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LE CONFLIT SRI-LANKAIS.
Relations intercommunautaires et unité nationale.

par Julien MAZÉ
(II)


II.- 1956-1996 : UN CONFLIT DE QUARANTE ANS.

2.1. Situation actuelle : guerre civile et terrorisme.

Les titres de la presse sont éloquents. Le Monde daté du jeudi 30 novembre titrait : « Les séparatistes tamouls ouvrent de nouveaux fronts dans l’est de Sri Lanka ». De même le Figaro intitulait son article : « Sri Lanka : une guerre sale et sans témoins ». Il est en effet difficile d’obtenir des informations précises depuis le début de la grande offensive menée contre Jaffna, ville considérée comme le bastion des séparatistes tamouls. L’armée sri-lankaise a engagé toutes ses forces, c’est-à-dire dix mille soldats appuyés par l’artillerie lourde, les blindés, l’aviation et la marine, pour reprendre cette ville conquise en 1990 et tenue depuis par les Tigres tamouls du LTTE (Liberation Tigers for Tamil Eelam). On parle de trois cent mille civils sur les routes et près de six mille tués ou blessés mais faute de témoignages indépendants on ne peut véritablement établir de bilan crédible.

Si les troupes gouvernementales ont apparemment réussi à reprendre le contrôle de la péninsule de Jaffna, le conflit semble s’être déplacé vers la région est (comme le titrait Le Monde) où le LTTE est bien implanté (cette partie est de l’île serait « contrôlée à quatre-vingts pour cent » par les Tigres, assure Sivagnanam Karikalan un des responsables du LTTE). Il n’y a pas ici d’offensive de grande ampleur, mais un harcèlement constant de guérilleros menant des actions ponctuelles puis se réfugiant dans la jungle. Les Tigres, dont le nombre est estimé à quinze mille hommes (l’aide apportée par la population tamoule reste quant à elle difficile à apprécier) jouissent dans cette zone rurale de l’est d’une impunité totale : qu’elle le veuille ou non la population n’a d’autre choix que de vivre à leur rythme. A ce propos un journaliste du Monde rapportait les paroles d’un intellectuel tamoul qui affirmait : « Dans les campagnes, les gens ont énormément souffert de la guerre et perçoivent les rebelles comme la seule réponse à une armée sri-lankaise perçue comme une force d’occupation ».

La « bataille de Jaffna » marque en fait le début d’une autre phase dans le conflit où les guérilleros retournent à leurs anciennes méthodes. Battus par l’armée sri-lankaise sur un front conventionnel, les Tigres privilégient de nouveau une guérilla rurale mais aussi urbaine notamment dans les villes de l’est tenues par l’armée sri-lankaise. Ainsi la ville de Batticaloa est décrite par ce même journaliste comme un camp retranché où les opérations coups de poing se succèdent pour tenter d’éliminer les séparatistes infiltrés.

Cette forme de guerre civile très localisée n’est cependant qu’un des aspects du conflit. Les opérations terroristes et en particulier les attentats-suicides constituent une des facettes les plus importantes du conflit. Devant le carnage que provoquent ces attaques suicides menées le plus souvent dans la capitale sri-lankaise, les masses cinghalaises prennent peur et approuvent les représailles sanglantes des forces armées. Cette forme de terrorisme entraîne une radicalisation croissante des deux parties retardant d’autant plus toute solution pacifique fondée sur le dialogue. Ces attentats cherchent également à frapper l’opinion internationale pour montrer que la question tamoule est loin d’être résolue. Certes, la communauté internationale ne peut que condamner ce terrorisme, mais de fait, elle s’intéresse à la situation et à l’attitude souvent contestable du gouvernement sri-lankais. Depuis la radicalisation du conflit (i.e. depuis 1983) les rapports d’Amnesty international dénoncent de nombreuses violations des droits de l’Homme. Si l’on sait que Sri Lanka reçoit une aide extérieure vitale pour le développement de son économie (de l’ordre de 455 US$ en 1991), on comprend que ce genre de publicité puisse paraître malvenue pour le gouvernement sri-lankais.

Les terroristes poursuivent une stratégie consciente et continue. Dans le cas présent, l’action entamée dès 1975 par les groupes armés tamouls à partir du sanctuaire indien (jusqu’en 1989-90) a visé à faire fusionner en une seule entité les Tamouls sri-lankais, immigrés et urbains afin de disposer d’un levier efficace pour atteindre l’objectif de séparation totale qui reste leur seul et unique but. Ils jouent ainsi sur les représailles du gouvernement et de la population cinghalaise pour fédérer une communauté tamoule socialement très divisée.

La politique actuelle suivie par le Président de la République Mme Chandrika Kumaratunga, fille de Mme Bandaranaike12 désormais Premier ministre, montre bien la complexité du problème : démocrate, elle impose une censure impitoyable ; animée d’une volonté de paix, elle est conduite à la guerre à outrance ; dépendante des organismes internationaux, elle leur refuse tout accès à l’information. Le conflit sri-lankais semble être devenu une sorte de monstre incontrôlable sans véritable issue. Cet état de fait étonne d’autant plus que les différentes communautés ont vécu en paix pendant des siècles. Dans la première partie consacrée à l’étude des différents nationalismes nous avons vu que ces derniers se sont développés tardivement (fin XIXe et XXe siècles) et n’ont eu qu’une importance très limitée. Il ne s’agit pas d’une incompatibilité culturelle fondamentale. Il semble plus que des rivalités d’intérêt sciemment exploitées soient à l’origine des heurts en particulier dans trois zones sensibles :

— Dans les régions de colonisation agricole de l’ancien Rajarat, où les deux communautés se sont retrouvées en contact après des siècles de séparation, il s’agit d’une rivalité pour le contrôle de la terre.

— Dans le haut pays où les travailleurs des plantations côtoient les paysans kandyens règne souvent une rancoeur vis-à-vis d’immigrés facilement assimilés au système dont ils ont été les esclaves.

— A Colombo et dans d’autres villes où les Tamouls sont nombreux dans le secteur tertiaire, la lutte pour les emplois et l’hostilité à l’égard des marchands ou prêteurs déterminent des attitudes racistes.

Les heurts se sont ensuite naturellement étendus aux régions nord et est dans lesquelles vivent une majorité de Tamouls.

2.2. Fin de la période coloniale et indépendance.

Avant de quitter l’île et dès qu’ils ont eu conscience que l’indépendance était inévitable, les anglais ont progressivement mis en place un système politique et une classe gouvernante « indigènes », classe qui pourrait le moment venu prendre la relève tout en préservant les intérêts britanniques. L’appartenance ethnique de cette élite, jamais plus de quatre pour cent de la population, est en fait sans véritable importance du fait de leur anglicisation très poussée. Coopérant avec les anglais qui les intègrent petit à petit, ils sont en général opposés ou indifférents aux diverses formes de communalisme (en particulier cinghalais bouddhiste) qui se développent à cette époque. Don Stephen Senanayake est un pur produit de cette élite cinghalaise, appartenant généralement au parti modéré du Congrès, fortement anglicisée et appelée à prendre le pouvoir à l’indépendance. Proche des Anglais, il devient un des hommes politiques majeurs de Ceylan s’associant aux décisions prises par ces derniers.

2.2.1. La Constitution Donoughmore.

Les autorités coloniales inquiètes du progrès du nationalisme cinghalais et des tensions avec les Tamouls qui en résultent (c’est l’époque des associations populaires locales) adoptent en 1931 la Constitution Donoughmore. Les réformes proposées ont une grande portée : il s’agit en fait d’amener l’île vers l’autodétermination et finalement l’indépendance ; Ceylan devant servir de laboratoire à ce qu’on n’appelle pas encore la décolonisation. Cette Constitution introduit notamment le suffrage universel, l’idée étant d’éliminer le système de représentation communale qui selon les anglais amplifiait les divisions ethniques.

Outre une certaine opposition cinghalaise due à des craintes électoralistes, la Constitution Donoughmore a été très mal accueillie par les minorités et plus particulièrement par les Tamouls, la loi de la majorité signifiant pour eux la loi des Cinghalais. La nouvelle Constitution menaçait le fragile équilibre politique atteint sous l’autorité coloniale. Il faut signaler que l’élite tamoule disposait d’une surreprésentation permettant et garantissant selon les Tamouls une certaine égalité entre les communautés et préservant le calme.

2.2.2. Système majoritaire, société pluricommunautaire.

C’est à partir de cette date que les leaders tamouls, occasionnellement associés aux musulmans, dénoncent ce qu’ils appellent la dictature de la majorité. Au contraire la grande crainte des autorités coloniales, partagée par Senanayake, est de voir se perpétuer un système reposant sur le principe de la représentation communale empêchant à terme la mise en place et le développement d’une société moderne multiethnique dans l’île. Ces deux visions s’opposent donc sur la notion de société multiethnique. Pour les Tamouls, cette société existe déjà et le meilleur moyen de la préserver est de veiller au respect de l’égalité entre les communautés. Pour les Anglais et l’élite cinghalaise, cette société ne peut se développer qu’à travers la création d’un Etat sri-lankais oeuvrant pour l’intérêt général, gommant ainsi l’importance des diverses communautés.

La minorité tamoule craint de perdre, non seulement ses avantages, mais aussi tout poids politique. En effet, sous la domination anglaise, Donoughmore donne l’apparence d’un système relativement équilibré et impartial régi par le suffrage universel. Cependant sans l’instance régulatrice que constituent les Anglais, la Constitution donne un très net avantage à la majorité cinghalaise qui peut user de son poids électoral. Il ne s’agit pas pour nous de discuter du bien fondé du système majoritaire mais on peut remarquer que son application à Ceylan a été un facteur déclenchant du conflit. Avec la progression dans le même temps des idées nationalistes cinghalaises, il devient en effet difficile de ne pas confondre l’Etat sri-lankais multiethnique avec la cause pro-cinghalaise. L’intérêt général devient avant tout l’intérêt cinghalais. Il est manifeste que les Anglais ont sous-estimé l’importance des tensions ethniques en cherchant à imposer cette Constitution.

L’indépendance octroyée en 1947 est proclamée le 4 février 1948, sans douleur, contrairement à ce qui se passe dans l’Inde voisine. Cette facilité s’explique en grande partie par le fait qu’il n’ait pas existé de grand mouvement nationaliste fédérateur. Des mouvements nationalistes se sont développés après l’indépendance, dressant les communautés de l’île l’une contre l’autre au lieu de les unir dans une lutte nationale commune. L’indépendance ne constitue pas un véritable bouleversement politique : la participation des ceylanais à la vie politique est acquise depuis les années 1930, la nouvelle Constitution de 1947 assure une transition en douceur et la classe dirigeante rompue aux méthodes anglaises gouverne dans un esprit de continuité. C’est en effet le parti national unifié (UNP) créé en 1946 pour recueillir l’héritage colonial et dominé par Senanayake qui gouverne jusqu’en 1956.

2.3. 1956 : L’alternative « revivalist ».

L’élection de SWRD Bandaranaike marque un véritable tournant dans l’histoire de l’île. Cette élection est en effet remportée par le parti de la liberté de Sri Lanka (SLFP) fondé en 1951 en opposition à l’UNP et rassemblant les progressistes non marxistes. SWRD Bandaranaike prône des mesures d’étatisation et de justice sociale, se déclare partisan du non-alignement et de la rupture avec le Royaume-Uni, mais surtout se fonde sur la défense du bouddhisme et de la culture cinghalaise.

La réussite politique de Bandaranaike est en grande partie due à son habilité à tirer profit du mécontentement de la majorité cinghalaise face à l’échec de leurs revendications nationalistes. Les Anglais partis, les Cinghalais contrôlant la vie politique, les idées nationalistes de la fin du XIXe siècle peuvent refaire surface. De plus des facteurs d’ordre économique accroissent le ressentiment des Cinghalais. De fait, les Tamouls occupent une place très importante (proportionnellement à leur poids démographique) dans le secteur public. Il convient cependant d’ajouter à ces facteurs une dimension religieuse déjà présente dans les écrits de Dharmapala. Dans un contexte de malaise social ce mouvement de décolonisation culturel à retardement est dirigé contre la prédominance de l’élite anglophone13 et dérive vers une forme exacerbée de nationalisme cinghalais.

2.3.1 La mobilisation des moines.

Pendant les années 1940-50 un groupe de moines bouddhistes devient « l’avant garde » de la frustration et du ressentiment cinghalais. Ces « bhikkhus politiques » ont joué un rôle capital dans l’accession au pouvoir du SLFP et de son leader SWRD Bandaranaike. Au début des années trente, un petit groupe de moines sri-lankais s’engage dans un combat en faveur du socialisme et du nationalisme rejetant ainsi la tradition bouddhique qui veut que le moine soit inactif et reste en retrait de la vie politique. Ces moines radicaux s’inspirant des travaux de Dharmapala gagnent peu à peu en notoriété et établissent en 1946 une charte toujours en vigueur chez les moines radicaux aujourd’hui. Elle proclame :

 »The right and responsability of monks to participate in politics, in matter to do with the public weal, and in the nationalist movement and decolonialization process »14.

La première démonstration de force des moines a lieu lors des élections de 1947 avec la victoire de l’UNP. Ils se montrent très actifs durant la campagne, soutenant les principaux partis. Lorsque Bandaranaike quitte l’UNP et fonde le SLFP en 1951, les moines se regroupent derrière ce parti, rejetant les concepts d’une politique multiethnique et prônant le retour à un Etat cinghalais séculaire15. C’est en grande partie cet engagement des moines qui a donné au SLFP cette identité de parti cinghalais-bouddhiste. D’autre part, la préparation du 2.500e anniversaire du nirvâna du Bouddha sert de catalyseur : une commission d’enquête sur l’état du bouddhisme à Ceylan publie un rapport alarmiste qui grossit les effets de la colonisation et accrédite la thèse de la menace chrétienne et tamoule. Cette enquête insiste sur la notion de péril, rappelant les invasions tamoules et la période de colonisation, leur opposant les heures de gloire des grands rois cinghalais. Le rapport qui en découle insiste sur la nécessité de contrôler l’ensemble du système éducatif pour favoriser « la transmission des valeurs bouddhiques, de la langue et de la littérature cinghalaises et de la culture traditionnelle ».

Dans un chapitre intitulé « Tolérance », le rapport reproche aux bouddhistes d’avoir été trop tolérants vis-à-vis des autres religions. Bien qu’ils doivent continuer à respecter ces autres religions, il faut oeuvrer pour que le bouddhisme retrouve son ancien statut (il est ici fait référence une fois encore à l’âge d’or des rois cinghalais défenseurs du Bouddhisme). L’activisme religieux prend dans les années 1950 une ampleur considérable. Un moine affairiste et dépravé regroupe 3 000 bhikkhus (sur les 18 000 que compte le pays) dans une organisation extrémiste qui mène campagne pour l’identité culturelle et linguistique cinghalaise.

2.3.2 Montée et exploitation du « communalisme ».

Parallèlement à ce mouvement religieux, les instituteurs de langue cinghalaise (au nombre de 25 000) réclament une égalité de traitement avec les enseignants anglophones et l’arrêt des subventions destinées aux écoles privées de la classe dirigeante. De même les médecins ayurvédiques demandent la reconnaissance de leurs compétences. Les instituteurs, les médecins mais aussi les moines jouissent d’une grande audience et d’un certain prestige auprès des habitants des campagnes et des villages d’autant plus sensibles à leurs arguments qu’ils doivent affronter chaque jour la concurrence des Tamouls sur le marché du travail. Ces derniers jouissant, rappelons le, d’une place privilégiée dans l’administration publique.

La grande force de Bandaranaike est d’avoir su sentir, capter puis amplifier et organiser ce mouvement regroupant avant tout des mécontents. Bandaranaike appartient lui même à cette élite anglophone ayant fait ses études au Royaume-Uni (en particulier à Oxford). A son retour il se lance dans la vie politique (dans le parti du Congrès) et apprend le cinghalais qu’il ne connaissait pas. Au même moment il se convertit au bouddhisme pour des raisons personnelles mais probablement aussi politiques. Créant en 1936 le Sinhala Maha Sabha (la Grande Ligue Cinghalaise), il prend des positions radicales. Il faut certes faire la part de l’opportunisme politique mais il se place dès le début des années 1940 comme le défenseur du bouddhisme et des valeurs traditionnelles du peuple cinghalais. Il déclare ainsi : « I am prepared to sacrifice my life for the sake of my community, the Sinhalese. If anybody were to hinder our progress, I am determined to see that he is taught a lesson he will never forget ». Il précise « I did not know of any country that had progressed to the goal of freedom by embracing all communities and all cultures in their activities »16.

Allié au LSSP17, il est élu en 1956 sur un programme ayant de forts accents nationalistes : séparation avec le Royaume-Uni, sauvegarde du bouddhisme menacé et de la culture cinghalaise (le cinghalais devenant langue officielle), élargissement de la politique sociale. Mais si la victoire électorale de Bandaranaike est un événement de première importance, le véritable fait marquant n’est pas le changement de majorité. C’est en effet la création de ce mouvement nationaliste-religieux cinghalais et la force avec laquelle il s’est exprimé qui constituent le véritable changement. Le nationalisme cinghalais dispose véritablement pour la première fois d’une structure organisée, d’une doctrine et de référents culturels bien établis dans la population, d’un soutien populaire et d’une représentation politique. Ce mouvement encouragé par les politiques échappe à leur contrôle et prend une certaine autonomie, se développant de manière anarchique.

2.3.3. Une solution avortée, le conflit prend forme.

Ce développement du nationalisme cinghalais a engendré un climat de tensions entre les cinghalais et les autres communautés. Un nationalisme tamoul se développe se fondant sur la peur que provoque cette monté de la cause cinghalaise. Les premiers affrontements entre Cinghalais et Tamouls éclatent à Colombo et dans les colonies de peuplement de l’est en 1956 suite aux élections.

Face à ces tensions et à ces dérives violentes, Bandaranaike adopte une position plus nuancée cherchant à conclure un accord avec un des principaux leaders tamouls S.J.V. Chelvanayagam. Que Bandaranaike soit disposé à trouver un compromis avec les Tamouls renforce l’idée que le leader du SLFP s’est avant tout servi du nationalisme cinghalais pour accéder au pouvoir. Il semble surtout prendre conscience qu’il a éveillé et encouragé un mouvement difficilement contrôlable pouvant le gêner dans son action gouvernementale. Bandaranaike est en effet avant tout un politique, un opportuniste, un homme de compromis. L’intransigeance (par définition) du mouvement nationaliste qui l’a soutenu l’empêche de développer une politique ethnique plus pragmatique. L’accord signé entre Bandaranaike et Chelvanayagam reconnaissait que Ceylan était formé d’une société multiethnique et prévoyait la constitution de « conseils régionaux » et l’utilisation de la langue tamoule par l’administration dans les régions à majorité tamoule. Cependant, une campagne menée par l’UNP et des extrémistes du SLFP (le propre parti de Bandaranaike) oblige le Premier ministre à se dédire. Cette opposition à l’accord Bandaranaike-Chelvanayagam, si elle a certainement des motivations éminemment politiques montre la pénétration des idées nationalistes ainsi que la force du lobby religieux.

Une violence atroce s’étend alors sur l’île durant quatre jours faisant des milliers de victimes. Le gouvernement dépassé et victime de ses dissensions internes tarde à réagir, l’état d’urgence étant décrété par le gouverneur de sa propre initiative. Ces violences sont l’oeuvre pour la plupart de jeunes chômeurs urbains ou ruraux probablement manipulés. Le mélange entre les difficultés économiques et l’exaltation nationaliste devient « le fond de commerce » des extrémistes. Les activistes bhikkhus s’évertuent à discréditer Bandaranaike qu’ils considèrent comme un traître. Le mouvement nationaliste très mouvant et infiltré dans l’ensemble de la classe politique devient un élément que les deux partis majeurs (UNP et SLFP) tentent de s’approprier.

Il s’agit plus d’un sentiment nationaliste diffus que d’un mouvement nationaliste possédant une véritable représentation politique. Hormis les groupes de pression et les moines activistes il n’y a pas de représentation permanente incarnant ce sentiment nationaliste (un parti cinghalais nationaliste par exemple). Les efforts de ces bhikkus ont abouti à de profondes divisions au sein du SLFP. Dépassé par ce sentiment qu’il a lui-même appuyé et développé Bandaranaike est assassiné le 25 septembre 1959 par un jeune médecin ayurvédique lié aux moines activistes. Si les responsables directs du complot ont été jugés, il est probable que des ramifications s’étendaient plus loin. Cette étape de la vie politique ceylanaise est essentielle car elle marque le début de « la prise de pouvoir » du nationalisme. Quelle que soit la tendance politique du gouvernement, il devra toujours faire avec ce nationalisme latent ou déclaré.

2.3.4. Cercle vicieux et engrenage : les progrès de l’ethnocratie.

La politique du « Sinhala Only » (visant à imposer la langue cinghalaise comme langue officielle) suivie par Bandaranaike a laissé des traces. Cette politique a entraîné des réactions très vives de la part des Tamouls qui y voyaient, outre une attaque à l’encontre de leur culture, un désavantage économique au regard des offres d’emploi proposées par l’administration. Ce genre de situation se répète de manière constante dans les années 1960 puis 1970. D’autre part, le pouvoir suit une évolution autoritaire qui renforce la dérive amorcée vers l’ethnocratie. La veuve de Bandaranaike, Sirimavo, qui est élue en 1960 doit ainsi faire face à un coup d’Etat déjoué à temps en 1962. De même, après la victoire d’une coalition de gauche aux élections de 1970, une insurrection menée par le Front de libération du peuple (JVP, parti né à l’initiative d’étudiants cinghalais marxistes) menace très sérieusement le pouvoir en place. La riposte est sanglante faisant des milliers de morts principalement dans le milieu étudiant. Ce contexte politique, lié à des difficultés économiques, pousse les gouvernements successifs à adopter un pouvoir fort et centralisé, ce qui ne peut jouer qu’en défaveur des Tamouls espérant une décentralisation du pouvoir.

2.4. La réponse tamoule.


La réaction tamoule a mis un certain temps pour s’organiser et se développer. Certes, il existe dès 1939 des politiciens tamouls qui proposent leur propre version du communalisme notamment en se rapprochant de l’Inde du sud et en exaltant la culture dravidienne, mais ces mouvements n’ont eu qu’une audience limitée. De la même manière que le mouvement pro-cinghalais s’est développé à partir du ressentiment des masses (et non à partir de l’élite anglicisée) et constitue un sentiment diffus, le mouvement tamoul prend racine dans la peur de la communauté tamoule.

Dès les élections de 1956, une scission du Tamil Congress, parti qui représentait jusqu’alors la minorité tamoule, donne naissance à une organisation ouvertement autonomiste, le Federal Party, qui réclame pour Ceylan un statut fédéral à l’image de l’Inde et qui remporte les élections dans les circonscriptions du nord de l’île. Si les trois catégories (Tamouls sri-lankais, immigrés et urbains) ne forment pas un ensemble uni, chacune se sent menacée. En effet, les Tamouls immigrés font l’objet d’un accord indo-sri-lankais (accord Shastri-Sirimavo) signé en 1964 et renouvelé en 1974 prévoyant le rapatriement d’une partie de ces travailleurs des plantations. Les Tamouls urbains voient leurs avantages économiques se réduire considérablement (suite à la politique du « Sinhala Only ») tandis que les Tamouls sri-lankais acceptent de plus en plus difficilement le pouvoir cinghalais dans les régions où ils sont majoritaires.

De plus, la nouvelle Constitution de 1972 (tournant socialiste décisif conduit sous l’égide de Mme Bandaranaike) est perçue comme anti-tamoule, officialisant en quelque sorte le nationalisme cinghalais. Naturellement cet avis n’est pas partagé par les Cinghalais qui au contraire mettent en avant l’apparition d’un « bill of rights ». Ce qui nous importe ici c’est la réaction des Tamouls qui perçoivent la majorité des actions un peu sensibles du gouvernement comme une menace. Une forme de paranoïa se développe dans les deux camps. Les Tamouls prennent aussi comme une provocation l’instauration de quotas à l’entrée des universités. Cependant, vu du cTMté cinghalais, il s’agit de retrouver une certaine égalité en diminuant à terme la proportion de Tamouls au sein de l’administration. Cette mesure a des répercussions graves car elle fédère les étudiants (population généralement active, cf. le JVP) tamouls dès lors beaucoup plus sensibles à la cause nationaliste18.

2.4.1. La revendication autonomiste.

La Constitution de 1972 marque aussi un tournant pour les leaders tamouls et le mouvement tamoul en général. Dans un esprit pan-tamoul renaissant certains leaders se tournent vers l’Inde oubliée et le Tamil Nadu. Ils forment en 1976 le Tamil United Liberation Front (TULF) préconisant dans un manifeste en mai 1976, pour la première fois et de manière solennelle, la création d’un Etat tamoul à Sri Lanka. Signe du changement, SJV Chelvanayagam est un des initiateurs de ce projet. Dix-huit ans après sa tentative d’accord avec Bandaranaike pour former une société multiethnique sri-lankaise, Chelvanayagam est devenu un séparatiste tamoul intransigeant. Les défenseurs d’un Etat tamoul se fondent sur l’idée d’une « terre promise » appartenant traditionnellement aux Tamouls (en particulier dans le nord et l’est du pays) remontant au début de l’histoire de l’île. Ces idées proviennent des travaux historiques concernant l’étude du peuplement de l’île réalisés dans les années 1930. La revendication séparatiste apparaît donc de manière formelle très tardivement. Cependant, c’est une idée évoquée à partir de 1930 (suite à l’instauration de la majorité absolue) s’affirmant après 1956 en réaction au chauvinisme cinghalais.

Les principaux griefs tamouls sont connus : la majorité cinghalaise rechercherait à imposer sa langue, sa culture, voire sa religion aux minorités, et à s’attribuer le monopole du pouvoir politique ; les gouvernements depuis l’indépendance n’ont cessé de trahir les promesses faites pour obtenir les suffrages des minorités : les Tamouls ont le sentiment qu’ils ne peuvent compter que sur eux-mêmes pour défendre leurs intérêts. Les modalités d’accès à l’enseignement supérieur et les procédures de recrutement de la fonction publique barrent aux jeunes tamouls l’accès à des carrières qui fournissaient jusque-là le meilleur débouché pour les enfants de la bourgeoisie de Jaffna ; les grands projets de développement agricole et économique ne bénéficient pas aux régions tamouls. Voilà pour l’essentiel les principaux reproches faits aux Cinghalais. L’exposé de ces griefs montre clairement que la source de tension entre Cinghalais et Tamouls réside avant tout dans des motivations politiques et économiques circonstancielles. L’antagonisme culturel joue certes un rôle mais il intervient plus comme un catalyseur renforçant chaque parti dans sa propre conviction.

2.5. 1983 : radicalisation (idéologie, violence et terrorisme).

Si la notion de peur est un facteur déterminant dans le succès de l’idée séparatiste tamoule, il existe chez les Cinghalais une forme de paranoïa en particulier parmi les membres de l’administration. Comme facteur d’explication on peut avancer l’idée que la majorité cinghalaise se sent menacée par l’activisme et les revendications des Tamouls et par conséquent se perçoit comme une minorité par rapport à l’ensemble tamoul constitué de la communauté sri-lankaise mais aussi du Tamil Nadu. A ce sujet Christophe Jaffrelot, chercheur, a employé le terme « d’infériorité majoritaire ».

Le conflit a pris une forme violente mais très localisée et ponctuelle durant l’été 1977 puis au cours de l’année 1981. Ces différents événements témoignent de la radicalisation croissante des deux partis. A partir de la fin des années 1970 les modérés du TULF sont peu à peu dépassés par des groupes tamouls extrémistes. Dans ce climat de violence et de peur, les arguments extrémistes rencontrent un écho favorable auprès de la population. De nombreux petits accrochages entre les deux communautés accroissent la tension.

Cette violence latente éclate pendant le mois de juillet 1983 au cours de pogroms anti-tamouls qui font plusieurs milliers de victimes séparant définitivement Cinghalais et Tamouls. Ces violences ont certes des explications « conjoncturelles » mais elles sont surtout le reflet d’une banalisation et d’une organisation de la violence. Dès la fin de 1982 les militants tamouls multiplient les attaques contre les casernes et les dépôts d’armes, provoquant ainsi les réactions, souvent aveugles, des forces armées, mal préparées au défi de la subversion.

Suite à une attaque des Tigres contre un détachement de l’armée sri-lankaise faisant treize morts parmi les soldats, des émeutes éclatent à Colombo. Les manifestants se livrent à une véritable chasse au Tamoul. Boutiques, bureaux, hôtels, usines sont mis à sac et incendiés, leurs propriétaires abattus. Les Tamouls se réfugient dans des camps d’où ils émigrent vers la province de Jaffna, vers l’Inde ou vers l’Occident. On estime à cent quarante mille le nombre de sinistrés qui ont quitté Sri Lanka à la suite de ces événements. Ces mouvements de population achèvent de séparer géographiquement les deux communautés donnant par là même un poids supplémentaire aux revendications séparatistes. De plus il existe désormais des martyrs dans chaque camp ce qui ne fait qu’accroître le ressentiment des deux peuples.

Il faut cependant remarquer que cette orgie de violence n’a pas été aveugle. Les émeutiers, parmi lesquels nombre de soldats et de policiers, ont visé des cibles nettement définies. The Times (Londres) du 8 août 1983 rapportait :

 »This time [unlike in earlier violence] the governement detected plain signs of deliberate organization. The rioters seeking out Tamils homes and burning them, had a particularly knowledge of who lived where and who owned what ».

De même India Today (New Delhi) du 31 août confirmait :

« The mobs were armed with voters lists, and detailed addresses of every Tamil-owned shop, house, or factory, and their attack were very precise ».

La violence prend donc une forme organisée et ce, véritablement pour la première fois. Ces massacres ne pouvaient manquer d’être interprétés comme anti-tamouls en général. Ainsi l’action terroriste, par les réactions violentes qu’elle avait probablement le dessein de provoquer, a entraîné de proche en proche un processus de mobilisation visant à unir tous les tamouls dans la poursuite de l’indépendance. Cette tactique d’attentats destinés à provoquer des réactions massives des Cinghalais contre les Tamouls a été appliquée systématiquement depuis. Le second objectif des terroristes était probablement de faire échouer la politique d’ouverture et de libéralisme

entreprise par Jayewardene (sur le modèle asiatique) et dont l’économie de Sri Lanka commençait de recueillir les fruits, créant ainsi un contexte plus favorable au dialogue.

Les événements de 1983 marquent le commencement d’un cercle vicieux terrorisme-répression dont le pays n’est pas encore sorti. A partir de ce moment là le conflit prend sa forme définitive. Les actions terroristes se multiplient, l’armée sri-lankaise (exclusivement cinghalaise) accroît ses effectifs conduisant des répressions de plus en plus sanglantes mais perdant le contrôle des zones à majorité tamoule.

2.5.1. Liberation Tigers of Tamil Eelam.

La fin des années soixante-dix est marquée par l’émergence de groupes extrémistes. Les organisations tamoules modérées, tel le Front uni de libération tamoul ou Tamil United Liberation Front (TULF) sont débordées par un mouvement composite : les Tigres de la libération du Tamil Eelam ou Liberation Tigers of Tamil Eelam (LTTE), le plus dur, le PLOT (People’s Liberation Organization of Tamil Eelam), l’EPRLF (Eelam People’s revolutionnary Liberation Front). Fortement implantés dans la péninsule de Jaffna où ils réduisent à la défensive les forces gouvernementales, les Tigres éliminent les groupes tamouls rivaux à partir des années quatre-vingt. Les modérés du TULF puis les organisations extrémistes sont réduits au silence. Les militants disposaient à l’époque de bases arrières en Inde du sud, où ils bénéficiaient de la sympathie des autorités de Madras, et de l’appui des services secrets indiens, soucieux d’affaiblir un gouvernement sri-lankais considéré comme pro-américain.

L’intervention de l’Indian Peace Keeping Force en 1987 modifie profondément l’attitude de l’Inde vis-à-vis des groupes terroristes (nous analyserons la doctrine régionale de l’Inde ainsi que l’accord indo-sri-lankais de 1987 et l’intervention militaire de l’Inde dans la troisième partie). De tampon censé aider au désarmement et au dialogue, la force indienne se transforme rapidement en une arme déployée contre les séparatistes. Le LTTE s’oppose en effet vigoureusement aux forces armées indiennes qui subissent de lourdes pertes et se retirent en 1990, laissant le champ libre au LTTE. Ce dernier reprend le contrôle des régions tamoules en en délogeant leurs rivaux que les Indiens avaient armés. Le LTTE étend ses activités à l’est de l’île où il s’impose avec plus de difficulté. Le LTTE doit affronter une forte résistance des Cinghalais installés dans la province orientale ainsi qu’une farouche opposition des Musulmans qui refusent l’idée de l’Eelam. En 1990, la situation dégénère en une guerre civile marquée par les représailles des milices musulmanes appuyées par les sections spéciales de l’armée en réponse aux massacres perpétrés par le LTTE contre les Musulmans.

Le LTTE ne dispose plus du soutien de New Delhi ni de Madras dans sa lutte armée à partir de 1990. L’assassinat de Rajiv Gandhi en 1991, probablement par un commando des Tigres, amène un changement de gouvernement au Tamil Nadu. Le nouveau gouvernement de Madras oblige les réfugiés Tamouls sri-lankais à se faire enregistrer et pourchasse les militants du LTTE. La situation est aujourd’hui confuse : suite à l’attaque des forces armées sri-lankaises sur Jaffna en 1995, les Tigres ont perdu leur bastion historique. Ils ont cependant renforcé leur domination à l’est du pays et repris leur activité de guérilla et de coups de main.

2.5.2. Organisation et idéologie.

Le LTTE a la mainmise sur la population tamoule. Il a su rallier l’adhésion d’une partie de la communauté lasse des représailles et des exactions de l’armée sri-lankaise et s’appuie sur des hommes de main le plus souvent issus de la jeunesse tamoule pour museler les opposants et contester l’autorité des générations formées avant l’indépendance. Dans toutes les communautés, les jeunes instruits affrontent les mêmes problèmes de chômage et rejettent les valeurs traditionnelles pour prôner un bouleversement social radical par l’action violente. Le LTTE a su parfaitement canaliser ce mouvement désordonné de la jeunesse tamoule et l’orienter vers une lutte armée au profit de la cause de l’Eelam (les quotas imposés à l’entrée des universités entrant pour une bonne part dans le ressentiment des jeunes tamouls). Le LTTE a pu puiser dans ce réservoir formé par la jeunesse tamoule les fanatiques nécessaires à ses actions terroristes et notamment à ses attentats suicides, marque du LTTE. Les auteurs de ces attentats suicides devenant autant de martyrs de la cause tamoule et servant d’exemple à ceux qui les suivront bientôt.

Il semble en fait qu’une grande partie de la population tamoule, du moins dans les campagnes, subisse plus que ne soutienne le mouvement des Tigres. Les efforts du LTTE pour rallier l’ensemble de la communauté tamoule à la cause séparatiste portent difficilement leurs fruits à l’est et au centre du pays. Le LTTE n’a qu’une influence très limitée dans la région de Nuwara Eliya dominée par les Tamouls des plantations tandis que les Tamouls de Trincomalee acceptent difficilement la domination d’un groupe provenant de la province de Jaffna. Cependant, les Tigres contrôlent d’une main de fer les régions nord et est et ne laissent se développer aucune opposition. A l’image de leur chef historique, Velupillai Prabhakaran, qui se joue des autorités sri-lankaise et indienne, le LTTE est à la fois présent partout et insaisissable.

Les Tigres disposent de ressources importantes provenant de « l’impôt révolutionnaire » qu’ils lèvent sur l’île, de trafics illicites (notamment des trafics d’armes et de drogue) et d’aides extérieures. Le LTTE peut en effet compter sur la diaspora tamoule qui constitue dans certains cas des réseaux d’acheminement d’armes et de fonds. La diaspora a également un rôle de porte-parole auprès de la communauté internationale. Les émigrés, souvent de haut niveau intellectuel et sensibles aux problèmes ethniques de l’île, se font les apôtres de la cause indépendantiste ou autonomiste. A leur action s’ajoute le militantisme d’étudiants détachés pour plusieurs années dans les universités étrangères. Cependant, la plupart des associations tamoules établies à l’étranger, si elles condamnent les violences cinghalaises, sont favorables à une solution concertée et pacifique, étant souvent des émanations du TULF. On peut tout de même penser que des fonds au profit du LTTE transitent par ces associations. De même un certain nombre d’extrémistes soutiennent l’action des Tigres et fournissent une aide logistique. Cependant, l’aide officielle de Madras et le soutien officieux de New Delhi semblent bien appartenir au passé.

Il est plus difficile d’identifier les autres soutiens éventuels. Les Tamouls sont fortement soupçonnés d’avoir eu de nombreux contacts dans le passé avec l’Organisation de Libération de la Palestine (OLP). En 1976, peu après l’installation d’un bureau de l’OLP à Colombo, des rumeurs faisaient état que de jeunes tamouls s’entraînaient à la guérilla dans des camps palestiniens et que l’OLP fournissait des armes aux organisations tamoules extrémistes et notamment au LTTE. Même si ces affirmations ont été démenties par la suite par le représentant de l’OLP à Colombo, Il semble établi que les deux organisations ont eu des contacts étroits (alors que le gouvernement sri-lankais était aidé par Israël). On peut douter de l’existence aujourd’hui de liens entre le LTTE et l’OLP. Le nom de la Libye est aussi fréquemment avancé. Mais il est fort peu probable qu’il existe aujourd’hui des liens sérieux entre le LTTE et la Libye. De fait, le seul véritable appui vient de la diaspora tamoule.
 
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12 Qui fut Premier ministre de 1959 à 1965 puis de 1970 à 1977.
13 A défaut d’avoir été dirigé contre les Anglais avant la décolonisation.
14 Cité par Tambiah, « Buddhism Betrayed ? »
15 L’adjectif « séculaire » est certainement repris ici de l’anglais secularism et n’a pas véritablement son correspondant en français. [N.D.L.R]
16 Cité dans David Little, « Sri Lanka, The Invention of Enmity », United States Institute of Peace Press, 1994.
17 Parti de la gauche cinghalaise.
18 Ce ressentiment des étudiants tamouls est d’autant plus important qu’il a pu être par la suite exploité par le LTTE pour forme