Blue Flower

(Lettre du CIDIF n° 20 -décembre 1998-  page 51) 

 

DARJEELING, de Dominique Marny, Jean-Claude Lattes, 1996.

 

Darjeeling, le livre de Dominique Marny, dont le titre évoque un lieu mythique, la terre de Shiva, se laissera lire agréablement.

Ce n’est pas tant à cause des histoires d’amour : les rencontres y sont dès le début prévisibles et les unions raisonnables, même si les femmes usent librement de leurs corps, ce qui peut surprendre dans ce milieu et à cette époque. Les héros - un Népalais, deux couples britanniques, sont riches, beaux et séduisants, et sans doute le sont-ils de trop ! Mais le livre est avant tout un roman ambitieux et généreux. Il raconte l’épopée du THÉ avec une documentation précise qui ne manque pas d’intérêt. Un glossaire à la fin du livre explique termes techniques et sigles souvent lus sur les boîtes de thé de nos marchés. Des spécialistes de la culture, de l’exploitation, de la production du thé et même de ses légendes ont permis à l’auteur de pousser très loin ses recherches et de combler notre curiosité.

Le point le plus intéressant de ce roman demeure cependant la description, dans une nature luxuriante, prodigue et parfois étouffante, d’un monde dominateur de colons qui vivent, sans le savoir vraiment, leurs dernières années de bonheur tranquille et de luxe éhonté dans un pays en proie à des soubresauts de révolte, guidé par un homme d’une stature exceptionnelle, Gandhi, qui veut l’indépendance de l’Inde et qui l’aura. Et l’on trouvera, juxtaposées, les descriptions de deux mondes opposés, non sans quelque manichéisme un monde de colonisateurs, riches possédants, sûrs de leurs droits, sûrs de leurs privilèges, de tout ce qu’ils possèdent et auxquels ils s’accrochent et un monde de colonisés, les Indiens, enfants, femmes, hommes, qui “triment“ pour survivre et qui traînent une vie, souvent misérable, toujours difficile, de travailleurs exploités.

On nuancera cependant ces propos en considérant les bienfaits (école, dispensaire) qu’une des héroïnes apporte aux ouvriers de son exploitation.

C’est faussement que le livre s’achève sur un “happy end“. Gandhi va à pas difficiles mais fermes vers l’indépendance de son pays et si nos héros, selon le mot de R.M. Rilke cité en exergue, ont “bâti le lieu de [leur] origine pour y naître plus définitivement dans cette région qu’ils aiment infiniment, ils ne pourront probablement pas y mourir“. 

Noëlle Deler