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ENTREPRENANTS FRANCAIS A PONDICHERY AUJOURD’HUI,
Entreprises, commerces et associations humanitaires.

 

par Pierre Lachaier


INTRODUCTION

11. Un contexte en évolution

 

Si les signes d’une présence française ancienne et contemporaine restent bien visibles à Pondichéry, la population française résidente décroît d’année en année. En 1996, elle comptait encore quelque 8500 personnes20, dont une grande proportion d’inactifs21, et les jeunes continuent d’émigrer en métropole. Les quelques familles de grands marchands et négociants qui restaient après l’Indépendance de l’Inde ont, toutes ou presque, quitté le pays en 1954, et n’y sont pas revenues.

 

 

Pourtant, le développement économique de Pondichéry s’est bien accéléré depuis une dizaine d’années. Encouragés par la politique fiscale avantageuse du Territoire22, une centaine de gros et moyens établissements industriels indiens sont venus s’y installer, des milliers de petites entreprises ont été créées23, et l’on s’efforce d’attirer les capitaux étrangers. Ainsi, le gouvernement du Territoire de Pondichéry vient-il de réitérer ses appels aux « Indiens Non Résidents »24, en particulier aux Français originaires de Pondichéry, pour qu’ils investissent sur le Territoire. Côté français, leur fait écho un récent discours25 du Consul Général à Pondichéry souhaitant « …que des entrepreneurs français viennent profiter de l’environnement favorable pour venir investir, ici, à Pondichéry… »26, tandis qu’en métropole, estimant que Pondichéry « peut jouer un rôle non négligeable tant sur le plan du tourisme et de la petite et moyenne industrie que sur le plan culturel27 », des « membres du CIDIF ont décidé de participer, au sein d’une structure informelle, à une réflexion sur la possibilité de favoriser des rapprochements entre partenaires français et indiens ».


À Paris, j’ai rencontré un jour un jeune homme d’origine pondichérienne en quête d’informations technico-commerciales sur Pondichéry où il envisageait de revenir pour fonder une petite entreprise. Je ne pus malheureusement pas satisfaire sa curiosité. Sont-ils plusieurs entrepreneurs qui voudraient, comme ce jeune homme, venir ou revenir s’installer à Pondichéry ? On ne sait. Mais surtout, d’autres les ont-ils déjà devancés ? Y a-t-il, aujourd’hui plus qu’avant, des patrons français du commerce et de l’industrie à Pondichéry ? Qui sont-ils, et quels rapports d’affaires entretiennent-ils avec la France ?


Ce court travail de sociologie s’efforce de répondre à ces questions à partir d’une enquête de terrain intensive poursuivie en avril-mai et juin-juillet 1997 pendant deux mois dans l’agglomération de Pondichéry, et à Auroville. Peu connus, et peu nombreux il est vrai, les entrepreneurs et commerçants français de Pondichéry sont quand même quelques dizaines.

1.2. Déroulement de l’enquête

   1.1. L’enquête de terrain

 

Les entrepreneurs français contemporains de Pondichéry n’ont suscité aucune publication particulière. En l’absence de toute information, de toute liste formelle ou de recensement28, l’enquête n’a pu que procéder par introductions successives d’un entrepreneur à l’autre, à partir des quelques-uns déjà connus. Invités à me renvoyer à d’autres entrepreneurs de leur connaissance, ils ne purent m’indiquer que quelques noms, exceptionnellement jusqu’à une dizaine, les mêmes noms revenant souvent. D’où, premier constat, les entrepreneurs et commerçants français de Pondichéry, dont on peut grossièrement estimer qu’ils sont quarante à cinquante, se connaissent peu entre eux.

 

L’objet de l’enquête s’est révélé rapidement si hétérogène, tant du point de vue des motivations et des personnalités sociales des entrepreneurs que de la nature de leurs activités, que j’ai pu un moment douter de la pertinence d’une approche sociologique. Mais au fur et à mesure des entretiens, j’ai pu envisager un nombre croissant de catégories et sous-catégories sociologiquement cohérentes permettant de réduire cette diversité. Une première distinction sociologique, dont je n’ai pas voulu faire l’hypothèse a priori, s’est imposée entre français d’origines pondichérienne et occidentale. J’ai dénommé les premiers « Franco-pondichériens », et les autres « Expatriés », quand bien même plusieurs des premiers ont vécu plus longtemps en France qu’à Pondichéry. Les Franco-pondichériens ont été ensuite classés en deux groupes d’entrepreneurs et commerçants, celui des « Militaires » et celui des « Notables », selon le milieu familial dont ils sont issus, et les Expatriés répartis en deux groupes également, les « Aurovilliens » et les « Métropolitains », les premiers étant membres, ou proches de la communauté fondée par Aurobindo et la Mère à Auroville. Deuxième constat : : peu nombreux, les entrepreneurs français de Pondichéry, malgré l’extrême diversité apparente de leurs intérêts et de leurs personnalités, n’en relèvent pas moins de quelques groupes sociologiquement bien repérables au niveau d’observation où l’enquête a été menée.

 

Troisième constat : quelques organisations, appartenant à plusieurs de ces groupes, ont des activités marchandes plus ou moins orientées par des objectifs de développement social ou d’aide humanitaire. Comme par ailleurs quelques grandes associations pondichériennes à but non-lucratif, fondées par des Français, ont un impact économique qui ne me semble pas négligeable à l’échelle de Pondichéry, je les ai prises en considération et classées dans un groupe spécial, celui des « Organisations à but non-lucratif ». Dans son ensemble, l’échantillon est donc hétérogène du point de vue de l’orientation première, économique ou philanthropique, des activités promues par les acteurs qui le composent et qui ne sont pas tous des entrepreneurs ou des commerçants.


    1.2. Composition de l’échantillon

Au total, l’ensemble de l’échantillon comprend 34 cas qui ont été classés en cinq groupes principaux, certains cas pouvant éventuellement relever de plusieurs groupes selon le point de vue et les critères mis en avant.

Entrepreneurs et commerçants français à Pondichéry
Organisations à but non-lucratif

Franco-pondichériens            Militaires                         8
                                          Notables et divers            8

-------------------------
Expatriés                             Aurovilliens                      6
                                          Métropolitains                  6

-------------------------
Organisations à but               Confessionnelles              2
    non-lucratif                       Laïques                          3

-------------------------
          Total :                                                             33

 

 Tableau 1 : Composition et découpage de l’échantillon

 

Notons encore que l’échantillon comprend quatre femmes entrepreneurs ou commerçantes, une dans le groupe des Militaires, et trois dans celui des Notables et divers, tandis que les organisations à but non-lucratif ont toutes (sauf une) été fondées par des femmes.

 

Il est très difficile d’estimer le nombre des entrepreneurs et commerçants des familles des Militaires et des Notables non saisis dans l’échantillon. L’enquête sur les Aurovilliens a été limitée aux entreprises dont la taille a dépassé le stade de l’artisanat, ou qui s’en distinguent par la nature de leurs activités. Autant que je le sache, le groupe des Expatriés métropolitains est presque complet29.


       1.3. Les limites de l’enquête

L’enquête est de nature qualitative. Elle a été menée dans l’agglomération de Pondichéry, ainsi qu’à Auroville, qui est situé sur le territoire du Tamil Nadu, à 6-7 Kms au nord de Pondichéry. J’ai fort peu d’informations sur les 5000030 Français d’origine pondichérienne vivant en France, en particulier dans la région parisienne, ni sur ceux qui sont installés à Bangalore, Madras, ou ailleurs en Inde.

 

La petitesse de l’échantillon et la diversité des activités des entrepreneurs rendent difficile l’interprétation des résultats31. Je n’ai pas jugé souhaitable de construire un questionnaire type (qui aurait dû se subdiviser en rubriques adaptées aux différents groupes, lesquels n’ont pu être identifiés qu’au fur et à mesure de la progression de l’enquête). Les entretiens ont toujours eu lieu en français, alors que mes interlocuteurs franco-pondichériens ont en général le tamoul pour langue maternelle. Ce n’est pas sans réticence que l’on m’a parfois communiqué quelques données comptables chiffrées. En général, les Franco-pondichériens n’ont pas voulu me préciser leurs origines de caste, tandis que les Expatriés se sont montrés plus réservés qu’eux sur leur ascendance familiale.

 

 

L’anonymat des personnes rencontrées a été protégé ; mais, compte tenu des spécialisations souvent uniques de leurs activités et de leur notoriété à Pondichéry, je ne peux empêcher que certains d’entre eux puissent être reconnus.

 

Les tableaux rassemblent en les résumant des données estimées pertinentes pour caractériser un groupe particulier dans le cadre de cette enquête. Il va de soi qu’aucun acteur, entrepreneur, commerçant ou organisation à but non-lucratif n’a pu être représenté ou décrit complètement ; la longueur du traitement dont ils font l’objet n’est pas proportionnelle à leur importance dans leur domaine d’activité. L’enquête n’a pas cherché à estimer les performances économiques ou sociales des uns ou des autres.

 

Enfin, on voudra bien accepter qu’une telle enquête, qui concerne quelques membres de plusieurs groupes sociaux distincts, ne prétende apporter rien de plus qu’un éclairage très focalisé sur une situation socio-économique locale complexe. Y a-t-il, et qui sont les entrepreneurs français de Pondichéry ? Répondre à ces questions, tel, a été le but premier de cette enquête.


2.LES FRANCO-PONDICHERIENS

2.1. Événements fondateurs et découpage de l’échantillon

 

Le décret relatif au statut personnel promulgué le 3 janvier 1882 permet aux Pondichériens qui souhaitent renoncer à leur statut civil hindou, musulman ou chrétien de devenir « Citoyen français », « avec les droits et les devoirs que cela comporte32 ». S’ouvrent dès lors aux renonçants des possibilités de carrière dans la fonction publique d’Outre-mer et dans l’armée. La majorité du peu de Pondichériens qui firent acte de renonciation est issue des milieux humbles et de basses castes, et les autres des milieux de hautes castes dites Vallaja et Mudeliar. Les premiers tendront à embrasser une carrière militaire qui leur est facilement accessible, tandis que les autres, plus instruits et connaissant mieux le français, entreront dans la fonction publique, ou se dirigeront ensuite vers des professions libérales, droit et médecine33. Nombre de ces fonctionnaires et militaires serviront dans les territoires coloniaux français, dont surtout l’Indochine jusqu’en 1954, année de la défaite de Dien Bien Phu et de la cession de facto à l’Inde indépendante des Etablissements restés français.

 

 

En 1962, date de la cession de jure de Pondichéry, peu de Pondichériens, en grande majorité des renonçants, optent pour la nationalité française. Et d’après Michalon34, « Parmi eux, un gros contingent de militaires en garnison en Europe (Allemagne, France) ou en Afrique (Djibouti). Ces Français, souvent fils de militaires eux-mêmes (on peut présumer que, poussés par les mêmes raisons, leurs parents auront également opté), tiennent une place considérable dans la communauté actuelle, … Vont également opter, en nombre relativement modeste, des fonctionnaires en place… le plus souvent de haute caste (Vellajas, Modeliars)… ». Après 1962, on pourra encore obtenir la nationalité française (cas des immatriculés35), mais après 1954, les Franco-pondichériens ne peuvent plus entrer dans la fonction publique devenue indienne36. Seule leur restait facilement accessible la carrière militaire, et ceux qui s’engagèrent alors pouvaient être issus de milieux socioculturels et socioprofessionnels vraisemblablement plus ouverts qu’auparavant37.

 

Au cours de l’enquête, plusieurs Franco-pondichériens ont mentionné spontanément ces événements restés déterminants jusqu’à aujourd’hui pour leur destin, et à quoi tend à renvoyer la classification de mon échantillon en familles de militaires et de notables38.


2.2. Le groupe des Militaires


        2.2.1. Situation générale

 

Les militaires représentent le groupe le plus nombreux des Français d’origine pondichérienne. Après une carrière dont la durée peut varier d’une dizaine à plus de trente ans, nombre d’entre eux reviennent à Pondichéry pour jouir d’une retraite plus ou moins précoce et relativement aisée compte tenu de ce que représente en pouvoir d’achat local une pension qui, en francs français, peut paraître relativement modeste39.

 

Encore jeunes, assurés de moyens d’existence confortables, débarrassés des soucis d’avenir communs, on pourrait penser que ces militaires seraient tout disposés et prêts à s’engager dans diverses entreprises plus ou moins risquées et rémunératrices. Il n’en a pas été vraiment été ainsi40. Mais il semble que cela pourrait commencer à changer, comme nous allons le voir.


          2.2.2. Origine sociale des Militaires rencontrés

Parmi les militaires rencontrés, un ou deux sont les premiers de leur famille à s’être engagés. Tous les autres ont un père (ou un époux) militaire. L’un de ces pères militaires avait un CAP de plombier obtenu à Pondichéry, et un autre était issu de la communauté des pêcheurs.


Un militaire, qui a été fonctionnaire avant de s’engager en 1954, est issu d’une section marchande d’une caste connue au Tamil Nadu pour son esprit d’entreprise.


L’appartenance confessionnelle des Militaires ne semble pas être significative dans le cadre de l’enquête (tous les militaires de l’échantillon sont hindous sauf deux, l’un chrétien catholique et l’autre musulman41).


            2.2.3. Des familles de plusieurs militaires

 

Non seulement les pères des militaires sont presque tous des militaires, mais en général on compte plusieurs militaires dans le groupe familial, dans une même, ou dans plusieurs générations (des frères, des oncles, des fils), et les filles ont eu tendance à épouser des militaires. Ainsi, par exemple, dans le groupe familial de « D », le père d’Ego, l’un de ses deux frères et le fils unique de son autre frère ont été, ou sont des militaires ; un frère cadet de « D » est militaire, et deux de ses trois soeurs ont épousé des militaires, tandis qu’un petit-neveu de « D » se prépare pour entrer à l’école militaire de Saint-Cyr. Sans doute s’agit-il là d’un cas exemplaire ; mais, sauf peut-être un cas de l’échantillon, on compte toujours au minimum deux militaires dans la famille, dont certains sont en service au moment de l’enquête.

Les alliances ont souvent été conclues entre Français d’origine pondichérienne, mais dans les dernières générations des familles où l’on a été militaire sur plusieurs générations, elles ont tendu à être aussi conclues avec des personnes européennes, françaises le plus souvent, ce qui s’accompagne systématiquement d’une résidence en France.


                2.2.4. Les carrières des militaires

 

Les pères (ou l’époux) des personnes rencontrées ont souvent participé à la dernière guerre mondiale (l’un d’eux a fait partie des FFI42), puis à celle d’Indochine, et même, lorsque la carrière été longue (un peu plus de trente ans dans un cas), à celle d’Algérie.


Leurs descendants sont souvent entrés dans l’armée après la guerre d’Algérie, et leur carrière s’est souvent limitée à la durée minimale (quinze ans pour les sous-officiers, et vingt-cinq ans pour les officiers ; un cas d’une carrière limitée à 8 ans). Sauf un, ils sont revenus à Pondichéry dans la première moitié des années quatre-vingt-dix.


Bien qu’ayant eu la possibilité de prolonger leur carrière à l’armée (dans des conditions plutôt favorables, a-t-on souligné), plusieurs ont préféré revenir à une vie civile.


Les militaires ont beaucoup voyagé pendant leur carrière : outre l’Indochine et l’Algérie pour les pères (l’époux), ils ont connu diverses affectations en métropole, parfois en Allemagne, et selon les cas, dans les Territoires et Département Français d’Outre-mer (La Réunion, dans la région de Mururoa, La Nouvelle-Calédonie…), ainsi que dans les anciennes colonies françaises, où ils ont parfois participé à des conflits localisés (un cas, au Tchad).


Les militaires ont le plus souvent terminé leur carrière avec un grade de sous-officier (Adjudant-chef) ; deux des personnes rencontrées ont un grade d’officier supérieur (lieutenant-colonel). Certains ont pu suivre à l’armée une formation professionnelle spécialisée, qui leur a parfois permis de se trouver ensuite un emploi en métropole ; les officiers y ont poursuivi des études de niveau supérieur.


              2.2.5. L’éducation des enfants de militaires


D’une génération à l’autre, les enfants des militaires dont les pères avaient un niveau d’éducation scolaire plutôt modeste ont tendu à faire des études secondaires, puis des études supérieures de plus en plus poussées. Les études de niveau secondaire ont été suivies à Pondichéry ou au lieu d’affectation du père, et les études de niveau supérieur en France en général. Quelques enfants de militaire suivent leurs études secondaires au Lycée militaire de Saint-Cyr en France (cas d’un enfant de militaire de l’échantillon, et autres cas d’enfants de militaires résidant en France).

 

Reprenons le cas de la famille du militaire « D » cité ci-dessus pour illustrer ce point. Un demi-frère du père de « D » étudie la pharmacie à Lyon ; le frère aîné du père de « D » a eu un fils militaire, et l’un de ses enfants, encore au lycée, vise à entrer à Saint-Cyr ; mais son autre fils étudie l’architecture à Strasbourg, et sa fille, bachelière, se prépare à faire médecine à Paris ; le frère cadet du père de « D », militaire, a eu deux fils, l’un déjà architecte et l’autre professeur de mathématiques, et une fille qui est étudiante en Grande Ecole. Parmi les enfants des deux soeurs de « D » mariées à des militaires, l’un est étudiant en biologie à Lyon, les autres sont encore écoliers en France, ou au Lycée de Pondichéry. Les enfants de la troisième soeur de « D », dont le mari est mécanographe dans une banque à Paris, sont scolarisés dans la région parisienne.

 

Le cas de la famille de « D » illustre clairement la tendance à l’élévation du niveau d’éducation des enfants des militaires d’une génération à l’autre, sur les deux ou trois dernières générations. D’autres cas, plus ou moins exemplaires, illustrent cette tendance, que plusieurs autres personnes rencontrées m’ont confirmée.
 
Dans une perspective englobant plusieurs générations, et dans le cadre de cette enquête qui ne retient que les entrepreneurs, il apparaît donc clairement que l’armée a pu, non seulement procurer une relative aisance économique à des groupes familiaux assez grands, mais qu’elle a aussi, et finalement, servi de filière de promotion socioprofessionnelle.


            2.2.6. La dispersion des familles franco-pondichériennes

 

C’est à Paris et dans la région parisienne que se concentrent les Franco-pondichériens, dont le nombre est évalué à plus de 30000. Il s’en trouve aussi dans plusieurs autres grandes villes de France, dont Lyon et Bordeaux, et d’autres disséminés dans l’ancien empire colonial français, dont les DOM-TOM43.

 

Les épouses ayant en général suivi leur mari dans ses différentes affectations, nombre de Français d’origine pondichérienne sont nés dans divers pays où il leur a fallu s’adapter. Ces carrières itinérantes ont souvent eu, et, dans une moindre mesure, elles ont toujours pour corollaire la dispersion durable, voire permanente, des membres des familles. Souvent, des jeunes ayant fait leurs études secondaires à Pondichéry ou ailleurs, partent les poursuivre en France où un parent les héberge, et il arrive que les épouses des militaires en retraite à Pondichéry résident en France pour s’occuper de leurs enfants qui y sont scolarisés. Nombre de jeunes Français d’origine pondichérienne ne connaissent Pondichéry que pour y être venus voir leur famille à l’occasion de vacances ou de congés.

 

Notons encore que des militaires fils aînés sont revenus à Pondichéry pour prendre soin de leurs parents âgés, en tant que « soutien de famille » dirions-nous, mais aussi éventuellement, parce que dans la famille hindoue, il leur incombe d’accomplir certains rites funéraires pour leur père44.


                 2.2.7. Le groupe familial

Considérant l’ensemble des Français rencontrés au cours de l’enquête, il apparaît que les militaires d’origine pondichérienne tendent à accorder une plus grande importance aux rapports de parenté que les entrepreneurs d’origine européenne. Il est arrivé plus souvent avec les premiers (cas de « D », par exemple), que l’on ressente spontanément la nécessité de me communiquer des informations sur sa parentèle pour m’expliquer sa situation. Quelques précisions supplémentaires, accordées de bonne volonté, ont alors permis de compléter la généalogie de l’intéressé. En revanche, lorsqu’il a parfois été question de leurs proches parents, aucun des entrepreneurs d’origine européenne ne m’a fourni spontanément de telles informations.

 

Ce contraste renvoie, bien entendu, aux différences des structures familiales indiennes et françaises, et l’on voit bien ici combien l’importance que l’on accorde aux rapports de parenté peut jouer sur la représentation que l’on a, et que l’on veut donner de soi à un tiers : l’identité des personnes du groupe des Militaires (et dans une moindre mesure de celles du groupe des Notables) reste fortement liée à celle de leur groupe familial.

 

Comme l’on sait, le groupe familial indien a souvent tendu, plus ou moins idéalement, vers la famille indivise45. Mais cet idéal, dans la mesure où il persiste chez les dernières générations, a pu souvent être contrarié du fait d’une acculturation plus ou moins profonde, et sur ce point, plus ou moins volontaire, aux modes de comportement familiaux occidentaux, ainsi qu’en raison de la grande dispersion géographique des membres des familles.

 

Qu’on le veuille ou non46 - un militaire a d’ailleurs affirmé sans ambages sa préférence pour le groupe familial nucléarisé -, il ne peut plus être vraiment question de famille indivise. Ceci implique que l’on trouvera rarement chez les militaires des entreprises aux activités plus ou moins interdépendantes et complémentaires du fait des rapports de parenté qu’entretiennent leurs chefs47.


               2.2.8. Les entreprises des militaires

Les entreprises créées par les militaires sont de nature diverse : hôtel de classe moyenne, coupe et assemblage de dessus et tiges de chaussures pour un donneur d’ordres, construction et restauration de bâtiment, centre de publication et traitement informatique, menuiserie (meuble de style local), broderie fine, ferronnerie (grilles et portails de style local), restaurant français, à quoi il faut ajouter un centre d’apprentissage à but non lucratif (mis pour mémoire dans le tableau suivant, et dont nous reparlerons en évoquant les autres organisations à but non lucratif).

[Pour le tableau 2 Les entreprises (et associations) des militaires se reporter à l'édition imprimée de La Lettre page 54]

Du fait de la diversité de leurs activités et de leur vocation, ces entreprises de taille artisanale sont difficilement comparables entre elles. Elles ne sont pas subdivisées en départements, mais peuvent contenir une cellule spécialisée, et c’est leur chef qui entretient des rapports avec la clientèle. Les chiffres d’affaires sont inférieurs à un crore Rs., sauf peut-être celui du fabricant de tiges de chaussure « B » qui emploie une nombreuse main-d’oeuvre. Les ateliers entrent dans la catégorie des « Small Scale Industries » (moins de dix employés permanents s’il y a usage de machines motorisées).


Les entreprises sont souvent possédées par leur fondateur (« Proprietorship ») ; quelques-unes ont un statut juridique de société à responsabilité limitée (Pvt. Ltd., SARL) ; « C » et « G » ont chacun plusieurs entreprises ayant des statuts juridiques distincts.


Il faut souligner que les entreprises ont été généralement créées à Pondichéry dans les années 1990 (rappelons que la nouvelle politique économique date de 1991), et que leurs fondateurs sont, sauf trois, les premiers entrepreneurs de leur famille. Des membres de la famille de « C » ont été autrefois commerçants. « D » a repris une petite entreprise fondée par son père (militaire) en 1966 ; à cette époque, elle avait pour atout d’être la première à Pondichéry à utiliser une machine polyvalente (raboteuse-tronçonneuse-fraiseuse) importée de France, qui est toujours en activité. Aidée de son époux qui fit une longue carrière militaire outre-mer avant de revenir en retraite à Pondichéry, « G » y a récemment ouvert un restaurant français après avoir créé une boutique et deux restaurants indiens à Nouméa. « G » et son époux sont issus de familles de commerçants, et ce dernier a été fonctionnaire avant de s’engager ; « G » serait le seul entrepreneur de ce groupe à s’être établi dans plusieurs pays48.


« C » et « E », qui sont officiers, ont suivi des études de niveau supérieur dans le cadre de l’armée. Peu de militaires de l’échantillon ont reçu une formation scolaire, ou suivi un apprentissage ou une formation spécialisée qui puisse leur être directement utile aujourd’hui. En revanche, plusieurs ont souligné que le sens de la discipline et de l’organisation acquis dans l’armée était devenu un atout pour gérer leur entreprise.


Hormis « B » et « C », les entrepreneurs emploient peu de main-d’oeuvre, et celle-ci est souvent faiblement qualifiée, ou sans qualification. « B » emploie essentiellement du personnel féminin, qui est encadré par quelques agents de maîtrise et techniciens, « E » emploie une dizaine de brodeuses (il en a employé autrefois jusqu’à 35). Seul « C » emploie une petite équipe de collaborateurs et spécialistes de qualification élevée ; il fournit aussi du travail, directement ou non, à 50 personnes.


Hormis l’atelier de ferronnerie de « F », dont la production s’adresse à une clientèle indienne locale et ne peut pas être exportée, et l’atelier de fabrication des tiges de chaussure qui fournit un donneur d’ordres exportateur, toutes ces entreprises trouvent une proportion variable, et parfois importante, de leur clientèle parmi les expatriés, d’origine indienne ou non, qui résident à Pondichéry, ou qui y viennent passer leurs vacances. Ainsi, par exemple, et de façon inattendue, la menuiserie fabrique des meubles de salle à manger pour des Français d’origine pondichérienne installés en France. Cette menuiserie, l’hôtel, le restaurant et l’atelier de broderie, ont une activité plus forte pendant les mois de juillet et août correspondant aux périodes de congé des Français.


Les raisons pour lesquelles les militaires sont revenus à Pondichéry sont multiples. En général, à la fin de son engagement, l’on revenait vivre tranquillement et confortablement sa retraite à Pondichéry, dit-on. Mais de plus en plus, l’on s’est efforcé de rester en France où plusieurs membres de la famille sont déjà établis (cas général de l’échantillon), ou résident pour poursuivre des études (cas des enfants de 3 militaires) ou pour des raisons de santé (cas d’une épouse). La pension des militaires restant souvent insuffisante pour vivre en France lorsqu’on a des charges familiales et qu’on n’a pas pu y trouver un emploi convenable (au moins deux cas), l’on peut faire des économies en résidant à Pondichéry. Par ailleurs, les militaires fils aînés ont des devoirs envers leurs parents âgés restés au pays (4 cas, 3 hindous et un chrétien ; notons que « H » a dédié le centre d’apprentissage qu’il a fondé à la mémoire de son père).


On est aussi revenu avec l’intention de créer une oeuvre d’aide sociale, et dans un seul cas une entreprise ; hormis « C », qui démarre ses entreprises l’année même de son retour, il ne semble pas que ces projets aient été mûris avant l’arrivée à Pondichéry.


Dans l’ensemble, ces militaires n’ont pas eu une vocation d’entrepreneur49. Le hasard d’une rencontre a pu offrir une opportunité qu’on a saisie, et c’est parfois aussi par ennui et désoeuvrement qu’on s’est mis à construire une entreprise. Mais aussi, on a réalisé que la carrière militaire étant devenue peu accessible, moins recherchée des enfants plus éduqués, il fallait leur préparer un autre avenir, et ceci d’autant plus qu’il est devenu plus difficile de trouver un emploi en France, même avec un diplôme.


Eu égard à la diversité des activités des entreprises des militaires, il est peu probable qu’elles puissent établir entre elles des rapports d’affaires autres qu’occasionnels. Comme de plus, la plupart de ces entrepreneurs se connaissent peu les uns les autres, on ne peut pas ici parler de réseau, ni même de « milieu entrepreneurial ».

2.3. Le groupe des Notables et divers


J’ai rassemblé dans l’échantillon « Notables et divers » des entrepreneurs et commerçants franco-pondichériens non-militaires qui sont généralement issus de familles où l’on a été fonctionnaire, médecin, commerçant, enseignant, cadre d’entreprise… Des membres de ces familles ont pu aussi exercer un mandat politique, ou ils ont été proches de ceux qui en ont exercé un. La plupart de ces entrepreneurs et commerçants sont issus de familles bien connues à Pondichéry ; le commerce d’alimentation (M) a été fondé par un couple originaire de Mahé50 (enclave pondichérienne au Kerala).


Notons que trois entrepreneurs ont vécu en Indochine et parlent encore le Vietnamien (I,N,O) ; deux d’entre eux sont issus de familles de commerçants (N, O).


L’échantillon contient plusieurs cas mixtes, ou « divers » : un entrepreneur est issu d’une famille « notable » qui compte aussi plusieurs militaires (L) ; dans un autre cas, l’entreprise est menée par un couple dont seule l’épouse a la nationalité française51 (J), et dans un dernier cas, l’entrepreneur est issu d’une famille qui fut française pendant plusieurs générations, mais il n’a pas opté en 1962 (0). Plusieurs entreprises sont menées par un couple (I, J, K, M) dont je n’ai rencontré qu’un des membres ; l’agence de voyage (L) a été fondée par une femme après le décès de son mari. Tous les entrepreneurs rencontrés ont fait des études au moins jusqu’au baccalauréat (sauf peut-être un) ; plusieurs ont poursuivi leurs études supérieures à l’étranger, et la plupart y ont entamé une carrière professionnelle en tant que salariés, et y ont parfois démarré leurs affaires.


Les entrepreneurs sont hindous ou chrétiens, l’un est musulman. Autant que l’appartenance confessionnelle puisse être significative dans le cadre de cette enquête, notons que la proportion de chrétiens est ici plus élevée que dans le groupe des Militaires.


Les entrepreneurs de ce groupe ont des activités diverses : éditeur-libraire-distributeur (I), deux entreprises de bâtiment (dirigées par le mari) & cabinets d’architecte (leur épouse) (J,K), un agent de voyage (L), un grand (O) et un petit commerçant (M), une entreprise d’horticulture & tissus végétaux en cours de démarrage (N), et un restaurant de luxe (P).


Plusieurs entrepreneurs ont au moins un proche parent qui a été, et qui parfois est encore, commerçant ou entrepreneur.


La plupart des entrepreneurs de ce groupe sont enracinés à Pondichéry ; ils auraient vraisemblablement pu émigrer en France s’ils l’avaient souhaité. Deux entrepreneurs, qui sont les premiers de leur famille à avoir créé une entreprise, sont revenus à Pondichéry pour ce faire (mais il est probable que d’autres raisons ont aussi joué).


Les entreprises ont été démarrées à Pondichéry de 1954-55 jusqu’à aujourd’hui (le projet de N doit démarrer en septembre 1997). L’éditeur-libraire a ouvert une première librairie au Népal en 1978 avant de venir s’installer à Pondichéry. Il est aussi implanté à Paris et au Vietnam. Les affaires du grand commerçant (0) ont été autrefois implantées au Vietnam (Hanoï, Haiphong, Nan Dien, Saïgon) et en France (participation dans une usine de textile) ; les magasins des membres de cette famille sont maintenant à Pondichéry. L’agence de voyage pondichérienne fonctionne en partenariat avec une agence de Madras. Les autres entrepreneurs ont une implantation locale et trouvent leur clientèle à Pondichéry et dans sa région. Tous (sauf l’horticulteur N qui, dans un premier temps, destine sa future production au marché indien) ont fait, et font encore une partie parfois non négligeable de leur chiffre d’affaires avec des Français, d’origine européenne ou indienne.


Si l’on excepte le petit commerce tenu par des retraités (M) qui l’ont ouvert, il y a une dizaine d’années, et qui trouve sa clientèle surtout parmi les expatriés de Pondichéry, les entreprises ont un chiffre d’affaires relativement élevé, et qui dépasse une crore de Rs. (10 millions de Rs.) dans plusieurs cas.


Les entreprises de ce groupe peuvent employer un personnel différencié, cadres et ouvriers, ou spécialistes divers, relativement nombreux. Les architectes-constructeurs emploient directement, ou via des « maestri » et des sous-traitants, une nombreuse main-d’oeuvre. Le projet de N (culture de tissus végétaux en laboratoire et pépinières) requiert plusieurs spécialistes de haut niveau.


Les entreprises de ce groupe n’exercent pas d’activités complémentaires entre elles (sauf peut-être les entreprises de bâtiment & bureaux d’architecte, qui peuvent aussi se faire concurrence). Elles n’entretiennent vraisemblablement pas de rapports d’affaires suivis entre elles et ne constituent pas de réseau. En revanche, plusieurs de ces entrepreneurs, ou leurs proches parents, souvent issus de grandes familles connues à Pondichéry, peuvent avoir des rapports de parenté, ou entretenir des rapports d’amitié, avec des membres de ces familles et entre eux. Ce n’est donc pas au niveau de leurs diverses activités professionnelles que l’on peut tenter de cerner avec plus de précision les caractéristiques sociologiques de ces entrepreneurs, mais en faisant l’étude des quelques grandes familles pondichériennes dont ils descendent, ou font partie, que celles-ci soient chrétiennes, musulmanes ou hindoues.

 [Pour le tableau 3 Les entreprises des entrepreneurs du groupe "notables et divers" se reporter à l'édition imprimée de La Lettre page 59]

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20 « French interest in ties with India reiterated », THE HINDU, March 23, 1997.
21 MILES William : Imperial Burdens : Countercolonialism in Former French India, Lynne Rienner, 1995, p. 21.
MICHALON Paul : Des Indes françaises aux Indiens français, ou, comment peut-on être franco-pondichérien ?, Mémoire de DEA de Sociologie présenté en décembre 1990 à l’Université Aix-Marseille I, 160p.
22 GOVERNMENT OF PONDICHERRY : Pondicherry, A Paradise for Budding Entrepreneurs, Incentives and Concessions, Industries Department, dépliant de 6p., reçu en Juillet 1997.
23 En février 1997, on compte 25 « Large Scale Units », 88 « Medium Scale Units » et 5492 « Small Scale Units » enregistrées. Voir du DIRECTORATE OF INDUSTRIES : List of Large Scale Industries, List of Medium Scale Industries Units Registered in The Union Territory of Pondicherry as on 31-03-97, et pour comparer Directory of Industrial Units (As on 31-3-88), 1989, et Directory of Industrial Units, From 1-4-1988 to 31-3-1995, 1995.
24 GOVERNMENT OF PONDICHERRY : Industrial Policy 1997, Industries Department, Avril 1997, voir la section : « NRIs and Foreign Investment, French Connections of Pondicherry », p. 18. Voir aussi : « Many new industries proposed in Pondy », THE HINDU, May 120, 1997, et Pondicherry, A Paradise for Budding Entrepreneurs, Incentives and Concessions, INDUSTRIES DEPARTMENT, dépliant de 6p. reçu en Juillet 1997. D’après MICHALON 1990, ibid., p. 80, le lieutenant-gouverneur de Pondichéry M. Singh Dayal a invité en octobre 1988 les français à investir sur place.
25 Paroles concluant le discours prononcé par le Consul Général de France pendant la soirée du 14 juillet 1997 au Consulat de Pondichéry, LE TRAIT-D’UNION, Août 1997. D’après MICHALON, ibid. 1990, p. 80.
26 Souhait qu’avait déjà émis un de ses prédécesseurs, d’après MICHALON, 1990, ibid., p. 80.
27 Compte Rendu de l’Assemblée Générale du 26 avril 1997, du Centre d’information et documentation de l’Inde francophone (CIDIF), Boulogne, 92100, France.
28 Ce genre d’information reste introuvable ou n’existe pas (il n’y a pas de conseiller en matière économique et commerciale au consulat français de Pondichéry ; la chambre de commerce locale veille paisiblement sur deux armoires d’archives de l’époque coloniale, mais ne peut fournir qu’une simple liste de diverses associations de commerçants indiens contemporains ; l’antenne locale de la Chambre de Commerce Franco-Indienne, dont Pondichéry n’est qu’un « Chapitre », n’a pu que me renvoyer oralement à des entrepreneurs déjà connus).
29 Il manque un petit entrepreneur industriel, vraisemblablement quelques artisans, dont une femme artisan coiffeur, et un prospecteur d’objets d’art tribal arrivé récemment. Il existe aussi une filiale d’une entreprise française gérée par des Indiens.
30 D’après le discours tenu le 14 juillet 1997 à Pondichéry par le Consul Général de France à Pondichéry, LE TRAIT-D’UNION, Août 1997, ibid. D’autres auteurs ont estimé à 30000 les Français d’origine pondichérienne en région parisienne en 1992, MILES F.S., 1995, ibid, p.19.
31 J’ai constaté, après enquête, que les résultats obtenus pour le groupe des Militaires sont assez bien recoupés par le travail de sociologie de MICHALON, ibid., 1990 ; mais celui-ci ne dit presque rien des non-militaires, qui tiennent ici une place importante parmi les Français d’origine pondichérienne.
32 MICHALON, 1990, ibid., p. 39-45.
33 Ecoles de Droit et de Médecine de Pondichéry, et études en France.
34 MICHALON, 1990, ibid., pp.48 et svt.
35 Précisant le but de l’enquête, je n’ai pas cherché à savoir comment les entreprenants avaient obtenu la nationalité française, point qui peut rester délicat.
36 Qui représente toujours aujourd’hui en nombre et qualité un débouché professionnel très apprécié des Pondichériens.
37 Le groupe des Militaires comprend le cas d’un instituteur et fonctionnaire qui, en 1954, a préféré démissionner pour s’engager dans l’armée.
38 Ce mode de subdivision de l’échantillon m’est apparu nécessaire au cours de l’enquête ; il vient confirmer la justesse des analyses de Michalon.
39 D’après MICHALON, 1990, ibid., qui cite les résultats d’une enquête faite en 1990 et portant sur 4030 personnes, 72% des hommes et 93% des femmes de la population franco-pondichérienne sont inactifs, et 58% des hommes touchent une retraite civile ou militaire. Toujours dans MICHALON, voir « L’aristocratie économique : les militaires retraités », p.77 et svt. Voir aussi MILES WFS, 1995, ibid.
40 MICHALON, 1990, ibid., constate le peu d’activité commerciale, p.77, et relève, p 78, qu’en 1988-90 les militaires ne se souciaient pas d’investir dans des entreprises, et qu’ils « n’ont très certainement ni la fibre économique ni la formation » qui convient pour ce faire.
41 Voir MILES WFS, ibid., 1995, p.22 : « French Indian Population by Religion ».
42 Forces Françaises de l’Intérieur.
43 Département d’Outre-Mer et Territoires d’Outre-Mer.
44 Interrogé sur ce point, un militaire fils aîné (qui n’est pas un entrepreneur de l’échantillon) m’a répondu qu’il lui revient d’allumer le bucher funéraire de son père. Il lui revient aussi de rendre le culte aux ancêtres.
45 Il faudrait ici distinguer entre les codes personnels hindou et musulman, dont relèvent les enquêtès. Le code hindou en usage, contrairement au musulman, repose toujours sur la famille indivise. Mais l’observation empirique permet de constater que celle-ci existe aussi chez les musulmans et les chrétiens de Pondichéry.
46 Il ne faut pas penser que la nucléarisation du groupe familial aille toujours de soi. Ainsi, dans une famille indivise pondichérienne chrétienne, qui compte plus de 70 membres vivant tous dans un même quartier, famille dont le chef francophone a un fils installé en France et marié à une française, et un autre fils qui a séjourné plusieurs années avec son épouse aux Etats Unis, on n’éprouve guère beaucoup d’admiration pour la structure familiale nucléarisée. Ce groupe familial, qui comprend au moins trois petites entreprises industrielles relevant d’un même secteur d’activité, ne fait pas partie de notre échantillon.
47 Ainsi par exemple, un groupe familial hindou installé à Pondichéry contrôle-t-il localement 5-6 entreprises juridiquement indépendantes, chacune gérée par des membres du groupe familial, et dont les activités sont interdépendantes ; les germains du chef de ce groupe contrôlent également plusieurs entreprises ayant de semblables activités, mais installées dans d’autres états du sud de l’Inde. Ce groupe d’entreprises ne fait pas partie de l’échantillon.
48 Il existe au moins une autre affaire internationale vraisemblablement créée par un militaire franco-pondichérien à Pondichéry, et dont le siège social est dans la région parisienne. Les responsables n’ont pas pu être rencontrés.
49 Parmi les nouveaux entrepreneurs connus par d’autres enquêtes, rares sont ceux qui reconnaissent avoir eu la vocation de leur profession : ennuis, hasard, relations, conjoncture locale… ont toujours joué un rôle considérable, sauf parmi les membres des communautés marchandes, ou peut-être parmi les techniciens-inventeurs.
50 C’est l’épouse qui a été rencontrée et dont il est question dans le tableau.
51 J’ai rencontré le mari de cette architecte de nationalité française. Les informations du tableau valent pour l’entreprise en tant que collectif.

 

(suite : Entreprenants français à Pondichéry aujourd'hui (II)