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3. LES EXPATRIES


3.1. Le groupe des Aurovilliens


3.1.1 Auroville et l’Ashram d’Aurobindo

 

Envoyé en Angleterre à l’âge de 7 ans, Sri Aurobindo (1872-1950) y fait ses études à Cambridge avant de revenir enseigner en 1893 à Baroda52. Devenu un des leaders du Parti National, il est emprisonné par les Britanniques en 1908-1909. En 1910 il vient s’installer à Pondichéry où il passe le reste de sa vie. Il y médite et publie ses idées dans la revue Arya démarrée en 191453. Mme Mirra Alfassa (née à Paris en 1878, décédée à Pondichéry en 1973) vient le rejoindre pour collaborer à son oeuvre en 1920. Connue comme « La Mère », elle fonde l’Ashram (« Sri Aurobindo Ashram Trust », SAA), crée la « Sri Aurobindo Society » (SAS) en 1960, et met en oeuvre le projet d’Auroville qui est officiellement inauguré en 196854.


Mais à partir de 1975, en raison de querelles entre la Sri Aurobindo Society et les Aurovilliens, la gestion d’Auroville est placée sous la tutelle du Gouvernement Central (Auroville Emergency Provision Act 1980) 55, et Auroville devient une fondation (Auroville Foundation Act, 1988). Dès lors, coexistent l’Ashram (et les Ashramites) d’une part, et Auroville (et les Aurovilliens) de l’autre.


D’après Sri Aurobindo, l’évolution qui a conduit du minéral à l’homme en passant par le végétal continue, et point vers le stade d’un « Surhomme » qui aura une conscience élargie et se montrera capable de mener une vie plus harmonieuse. Qui prend conscience de cette évolution peut la hâter en la réalisant d’abord pour lui-même. Auroville et l’Ashram sont des communautés internationales dont les membres se proposent d’expérimenter concrètement cette philosophie d’Aurobindo56.


L’Ashram (SAA) compte quelque 1200 membres ; la Sri Aurobindo Society comprend 300 centres, 50 bureaux (« branches ») et compte 10000 membres en Inde et dans le monde57. En 1992, Auroville rassemblait 800 membres de 27 nationalités différentes58, et comportait un réseau d’une dizaine de centres en Europe (dont un en Russie) et aux Etats-unis. En 1997, la communauté française et francophone d’Auroville comprend environ 400 personnes, soit 33% de la population totale d’Auroville59.


Une zone industrielle est prévue dans le projet initial d’Auroville. Au début des années soixante-dix, des Aurovilliens commencent à travailler avec des tisserands des villages voisins. Puis plusieurs autres activités se développent, dont les ventes commerciales s’élèvent à 70 lakhs Rs. en 1985 et atteignent 9 crores Rs. en 1992 (environ 3 millions de dollars à l’époque), les trois quarts à l’exportation60. Plusieurs entreprises de taille moyenne, qui sont des Trusts gérés par la Fondation, émergent du milieu aurovillien ; quelques-unes s’en distancient pour prendre un statut de société commerciale61. Tous les entrepreneurs du groupe des « Aurovilliens » sont, ou ont été, membres de la communauté d’Auroville ou de l’Ashram, sauf « b » qui a simplement travaillé à Auroville. Le cas de « g » est particulier, car il a fait ses études secondaires et supérieures à l’Ashram dont ses parents ont été membres pendant deux générations. Ils se connaissent tous entre eux, et on peut les considérer comme faisant partie des « anciens » d’Auroville, qu’ils en soient toujours membres ou restés sympathisants. Les entrepreneurs « a » et « b » ont démarré leur entreprise en partenariat, de même « f » et « g » qui se sont ensuite séparés.

(pour le tableau 4 : les entrepreneurs aurovilliens Famille : profession des proches parents , se reporter à l'édition imprimée de la Lettre, p.61)


3.1.2 Profil des origines sociales des Aurovilliens

Hormis les cas particuliers de « b » et de « g », les Aurovilliens de l’échantillon tendent à être issus de familles relativement aisées, bourgeoises pour certaines, dont les membres ont pu animer des entreprises à but lucratif. Ces entrepreneurs aurovilliens ont souvent fait diverses études de niveau supérieur, professionnelles ou non, qui n’ont pas toujours été menées jusqu’à leur terme. Deux entrepreneurs, qui n’ont pas eu de formation professionnelle initiale poussée, ont un fort rapport avec des domaines d’expression artistique, théâtre et poésie, ou musique, domaines qu’ils peuvent toujours cultiver. Plusieurs ont démarré une vie professionnelle dans le prolongement de leur formation en France, ou y ont créé éventuellement une organisation qui devait bien fonctionner (une société de commerce, ou un club de sport de haut niveau). « G » a démarré sa première entreprise à Auroville avant la scission de l’Ashram. Aucun d’eux n’est venu en Inde, ni à Auroville en particulier, où ils ont construit une bonne partie de leur vie, avec l’intention de créer une entreprise, et l’on peut se demander ce qui les y a amenés.

 

3.1.3. Les ressorts du mouvement migratoire

 

Ici comme dans toute situation migratoire, il est possible de repérer des facteurs qui poussent au départ et d’autres qui qualifient la destination. Mais l’affaire est ici un peu plus compliquée, car s’il y a bien migration géographique de France en Inde, celle-ci ne fait que concrétiser un cheminement intérieur et spirituel, qu’il ait été conscient et volontaire dès le départ, ou qu’il se soit révélé comme tel au cours d’une période d’itinérance prolongée à valeur « initiatique ». C’est bien entendu ce cheminement intérieur qui fonde la migration physique, et c’est finalement son heureux aboutissement qui semble justifier qu’on se soit enraciné à Auroville, ou qu’on vive dans sa proximité, à Pondichéry en particulier. Notons que le schéma suivant ne s’applique pas vraiment au cas de « b », qu’il recoupe pourtant ici et là, ni au cas de « g » qui, ayant grandi avec l’Ashram si l’on peut dire, s’y est trouvé « naturellement » intégré.

Il y a d’abord, nettement décrit par plusieurs, un processus de distanciation intérieur de l’individu d’avec son milieu familial (« mes questions n’intéressent personne »), d’avec son environnement estudiantin ou professionnel (« écœuré d’enseigner à des gens qui n’aspirent à rien de plus élevé que… »), d’avec le milieu social en général (« je vis dans un monde où je ne me trouve pas »), voire et rétrospectivement, d’avec la civilisation occidentale dans son ensemble (« …manque d’intériorité, extériorité des Occidentaux…). Ou encore, l’on ne se voit aucune perspective d’avenir à partir de son milieu, refusant ce qu’on ne veut pas, mais ne sachant pas ce que l’on veut. Prise de conscience du conflit de valeur qui sépare de son milieu, ou « crise d’étrangement », on décide soudainement, ou graduellement, de quitter ses proches, son travail ou ses affaires, en adoptant parfois un comportement de fuite.

Certains, qui avaient lu des ouvrages de spiritualité indienne, se dirigent assez rapidement vers Auroville dont ils connaissent le projet de fondation. D’autres y aboutissent après une itinérance variée, à travers l’Inde et d’autres pays, itinérance qu’orientent des rencontres de hasard et une recherche spirituelle qui, en Inde, fait aller certains d’Ashram en Ashram. À Auroville ou à l’Ashram, ils trouvent alors le temps de méditer leur expérience avant de prendre la décision d’y rester, ou de revenir y vivre : il s’agit bien d’un choix existentiel, qui correspond à une vocation que l’on pense pouvoir vivre et réaliser dans la communauté d’Auroville (ou à l’Ashram) mieux qu’ailleurs62.

Notons que plusieurs des Aurovilliens de l’échantillon sont restés célibataires, ou se sont réconciliés tardivement avec le mariage lorsqu’ils sont mariés. Une fois ancrés à Auroville, certains n’éprouveront pas le besoin de retourner en France pendant plusieurs années. D’autres sont restés en contact épistolaire avec des parents qui n’ont compris la vocation de leur enfant qu’après lui avoir rendu visite à Pondichéry. On a parfois essayé un retour en France, pour finalement revenir à Pondichéry. Ceci concerne peu le cas de « g », qui est marié et dont des membres de la famille ont vécu à Pondichéry depuis longtemps.

 

3.1.4. Le développement de l’entreprenariat aurovillien

 

Les anciens d’Auroville reconnaissent que leurs débuts y ont été souvent difficiles. D’abord parce qu’à l’époque de leur arrivée, nombre d’aménagements n’existaient pas encore : on a parfois habité des huttes avant de pouvoir occuper un espace de bâtiment en dur. Puis, sans égard pour les compétences des nouveaux arrivants, on a commencé par leur confier de simples travaux au service de la communauté (service de salle à manger, par exemple), épreuve qui ne semble pas avoir été trop mal ressentie (« peu importait, puisqu’on était là d’abord pour une recherche d’ordre spirituelle »). Par la suite, chacun a pu choisir, ou s’est vu confier des tâches d’importance communautaire qui apparaissent extrêmement variées : construction de bâtiment en équipe avec des architectes chevronnés, aménagement de service de distribution d’eau, de nourriture, culture expérimentale de céréales adaptées au milieu, etc. Passant de l’une à l’autre de ces tâches, formant pour leur exécution des villageois tamouls, les Aurovilliens ont pu acquérir des compétences polyvalentes. Certaines des activités, initialement orientées vers la satisfaction des besoins communautaires, se sont progressivement développées jusqu’au point où elles ont pu être organisées de façon à pouvoir écouler leurs productions sur un marché dont l’extension est devenu largement internationale pour certaines (les deux fabricants de produits parfumés, bâtons d’encens, bougies, etc. exportent chacun dans plus de dix pays). Quand à « g », il a pu en 1974 démarrer avec « f » à Auroville une première entreprise (Trust) tout en continuant à enseigner les mathématiques et la physique à l’Ashram.

Soulignons que les entrepreneurs chefs d’entreprises aurovilliens sont des membres de la communauté d’Auroville, ou de l’Ashram. Ils sont des Directeurs nommés par un conseil d’administration dont ils sont devenus membres. Ils n’ont aucun droit de propriété sur ces entreprises communautaires qu’ils ont promues et qui ont le statut juridique de « Trust ». Les bénéfices dégagés, déduction faite des divers investissements, charges et salaires, sont versés, en principe pour un tiers au moins, à la communauté. Les entrepreneurs de l’échantillon qui ont quitté la communauté continuent de lui apporter régulièrement une contribution. Au moins un entrepreneur aurovillien est Directeur à la fois d’une entreprise aurovillienne (Trust) et d’une entreprise extérieure à la communauté (Pvt.Ltd), entreprises qu’il a toutes deux créées avec ses partenaires.

Toutes les entreprises du groupe des Aurovilliens, y compris celle de l’entrepreneur qui a quitté la communauté (f), et sauf celle fondée en 1994 (a,b), soutiennent financièrement des projets de développement socio-économiques d’Auroville. Et à en croire certains prospectus que des entrepreneurs aurovilliens présentent d’emblée au visiteur, le but premier de leurs entreprises serait d’apporter une contribution à des travaux humanitaires, à commencer par la formation et l’éducation de leur propre main-d’oeuvre.

Plusieurs des entrepreneurs de ce groupe disent travailler beaucoup, voire presque tout leur temps éveillé (on pratique aussi la méditation). Certains ont leur habitation sur le site même de l’entreprise ; les bâtiments et les aménagements intérieurs de celle-ci peuvent être relativement luxueux (y compris pour le personnel d’exécution dans les murs) ; l’ensemble a été réalisé avec un évident souci de recherche esthétique.

Les entrepreneurs du groupe des « Aurovilliens » conçoivent leur activité, d’une part comme un service rendu à leur communauté, et d’autre part comme une voie de réalisation personnelle selon la doctrine d’Aurobindo (que les Aurovilliens peuvent interpréter différemment d’ailleurs). Comme l’on sait, Aurobindo a proposé une interprétation modernisante du grand texte classique hindou de la Bhagavat Gita63 où il est question des principales voies de salut à la portée des hommes suivant leur « nature ». Parmi celles-ci, le « karmayoga » est la voie du salut par les oeuvres, oeuvres qu’il faut alors accomplir dans le monde, et sans souci du bénéfice que l’on peut en tirer pour soi-même64.

Cette voie de salut, qui suppose une dévaluation relative de celle du renonçant (« Sannyasin ») prônée en particulier par le Védantisme, apparaît bien adaptée à la mentalité de l’homme d’action contemporain. Et l’on ne manque pas en Inde de s’y référer, que ce soit pour motiver les managers des grandes entreprises, ou pour fonder religieusement diverses activités et entreprises humanitaires, ou même dans des annonces nécrologiques pour reconnaître la dette que l’on a envers un grand homme dont on témoigne qu’il fut un véritable « Karmayoga »65.

Les entrepreneurs aurovilliens tendent à concevoir leur labeur, d’une part comme un don de soi, et d’autre part comme une discipline de progrès personnel et de réalisation de soi (au sens d’Aurobindo : élargissement de la conscience et progression vers le stade du « Surhomme »). Les comportements empiriques ne peuvent, bien entendu, que s’efforcer de tendre vers cet idéal. Notons que l’articulation entre la nécessité du don de soi par et dans son travail quotidien (orientation communautaire et altruiste du comportement), avec la volonté de réalisation de son soi intérieur (orientation individualiste au plan religieux), peut être problématique, surtout pour des entrepreneurs conscients de leurs compétences et capacités.

 

3.1.5. Les entreprises du groupe des Aurovilliens

 

Hormis le cabinet de conseil en gestion (a, b) ouvert en 1994, toutes les autres entreprises sont relativement anciennes. Il est parfois difficile de préciser la date de début des activités dans la mesure où elles ont pu émerger progressivement d’anciens ateliers artisanaux, dont les spécialités parfois complémentaires ont pu être coordonnées (roulage de bâton d’encens et poterie, pour les parfumeurs ; diverses activités et corps de métier pour le bâtiment, etc.).


Dès 1974 « f » et « g » fondent une première entreprise de matériel électronique et informatique (Trust). Mais en 1980, les partenaires se séparent, et « f », qui a pu aussi contribuer à créer et à animer d’autres entreprises d’informatique, développe en dehors de la communauté une entreprise spécialisée en machines de finition pour l’industrie du cuir. Cette présente entreprise, qui est un partenariat, emploie 200 personnes réparties sur trois établissements, dont deux au moins sont situés dans des zones industrielles de Pondichéry, et exporte une partie de sa production.


De son côté, « g » fonde en 1980 avec deux autres partenaires une autre entreprise d’informatique (Trust) qui devient rapidement l’une des plus importantes d’Auroville. Mais, alors qu’Auroville est en voie de passer sous l’autorité du Gouvernement Central, « g » et ses partenaires créent une autre entreprise d’informatique (Pvt. Ltd) qui bénéficie de l’expérience acquise dans la première. Aujourd’hui, « g » est Directeur de ces deux entreprises. La première, qui est toujours un Trust aurovillien, répare toutes sortes d’appareils électroniques et assemble composants et circuits imprimés pour une clientèle locale ; elle emploie 37 personnes et réalise un chiffre d’affaires de 0,40 crore Rs. L’autre, qui a été enregistrée en Pvt. Ltd. (« deemed Public ») en 1991 à Madras où elle a son siège social, fabrique des ordinateurs de bureau à Pondichéry (600-700 par mois), distribue des matériels informatiques américains en Inde, et conçoit et installe des réseaux d’ordinateurs (Local Area Network Specialist, LAN) ; elle emploie 320 personnes réparties dans toute l’Inde sur 29 bureaux et succursales, fait un chiffre d’affaires de 30 crores Rs. en augmentation de 30% sur celui de l’année précédente, et compte parmi les plus importantes entreprises de l’Inde dans sa spécialité. Ces deux entreprises ont une clientèle indienne, pondichérienne pour le Trust.


Les deux entreprises de parfumerie, l’une membre de la communauté aurovillienne et l’autre de l’Ashram, fabriquent des produits de même type (gamme de bâton d’encens, de bougies parfumées, de parfums, et accessoires…), des chiffres d’affaires semblables… et des antécédents communs antérieurs à la scission de la communauté originelle (c’est Mère qui aurait décidé de fabriquer ces produits d’usage courant à l’Ashram). L’une de ces parfumeries emploie soixante-dix personnes sur place, personnel de fabrication et administratif, et fournit du travail à plusieurs ateliers enregistrés en Small Scale Industries (moins de 10 personnes permanentes) qui emploient globalement quelque 200 personnes. L’autre parfumerie a sur place un personnel administratif de 22 personnes, et fournit directement ou non du travail à quelque 700 personnes. Une parfumerie a son siège à Auroville, l’autre à Pondichéry ; les deux font le gros de leur chiffre d’affaires à l’exportation.


Intéressé par le développement de nouveaux projets et la création architecturale, l’animateur et directeur du bureau d’architecture et de construction de bâtiment (c) a créé à Auroville trois Trust qui sont aujourd’hui gérés par d’autres que lui. Il promeut plusieurs activités et projets fort divers (mécanique, électronique, élevage…), et gère un restaurant français bien connu à Pondichéry. Mais c’est la construction qui reste son activité principale : tandis que les travaux les plus délicats sont exécutés par quelque 300 personnes appartenant à tous les corps de métier, dont plusieurs ont été formées de longue date à Auroville, les autres tâches sont données en sous-traitance extérieure.


Toutes les entreprises des Aurovilliens ont des projets de développement.


Se connaissant tous entre eux de longue date, membres de la communauté ou sympathisants, les entrepreneurs d’Auroville (et ceux de l’Ashram) forment un milieu entrepreneurial relativement innovateur d’où ont émergé les entreprises que nous avons vues, et qui sont parmi les plus importantes de l’ensemble de l’échantillon (selon leur C.A.) 66.


3.2. Le groupe des Expatriés métropolitains


3.2.1. Subdivisions du groupe des Expatriés Métropolitains


Le groupe des « Expatriés métropolitains » comprend les entrepreneurs et commerçants venus de France67 pour s’installer à Pondichéry. Fort peu nombreux, ils ont presque tous été saisis dans l’échantillon qui ne compte que six cas (sept avec une épouse). Bien que petit, ce groupe a pu être subdivisé en sous-groupes qui n’en manifestent pas moins plusieurs caractéristiques permettant d’esquisser des profils sociologiquement pertinents. Mais compte tenu de leur petitesse, il a parfois fallu recourir ici à des données exogènes au contexte pondichérien.


Hormis le cas de « m », qui sera traité séparément ci-dessous, toutes les cinq autres entreprises sont de taille artisanale. Un entrepreneur (k) a quitté Pondichéry après l’enquête de terrain.


Quatre de ces cinq entrepreneurs fabriquent un bien, ou ont une spécialité en rapport avec une activité de transformation de matière : portails et objets en fer forgé (h), ébénisterie menuiserie (i), installation de boulangerie et transfert de savoir-faire en franchise (j), embauchoirs en bois pour chaussures (k). En revanche, « l » est un artisan-prestateur de services quasiment immatériels (traduction).
Trois des quatre artisans-fabricants de biens (h,i,j) ont acquis une « culture de métier » qui continue de fonder une activité tendant parfois à devenir industrielle et gestionnaire (h, j) ; le fabricant d’embauchoirs (k), qui organise d’emblée une production de petite série, me semble plus proche de l’industriel que de l’artisan.

 

Entrepreneurs Expatriés Métropolitains
(h,i,j,k,l,m)
                                                       Entreprises de taille artisanale                                    VSNE
                                                                      (h,i,j,k,l)                                                      (m)                                          

                                            Artisans-fabricants            Artisan-prestataire de service
                                                       (h,i,j)                                      (I)   

                    Artisans « de Métier »       Artisan-Industriel
                                  (h,i,j)                          (k)  
    

Tableau 5 - Subdivisions du groupe des « Expatriés-métropolitains »

 

Centrés sur le façonnage de matériaux spécifiques (les fers et aciers forgeables, les farines et autres produits alimentaires, les bois), les métiers de ces artisans sont parmi les plus anciens qui aient été pratiqués en France. Leur exercice, qui bien entendu requiert aujourd’hui des connaissances techniques et des savoir-faire modernes, implique aussi que l’on soit au fait des traditions et des savoirs anciens qui y sont relatifs, et qu’on soit au fait des « règles de l’art ». Fers forgés et meubles faits main sur mesure en France, produits de boulangerie artisanale française en Asie et embauchoirs en Inde, sont aujourd’hui, ici et là, des produits de luxe68.


3.2.2. Les Volontaires pour le Service National en Entreprise (VSNE), cas de « m »

 

Ayant terminé ses études d’agronomie en France, « m » a fait son service militaire au titre de « Volontaire pour le Service National en Entreprise » (VSNE) dans une entreprise française installée à Bombay. Une fois son engagement terminé, il a décidé de rester en Inde pour des raisons familiales et professionnelles. D’une part, « m » vient à Pondichéry parce que sa future épouse (expatriée française) y réside ; d’autre part, le couple souhaite voyager un peu avant de « s’installer » en France, d’autant que l’on n’y trouve plus rapidement un emploi convenable.
 
(pour le tableau 5 : Entrepreneurs et commerçants "expatriés métropolitains", se reporter à l'édition imprimée de la Lettre, p.68)

 

Il se trouve que je connais trois autres cas d’hommes jeunes, mariés ou célibataires, qui ont suivi le même itinéraire :
- un à Varsovie, où il s’est établi après avoir été embauché par l’entreprise française qui l’y a accueilli comme VSNE.
- un en Russie, où il a été envoyé par l’entreprise française pour laquelle il fit son VSNE en République Tchèque.
- un à Londres, où, après son VSNE, il est resté travailler au service d’une banque britannique.
Ces trois jeunes se connaissent entre eux, mais ne sont pas apparentés. Pour des raisons semblables à « m », ils ne s’empressent pas de rentrer en France, et certains envisagent de créer une affaire sur place.
Le cas de « m » est donc plus que symptomatique : inquiets pour leur avenir professionnel, et envisageant de quitter la France pour cette raison, des jeunes peuvent chercher à rebondir sur le tremplin du VSNE pour s’installer à l’étranger où ils envisagent éventuellement de créer une entreprise69.


3.2.3. Expérience professionnelle antérieure et raisons de l’émigration à Pondichéry

 

Deux des artisans-fabricants ont reçu une formation professionnelle de haut niveau (Ecole de compagnon, Ecole de boulangerie), d’autres se sont formés par la pratique. Avant d’émigrer, tous les entrepreneurs (h,i,j,k,l) ont déjà fondé une ou plusieurs entreprises en France (ou à l’étranger, un cas), dont la spécialité était connexe ou semblable à celle de leur présente entreprise. Plusieurs de ces entreprises ont été revendues avant le départ.


Deux des artisans-fabricants avaient éprouvé des difficultés à développer leurs entreprises en France en raison du montant des prélèvements obligatoires, charges sociales et fiscales, et des complications administratives, et pour l’un d’eux, ce genre de difficultés a été la principale raison de son expatriation. L’on peut penser que tous les entrepreneurs artisans du groupe ont éprouvé ces mêmes difficultés, sans que celles-ci aient motivé prioritairement leur migration.


Des rencontres de hasard ont pu offrir une opportunité, cas de « j » qui est devenu le partenaire d’une entreprise indienne de franchise spécialisée dans l’installation de boulangeries.


On est venu à Pondichéry plutôt qu’ailleurs, parfois par hasard (suite à un reportage TV sur Pondichéry), parfois pour donner suite à des contacts établis préalablement avec des Pondichériens, ou parce que l’épouse est d’origine pondichérienne. Mais aussi et surtout pour pouvoir y scolariser ses enfants dans des établissements français, et leur transmettre une culture indienne (cas de « l » dont l’épouse est d’origine pondichérienne).


Que leur produit soit un service ou un bien matériel, plusieurs des entrepreneurs artisans ont eu une vie mouvementée, exerçant des activités variées : informaticien, convoyeur de voilier et croisière-école (deux cas), apiculteur, créateur de marque, maçon, couvreur, chauffeur de taxi, restaurateur, radio dans la marine nationale… Et lorsque l’on est resté dans le domaine de son métier, c’est en Asie, et en famille, qu’on est allé observer, de manière quasi ethnographique, comment il était pratiqué ailleurs.


3.2.4. Les entreprises

 

L’entreprise de franchise a son siège à Madras, où elle a été fondée en 1989. « j », qui en est devenu l’un des partenaires en 1995, a également fondé une entreprise (Pvt. Ltd.) d’import-export de matériel et de machines de boulangerie. Toutes les autres entreprises ont été fondées à Pondichéry de 1992 à 1996, et certaines sont encore en période de démarrage.


Le boulanger-franchiseur a fourni ses services dans des Emirats du Golfe et au Népal, ainsi qu’en Inde et à Pondichéry, où il projette d’ouvrir un centre de formation professionnelle. Le métallier sous-traite à des entreprises indiennes hors de Pondichéry et exporte sa production en France. L’ébéniste (i) trouve sa clientèle à Pondichéry, surtout parmi les expatriés. Le fabricant d’embauchoirs vend en Inde. Le traducteur (1) et l’agent commercial (m) ne travaillent qu’à l’exportation.


Notons que l’activité de plusieurs entreprises reste relativement indépendante du lieu de résidence de leur chef, qui aurait pu s’installer à Madras, ou dans un autre état indien. En général, les Expatriés métropolitains n’habitent pas dans la Ville Blanche de Pondichéry.


Les petits ateliers enregistrés sous le statut « Small Scale Industries » emploient jusqu’à dix personnes (cas de h et de k) ; ils peuvent sous-traiter plusieurs tâches. L’entreprise de franchise conçoit et contrôle la grille des salaires d’environ un millier d’employés rémunérés par les franchisés.


Plusieurs entrepreneurs envisagent de développer leurs activités et ont des projets en cours de réalisation.
Les Expatriés métropolitains se connaissent un peu, mais ils n’ont pas de rapports d’affaire suivis entre eux. Ils tendent à constituer un petit milieu entrepreneurial informel.


4. ORGANISATIONS A BUT NON-LUCRATIF

 

Toutes les organisations, Associations ou Trusts, dont il est question dans cette section n’ont pas de but lucratif. Elles ne sont ici considérées qu’en tant qu’elles sont employeurs, ou créent des emplois d’assistance, ou forment des professionnels. Elles peuvent avoir d’autres activités humanitaires, qui sont pour elles plus importantes que celles mentionnées ici, cas de N°1 en particulier (parrainage d’enfants).


4.1. Entreprises et oeuvres humanitaires

 

Nous avons vu que presque tous les entrepreneurs du groupe des « Aurovilliens » réservent une partie des profits de leurs entreprises à leur communauté (Auroville ou Ashram), certains mettant les projets de développement qu’ils soutiennent plus particulièrement au premier plan de leurs préoccupations d’entrepreneur.


Il n’a pas été question d’oeuvres humanitaires au cours de mes entretiens avec les entrepreneurs français d’origine pondichérienne du groupe des Notables ; mais cela ne veut pas dire qu’ils n’en promeuvent ou n’en soutiennent pas.


 (pour le Tableau 7 : Organisations à but non-lucratif, se reporter à l'édition imprimée de la  Lettre, p.71)

 

Parmi les entrepreneurs du groupe des Expatriés métropolitains, l’on tend à distinguer clairement le domaine de l’entreprise de ce qui relève des associations à but non-lucratif. Mais pour l’un d’eux (j), les deux peuvent être éventuellement complémentaires : il se prépare à ouvrir à Pondichéry un centre de formation professionnelle gratuit pouvant recevoir 40 futurs boulangers et pâtissiers qui pourront être placés après six mois de formation rémunérés par les franchisés, formule qui combine intérêts professionnels et aide à la formation des jeunes.


Plusieurs des entrepreneurs du groupe des Militaires ont insisté sur leur souci humanitaire et sur l’attention qu’ils portent à la formation de leur personnel, même si celui-ci peut les quitter assez rapidement ajoute l’un. Dans un autre cas, l’entrepreneur transfère consciemment sur ses apprentis une affection paternelle restée sans objet. Un autre militaire encore, qui était revenu à Pondichéry avec un projet d’aide sociale resté sans suite pour raison familiale, a plus tard démarré un petit atelier de broderie pour créer de l’emploi féminin, atelier du genre de ceux que nous allons voir ci-dessous, mais qui a le statut de Pvt. Ltd., car son promoteur a aussi un objectif commercial minimum.


Organisation à vocation commerciale, ou à but non-lucratif ? En fin de compte, il semble bien que ces deux orientations de l’action ne soient pas souvent conçues comme exclusives l’une de l’autre par les entrepreneurs militaires, encore moins par les entrepreneurs « aurovilliens ».


4.2. Le centre de formation professionnelle industrielle


Le centre de formation professionnelle « Industrial Training Center » (N°5), reconnu par les autorités compétentes de Delhi, a été fondé en 1994 à la mémoire de son père par un militaire (H), qui se déclare « French National » et « Indian Citizen ». Il vise exclusivement à former des jeunes ouvriers qualifiés. Installé provisoirement dans des locaux d’habitation voisins de la résidence de N°5, le centre offre à 52 élèves un programme de formation en électricité industrielle et domestique sanctionné par un certificat officiel après deux années d’étude. Placés après leur apprentissage en stage rémunéré pendant un an, les élèves peuvent ensuite poursuivre leurs études à Madras, et éventuellement devenir enseignants. Le coût des études est de 300Rs/mois. Le centre emploie 5 enseignants permanents, 2 à mi-temps, 2 assistants et un gardien ; il sera bientôt abrité dans un nouveau grand bâtiment à quelques kilomètres de Pondichéry.


4.3. Création d’emplois par les organisations à but non-lucratif

Si l’on excepte ce centre de formation professionnel N°5, toutes les associations ont été fondées par des femmes (N°1, en 1962 par une assistante sociale ; N°2, démarrée en 1969 et enregistrée en 1972 par l’épouse d’un Consul de France résidant à Pondichéry ; N°3, démarrée avant 1844 par l’épouse française d’un officier britannique, et gérée depuis cette date par des religieuses d’une congrégation ; N°4, été démarrée en 1972 par des religieuses d’une autre congrégation).


Les activités de l’association N°1 que j’ai ici retenues comportent aujourd’hui trois volets :


- un centre de tissage pour lépreux, auquel ont été intégrés en aval des ateliers de confection et de broderie.


- des ateliers qui travaillent en sous-traitance pour des donneurs d’ordres extérieurs (une grosse entreprise de textile, un fabricant de chaussures lié à un groupe international, et un producteur d’objets de matière plastique) ; ces ateliers ont chacun une capacité nominale de 20 ouvrières.


- divers ateliers propres à l’association.

 

Globalement, l’association emploie ou fournit du travail à deux cents personnes.


L’atelier N°2 confectionne des tableaux de tissus avec diverses pièces d’étoffe rapportées et plus ou moins brodées. Il fournit du travail à 270 ouvrières brodeuses, couturières etc., quelques graphistes, et à une trentaine d’employés administratifs, dont plusieurs sont des Pondichériens bénévoles retraités de la fonction publique, française et/ou indienne.


Les deux ateliers N°3 et 4 sont gérés par des religieuses appartenant respectivement à différentes congrégations. Ils emploient, l’un 67 et l’autre quelque 80 ouvrières, des brodeuses pour la plupart, et quelques repasseuses, laveuses et graphistes. Ils produisent du linge de maison finement brodé (nappes, napperons, taie d’oreiller, etc.).


Hormis l’atelier de tissage de N°1 qui emploie des hommes, et à l’exception de quelques spécialistes masculins ici et là, tous les ateliers emploient du personnel féminin. Les ouvrières sont choisies parmi des cas sociaux, indépendamment de leur origine de caste ou de leur confession, et lorsqu’il y a des listes d’attente, selon leur aptitude à exécuter le travail qui leur sera confié (il existe un centre où on les prépare pour leur futur travail).


Le genre de broderie fine, que pratiquent surtout les ateliers N°3 et 4, n’est pas originaire de l’Inde. Ce sont des religieuses de N°3 qui ont développé, entretenu et perfectionné ce savoir-faire, et qui l’ont ensuite vraisemblablement transmis à N°4.


Notons que des entrepreneurs ont aussi promu, dans un contexte non-associatif, des entreprises de linge de maison finement brodé selon la même technique : cas du militaire « e » qui a employé des ouvrières de N°3 ci-dessus, et cas d’un entrepreneur français installé à Madras70, qui a développé son entreprise indépendamment de N°3.


Au total, et excepté N°5, sans tenir compte d’éventuels transfuges de main-d’oeuvre dans des entreprises privées, les associations N°1,2,3,4 peuvent donc employer en tout un peu plus de 600 personnes, ce qui est loin d’être négligeable dans le contexte de Pondichéry.


4.4. L’écoulement de la production de N°1, 2, 3 et 4.

 

Hormis les travaux de sous-traitance de N°1, toute la production des ateliers de tissage et de broderie est écoulée bénévolement sur place, ou en France (et en Belgique pour N°1) par des personnes qui se chargent de la promouvoir, ou par diverses associations. Certaines de celles établies en France y ont des magasins, ou points de vente, d’autres organisent des expositions de portée régionale.

La vente sur place se fait à des expatriés, occidentaux établis en Inde ou français d’origine pondichérienne, ou à des touristes ; elle a un caractère saisonnier, correspondant aux mois des congés et vacances en France, pendant lesquels des Français d’origine pondichérienne ou européenne et des touristes viennent à Pondichéry.

Pour certains produits au coût de revient plus élevé que celui de leurs équivalents déjà commercialisés, l’acte d’achat a un caractère charitable. Pour d’autres produits, la broderie fine en particulier, les prix de vente pratiqués sont relativement avantageux. Quoiqu’il en soit, les organisations à but non-lucratif ne peuvent remplir leur mission qu’avec l’aide et le soutien de nombreux bénévoles.

5. CONCLUSIONS

Rappelons d’abord que la plupart des Français vivant en Inde aujourd’hui sont originaires de l’ex-comptoir colonial de Pondichéry où ils résident. Contrairement à ce que cette qualification mercantile pourrait faire imaginer, on ne trouve pas aujourd’hui à Pondichéry des descendants français d’entrepreneurs ou de commerçants, mais ceux de nombreux fonctionnaires civils ou militaires. Il ne reste quasiment rien des peu florissantes activités marchandes de l’époque coloniale récente, et le développement économique local de ces dernières décennies n’est en général pas le fait des Pondichériens, qu’ils soient d’origine indienne ou non.

On pourrait en conclure qu’il n’y a pas a priori de raison particulière pour que des Français, d’origine pondichérienne ou non, reviennent fonder une affaire à Pondichéry plutôt qu’ailleurs en Inde, en dehors des avantages fiscaux qu’offre le gouvernement du Territoire et la possibilité d’y scolariser leurs enfants en français.

Pourtant, autant que l’échantillon permette d’en juger, l’enquête montre aussi autre chose. Les entreprises des Militaires ont toutes (sauf une) été créées après 1990, et celles des Métropolitains, dont les fondateurs ont tous déjà fait une expérience préalable de chef d’entreprise, après 1992. Plus anciennes, les entreprises des Aurovilliens sont devenues relativement importantes dans leur domaine d’activité, et elles sont parmi les plus grosses en CA de l’échantillon. De leur côté, les Notables ont développé les leurs et s’apprêtent à en démarrer d’autres. Aussi modeste soit-il globalement, il y a donc bien émergence, ou renouveau de l’entreprenariat français à Pondichéry.

La trentaine d’entrepreneurs et commerçants de l’échantillon relèvent de groupes sociaux différenciés. Comme nous l’avons vu, les raisons qui les ont amenés à démarrer leur entreprise à Pondichéry varient en conséquence. Si l’on excepte le groupe des Aurovilliens, les autres entrepreneurs et commerçants français se connaissent peu entre eux, qu’ils soient d’un même groupe, ou de groupes différents. Leurs entreprises ont des activités extrêmement variées, ce qui rendrait difficile d’éventuels rapports de complémentarité et d’entraînement entre elles. Seules la broderie et l’informatique semblent avoir tendu à essaimer à partir de quelques initiatives localisées déjà anciennes, et qui restent à préciser. Si plusieurs entrepreneurs ont mis à profit les rapports privilégiés qu’ils entretiennent avec d’autres Français, d’origine pondichérienne ou non, d’autres sont bien intégrés dans le tissu économique indien.

Que peut-on augurer de l’avenir de l’entreprenariat français à Pondichéry ? Pour certains, il n’en a simplement pas, alors que pour d’autres, c’est maintenant qu’il faut saisir des opportunités qui ne se présenteront plus dans cinq ans. Il n’existe aucune instance de concertation commune où ce genre de question et d’autres pourraient être débattues. Mais il n’est pas dit qu’on en reste là : c’est justement peu avant le début de cette enquête qu’on a commencé à se réunir, première démarche d’un milieu entrepreneurial qui prend conscience de lui-même.

Je remercie beaucoup toutes les personnes, et en particulier tous les entrepreneurs, commerçants, travailleurs sociaux et religieuses, qui ont bien voulu m’entretenir de leurs activités, de leurs espoirs, et aussi parfois de leurs difficultés ; il va de soi que, sans leur aimable concours, cette enquête n’aurait pas pu aboutir.


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52 Shri Aurobindo, An Introduction, Shri Aurobindo Society, Pondicherry, 1996, 40p.
53 Pour une présentation générale des idées de Sri Aurobindo, voir Sri Aurobindo Society, 125th. Birth Anniversary of Sri Aurobindo, 158p., 1997.
54 Voir Auroville, The City of Dawn, Sri Aurobindo Centre, New Delhi, 110 017, March-April 1996, 201p.
55 AUROVILLE DEVELOPMENT GROUP : Auroville development perspectives, 1993-1998, An Invitation to Participate, 23 Feb. 1993, Auroville, Tamil Nadu, 86p.
56 Je ne peux ici qu’esquisser très brièvement le contenu de cette philosophie. Parmi les principales oeuvres d’Aurobindo, on peut consulter The Life Divine, Shri Aurobindo Ashram, Pondicherry, 5th. ed. 1970, 113p. et The Synthesis of Yoga, Shri Aurobindo Ashram, Pondicherry, 4th. ed., 1970, 900p.
57 Towards Tomorrow, An Introductory Booklet, Shri Aurobindo Society, Pondicherry, 1996, 21p.
58 AUROVILLE DEVELOPMENT GROUP, 23 Feb. 1993, p. 21, ibid. On estime alors que la population atteindra 1200 personnes en 1998.
59 Pavillon de France, Auroville, Bulletin N°1, juillet 1997, p. 7.
60 Voir « Financial Resources », in AUROVILLE DEVELOPMENT GROUP, 23 Feb. 1993, ibid, p.23.
61 KAMATH Vinay, « Enterprise with a difference », in BUSINESS WORLD, 18-31 May 1994, pp. 144-47.
62 Au cours des conversations, j’ai pu comparer, de façon un peu provocante, cette vocation à celle des moines ; la comparaison n’a pas été rejetée, à condition de préciser qu’il s’agit de vivre dans le monde (Aurobindo rejette la philosophie du renonçant « sannyasin »). Par ailleurs, l’un des répondants a reconnu avoir pensé se faire prêtre ; un autre, qu’il avait senti un appel intérieur avant de quitter sa famille et ses affaires.
63 AUROBINDO Shri, La Bhagavad-Gita, Trad. Camille Rao et Jean Herbert, Préface de Jean Herbert, Albin Michel 1970 (Orig. 1942), 378p.
64 Voir « Auroville Businesses », dans AUROVILLE TODAY, N° 86, Mars 1996, pp. 2-3, et « Talking about business », p. 6 : « Kalya : Doing business is part of my yoga and it stems from inner reasons and not from economic motives. And if I am able to make a significant contribution to Auroville, I would consider it as a Grace of the Divine ». On trouvera une réflexion sur le management inspirée de la philosophie d’Aurobindo dans : MALIK Pravir : The Flowering of Management, Sri Aurobindo Institute of Research in Social Sciences, Sri Aurobindo Society, Pondicherry, 1997, 124p.
65 Voir LACHAIER Pierre : Réseaux marchands et industriels au Maharashtra (Inde), Castes, Sous-traitance et Clientélisme, Thèse de l’EHESS, Paris, 1989, Vol. 2, et « Vers un management hindou ? Présentation et analyse du livre de S.K. Chakraborty, `Managerial Effectiveness and Quality of Worklife, Indian Insights’, Tata Mac Graw-Hill Pub. Comp. Ltd., New Delhi, 1987, Annales des Mines, Gérer et Comprendre, déc. 1993, n°33, pp : 56-63.
66 Il existe à Pondichéry d’autres petites entreprises d’électronique et d’informatique qui ont vraisemblablement bénéficié des rapports qu’elles ont pu avoir avec celles mentionnées ci-dessus. On a donc eu un effet de diffusion dont l’origine doit remonter à l’époque où l’Ashram reçoit l’un des premiers ordinateurs importés en Inde (1972), ainsi que deux informaticiens américains de Pasadena. Plusieurs architectes et entrepreneurs de bâtiment de Pondichéry ont également bénéficié plus ou moins directement des développements qu’a connus Auroville dans ce domaine.
67 Tous ne sont pas d’origine européenne : une épouse fort active dans l’affaire dirigée par son époux est d’origine pondichérienne ; un entrepreneur, dont la famille est d’origine nord africaine, a toujours vécu en France.
68 Les embochoirs sont vendus avec des chaussures de grande marque, 4000 à 7000 Rs. la paire. Ils peuvent être taillés dans un bois odoriférant.
69 Un entrepreneur français installé à Delhi fit autrefois un service militaire en tant qu’attaché au cabinet d’expansion économique de Bombay, autant que je me souvienne.
70 D’après un article de F. Gautier dans LE FIGARO, date postérieure à 1991 ?, « Entreprises françaises à Pondichéry : deux « success stories ». CA 25 millions de FF, 70 ouvriers et ouvrières ; exporte 95% de la production. D’après l’entrepreneur cité, les techniques de broderie ont été importées d’Inde en Europe à l’époque moghole