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Les modéliars de la région de Saint-Thomé

Description : diter

 

Lettres du C.I.D.I.F. - Lettre n°16/17

Écrit par Jacqueline Lernie-Bouchet   

Samedi, 01 Août 2009 13:53

LES MODELIARS DE LA REGION DE SAINT-THOME
Caste : Savalla velaja
Un essai de généalogie.

 

par Jacqueline Lernie-Bouchet

 

 

L’inauguration récente du buste de Canagaraya modeliar (3ème modeliar de la compagnie française de l’Inde) dans l’enceinte de l’église de Rettiarpaleom1, une aldée de Pondichéry, donne l’occasion d’observer de plus près une généalogie dont les chaînons manquants sont encore nombreux. Nous espérons qu’un étudiant en fera son sujet de maîtrise ou de mémoire de fin d’études pour tracer les voies choisies par une même famille en trois siècles de présence française en Inde. D’après Claude Marius, rédacteur en chef du Trait-d’Union, de nombreuses familles se prêtent à Pondichéry à ce type d’étude. Et c’est donc à l’intention de ce futur chercheur que nous rassemblons ici les éléments connus2. Nous sommes bien conscient que des erreurs se sont certainement glissées dans ce qui va suivre. On voudra bien nous en excuser, car tous les renseignements et toutes les précisions qui seront fournis ultérieurement seront repris dans une mise à jour, après la parution du prochain ouvrage de Michel et Agnès Gaudart de Soulages sur l’Armorial de l’Inde française3.

Philippe Haudrère écrit : « A Pondichéry, depuis l’installation des Français dans la ville, la fonction (de dubash) était exercée par les chefs successifs d’une famille chrétienne originaire de Saint-Thomé »4. Le nom patronymique n’existant pas en Inde et le petit-fils ou le neveu portant le nom du grand-père ou de l’oncle, nous avons cru bon de rechercher une appellation d’ensemble permettant de regrouper tous les membres répertoriés par nous, issus du même ancêtre, sous l’appellation « Modeliars de la région de Saint-Thomé » en respectant autant que faire se peut un ordre chronologique. Ils étaient tous propriétaires terriens.

Il y a eu d’abord TANAPPA Modeliar, Lazaro DE MOTHA, cofondateur de Pondichéry5. On l’appelait aussi Carpannin parce qu’il était, paraît-il, très noir6. Marchand de Poundamallê, près de Madras, il accompagne François Martin pour fonder le comptoir de Pondichéry (15/01/1674). Premier dubash (courtier) de la compagnie française des Indes, il construit l’église Saint-Lazare (1686) et donne à Ariancoupam un terrain pour la construction de la chapelle catholique (1690). Tanappa Modeliar, mourut à Madras le 5 mai 1691.

Antonio de MOTHA Modeliar, alias André Mouttiappa Modeliar7, fils du précédent, est né à Pondichéry en 1677. Il fut le second de cette famille à être dubash8 (courtier) de la compagnie française des Indes. Il fut, « en 1708… congédié par le Conseil pour avoir donné connaissance à des tiers d’une négociation secrète poursuivie par le rajah de Gingy »9. Il fut remplacé par Nanyappa Pillai qui fut modeliar,10 courtier de la Compagnie française des Indes de 1708 au 19 février 1716.

Pedro11 CANAGARAYA Modeliar12 est né en 1695 à Pondichéry, où il mourut en 1746. Il fut le 3ème modeliar de cette famille à être le courtier13 de la compagnie française des Indes (1695-1746), Pedro Canagaraya Modeliar est le dubash de cette famille qui a laissé le plus de souvenirs. Il fut l’intermédiaire entre le roi de Tanjore et la Compagnie. Il fit construire l’église de Rettiarpaléam (1745) où son buste vient d’être inauguré14. Il existe de nombreux documents le concernant ; la dernière étude en date se trouve dans la Revue historique de Pondichéry, vol. XVIII, 199515. M. Bourdat a également rédigé des articles sur ce sujet dans le Trait-d’union. Il faudrait pouvoir comparer tous ces textes et surtout les dates, dans leur ensemble.

A la mort de Pedro Canagaraya Modeliar en 1746, son épouse Nakshtrammalle demanda à Jeanne Dupleix d’intervenir auprès de son mari pour que la fortune lui revienne à elle et à ses frères. Canagaraya Modeliar avait un fils16, qui mourut avant lui, laissant une femme, Chandra Muthammalle, mais point d’enfant. Canagaraya Modeliar avait également une soeur et un frère. Ce dernier s’appelait TANAPPA comme son grand-père et hérita de la fortune familiale mais il mourut sans descendance.

Les descendants de cette famille sont donc tous issus de la soeur de Canagaraya Modeliar et deviennent ainsi les seuls descendants de Lazaro de Motha Tanappa Modeliar. Il faut aussi se souvenir qu’il n’y avait pas de nom de famille, coutume acquise par la suite sous l’influence des Français et rendue obligatoire pour tous ceux qui renoncèrent à leur statut personnel.

Ensuite nous sautons à DIAGOU Modeliar, né en 1780 et décédé en 1849. Nous ne connaissons pas pour le moment le nom de ses parents ni de quelle manière il relève de la généalogie qui a pour point de départ Lazaro de MOTHA TANAPPA Modeliar. Mécène, philanthrope, il a fait construire la tour de l’horloge du grand bazar de Pondichéry et a également fait construire de nombreux chaudries (lieux de repos) pour les voyageurs. Il eut pour fils aîné BELVINDIRASSAMY Modeliar.

BELVINDIRASSAMY Modeliar épousa Gnanapoumalle. Ils eurent deux enfants : Appavou BELVINDIRASSAMY DIAGOU Modeliar (1857-1923) et Belvindira DAIRIANADIN Modeliar.

1. Appavou BELVINDIRASSAMY DIAGOU Modeliar a obtenu sa licence en droit à Aix-en-Provence en 1880. C’est probablement le premier membre de la famille à s’être rendu en France ; notaire à Pondichéry, il fut membre de l’assemblée législative et maire-adjoint de Pondichéry. Il eut 4 garçons et une fille : Gnanou Diagou, Mariassoucè, Philippe Diagou, Aroulnadin et Mariammalle

Gnanou DIAGOU Modeliar est né à Pondichéry le 15 août 1877 et décédé à Archivack en avril 1959. Licencié en droit, avocat-conseil, il fut maire d’Ariancoupam pendant plus de 30 ans. Il épousa Aroulattammalle (décédée à Pondichéry en 1926). Ils eurent trois enfants : Cojandè Daïrianadin Modeliar, Appavou Belvindirassamy Modeliar et Marie Gnanapou Ammalle.

Cojandè DAIRIANADIN Modeliar (1906-1985), avocat-conseil, est lui-même le père de Jaganou DIAGOU (1934), avocat-conseil, de Marie Joseph TANAPPA, ancien directeur du collège Calvé à Pondichéry et de Marie-Louise Tamendy.

Marie Gnanapou Ammalle (Pondichéry sept. 1901-Pondichéry juillet 1962) épousa André SANDANASSAMY (Pondichéry, août 1900-Pondichéry 22 nov. 1973), inspecteur des contributions et juge du tribunal supérieur d’appel de Pondichéry. Ils eurent deux fils : Théodore SAMOU né à Pondichéry le 21 avril 1936 et POMPERAJ, né le 23 août 1927 et décédé le 2 mai 1993.

Philippe DIAGOU (notaire) et sa femme Annappou ont eu trois enfants : CARNAT Aroquiassamy, Louis PREGASSAM et Marianatchattirame, Marie-Stella17 (1923-1987). Cette dernière, mariée à Antoine Gnanapragassam APPATAMBY (1912-1962), a eu pour fils Marie-Joseph MOUDIAPPANADIN, professeur de tamoul à l’INALCO.

AROULNADIN a eu pour fils Jean Soucè DIAGOU, également bien connu à Pondichéry.

2. BELVINDIRA DAIRIANADIN Modeliar épousa Marie Cojandéammalle (fille de Doressamy Modeliar) et eut pour descendance, Adéklamballe Tambiathammalle et PARANDJODI Modeliar.

PARANJODI Modeliar, décédé à Archivack en 1980, eut trois enfants : Dairiam, Thérèse et Rita.

Adéklamballe (née à Pondichéry en 1894 et décédée à Bangalore en 1948) épousa Marie SELVANADIN Modeliar (1886-1961, magistrat dont le père était APPASSAMY Modeliar et la mère, Ammayammalle, fille de NALLATAMBY Modeliar). Ils eurent pour enfants, André SELVANADIN (1912-1963), Marie Cojandéammalle SELVANADIN (1913-1992), épouse de Marie Divianadin LERNIE, et Antoinette SELVANADIN (1923), épouse de Henri Paramananda MARIADASSOU.

André SELVANADIN épousa Joséphine AMBROISE (fille de l’avocat Gnanou AMBROISE) et eut pour enfants, Jeannette, Samouraj, Gandhi, Kastouri, Rajkumar, Harish et Raja.

Jeannette SELVANADIN a épousé Pierre KLEBERT, fils de DORESSAMY Modeliar (1900-1930) et de Marie Philomène RASSAYA (1905-1971).

Samouraj, Rajkumar et Harish SELVANATHAN18 sont bien connus à Pondichéry.

Nous avons simplement voulu rassembler autour de l’ancêtre commun, Lazaro de MOTHA, quelques uns de ses nombreux descendants sans pour autant les nommer tous et sans oublier ceux de « la main gauche » qui ne sont sans doute pas les moins fiers de cette appartenance19. Cet arbre généalogique est un banian dont l’enchevêtrement des branches paraît presque inextricable.

J.L.B.
Portrait tiré de l’ouvrage de Marie-Joseph TANAPPA : Vie et œuvre de Pedro Canagaraya Moudeliar, troisième doubache de la Compagnie des Indes orientales. Evénements chronologiques d’après le Journal d’Ananda Rangapoullé. (voir édition imprimée)

 

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1 Voir l’article du Trait-d’union de juin 1997.
2 Certains éléments sont de notoriété publique. D’autres m’ont été fournis par Michel GAUDART, co-auteur avec son épouse de plusieurs ouvrages de généalogie, Théodore SAMOU, Jeannette SELVANADIN, Joseph MOUDIAPPANADIN et Marie-Joseph TANAPPA, auteur de Vie et œuvre de Pedro Canagaraya Moudeliar, troisième doubache de la Compagnie des Indes orientales. Evénements chronologiques d’après le Journal d’Ananda Rangapoullé.
3 Voir page 103.
4 Philippe Haudrère, Revue historique de Pondichéry, vol. XVIII.
5 Cf. Le Trait-d’Union de juin 1997.
6 Renseignement donné par Adeklamballe Selvanadin, décédée en 1948.
7 Pourquoi Antonio de Motha Modeliar s’appelait-il également André Mouttiappa Modeliar ?
8 « Tous sont recrutés et dirigés par le ’courtier’ ou ’dubash’ souvent orthographié dobachi par les Français de l’époque ». Op.cit. p. 55.
9 Philippe Haudrère, Revue historique de Pondichéry, vol. XVIII, p. 55.
10 Autrement dit, à l’origine, « modeliar » devait signifier « courtier ».
11 Pedro comme Lazaro et Antonio sont des prénoms donnés par des jésuites portugais.
12 Dans la revue citée ici, « Pedro Canagaraya Modeliar » s’écrit « Pedro Kanagaraya Mudaliar ». Philippe Haudrère écrit aussi GOUROUAPPA sans le V qui se trouve en tamoul.
13 Après le décès précoce du chevalier Philippe Gourouappa.
14 Cf. Le trait d’Union de juin 1997.
15 Articles de M. Haudrère mais aussi de M. David Annoussamy.
16 Quel est le nom de ce fils ?
17 Marie-Stella est la traduction de Marianatchattirame.
18 Remarquer l’orthographe anglaise du nom.
19 Une phrase prononcée par un membre de cette nombreuse famille.