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RAPPORTS INTERNATIONAUX

de la France et de l'Angleterre dans l'Inde

A la fin du XVIIIe siècle

 

 

 

Les anciennes archives de Pondichéry et les Etablissements français dans l'Inde offrent, comme l'histoire même de notre domination dans cette partie du monde, des périodes brillantes et complètes et des périodes interrompues, entrecoupées d'obscurités et de lacunes. Traitées un peu négligemment au dernier siècle par les divers maîtres qui se sont succédé à Pondichéry, ces précieux documents qui rectifient, créent et vivifient l'histoire, ont eu à combattre de nombreux ennemis, des causes nombreuses de destruction, les insectes de l'Inde, le désordre, et surtout l'indifférence et l'oubli.

Telles qu'elles existent pourtant, et grâce à un classement sûr, elles offrent encore une source féconde d'émouvantes recherches, de trouvailles patriotiques, qui défrayeraient certainement de grands travaux et glorifieraient sous des aspects nouveaux le nom triomphant et civilisateur de la France.

Au moment où la France et l'Angleterre, unies par une étroite amitié, viennent de donner au monde une paix qui n'a fait que consacrer leur force dominatrice et généreuse, il est intéressant peut être de faire un rapprochement avec une époque lointaine et une situation bien différente, empruntée au temps de la rivalité des Français et des Anglais dans l'Inde. Ce qui advient aujourd'hui à la Russie, ennemie hier, amie fêtée aujourd'hui, l'Angleterre l'éprouva aussi de la France dans l'Inde, quand la paix signée à Versailles le 20 janvier 1783 fit taire une hostilité longue, et de part et d'autre brillante et désastreuse.

En 1781 et 1782, la flotte française commandée par M. de Suffren et celle des Anglais sous les ordres de l'amiral Hughes se trouvèrent souvent en présence dans les mers des Indes. Plusieurs vaisseaux furent capturés et des prisonniers furent faits de part et d'autre.

Le bailly de Suffren manquait de vivres, la flotte anglaise était médiocrement ravitaillée ; le scorbut et les maladies décimaient les équipages des deux flottes. L'amiral Hughes, lord Macartney et Suffren échangèrent une correspondance pour effectuer la remise mutuelle des prisonniers. Lord Macartney, moins besogneux que l'escadre française, ne hâtait pas ses réponses ; Suffren lui écrivit enfin (1782) que, voyant périr ses prisonniers de scorbut et de misère à bord de ses vaisseaux, n'ayant aucune place de sûreté pour les déposer, il était obligé de les confier à Hyder-Ally, en exigeant de lui sa parole qu'il les garderait à Chellambron, à portée de Goudelour, et qu'il les lui rendrait à la première réquisition.

Hyder-Ally, tout ami qu'il était de la France, tenait ses promesses peu scrupuleusement. Les prisonniers anglais furent traînés à Mysore et eurent à subir d'affreuses souffrances et des privations cruelles qui en firent périr un grand nombre. Hyder-Ally était mort au mois de décembre 1782 ; quoique la paix fût faite et annoncée dans l'Inde, quoique les négociations fussent commencées le fils d'Hyder-Ally, Tipou Saeb, n'avait pas posé les armes. Le gouvernement de Madras était au moment de traiter aussi avec Tipou ; les présents étaient préparés, quatre mille coulis chargés d'effets, de comestibles et de drap pour habiller les prisonniers, devaient suivre les députés anglais au camp de Tipou, quand l'attaque de Mangalor par le Nabab remit tout en question et fit oublier les malheureux prisonniers (septembre 1785).

Quelques-uns cependant réussirent à passer en Angleterre et intéressèrent au sort de leurs compatriotes les Gouvernements de France et d'Angleterre. Le duc de Dorset, ambassadeur d'Angleterre à Paris, en informa le roi Louis XVI. Le Ministre de la Marine, comte de La Luzerne en écrivit immédiatement au général comte de Conway, Gouverneur-général des Etablissements français à l'Est du Cap de Bonne-Espérance, qui se mit à agir avec empressement.

En 1840, Mme la comtesse de Rollat, fille de M. de Conway, voulant honorer la mémoire de son père, engagea une correspondance avec M. Le général de Saint-Simon, Gouverneur de Pondichéry. Elle désirait faire rechercher les diverses lettres écrites à ce sujet, elle désirait la liste des prisonniers envoyée par le Gouverneur de Madras, sir Holland, liste qu'elle n'avait pu découvrir ni à Madras ni à Londres ; elle désirait savoir enfin si Tipou avait rendu la liberté à quelques-uns de ces prisonniers.

Voici tous les documents où est traitée cette affaire et qui sont presque tous entièrement inconnus ; outre l'intérêt qui s'attache à suivre une démarche de cette nature, ces pièces intéresseront encore, si l'on songe qu'il a fallu un merveilleux hasard pour qu'il fût permis de les sauver et de les retrouver.

L'orthographe originale a été conservée

M. de Conway n'eut d'ailleurs que le mérite de l'initiative, il quittait Pondichéry en octobre 1789 et son successeur, le chevalier Camille Le Clerc de Fresne, continua la négociation.


 

 

Lettre du comte de La Luzerne, Ministre de la marine, au comte de Conway, Gouverneur de Pondichéry.

Versailles, 11 juin 1789.

Monsieur,

 

Le duc de Dorset, ambassadeur de Sa Majesté Britannique, a réclamé au nom du roi son maître, les bons offices de notre cour pour obtenir la liberté de MM. Sage et Wenworth et autres officiers anglais qui sont encore retenus captifs à Mysore, malgré le cartel d'échange qui a eu lieu en 1784.

Je ne puis mieux remplir les vues de cet ambassadeur qu'en vous recommandant d'employer tous les moyens que vous donne la prépondérance de la France auprès de Tipou, afin d'en obtenir la délivrance de M. Sage et autres sujets de Sa Majesté Britannique, dont ni le nombre, ni les noms ne sont spécifiés.

Si le Nabab consent à votre demande, il sera nécessaire que les prisonniers soient conduits à l'établissement anglais le plus rapproché, et que vous me transmettiez la nouvelle du succès de vos démarches, afin que je puisse en informer le duc de Dorset.

Les derniers renseignements sur M. Sage portent qu'il était en prison à Mysore où il fut laissé par un de ses compagnons de captivité qui est revenu en Europe en 1787.

J'ai l'honneur, etc. etc.

Signé LA LUZERNE.

 


 

EXTRAIT DES REGISTRES DE LA COMPAGNIE DES INDES

Traduction de l'anglais

 

 

Lettre du Major-général John Holland, au comte de Conway, Gouverneur de Pondichéry

 

Fort St-George, 21 septembre 1789

Monsieur,

Ayant appris que vous deviez bientôt quitter Pondichéry pour occuper la place de Gouverneur-général des Isles de France et de Bourbon, je prends la liberté d'informer Votre Excellence que plusieurs prisonniers faits par M. de Suffren et qui furent conduits dans les prisons d'Hyder-Ally languissent encore détenus à Mysore, et comme il est probable que Tipou Saeb se croira obligé par honneur de les rendre aux représentants de la nation française (de qui il les a reçus), plutôt qu'au Gouvernement anglais, je viens demander à Votre Excellence, de s'intéresser à ces braves officiers et soldats qui ont été pris en combattant pour leur pays, et d'employer tous les moyens qui sont en votre pouvoir pour obtenir leur délivrance.

Pour le succès de cet acte d'humanité, je mets ma confiance dans les dispositions libérales qui caractérisent la conduite de Votre Excellence.

Ci-joint se trouve la liste des personnes qui sont actuellement captives à Bangalore.

J'ai l'honneur, etc., etc.

Signé JOHN HOLLAND,

Gouverneur de Madras.

Liste jointe à la lettre de Sir J. Holland.

The following persons are reported to be prisoners at Banglore.

     George Smith, Patrick Donaidson, John Chage, William Vernon, Robert Briggs, James Ravernor, John Green, Thomas Chapman, Williamelder, John Green, James Wallis and with, him William Heydaman and Hamilton, capt. Ruttlege.

 

 

 


Extrait d'une lettre de M. de Conway à Tipou Sultan, en date du 25 septembre 1789.

J'ai l'honneur de vous informer que je suis chargé de la part de l'Empereur de France, votre puissant allié, de vous demander comme marque de votre amitié la liberté de tous les officiers et soldats anglois qui seroient encore prisonniers dans vos Etats. L'Empereur mon maître compte que vous acquiescerez sans difficulté à son désir, et il m'ordonne de lui rendre compte sans délai ; cependant, pour vous donner de son côté de nouvelles marques de son amitié, il me permet de vous envoyer des soldats françois de bonne volonté, dressés, et qui serviront le victorieux Tipou Sultan, l'ami de l'Empereur de France leur maître, beaucoup mieux que ne feroient des prisonniers anglois qui ne méritent pas votre confiance. Je profiterai de cette occasion pour vous faire passer un détachement de bons soldats armés et équipés ; vous recevrez deux soldats pour chaque prisonnier anglois que vous rendrez ; ainsi quand vous voudrez indiquer sur les frontières de vos états un rendez-vous où l'échange se fera, le détachement françois se mettra en marche ; je suis sûr que vous en serez fort content, parce que j'ai eu soin d'y placer plusieurs ouvriers qui vous seront fort utiles ; je ne doute nullement que vous n'acceptiez une proposition aussi avantageuse, à laquelle l'Empereur de France met un si grand intérêt. Je dois vous prévenir que vous l'indisposeriez sensiblement, si vous vous refusiez à ce qu'il demande et désire avec instance.

 

Réponse du comte de Conway, Gouverneur de Pondichéry, au Major général John Holland, Gouverneur de Madras.

 

Monsieur,

Je ne perds pas un instant pour répondre à la lettre dont vous m'avez honoré le 21 de ce mois, et je joins ici la copie d'une dépêche que je reçois aujourd'hui du comte de La Luzerne, ministre de la marine ; cette dépêche prouvera à Votre Excellence que Sa Majesté s'intéresse à procurer la liberté de tous les Anglois qui sont actuellement prisonniers de Tipou Saeb.

J'ai en conséquence écrit à Tipou Sultan, et comme je suis certain que tous les moyens que j'emploierai pour déterminer ce prince à délivrer ces prisonniers seront approuvés par Sa Majesté, j'ai pris sur moi de lui offrir deux soldats volontaires complètement armés et équipés, pour chaque anglois qui serait délivré ; je l'invite à assigner un rendez-vous sur ses frontières où l'échange serait fait en présence des personnes choisies par nous à cet effet.

Je ne perdrai pas un moment pour transmettre sa réponse à Votre Excellence.

J'éprouve une extrême satisfaction à suivre les ordres dictés par l'humanité et la générosité qui caractérisent l'auguste souverain que j'ai l'honneur de servir et de pouvoir procurer la délivrance de vos braves compatriotes qui sont depuis si longtemps les victimes de malheureux événements.

J'ai l'honneur, etc., etc.,

Pondichéry, le 25 septembre 1789.       Signé Conway

 

 

 

Extrait des Instructions de M. de Conway à M. le chevalier de Fresne

 

Pondichéry, 25 septembre 1789

Le Commandant conservera à Pondichéry, les soldats de bonne volonté qui sont disposés à servir chez Tipou Sultan dans le cas où ce prince consentiroit à accorder la liberté des prisonniers anglois demandés par Monseigneur le Ministre de la marine conformément aux ordres de Sa Majesté. Dans le cas contraire ces soldats seront embarqués pour l'Isle de France, la saison prochaine, lorsque le commandant en recevra l'ordre.

 

Lettre de Tipou Sultan au Gouverneur de Pondichéry, reçue le 8 novembre 1789

J'ay reçu avec beaucoup de plaisir les deux lettres que vous m'avés écrites ; j'ay bien compris ce que vous m'avés marqué au sujet de l'élargissement des Anglois prisonniers dans l'étendue de mon Serkar et du plaisir qu'en auroit le Roy de France comme aussi de l'échange de ces prisonniers pour divers ouvriers françois qui me seroient envoyés. Il n'y a dans ce moment aucun Anglois prisonnier dans l'étendue de la domination de l'Elu de Dieu ; tous ceux qui s'y trouvoient ont été relâchés et renvoyés à leur nation ; le reçu en a été demandé. S'il y en avoit encore, par égard pour votre demande, je les mettrois en liberté. Cependant j'ay à peu près cinquante ou soixante hommes françois, anglois, portugais et autres, qui sont à mon service depuis quinze ans ; si votre grandeur le désire, je le congédierai. Faittes-moy le plaisir de me donner souvent de vos nouvelles.

Pour traduction,

Signé LEGER.

 

 

Lettre de M. de Fresne à Sir J. Holland

Pondichéry, 9 novembre 1789.

Monsieur,

J'ai enfin reçu la réponse de Tipou Sultan à la lettre que M. le comte de Conway avoit écrit à ce prince, le 25 septembre dernier, concernant la restitution des prisonniers de votre nation qui sont encore détenus dans ses états. Cette réponse est-elle satisfaisanteÊ? Tipou Sultan avoue que ce serait avec le plus grand plaisir qu'il auroit égard à la recommandation du Roy de France, s'il avoit encore des prisonniers anglois dans l'étendue de sa domination ; il assure que tous ceux qui s'y trouvèrent alors, ont été relâchés et que même il en a demandé le reçu. Tipou Sultan, Monsieur, pour prouver qu'il ne retient aucun prisonnier anglois dans ses Etats, ajoute qu'il a effectivement cinquante ou soixante françois, anglois, portugais, qui sont à son service depuis quinze ans, et qu'il les congédiera si les François le désirent.

Voilà, Monsieur, la substance de la lettre de Tipou Sultan, et voici celle de la réponse que je lui ai adressée. J'ai observé premièrement à ce Prince que la demande que M. le comte de Conway lui a faite, étoit fondée sur les ordres qu'il avoit reçus du Roy de France et sur la connaissance qu'il avoit de la bonté du Nabab ; je lui ai adressé en second lieu la liste des noms de ces prisonniers telle que je l'ai trouvée jointe à votre lettre à M. le comte de Conway et datée du Fort de Saint-George le 21 septembre  ; j'y ai ajouté simplement  le nom du capitaine Ruttledge, et j'ai fait pour ce dernier une demande particulière, en conséquence de la lettre que j'ai eu l'honneur de recevoir de vous et datée du 4 de ce mois. Enfin j'ai conclu en priant Tipou Sultan, au nom du Roy, de renvoyer à Pondichéry toutes les personnes dont les noms sont portés sur la liste que je lui ai envoyée, supposé qu'ils fussent retenus dans ses Etats ou qu'ils fussent du nombre des cinquante ou soixante Européens qu'il dit avoir à son service depuis quinze ans.

Je n'ose, Monsieur, me promettre de cette seconde démarche autant de succès que je le désire ; soyez au moins bien persuadé qu'après que j'aurai reçu réponse à la lettre que je viens décrire à Tipou Sultan, je ferai de nouveaux efforts s'ils sont nécessaires, pour remplir les intentions et les ordres du Roy et vous prouver combien j'aurois de satisfaction à contribuer à l'élargissement de vos compatriotes.

 

Lettre de Tipou Sultan à M. le chevalier de Fresne, Gouverneur de Pondichéry, datée du 20 du mois de Saphar de l'an de l'Hégire 1204 (9 nov. 1789), reçue le 28 novembre 1789.

 

J'ay reçu avec beaucoup de plaisir votre joyeuse lettre contenant la nouvelle de votre nomination au Gouvernement de Pondichéry et du départ de M. le comte de Conway pour l'Isle de France. J'ay compris ce que vous m'avez marqué concernant l'élargissement des Anglois ; j'ay déjà écrit, et je le répète, qu'après l'accord de la paix, tous les Anglois que j'avois ont été renvoyés à Madras ; je n'en ai aucun présentement. J'ay aussi compris ce que vous m'avez marqué au sujet de M. de Civrac. Dans ce moment je pars pour le pays de Courtchy ; dites-lui qu'il se rende à Mahé et qu'il revienne me joindre, alors je donnerai des ordres pour qu'il soit traité suivant son mérite. Faites-moi le plaisir de me donner de vos nouvelles.

Pour traduction,

Signé LEGER.

 

Lettre de M. de Fresne à Tipou Sultan

Pondichéry, décembre 1789

J'ai reçu la lettre que vouz m'avez écrite par laquelle vous me mandez que vous n'avez aucun prisonnier anglois dans l'étendue de votre Serkar. Vous avez la bonté d'ajouter que cinquante ou soixante Européens sont à votre service depuis quinze ans, et vous voulez bien proposer de les renvoyer comme un témoignage de votre affection pour l'Empereur de France. Je vous envoye les noms de ceux pour lesquels Sa Majesté avoit chargé le général comte de Conway de vous demander la liberté. Si quelques-uns d'entre eux se trouvoient détenus dans vos états ou dans le nombre de ces cinquante ou soixante Européens qui sont à votre service, vous satisferiez infiniment l'Empereur de France en les renvoyant à Pondichéry.

Je suis chargé aussi de réclamer particulièrement le capitaine Ruttledge que l'on m'a assuré, que vous reteniez encore comme prisonnier et l'on m a ajouté que vous l'aviez fait transférer en dernier lieu de Seringapatnam dans un fort sur les montagnes. J'ai des ordres exprès pour vous prier de le relâcher et si j'osois me flatter que ma recommandation eût quelque poids auprès de vous, je vous le demanderois comme une grâce qui me seroit particulière.

     Je me flatte que vous voudrez bien répondre à tous les articles de cette lettre et de celle que je vous ai écrite le 11 Octobre dernier. Soyez bien assuré que tant que je commanderai à Pondichéry, je m'efforcerai de vous donner des preuves l'amitié de l'Empereur de France et je ne cesserai de faire de vœux pour la prospérité et la gloire du grand et victorieux Tipou Sultan.

 

Lettre de Tipou à M. le chevalier de Fresne, Gouverneur de Pondichéry, reçue le 6 janvier 1790.

J'ay reçu avec les deux lettres que vous m'avés fait le plaisir de m'écrire l'état nominatif de 14 Anglois. J'ay compris tout ce que vous m'avés marqué au sujet de leur élargissement. Il n'y a pas un Anglois prisonnier en ce moment dans l'étendue de mon Empire. Je les ay tous renvoyés à Madras aux termes du traité ; j'ay bien une vingtaine d'Européens françois, portugais, allemands ou autres, à mon service depuis vingt-cinq ans, et qui dans ce moment ne sont pas à mon armée ; par égard pour vous, j'envoye ordre au commandant de Patane de les congédier.

En réponse à ce que vous m'écrivés au sujet de la liberté de correspondance des ouvriers et chirurgiens, je dis que toutes les fois que les dits ouvriers voudront faire parvenir des lettres, il faudra qu'ils en demandent la permission au Serkar. Quant au chirurgien, comme il y en a beaucoup d'anciens à mon service, il m'a paru inutile de prendre celui dont il est question. Faittes-moy le plaisir de me donner toujours de vos nouvelles. Je vous souhaite une bonne santé.

Pour traduction,

Signé LEGER.

 

 

Lettre du Nabab à M. Le chevalier de Fresne, Commandant à Pondichéry, reçue par un waquil de ce Nabab, le 18 Janvier 1790.

 

J'ay reçu avec plaisir la lettre que vous m'avés écrite le 19 de Moharram 1204 de l'Hégire, par laquelle vous m'informés de votre nomination au commandement de Pondichéry par M. de Conway et de son départ pour l'Isle de France. Cette même lettre contient aussi l'assurance de votre part de chercher à m'être agréable. En témoignage de mon amitié, je vous envoie un serpeau (présent) et un cheval. J'espère que vous conserverés exactement les anciens usages et que vous me donnerés souvent des nouvelles de votre santé.

(Traduction de ce qui est écrit sur un morceau de papier séparé) :

     Le serpeau et le cheval vous seront remis par Mr Nadjiri-Moudine Kan, un des gens de mon Serkar, et par Vengatarao votre waquil. J'aiderai toujours les François dans tout ce qui sera juste et conforme aux usages.

Pour traduction,

Signé LEGER.

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Comme on le voit, ces démarches réitérées, ces offres généreuses si honorables pour le Gouvernement français et pour le Gouverneur de Pondichéry, semblent ne pas avoir pu aboutir à des résultats satisfaisants. Après la date de la dernière lettre, la correspondance continue plus affectueuse encore entre M. de Fresne et Tipou mais il n'est plus parlé des prisonniers anglais.

La question est restée indécise ; il n'est pas permis d'affirmer que Tipou n'ait pas dit vrai, mais il est étrange cependant que pas un des prisonniers anglais qui auraient été rendus à la liberté par Tipou, n'ait, plus tard, confirmé les réponses bienveillantes du Nabab.

Pondichéry, le 25 juin 1856.

HYACINTHE VINSON,

Conseiller auditeur, Conservateur de la Bibliothèque publique

et des anciennes archives.