour envoïer lesdits Masoulis à bord des Navires toutes & quantes fois qu'elle voudra, sans qu'elle soit obligée d'en demander la permission à aucun Officier.

S'il arrive que quelques serviteurs ou autres dépendans de la Compagnie aïent quelque démêlé avec les gens du Divan ou autres sujets de Sivagy, & qu'ils méritent châtiment, ladite Compagnie fera justice, sans qu'aucun Officier dudit Divan en puisse connoître.

Si la Compagnie est volée ou ses Marchands, serviteurs, tant à Pondichery qu'en autre part dépendant de Gingy, le Divan sera obligé de faire satisfaire.

Lorsque les débiteurs de la Compagnie s'enfuiront dans les terres, ladite Compagnie les poura faire prendre & conduire à Pondichery, pour les faire païer : & si quelque Officier du Divan y vouloit mettre empêchement, il en répondra en son propre & privé nom.

Si quelque Bâtiment de la Compagnie ou des gens appartenans à elle, se perd à la côte dépendante de Gingy, ladite Compagnie & les autres Propriétaires pouront retirer tout ce qui leur appartiendra.

Les Marchands de la Compagnie pouront acheter dans toutes les terres qui font sous le gouvernement de Gingy, toutes sortes de marchandises, sans que personne y puisse mettre empêchement.

Si aucun Serviteur ou Esclave de la Compagnie fuit dans les terres, les Tailliars seront obligés de les remettre.

La Compagnie ne poura empêcher aucun bâtiment de quelque Nation qu'il soit, de mouiller devant Pondichery ; & si c'est quelqu'un des ennemis de la Compagnie, le Divan la secourra autant qu'il le poura.

La Compagnie ni autres apartenans à elle, ne pourra faire embarquer aucun Esclave pour être porté vendre ailleurs.

Les Marchands de la Compagnie ne paieront pour droit de Vilele-vous que trois quarts de Fanon de chaque quatre-vingt pachvolan des toilles.

Aucune Nation comme Anglois, Danois, Portugais, & tous autres, ne pourront négocier à Pondichery, sans permission de lad. Compagnie ; & si quelqu'une desdites Nations venoit mouiller devant ledit Pondichery, ne pourront débarquer aucune marchandises sans la même permission ; & au cas qu'il leur soit accordé, le Divan tiendra les conditions dont ladite Compagnie sera demeurée d'acord.

La Compagnie demeurera en possession de la Maison de Pondichery ; comme elle l'a été par ci-devant ; & si elle souhaite bâtir ailleurs des Magazins, elle le poura tant à Pondichery, qu'en tous autres lieux dépendans du gouvernement de Gingy.

Le présent Caoul vaudra pour toujours suivant sa teneur. Fait le 15 Juillet 1680.