Blue Flower

Chers adhérents et amis

L’année écoulée a vu la disparition de Jacques Dupuis qui consacra sa vie à faire connaître une Inde qu’avec son épouse il a profondément aimée. Il a été un adhérent de la première heure et a apporté ses compétences à la rédaction de la Lettre.

Grâce aux encouragements de ce professeur qui marqua tant de jeunes issus du lycée de Pondichéry, mais aussi grâce à votre fidélité, nous avons pu jusqu’à présent poursuivre la parution de cette Lettre, parution qui représente à chaque fois une prouesse tant les moyens dont nous disposons sont sommaires.

Ce numéro a été volontairement réduit. Il n’y a pas de revue de presse. Nous nous contentions jusqu’à présent de réunir quelques articles de journaux, qui nous semblaient les plus représentatifs des thèmes susceptibles de vous intéresser, vous laissant le soin d’en tirer vos propres conclusions. Avec Jacques Weber nous sommes parvenus à la conclusion que certains articles pouvaient prêter à confusion quant à la teneur de nos propres convictions. Peut-être parviendrons-nous par la suite à soumettre à votre attention une véritable revue de presse. Cela demande une équipe de rédacteurs et de chroniqueurs, toujours bénévoles, que nous n’avons pas encore constituée. Nous continuons cependant à collectionner les articles de journaux susceptibles de vous intéresser.

Vous avez sûrement constaté que notre équipe s’est étoffée, sans compter l’aide ponctuelle de certains de nos membres au moment de « la charrette ». Bénévolat ne veut cependant pas dire manque de professionnalisme. Des deux personnes qui sont venues nous rejoindre, l’une a travaillé de nombreuses années dans une maison d’édition et l’autre est agrégée de lettres classiques. Elle est l’auteur du travail de recherche, publié dans ce numéro, sur l’Inde vue par les Latins.

Lorsque le CIDIF a été fondé en 1988, l’un de nos objectifs était non pas de céder à un instinct communautaire mais d’établir et de faire connaître des faits historiques. Les relations entre Français et Indiens n’ont pas débuté en 1947, à partir de la création de l’Etat indien. En dix ans, nous espérons avoir contribué à cette prise de conscience par la collecte de textes historiques, avec une bibliographie que nous souhaitons toujours plus complète. Les Indiens, comme les Britanniques mais aussi les Français, ignoraient tout de l’existence de minuscules comptoirs, cédés à l’Inde en 1962. Cette cession semblait n’être que géographique, oubliant la personnalité de tous ces Français originaires de ces comptoirs que nous nous efforçons de sortir de l’anonymat pour leur rendre leur dignité, ne serait-ce qu’en répondant aux propos malveillants des médias des deux bords.

Nous souhaitions également faire connaître les travaux de recherches de jeunes, indiens comme français, sur l’Inde et sur la France. Nous nous y sommes employé. Ce numéro de la Lettre du CIDIF en est un exemple concluant.

A la suite du colloque organisé par « Les Amitiés franco-indiennes de Montbéliard », nous avons aussi le plaisir de publier ici, avec l’autorisation de Marie-Claire Kénil, un article sur la femme indienne, qui sera également repris dans les Actes du colloque.

Nous espérons avoir contribué à une prise de conscience générale, rendue plus visible par le fait que l’Inde a toujours eu les yeux tournés vers la France et surtout depuis 1991, date de la libéralisation de l’économie indienne.

Lors de son passage à Paris, il y a quelques années, le Premier ministre indien, Sri Narasimha Rao souhaitait « développer les relations industrielles et commerciales entre la France et l’Inde » parce qu’il voyait « dans l’Union européenne l’instrument d’un monde nouveau et pluraliste dans lequel le non-alignement prôné par l’Inde » avait « un rôle essentiel ». Il ajoutait également que les Français étaient « les plus aptes à comprendre l’Inde ».

La France, plutôt toujours tournée vers l’Afrique, et les Français semblaient ne pas s’intéresser à l’Inde. En quelques années, il semble que la vapeur s’est renversée et que l’Inde fait l’objet d’un regard nouveau. Le nombre d’industriels français qui ont accompagné M.Chirac1 durant sa visite présidentielle en Inde en est la preuve.

Enfin, tout ce qui relève de la culture va pouvoir progresser car elle ne fleurit que lorsque les autres besoins de l’homme sont satisfaits. La collaboration universitaire prend de l’ampleur et Pondichéry est partie prenante comme en témoignent le séminaire du mois de septembre 1997 et les échanges d’étudiants. Des projets se forment dans des domaines divers, des sciences dures à la musique. Ce patrimoine, propriété commune de la France et de l’Inde, que représentent ces minuscules comptoirs parmi lesquels Pondichéry qui a servi de refuge à des combattants pour l’indépendance, ce patrimoine va enfin être mis en valeur dans tous les domaines. Pondichéry pourra servir de creuset, de lieu pensant à tout ce qui sera commun à la France et à l’Inde. Tout ce qui, il y a dix ans, relevait de l’utopie pure semble se mettre en marche. Des années passeront encore avant que ne se réalise tout ce que la France peut apporter en Inde. Elle va participer pour un dixième à la création d’une autoroute dans le Tamil Nadu. C’est un début.

Les Pondichériens ne seront plus exclus de cette grande marche vers un avenir convergent de l’Inde et de la France.

Que l’année 1998 vous soit favorable.

Jacqueline Lernie-Bouchet

 

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1 Voir l’article des Echos du 26 janvier 1998.