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A propos de la thèse de Doctorat de Damien Deschamps

La citoyenneté dans l’Inde française dans la seconde moitié du XIX° siècle

par Gérard Ignasse,

Vice-président du conseil national des universités en science politique

 

La revue du CIDIF a déjà eu l’occasion de présenter l’article que Damien Deschamps a publié en janvier 1997 dans la Revue française de science politique et relatif à ce qu’il appelle la « citoyenneté différée » dans l’Inde française de la deuxième moitié du XIX° siècle.
 

Il a maintenant achevé sa thèse de Doctorat sur le même sujet à l’Université Pierre Mendès-France de Grenoble, et l’a soutenue en janvier 1998. Il a obtenu la plus haute mention à l’unanimité du jury. Le titre complet de la thèse est le suivant : La République aux colonies : le citoyen, l’indigène et le fonctionnaire. Citoyenneté, cens civique et représentation des personnes, le cas des Etablissements français de l’Inde et la genèse de la politique d’associations (vers 1848-vers 1900). Elle a été réalisée sous la direction du professeur Jean-Jacques Gleizal.

La thèse se situe dans une phase nouvelle de la recherche qui tend à « revisiter » la colonisation. Elle pose des problèmes essentiels sur le devenir de l’idée républicaine. On a souvent parlé de ce suffrage « universel » institué en 1848 mais qui excluait les femmes. D. Deschamps analyse la mise en oeuvre de cette idée dans une situation coloniale, celle d’une des plus anciennes colonies françaises : les Etablissements français de l’Inde. Il y confronte la volonté d’universalité avec les réalités diverses des statuts personnels. Il analyse tout particulièrement le statut des « renonçants », indiens souvent catholiques qui renoncent à leur statut personnel pour acquérir la citoyenneté française. Mais on aboutit à une citoyenneté fractionnée avec d’abord trois collèges : européens, renonçants, indigènes, puis deux : européens et assimilés, indigènes.

Damien Deschamps a su mobiliser des moyens considérables (archives d’outre-mer, ouvrages sur cette période) sans tomber dans la pure description puisqu’il met en regard ses observations et les interrogations théoriques sur les notions de suffrage, citoyenneté…

Quoiqu’il évoque la situation en Indochine, on peut regretter qu’il n’ait pas suffisamment fait la liaison entre la question du statut des Pondichériens et celle de la colonisation de l’Indochine, les Pondichériens « colonisés » en Inde ayant contribué à la « colonisation » de l’Indochine. Il serait également intéressant de faire une comparaison avec la situation des Juifs d’Algérie à qui la citoyenneté est accordée à peu près à la même époque.

 

Damien Deschamps s’interroge de manière très juste sur la motivation des renonçants et refuse d’y voir simplement une volonté d’acquérir des privilèges : en fait, il y a plutôt un désir de promotion sociale. Peut-être donne-t-il trop d’importance à la symbolique de la renonciation : les renonçants pas plus que les convertis au catholicisme ne sont complètement « décastés ». Seule la dialectique binaire occidentale pourrait le faire penser. En Inde, les attitudes sont souvent beaucoup plus syncrétiques.

Cette thèse est tout à fait passionnante et elle ouvre des champs considérables, non seulement pour l’analyse historique de la colonisation et de la spécificité de l’Inde française, mais aussi pour la poursuite actuelle de la réflexion sur la question de la citoyenneté.

On trouvera ci-après le résumé de la thèse de Damien Deschamps rédigé par lui-même, des extraits particulièrement significatifs de sa thèse et les textes réglementaires qui ont organisé le statut des renonçants.