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LE PERE MONCHANIN ET PONDICHERY

 

 

 

Lorsque les deux syllabes PON DI apparaissent sous la plume du Père Monchanin, elles évoquent toujours des moments fort agréables. Nous allons tenter de les situer dans leur environnement afin d'en extraire toute la saveur et d'en comprendre le prix. N'étant pas pondichérienne, n'y ayant pas vécu et n'ayant pas connu le Père Monchanin, bien des éléments me manquent pour brosser un tableau exhaustif, aussi serais-je très reconnaissante à tous ceux et celles qui pourraient compléter mes informations trop livresques.

Le Père Monchanin arriva aux Indes en mai 1939 afin de se mettre à la disposition de l'évêque goanais de Tiruchirapalli, Mgr. James Mendonça. Il venait du diocèse de Lyon, où, prêtre séculier, il avait déjà exercé un ministère novateur pendant une bonne quinzaine d'années auprès de milieux très divers. Son désir de voir l'Eglise s'enrichir de toutes les valeurs de l'art et de la culture du monde le poussa toujours plus loin, vers d'autres horizons, religieux ou non. Il prônait un enfouissement total, un peu à la manière du Père de Foucaud, souhaitant que des chrétiens "s'incorporent" aux civilisations dites "païennes" afin de susciter de nouvelles formes de présence ecclésiale, souffrant de voir transporter outre-mer - tel quel - le style de vie et de pensée du christianisme occidental. Il avait appris le sanscrit, avait lu les meilleurs ouvrages sur l'hindouisme et se préparait depuis plusieurs années à œuvrer intellectuellement et spirituellement aux Indes afin d'y susciter une Eglise authentiquement indienne. Dans le sillage des penseurs chrétiens des premiers siècles utilisant les catégories de la philosophie grecque pour dire la foi chrétienne, il ambitionnait de se livrer au même travail à partir des systèmes de pensée de l'Inde. Mais ses fonctions de vicaire de remplacement, sous les ordres de curés tamouls, dans des campagnes reculées, ne lui permirent pas de développer ce grand projet théologique. Son manque de contact avec son milieu lyonnais, si stimulant, lui fut d'autant plus cruel que la guerre éclata quelques semaines après son arrivée, le coupant pendant près de quatre ans de la France. Certes, il rencontrait de temps à autre quelques compatriotes missionnaires, mais ceux-ci, membres de communautés vouées aux œuvres éducatives ou sociales, ne pouvaient comprendre la vocation de cet étrange confrère ! Il vécut donc dans un grand isolement qu'il qualifia lui-même d'"asphyxie" et le grand asthmatique qu'il était savait bien ce que cela signifiait.

 

PREMIERS CONTACTS AVEC PONDICHERY

Quand le Père Monchanin se rendit-il pour la première fois à Pondichéry ? Ce n'est pas très clair. Le 16 avril 1946, sept ans donc après son arrivée, il écrit à une amie : " Je ne suis pas encore allé à Pondichéry. Je me meus dans un cercle de 50 à 100 kms comme l'écureuil en cage"[1] Contre toute attente, cet enfermement va brusquement s'ouvrir puisque quelques jours plus tard, il reçoit de son évêque l'invite à l'accompagner à Rome pour la canonisation de Jean de Britto[2], en qualité de secrétaire interprète. Quelle chance inespérée de revoir à cette occasion tous ceux qu'il aime, et d'abord sa vieille mère qui s'était montrée plutôt hostile au départ de son "fou de fils" ! Après quelques semaines de joyeuses retrouvailles, de conférences données ici ou là pour raconter sa vie aux Indes, réaffirmer son projet toujours intact, évoquer la situation politique et les combats pour l'Indépendance, le Père Monchanin reprend le bateau à Marseille pour retrouver sa "terre d'élection". Il est accompagné de son meilleur ami, le Père Duperray qui se destine à un apostolat du même type en Chine. Le steamer chargé de troupes pour le Vietnam fait escale à Pondichéry. Les deux prêtres y débarquent en février 1947. Monchanin est fort ému de présenter "son" pays à son ami. Ils ont hâte de retrouver une ancienne étudiante lyonnaise, maintenant en poste au collège de Pondichéry, Marguerite Prost. Celle-ci les accueille sur le pier, après le transbordement sportif que l'on sait. Sa mine épanouie et son aisance dans sa nouvelle vie réjouissent ses anciens aumôniers. Le Père Duperray ne reste, hélas, pas plus de 48 heures puisqu'il poursuit jusqu'à Chang'hai.

Le Père Monchanin sera retenu dans la ville bien plus longtemps qu'il ne le pensait, car l'obtention de son visa pour sortir du territoire se fit attendre plus de quinze jours. En effet, en cette veille de l'indépendance, les autorités anglaises, craignant que des nationalistes ne se dissimulent dans les enclaves françaises, se montrent particulièrement pointilleuses pour accorder la permission de pénétrer dans leur zone. Le prêtre, logé à l'archevêché, est aussitôt introduit dans l'élite cultivée de Pondichéry grâce à celle qui lui doit le choix de son poste - et à qui nous devons la plupart des "écrits" du Père Monchanin [3] - Marguerite Prost. L'ouverture d'esprit du nouveau "curé" , l'étendue de sa culture profane sont vite repérées : chacun grille du désir de lui être présenté. Monchanin est ravi de retrouver le milieu enseignant qu'il aimait tant fréquenter à Lyon, s'excitant de ses joutes intellectuelles, curieux de ses appétits, attentif à ses griefs quant au conservatisme du clergé local, compréhensif à ses détresses affectives et morales. Il s'émerveille de rencontrer en la personne d'un avocat tamoul, Kareikkalameiyar, alias Maître Saint Jean, un très grand poète "qui se délecte dans la poésie française (Mallarmé et Valéry !) non moins que dans la poésie tamoule" [4] . Ce dernier, stupéfait des compétences littéraires de ce prêtre peu banal, l'invite aussitôt à donner une causerie à Karikal, dans le cadre son cercle [5]. On lui organise aussi de petites expéditions archéologiques aux alentours (Mahabalipuram, Kanchipuram), moments de beauté et d'amitié dont il avait été particulièrement sevré et qu'il savoure avec un bonheur contagieux.

L'ashram de Sri Aurobindo ne peut passer inaperçu. C'est l'époque où son essor force l'attention : ses membres, dispersés dans la ville dépasseraient alors huit cents. Les causeries bi-hebdomadaires de la "Mère", répercutant l'enseignement du Maître, attirent de nombreux sympathisants ou curieux. Certains désireraient recevoir une appréciation chrétienne sur ce séduisant enseignement. Ils pressentent qu'ils vont trouver en ce Père Monchanin un discernement plus objectif que les critiques stéréotypés qui ont officiellement cours dans la communauté catholique. Son attitude d'écoute bienveillante sera vite interprétée en "haut lieu" comme un manquement grave à la prudence. Il faut dire que Monchanin ne se montre pas très coopérant avec ses confrères. Sitôt sa messe dite à Notre-Dame des Anges, il disparaît jusqu'au soir, sans rendre de comptes à personne. Cette liberté finit par intriguer. Le "très bon et sympathique" Mgr Colas [6] s'inquiète de cet apostolat "sauvage". Il croit de son devoir de mettre en garde son clerc décidément trop "farfelu"[7] .

 C'est ainsi, qu'une fois de retour à Trichy, ce dernier reçoit une longue lettre du prélat, le menaçant de lui interdire de revenir dans son diocèse s'il persiste en son indiscipline : "Pondichéry n'est pas Paris. Ici les petites chapelles ont encore plus d'inconvénients qu'ailleurs. Quelques intellectuels plus ou moins sincères comme aussi plus ou moins orgueilleux y perdront peut-être car je reconnais qu'à eux, votre fréquentation aurait peut-être (?) fait du bien, mais cela sera mieux pour l'unité et l'esprit de la paroisse /.../ de petits-maîtres et, surtout, de petites jeunes filles qui seraient portés à comparer / etc.../" [8] Mais, peu de temps après, une missive d'excuses parvient au Père Monchanin. L'évêque avoue avoir été mal renseigné à son sujet et, pour lui prouver sa confiance, le charge d'un cycle de conférences ... sur l'hindouisme, en collaboration avec un éminent Père jésuite, professeur au scolasticat de Shembaganur, Emile Gathier. Profondément touché par la sincérité de cette démarche, et tenté par cette perspective, Monchanin donne immédiatement son accord. Il dresse un schéma d'études prometteur[9]. Mais, nommé vicaire dans la grosse paroisse de Dindigul, accaparé par ses responsabilités pastorales, il lui est impossible de se livrer à une quelconque recherche personnelle.

A Pondichéry, on ne l'oublie pas : il reçoit plusieurs invitations qu'il se voit contraint de décliner :" je ne me sens plus un homme libre, étant seul avec mon excellent curé. Certaines journées sont assez chargées" [10]. Il va pourtant accepter de venir parler de Gandhi, quelques jours après que l'assassinat de ce dernier eut bouleversé tout le pays. Le Mahatma avait déconcerté et l'Eglise, par son retour aux valeurs de l'hindouisme, et les autorités civiles, par sa lutte pour l'indépendance. Toutefois un hommage s'imposait : on ne savait trop vers qui se tourner pour le célébrer. La suggestion de demander au Père Monchanin leva un embarras certain. Mais on ne s'attendait pas à ce qu'il s'engage aussi nettement. Ecoutons ce qu'en dira une auditrice quelques années plus tard :

“Après avoir demandé une minute de silence, le Père dit : « J'aurais voulu prolonger ce silence ; c'eût été le meilleur hommage à rendre au disparu. Si j'ai accepté de parler ce soir c'est sous la pression d'amis et pour répondre à une urgence intérieure. Mais je voudrais que ce témoignage d'une conscience individuelle ne parût pas une intrusion en celle d'autrui. » Puis suivit l'évocation de l'action publique basée pour la première fois sur le respect profond de l'interlocuteur et la compréhension de ses impératifs. «Gandhi me rappelle cette autre fille de France qui, lorsqu'on lui demandait : « Mais Jeanne n'aimez-vous donc pas les Anglais ?» répondait : « Je les aime, mais chez eux. » Cette réflexion provoqua le départ collectif des représentants de l'autorité, gouverneur en tête. Evoquant ensuite l'action spirituelle, le Père dit : « Gandhi a-t-il un message pour nous chrétiens ? Il a pensé toute sa vie que la compréhension véritable ne s'obtenait pas en effaçant les différences, mais en les acceptant. Il nous a demandé d'être de meilleurs et de vrais chrétiens, aux musulmans d'être de vrais musulmans. » A ce passage, archevêque en tête, le clergé présent quitta la réunion, et le Père termina sa méditation devant une salle à moitié vide.”

 

Au-delà de ce récit un peu "forcé", pointe l'émotion d'une jeune femme qui constate : "Il me fallut rencontrer le Père pour comprendre que vouloir continuer Gandhi-ji était, non pas s'excommunier mais vivre le christianisme dans ce qu'il a de plus incarné, de temporel et de passionnel"[11]

 

NOUVELLES DONNES

Deux événements tout à fait inattendus vont alors se succéder changeant radicalement le cours de celui qui vient d'être nommé curé de Kulittalai : l'annonce de la venue d'un bénédictin breton, Henri Le Saux, permettant d'envisager la fondation de cette petite communauté contemplative dans le style d'un ashram hindou, qu'il n'osait plus espérer ; le mariage de la chère amie Marguerite Prost avec un de ses collègues pondichériens, professeur d'histoire et géographie, Emmanuel Adiceam. Le Père Monchanin célébra leur union dans sa petite église paroissiale le 22 mai 1948 selon un rituel propre qui consacrait le symbole - si émouvant pour lui - de la rencontre de l'Inde et de l'Occident. De nombreux amis étaient venus de Pondichéry (à plus de sept heures de voiture sur des routes peu praticables) entourer le jeune couple. La tenue traditionnelle était de rigueur, comme le repas végétarien servi sous un auvent de palmes dressé sur le modeste parvis de l'église. Cette journée mémorable [12]  fut l'occasion pour beaucoup de resserrer les liens avec un merveilleux pasteur, si peu conformiste !

L'installation du ménage Adiceam (35 rue Dumas) précéda de quelques semaines l'arrivée du Père Le Saux. [13] Grâce à cette coïncidence, débuta pour Monchanin sa fréquentation assez régulière de Pondichéry. Un toit lui était assuré, mieux, un accueil "comme en famille : une petite maison avec jardin, presque au bord de la mer, avec une terrasse d'où l'on voit la lune étinceler sur les vagues de l'océan indien." [14] Et la présence du bénédictin à la cure de Kulitalai en libérait momentanément le titulaire. Les visites du Père Monchanin venaient égayer la vie parfois un peu terne de la société pondichérienne : temps forts pour beaucoup, chrétiens ou non. Il fallait écouter, réconforter, guider mais aussi apprendre et dialoguer. Des fidèles déstabilisés par les condamnations qui s'abattent alors dans l'Eglise[15] réclament des explications. Mais comment leur en donner quand le Père Gathier, avec lequel Monchanin projetait une série de conférences, est renvoyé en France sur l'ordre du Père Provincial qui redoutait son influence sur les jeunes scolastiques ? Le magistrat Simonel et son épouse, " d'éducation française raffinée" [16] , reçoivent volontiers en leur belle demeure de la rue Suffren les partenaires de divers débats plus ou moins improvisés. Ainsi, un échange animé a lieu chez eux, en novembre 1949 sur "l'idée de création", sujet particulièrement contradictoire pour les pensées de l'Inde et de l'Occident. D'autres rencontres suivront sur des thèmes que l'actualité met en avant, comme la découverte des manuscrits de la Mer Morte, le décès d'Emmanuel Mounier, celui du P.Teilhard de Chardin, de Sri Aurobindo [17] etc... Ces causeries se déroulent aussi bien à la salle Jeanne d'Arc ou même à l'Hôtel de ville.

Les séjours de Monchanin à Pondi se prolongent souvent, au grand scandale du Père Le Saux qui piaffe d'impatience en voyant que la fondation de l'ashram s'en trouve sans cesse retardée. Toutefois, il arrive aussi au bénédictin de se rendre à Pondichéry, ne serait-ce que pour mettre au point le soutien financier de leur petite entreprise : l'homme d'affaires de l'évêché, un parsi de Bombay, M. Umwalla sert d'intermédiaire, notamment pour les dons provenant de France. La semaine que le Père Le Saux y passa en février 1949 est relatée en détail dans son journal [18] . Sa première notation concerne l'inconfort du voyage : parti la veille au soir de Kulitalai, il arrive à 5h.30 du lendemain matin en gare de Pondichéry et sa seconde remarque, malgré son agacement à utiliser le pousse-pousse de l'archevêché, exprime sa joie à retrouver "un petit coin de France". Le Père Monchanin a donné à son confrère une liste de gens à voir :"M. Mme Adiceam, Dr. Bigot, M.Mme Tetta, M.Mme Simonel, M.Mme Pinay, M.Mme Flory, M.Lazare dit Sathyanath, M.Mme Prigent, M.Mme Viaud-Murat, M.Crozet, M.Mme Casal, Cellier, Petit-Jouan, Walter, M.Mme Mouzon, M.Mme Bertrand, M.Renaud." [19] En fait, les contacts du Père Le Saux se limitent surtout au monde clérical, le Père Caillaux, le Père Hougard, la Mère Supérieure de Saint Joseph de Cluny. A tous, il parle du futur ashram. Mgr. Colas lui conseille de patienter encore et de demander à l'Ordre bénédictin l'envoi d'au moins six moines. D'autres approuvent l'esprit de la fondation, mais ne cachent pas leur inquiétude sur la forme. Lors d'une conversation avec M.d'Autremer, directeur de la Banque d'Indochine de Pondichéry, en vue d'obtenir quelques subsides, le Père relate : "le nom du Père Monchanin venant, j'apprends qu'il est honni ici, ayant osé dire dans sa conférence sur Gandhi que l'Inde française devait passer à l'Union indienne. D'ailleurs, on dit qu'il a pris la nationalité indienne, s'il n'est plus français, qu'au moins il soit poli, quand il est invité sur le territoire français." [20] Car la grande préoccupation est alors celle de l'avenir des négociations sur le statut des territoires depuis que la métropole a annoncé, en juin 1948, sa détermination à les abandonner.

 La hâte du Père Le Saux contraste avec la retenue du Père Monchanin. Ce dernier sait qu'il a encore tant à apprendre, pas tellement dans les livres qu'auprès de maîtres hindous. Mais, comment les rencontrer ? Il ne peut s'agir d'Aurobindo qu'il a toujours considéré comme trop occidentalisé et, de toutes façons, ses supérieurs ecclésiastiques lui ont interdit toute initiative en cette direction. Sri Ramana Maharshi qui vit dans le silence depuis l'âge de 17 ans à Tiruvannamalai, au pied de la montagne sacrée d'Arunachala, lui semble incarner, plus authentiquement la tradition sannyasi hindoue. Les deux Pères en parlent souvent en leur petit presbytère de Kulitalai. Monchanin avait déjà bénéficié - incognito- du darshana du grand sage. Il se décide à y conduire son confrère au début de 1949 [21]. Cette visite aura une influence décisive sur l'évolution ultérieure d'Henri Le Saux (de son nom sannyasi, Abhishiktananda) qui considérera désormais la montagne sacrée comme "son véritable guru". [22] Plus tard, lors d'un séjour du Père Monchanin à Pondichéry, la rumeur annonçant la fin prochaine du grand maître, ses amis décident d'aller se recueillir une dernière fois auprès de lui. Voici ce qu'en dira le prêtre en remerciant les Adiceam de l'avoir associé à ce grand moment :

“Presque 15 jours que nous nous sommes quittés ! c'était pour aller chez “Bhagavan” (= Ramana Mahirishi). ……tous différents à ses pieds, si différents les uns des autres – par nos psychologies, nos réminiscences, nos appels : hindous, musulmans, chrétiens, incroyants – lui au-delà de tous. Est-ce que j'en parle avec trop d'admiration ? Suis-je moi-même victime d'un mirage ? Je ne crois pas pourtant. Et j'étais quand même séduit. Je ne l'avais encore jamais vu de si près, ni physiquement, ni psychologiquement. Il y a du mystère dans cet homme qui a retrouvé seul l'essence de la mystique de l'Inde : une négation impitoyable qui déprend du multiple – de tout ce qui n'est pas l'unique nécessaire – sans rien pouvoir dire ni penser de cet unique sinon qu'il est unique – et de ce nécessaire, sinon qu'il est tel par soi-même.

Recevrait-on davantage de lui en demeurant longtemps à l'ashram ? J'en doute …”

 

L'ASHRAM DE SHANTIVANAM

 

Sri Ramana décèdera le 14 avril 1950, au moment où les Pères débutent leur vie d'ermites à Shantivanam (bois de la paix) sur les rives de la Kavéri, non loin de Kulitalai. Leur ashram avait été officiellement inauguré par l'évêque de Trichy, Mgr Mendonça, en la fête de Saint Benoît, le 21 mars. Il est dédicacé au Saccidananda, expression des Upanishads célébrant la Divinité en son Etre, sa Pensée et sa Béatitude : lointaine évocation de la Trinité comme l'avait affirmé au début du siècle un Indien converti pour qui Monchanin a toujours eu une vénération, Brahmabandhav Upadyaya. L'ermitage se compose de deux petites huttes de pisé couvertes de palmes, sans aucun mobilier, seulement une natte qu'on déroule à même le sol pour dormir. Déjà elles paraissent "trop luxueuses : on fait toujours des compromis avec la pauvreté, les prétextes ne manquent jamais. Si dès le début, on est dans le confortable, qu'en sera-t-il de l'avenir ?" [23] . La construction de la chapelle viendra plus tard, car, aucun remplaçant n'étant encore nommé à la paroisse de Kulitalai, les ermites doivent en assurer la charge et ce, jusqu'en octobre 1950.

L'amitié et la curiosité poussent les amis de Pondichéry à venir voir cette installation dont on avait tant de fois parlé. Les premiers visiteurs sont évidemment les Adiceam accompagnés de Maître Saint Jean : " tous trois étaient contents, mais fatigués de ce voyage très rapide”[24], sans doute un peu effrayés de la précarité misérable des aménagements .... De nombreux autres "pèlerins" suivront. Une disciple très proche du Père Monchanin, Suzanne Siauve, agrégée de philosophie, boursière du C.N.R.S. à Pondichéry pour sa thèse sur Madhva, qui séjournera plusieurs fois à Shantivanam en a fait une jolie description doublée de remarques pertinentes :

 

“Au sud de la rivière Kâveri, un peu avant Tiruchirapalli, entre la route et la berge du fleuve, un chemin de terre entre les haies de branchages qui limitent les prairies et un petit bois de manguiers. Au bout du chemin apparaissent l'étendue mouvante de la large rivière et à travers les feuillages clairs et fins de jeunes eucalyptus, la teinte ocre rouge de la chapelle dominée par de hauts palmiers aux feuilles raides, qui forment au-dessus de la croix blanche comme une couronne sombre sur le ciel. Le Père venait ouvrir très vite, silhouette si frêle dans son ample robe de coton ocre. Son accueil était dans la lumière de son regard et de son sourire, dans une joie toute simple et toute surnaturelle, dans une bonté proche et dans son attention à la fois aiguë et compréhensive. …

 Son amour de l'Inde était à la fois totalement lucide et humble, cherchant en tout le jugement positif qui ferait apparaître les vraies valeurs de la vie indienne qu'il s'agît de traditions antiques ou de formes nouvelles de pensée ou de spiritualité. Extrêmement dans son appréciation des domaines encore obscurs, il ne les écartait pas a priori tout en maintenant avec autorité les droits de la pensée claire, les critères d'une vie spirituelle saine et les exigences de la foi.” "[25]

 

Il faudrait y joindre les pittoresques souvenirs de Maurice de Gandillac, professeur de philosophie médiévale à la Sorbonne, mandaté pour présider le jury du baccalauréat à Pondichéry en mai 1953. L'universitaire est reçu chez les Adiceam "dans une vraie maison indienne avec cour intérieure à la romaine et tuiles vertes". Il y croise Monchanin et confie : "j'aimerais interroger cet ascète souriant aux yeux très noirs, d'une extrême vivacité, sur la musique que j'entends partout ici, et tout le temps, à première audition aussi répétitive que l'arabe, mais surtout, savoir si la croyance au karman conduit à la passivité. Au lieu de quoi, c'est lui qui m'interroge avidement sur Bataille, Sartre et Heidegger. /.../ Le 15 avril au petit matin, dans une Ford à cocarde tricolore, nous /Monchanin, Gandillac et le chauffeur/ roulons /.../ vers Chidanbaram. Nous pénétrons, torse et pieds nus, jusqu'aux chapelles secrètes. Libations d'huile de cocotier. Autour d'Agni (le Feu que Monchanin assimile bien sûr au Saint Esprit) la flamme monte en cercle ; les fidèles joignent leurs mains et les passent ensemble sur le plateau où brûle l'encens. " Ils visitent ensuite Kumbakonam, Tanjore, Trichinopolly et passent la nuit à l'ashram avant de faire halte au temple de Sri Rangam et de regagner Pondi où ils dînent "avec une dizaine de personnalités locales, médecins, juges, chefs de service chez Monsieur le Commissaire de la République"[26] .

 

LE RAYONNEMENT DU PERE MONCHANIN

 

Les échecs et les soucis allant se multipliant à l'ashram, le prix des séjours de Monchanin à Pondichéry sera de plus en plus appréciable "oasis de paix et de joie " confiera-t-il à sa mère. Pourtant l'agitation politique autour du referendum annoncé par le ministre de la France d'Outre-mer, s'accompagne de mesures aussi contradictoires qu'injustifiées. Des manifestations opposent périodiquement les partisans pour ou contre la rétrocession des territoires à l'Union Indienne : les mesures vexatoires alternent dans un sens ou dans l'autre. Sur fond de menace de blocus économique, les éléments dangereux sont priés de quitter le territoire. L'émotion est grande d'apprendre que le gouverneur Goubert supprime, à partir du 1er janvier 1951, le traitement des professeurs aux sympathies trop marquées pour Nehru. Les Adiceam sont visés au premier chef [27]. Force leur est faite de plier bagage. Monchanin en est très affecté ; il passe auprès d'eux leurs derniers jours d'Inde dont "Marguerite avait fait sa patrie" et assiste, navré, à l'empaquetage de leurs affaires avant de les accompagner jusqu'à l'aéroport de Madras. [28] L'exil sera levé dix-huit mois plus tard. "Désormais, les professeurs du Collège seront payés par la métropole." [29] Cette mesure prépare les futures négociations - en liaison avec les traités de transfert de souveraineté de 1954 (de facto) et 1956 (de jure, ratifié en 1962) - sur le maintien d'une présence culturelle française à Pondichéry.

Le départ des Adiceam coïncide avec un autre départ, presque aussi cruellement ressenti, celui de Simonel, nommé juge à Tahiti. Des liens très intimes s'étaient noués entre les deux hommes comme le prouve le choix du père de famille en priant le prêtre d'être le parrain de son dernier né, Laurent. Quand on lit la liste de livres que le magistrat laisse à l'ermite de Shantivanam, on est stupéfait de la variété des centres d'intérêt de l'un et de l'autre ainsi que du niveau de leurs exigences intellectuelles respectives [30]. Mais comme on vient de le voir pour les Adiceam, ces séparations n'ont rien de définitif et les Simonel reviendront souvent passer leurs congés dans leur terre natale.

Le Père Monchanin ne ralentit pas pour autant le rythme de ce qu'il appelle ses "vacances" à Pondichéry ... Son compagnon de Shantivanam s'en irrite, lui qui ne rêve que de mener la vie de saddhu, dans une grotte au flanc de la montagne d'Arunachala ! [31] La silhouette, mince, légèrement voûtée de l'ermite - qui revêt pour venir en ville la soutane blanche du clergé local- l'éclat de son regard à la fois souriant et respectueux font maintenant partie du paysage des rues de Pondichéry. Il a ses "entrées" chez les Sœurs de Saint Joseph de Cluny comme dans plusieurs familles. Les premières se souviennent avoir été "éveillées par lui aux choses de l'Inde, à la nécessité de connaître avec sympathie et lucidité tout ce qui touche à sa culture religieuse." [32] Quant aux secondes, elles ont été plus d'une fois déconcertées par la simplicité et l'humour de leur hôte. Ainsi à une maîtresse de maison qui s'interroge sur l'opportunité d'offrir du vin à un ermite, il répond gaiement :" l'eau est si insipide que le prêtre n'en met qu'une goutte dans le calice" ; à une autre, surprise en tenue de plage, il assure que "la nudité n'a rien d'offensant " [33]. Il est présenté à Philippe Barbier Saint Hilaire, le secrétaire général de l'ashram d'Aurobindo : les deux hommes s'apprécient et auront plusieurs entretiens. Son aisance avec les petits et les grands, les humbles et les riches, son plaisir d'enfant à profiter des douces et bonnes choses, sa délicatesse en font un hôte exquis. Soumis à un régime incroyablement ascétique (le cuisinier de l'ashram se contentait de faire cuire le riz pour plusieurs jours !) privé de toute musique (son appétit pour l'audition de disques classiques était insatiable), il se réjouit de tout ce qu'on lui offre avec une fraîcheur juvénile et manifeste sa reconnaissance avec une rare délicatesse. S'il arrive qu'un spectacle de danse traditionnelle soit donné lors d'un de ses passages à Pondi, Monchanin s'y précipite, frétillant, sûr de trouver en ces postures immémoriales, en ces gestes codifiés une authentique et féconde transfiguration artistique[34]. D'aucuns s'inquiètent de son état sanitaire, l'obligent à consulter régulièrement le médecin, se font un devoir de lui offrir des soins dentaires indispensables.

 On lui promet de la visite. L'ashram devient un but de promenade, les routes s'étant beaucoup améliorées et la possession d'une voiture se généralisant, nombreux sont ceux et celles qui viennent goûter quelques heures d'exotisme à Shantivanam. On y prend son repas dans une feuille de bananier, avec ses doigts, et on assiste à un office étrange, en latin truffé d'expressions sanscrites où s'intercalent des gestes "hindouisants". Plus profondément, au-delà de ce dépaysement, il y a l'entretien - jamais banal- avec le swamy, les confidences, les réconciliations, mais tout cela reste le secret des cœurs et de Dieu.... Ces allées et venues indisposent le Père Le Saux qui souhaite plus de recueillement monastique. Il s'en plaint à son ami le Père Lemarié : "Le snobisme autour du Père Monchanin dépasse les bornes. Je lui ai dit l'autre jour que Shantivanam devrait s'appeler Saint Louis des Français"[35]. Il est vrai que la réputation de l'ashram est -hélas- plus grande chez les pondichériens que chez les hindous, a fortiori chez les chrétiens ! En quelques mots, d'une frappante lucidité, Monchanin avance trois raisons à ce désintérêt : "nous leur paraissons trop archaïques (trop pauvres), trop hindouisants (donc dangereux), et pas établis canoniquement ".[36]

Cependant, l'arrivée à Pondichéry d'un sanscritisant de marque, le professeur Jean Filliozat, va renouveler le paysage culturel de la région. Il a mission de mettre sur pied un Institut français d'études indiennes, directement géré par l'Ecole Française d'Extrême-Orient. Une de ses premières excursions a pour but Shantivanam afin d'y saluer celui qui avait donné à son séminaire des Hautes Etudes, en décembre 1946, une leçon sur les "Les énigmes dravidiennes" [37]. " Filliozat est un homme d'une érudition prodigieuse et d'une simplicité charmante. Il a beaucoup aimé notre Shantivanam et s'est intéressé à notre chapelle de style purement indien, à notre bibliothèque, à notre vie rustique." [38] Loin des potins de la ville, Monchanin lui donnera de judicieux conseils sur le personnel à embaucher pour le nouvel Institut. J. Filliozat s'empressera de l'inviter à l'inauguration officielle, en mars 1955. Suzanne Siauve sera nommée bibliothécaire ; Alain Daniélou achèvera là sa réinsertion en Occident après l'étape décevante du centre théosophique d'Adyar à Madras[39] ; Marie Thérèse Domine se spécialisera dans la musique tamoule, le pandit Ramachandra Bhatt poursuivra ses travaux sur l'école dualiste de Mahdva et Pattabiramin s'initiera à l'archéologie [40]. La disponibilité du prêtre permettra rapidement d'organiser des colloques sans faire venir trop d'intervenants d'Occident. Ainsi, dès le printemps 1955, "nous avons eu à l'occasion de mon passage, une semaine d'études :à l'Institut : quatre conférences publiques (40 à 50 auditeurs) sur des sujets ardus. J'en ai donné deux 'Yoga et hésychasme' (spiritualité des moines byzantins comparés à celle de l'Inde) et 'Apophatisme et apavada' (théologie et mystique négatives en christianisme et en Inde). Le Dr. Filliozat, professeur au Collège de France et fondateur de cet institut, a parlé de "Conscience et inconscience dans le yoga". Enfin M.Bareau qui a passé, il y a 5 ans, deux thèses remarquables de doctorat sur le bouddhisme a développé "L'Absolu dans la pensée bouddhique". Ces quatre conférences seront publiées ensemble." [41]

 La publication de deux ouvrages remarqués : Ermites du Saccidananda et De L'esthétique à la mystique après celle de plusieurs articles dans la prestigieuse revue Dieu Vivant[42] consacre désormais la réputation du Père Monchanin en France. Plus timide en Inde, elle commence néanmoins à dépasser le milieu francophone. L'Union pour l'étude des grandes religions fondée par le philosophe Mahadhevan, d'une part, la Conférence des évêques de l'Inde d'autre part vont lui donner la parole en leurs "séminaires". La hiérarchie, après avoir superbement ignoré l'audacieuse tentative de Monchanin réalise maintenant le prix de sa pensée en ce processus de déseuropéanisation où la pousse inexorablement la fin de l'ère coloniale. [43] . Mais cette coopération prometteuse, annonciatrice de Vatican II, sera de courte durée puisque la maladie y mettra tragiquement un terme.

Devant une lassitude aussi tenace qu'incompréhensible les Adiceam supplient le Père Monchanin de venir passer quelques jours de repos dans leur chalet de Kodaikanal. Mais, l'état du patient empirant, il faut redescendre à Pondichéry où il est soigné en externe à l'hôpital avant d'y être admis à demeure. Une radio découvre une tumeur inquiétante dont l'ablation urgente réclame d'être pratiquée en métropole, faute d'équipement suffisant. Il faut donc organiser immédiatement un rapatriement sanitaire. Les amis se cotisent pour payer le montant du billet d'avion. Le nouveau consul Robert Morel-Francoz se montre d'une efficacité remarquable. Le 8 septembre, le Père Le Saux accompagne en tremblant, un mourant - d'une quarantaine de kilos - jusqu'à l'aéroport international de Bombay, via Madras. Malgré son sombre pressentiment, Monchanin a tenu à ce que soit apposée sur son passeport la mention "non object to return" car il a donné sa vie à cette terre à laquelle il souhaitait laisser son pauvre corps. Il atterrit, méconnaissable, à Paris le 10 septembre. Un mois plus tard, sans que n'ait pu avoir lieu l'opération (qui eut été salvatrice quelques semaines plus tôt) il s'éteint, entouré de ses meilleurs amis, à l'hôpital Saint Antoine. Les obsèques sont célébrées à Saint Séverin devant une foule nombreuse, dont l'hétérogénéité témoignait bien de la variété de l'influence du défunt. Il est inhumé au cimetière de Bièvres où son "frère" Duperray a acheté, en catastrophe, une concession. Selon ses propres instructions, ses livres scientifiques sont acheminés par les soins des Adiceam à la bibliothèque de l'Institut français de Pondichéry.

Aujourd'hui, alors que peu de Pondichériens connaissent encore le nom de Monchanin, l'ashram de Shativanam, fidèle à l'esprit de son fondateur, offre toujours sa petite oasis de paix aux pèlerins les plus divers, à tous les chercheurs de Dieu.[44]

Françoise Jacquin



[1] Lettre inédite à Marguerite Prost Adiceam, 16/4/1946

[2] Jésuite portugais, évangélisateur du Maduré, martyrisé en 1693.

[3] Le P.Monchanin ne rédigeait pas le texte de ses causeries ou conférences. Nous y avons accès grâce aux notes prises par ses plus ferventes auditrices au premier rang desquelles se place Marguerite Prost. La plupart de ces notes sont aujourd'hui éditées : De l'esthétique à la mystique, Tournai, 1955, Théologie et spiritualité missionnaires, Paris, 1985.

[4]Abbé MONCHANIN, Lettres à sa mère (1913-1952), Cerf,1989,( LM), p.427.

[5] id. lettre du 17/3/1947, p. 382-383.

[6] L'expression est de Monchanin lui-même dans la lettre citée supra.

[7] Qualificatif utilisé par Guy Deleury à propos de l'"effet Monchanin", in Renaître en Inde, 1976, p.315. 

[8]  Jules MONCHANIN, Mystique de l'Inde, mystère chrétien, (MIMC) textes présentés par Suzanne Siauve, Fayard, 1974, p.171.

[9]MIMC, p. 183.

[10] A Marguerite Prost-Adiceam, 17 juin 1947, MIMC, p.172.

[11] Voir le témoignage d'Ika Paul-Pont in L'abbé Jules Monchanin, Casrterman, 1960, p. 79. Le texte intégral de cette conférence a été immédiatement réclamé par la revue France-Asie (N° 32. Nov. 1948). Voir MIMC, p. 277-286.

[12] LM, lettre du 26/7/1948, p.399-400

[13] Voir M.J.Maximilien " L'itinéraire spirituel de Dom Henri Le Saux, Swami Abhishiktananda"  in Trait d'Union, mars 1994.

[14] LM, lettre du 12/1/1949, p. 402.

[15] L'encyclique Humani generis  est de   1948 et les premières condamnations de théologiens, puis de prêtres ouvriers suivront de peu.

[16] LM, lettre du 20/11/1953, p.488.

[17] Voir son article in Eglise vivante, 1952, n° 3, repris in MIMC, p.295-319.

[18] Journal publié sous le nom de : La montée au fond du cœur, O.E.I.L, 1986, cf. p.23-30.

[19] Abbé MONCHANIN, Lettres au Père Le Saux, (LS) ,Cerf, 1995, lettre du 21 janvier 1949, p.56.

[20] La montée au fond du cœur, p.28.

[21] Id. p. 21-23

[22] Voir surtout Souvenirs d'Arunachala, EPI, 1978.

[23] Lettre à M.A., 1/4/1950. MIMC, p.198.

[24] LM, lettre du 9/4/1950, p.427.

[25] L'abbé Jules Monchanin, op.cit., p.109-110.

[26] Maurice de GANDILLAC, Le siècle traversé, Albin Michel, 1998, p. 323-326.

[27] Lorsque Nehru se rendra à Pondichéry  le 16 janvier 1955, il aura un entretien privé avec Emmanuel Adiceam. LM, lettre du  24/1/1955, p.510.

[28] LM, lettre du 9/3/1951, p.435.

[29] LS, lettre du 6 août 1952, p. 100.

[30] Lettre inédite de Monchanin à Duperray, Pentecôte 1951

[31] "Pondi est pour lui ce qu'Arunachala est pour moi" écrit-il, sévère à son ami, le P.Lemarié, le 28 mars 1955.

[32] Entretien datant du passage de l'abbé Duperray en février 1961 à Pondichéry.

[33] Sur la vie de la petite colonie française, on peut se reporter à la critique acerbe qu'en donne  J.P.Weber dans son roman, Vêtu d'espace dont quelques extraits ont paru dans Le Trait d'Union de 1954 qui en a donné des extraits.

[34] Compte-rendu inédit du récital de danse de Christine Sinnas, alias Krishnavéni, 7 mai 1950, à l'hôtel de ville de Pondichéry.

[35] Lettre du 24 décembre 1955.

[36] Lettre inédite à Duperray, 3 juin 1953.

[37] MIMC, p.89-98. On peut lire aussi le témoignage que le professeur rédigera au lendemain de la mort du Père in L'Abbé Jules Monchanin, op. cit., p.1O4-108..

[38] LM, lettre du 15 mars 1955, p.515.

[39] Voir A.DANIELOU Le chemin du labyrinthe, p 217-222

[40] Pattabiramin reconnaîtra plus tard : "c'est l'abbé qui m'a ouvert la voie pour ma carrière." (entretien avec l'abbé Duperray, février 1961).

[41] Id. Lettre du 14 novembre 1955. Voir les publications de l'Institut, Entretiens, n° 4.  

[42] Dieu Vivant, n°I et n°3, 1945, n°14, 1949, n°23, 1953.

[43] Ainsi, à Pondichéry, Mgr. Colas se retire pour laisser la place à un Tamoul, Mgr Ambrose. Dans le même temps, une vingtaine de diocèses voient des autochtones se substituer aux évêques

[44] Plus ou moins en sommeil pendant une dizaine d'années, l'ashram a été repris en 1968 par un bénédictin anglais, Bede Griffiths (+ 1993) secondé par Sarananda, bénédictine de l'Abbaye de Pradines Il est actuellement collégialement dirigé par une équipe tamoule