Blue Flower

MOI PHOOLAN DEVI, reine des bandits

par Phoolan Devi, avec la collaboration de Marie-Thérèse Cuny, Editions FIXOT

Compte rendu par Noëlle Deler



Moi, Phoolan Devi est le livre de l’inacceptable, le livre de l’intolérable.

La femme en Inde, et particulièrement dans la caste de Phoolan Devi, caste des plus misérables, est moins qu’un objet jetable.

Phoolan Devi est avant tout la victime de traditions archaïques, figées ; la victime aussi de l’indifférence et du mépris d’une société conditionnée par les lois de Manu, aux origines deux fois millénaires et qui classent les hommes de ce continent en castes fortement cloisonnées et imperméables les unes aux autres. Elle est victime enfin de ses parents, victimes à leur tour de leurs frères de caste malhonnêtes et cupides, de gens plus riches et plus puissants, car les rapports de force s’exercent implacablement du haut en bas de l’échelle jusqu’aux plus humbles, aux plus démunis.

Phoolan Devi a été mariée à 9 ans à un homme brutal de 35 ans qui l’a battue, violentée, violée, mutilée, enchaînée. Ses parents, tous les siens n’ont su ni n’ont pu l’aider, annihilés par leur soumission-dévotion aux plus forts, aux nantis, incapables de faire preuve du moindre sentiment de révolte, privés de la moindre compassion vis-à-vis de cette enfant martyrisée.

À la suite de nombreuses aventures malheureuses et cruelles -d’autres hommes, des policiers abuseront d’elle- elle deviendra la « Reine des bandits », redresseur de torts. Elle assouvira sa soif de vengeance, ô combien justifiée !, en imposant sa justice à elle. Elle deviendra, après onze ans de prison, députée de l’Uttar Pradesh, l’Etat où elle a vécu, et continuera de façon plus légitime et moins violente sa lutte pour plus de justice et plus de liberté pour les femmes de son pays.

Le miracle de cette autobiographie -notre héroïne analphabète n’a pu que raconter sa vie et non l’écrire-, le miracle est donc l’ampleur et la profondeur du mouvement de révolte d’une petite fille, née dans un milieu misérable et asservi, qui a su, en dépit de son entourage et malgré les coups et les malheurs, se dresser seule contre une civilisation archaïque et injuste.