Blue Flower

ALLIANCE FRANCAISE

COMITE DE PONDICHERY

_____________

PRESIDENT D'HONNEUR

M. LE GOUVERNEUR

Monsieur,

En vous adressant ci-joint le bulletin de l'Alliance Française et l'éloquent appel de son Président, j'ai l'honneur d'appeler votre bienveillante attention sur l'œuvre que cette association accomplit à travers le monde et je me permets, en même temps, de solliciter votre adhésion au comité qui la représente à Pondichéry.

L'œuvre de l'Alliance française est une des plus patriotiques et en même temps - ce qui est bien français - une des plus humaines qui se puisse rêver. Elle s'efforce tout d'abord de propager pacifiquement par le monde la langue de la France, c'est-à-dire l'un des plus parfaits instruments de la pensée qui aient été inventés, une langue si probe qu'elle n'admet aucune obscurité, si souple qu'il n'est pas une nuance de l'idée ou du sentiment qu'elle ne puisse exprimer, si séduisante enfin, qu'elle est adoptée spontanément à l'étranger par des élites cultivées de plus en plus élargies.

Par là, assurément, l'Alliance française travaille à la grandeur de la patrie, à la diffusion de son influence, de son commerce, de son industrie, de sa littérature et de son art, de ses modes et de ses goûts. Elle est donc un auxiliaire précieux pour nos nationaux dans tous les domaines de l'activité.

Mais elle ne s'en tient pas là. Son œuvre n'est pas française seulement, elle est humaine, car, qu'il soit chevaleresque et religieux comme au Moyen Age, ou libéral et humanitaire comme de nos jours, l'idéal de la France est un idéal humain autant que français. Humains aussi, humains autant que Français sont les principes qui l'inspirent, comme le proclamaient récemment, dans une adresse vibrante de sympathie, les professeurs des universités romaines. Et voilà pourquoi elle est le peuple apôtre par excellence, celui qui enseigne au monde le droit, le respect de la pensée libre ; le respect de la dignité humaine et le culte de la justice aussi bien dans les rapports entre les Etats que dans ceux qui unissent les particuliers.

C'est ce qui explique la facilité avec laquelle l'Alliance française a pu grouper sous sa bannière non seulement des Français de tous les partis et de toutes les confessions, mais encore tant d'étrangers qui, venus de tous les coins de l'horizon, ont tenu à honneur de collaborer à son œuvre. Américains comme monsieur Hyde, fondateur de la Fédération de l'Alliance française aux Etats-unis, Anglais comme Thomas Barclay, comme le général Sir Alfred Turnet, comme Son Excellence Lord Willingdon, Gouverneur de Bombay, Russes, comme le conseiller d'empire Stakovitch, Belges ou Hollandais comme les professeurs Wilmote et Cohen, Italiens et Espagnols, Grecs et Roumains, Chinois et Japonais, Persans et Brésiliens ... que sais-je encore ? Tous les peuples se font gloire d'associer leurs efforts aux nôtres pour propager plus largement la langue et les idées de France.

Tous, en effet, pourraient dire, comme l'archevêque américain Ireland, qu'ils ont appris à aimer notre pays en apprenant l'histoire du leur ; aussi, déposant leurs jalousies et leurs politesses, tous travaillent volontiers pour la France. "Sachant que tout grandit quand on la voit grandir" et, qu'en travaillant pour elle, ils travaillent toujours pour leur patrie.

Quand les étrangers font tant pour notre œuvre, des Français ne sauraient rester indifférents. Fonctionnaires ou colons que l'Inde a attirés et retenus, négociants ou industriels, métropolitains ou indigènes, tous, qui que nous soyons, nous ne voudrons pas nous laisser absorber entièrement par nos affaires, nous réserverons une part de notre activité et de notre temps pour faire aussi celles de la France. Nous nous considérerons, non comme des exilés en pays lointain, mais comme des missionnaires de la pensée française et nous ne faillirons pas à notre tâche.

A l'heure qu'il est surtout, quand la France subit l'assaut de la vague d'invasion la plus formidable qui ait déferlé sur sa frontière depuis les jours d'Attila ; quand les barbares conjurés s'efforcent par tous les moyens - même les plus inavouables - de l'effacer de la carte du monde, n'avons-nous pas le devoir de nous unir à ceux de ses enfants qui lui font là-bas un rempart de leur corps et lui prodiguent sans compter tout le sang de leurs veines, d'élever nos sentiments à hauteur des leurs et de contribuer à l'œuvre sublime pour laquelle ils se sacrifient dans la mesure de nos moyens ?

Il n'en est pas de meilleur pour l'instant ni qui soit plus à notre portée que de travailler à l'expansion de notre langue, organe de notre pensée.

Le comité de Pondichéry espère donc, Monsieur, que vous ne lui refuserez pas votre concours et votre adhésion et que vous aussi vous tiendrez à honneur de vous enrôler dans la phalange toujours grossissante des volontaires de l'Alliance.

C'est dans cet espoir qu'il vous prie d'agréer, d'avance, au nom de la grande association qu'il représente, ses remerciements les meilleurs

pour le comité

Le Président     

Signé     Valmary

 

N.B. les adhésions ainsi que les cotisations (2 rps par an) seront reçues par le Président du comité, Collège Colonial, Pondichéry