Blue Flower


Première Partie :

UNE PRESENCE CONTEMPORAINE FRAGILE.

 

Chapitre I : L’action culturelle française à Pondichéry

 

Au printemps 1995, une délégation de France3 Télévision (Elisa DJEN et Hervé CABIBBO) se rendait à Pondichéry pour animer une sélection de candidats à l’émission française « Questions pour un champion ». En effet, né en 1988, ce jeu télévisé organisait pour le seconde fois une compétition internationale ouverte à dix pays francophiles, dont l’Inde. Parmi les vingt-trois candidats réunis à l’Alliance française de Pondichéry ce jour, deux lauréates, Nalini J. Thambi et Arathi Chandrasekar, toutes deux issues de l’Université de Pondichéry, furent selectionnées pour se rendre à Paris et participer à cette compétition. Cette petite anecdote confirme l’existence, dans cette ville indienne perdue sur la côte Coromandel, d’une activité culturelle française encore dynamique.

Pour tenter de rendre compte de ce phénomène, nous étudierons dans un premier temps, les principaux médiateurs de l’action culturelle française à Pondichéry, puis nous nous intéresserons, dans un second temps, aux supports de la diffusion culturelle.

 

I-LES PRINCIPAUX MEDIATEURS DE L’ACTION CULTURELLE FRANCAISE A PONDICHERY

Nous distinguerons assez naturellement les acteurs publics des acteurs privés.

Les acteurs publics

1- Les acteurs gouvernementaux

Le premier protagoniste public que l’on doit évoquer, quant à l’action culturelle française à Pondichéry, reste bien sûr l’Etat français.

Comme dans tout pays étranger, l’Ambassade de France en Inde (siégeant à New Delhi) est dotée, pour la conduite de sa politique culturelle, d’un Conseiller culturel détaché par la Direction Générale des Relations Culturelles Scientifiques et Techniques (DGRCST) du Ministère des Affaires étrangères. Dans l’exercice de ses responsabilités, ce dernier est assisté, en plus des services administratifs traditionnels, par un Centre de Documentation Universitaire Scientifique et Technique (CEDUST) établi dans les structures de l’ambassade.

Si la capitale indienne constitue ainsi le siège central des services culturels du gouvernement français en Inde, on peut néanmoins être surpris par la relative (pour ne pas dire totale) inexistence d’échelons « décentralisés » de ces administrations à l’échelle de la ville « francisante » de Pondichéry.

En effet, il n’y a pas à Pondichéry, à proprement parler, de Centre ou d’Institut culturel français, comme on peut en trouver dans de nombreux pays étrangers. Certes, il existe bien un Institut Français, mais ce dernier a perdu toute vocation à promouvoir la langue et la culture françaises, depuis la fin des années cinquante33. Aujourd’hui, l’Institut Français de Pondichéry se consacre uniquement à la recherche dans les domaines de l’indologie, de l’écologie et des sciences sociales.

En outre, le Consulat général de France représentant les intérêts de la dizaine de milliers de nationaux français résidant dans l’ancien comptoir ne jouit, en matière culturelle, que d’une compétence liée, donc résiduelle.

Ainsi, puisqu’il ne dispose pas sur place de structures propres susceptibles de mettre en application ses orientations, une des premières caractéristiques de la politique culturelle que le gouvernement français mène aujourd’hui à Pondichéry, si l’on excepte l’aspect éducatif et les subventions qu’il accorde à certaines initiatives privées, réside dans sa relative indécision.

Une fois ces quelques réserves émises, comment définir le rôle que la représentation diplomatique française entend faire jouer à Pondichéry dans les relations culturelles entre la France et l’Inde ? En l’absence d’une politique clairement affichée, nous rendons ici compte de quelques thèmes abordés par les responsables à l’occasion de certaines de leurs communications.

Quatre principaux axes sont généralement retenus au titre de la politique culturelle française à Pondichéry :

- adapter les structures et les attributions du poste consulaire aux réalités actuelles ; concernant l’action culturelle, les demandes se font en effet incessantes pour que soit affecté à Pondichéry un attaché culturel, représentant direct du Conseiller culturel de l’ambassade34.

- développer une politique adéquate de l’audio-visuel ; l’objectif étant d’améliorer la réception de Canal France International (notamment au niveau des horaires des programmes), et de permettre à la population de capter les ondes de Radio-France International35.

- accentuer la présence culturelle : développer le service de presse du Consulat, encourager la diffusion de films français dans les salles indiennes, etc..36

- faire de Pondichéry un espace privilégié au service de la présence culturelle française dans la région. Pondichéry doit devenir, selon M. Boismery, « le porte-avion de la francophonie en Asie »37

Mais la principale participation des pouvoirs publics français à l’action culturelle à Pondichéry consiste en une aide apportée aux initiatives privées, par le biais de diverses subventions de fonctionnement. Par exemple, le Consulat général de France accorde annuellement à l’Alliance française de Pondichéry une aide de quelques centaines de milliers de roupies38.

Du côté du gouvernement indien, malgré le grand enthousiasme souvent affiché par ses dirigeants, peu d’efforts concrets sont entrepris en faveur du maintien de la culture française à Pondichéry ; la raison en est sans doute que d’une manière générale, peu d’attention est accordée aux politiques culturelles à l’échelle locale ; en effet, si l’on en croit le document budgétaire voté en avril 1994 par le Parlement du Territoire de l’Union, on constate l’inexistence pure et simple d’un poste CULTURE ou équivalent39.

On ne peut en conclure pour autant que les autorités pondichériennes ne jouent aucun rôle dans l’action culturelle française à Pondichéry. En effet, deux structures publiques leur permettent de contribuer à cette vocation :

- le Musée de Pondichéry d’une part, abritant aussi bien des vestiges culturels et artistiques de l’époque antique qu’un mobilier assez complet de la période française (dont le lit et le fauteuil personnels, dit-on, du Gouverneur Dupleix) ainsi qu’une panoplie d’autres objets et ustensiles français du 18ème et 19ème siècle ;

- la Bibliothèque publique Romain ROLLAND d’autre part, fondée en 1827 par Eugène DESBASSYNS DE RICHEMONT et qui renferme, au milieu d’ouvrages divers, un grand nombre de documents et écrits français, dans leurs éditions originelles40.

Mais les gouvernements indiens et français, aussi étrange que cela puisse paraître, ne sont pas les seuls médiateurs gouvernementaux de la promotion de la culture française à Pondichéry. En effet, depuis quelques années, on constate un intérêt grandissant de la part du gouvernement canadien pour le développement de structures francophones dans l’ancien comptoir.

Ainsi, dès le début des années 1990, les Canadiens avaient émis le désir de fonder à Pondichéry un Centre culturel francophone. Dores et déjà implantés à New Delhi, avec l’Institut indo-canadien Shastri, ils souhaitaient exploiter le potentiel francophone de l’ancien comptoir, lequel selon eux n’est pas suffisamment considéré par les autorités françaises. Si bien qu’en mars 1993, le Département de français de l’Université de Pondichéry organisait, en collaboration avec l’Institut Shastri, un séminaire sur « les études canadiennes francophones ». Dans son discours introductif, M. Kichenamourty, Chef du Département, émit le voeu que ce séminaire contribue à développer la francophonie à l’Université de Pondichéry ; tandis que M. Gnanam, vice-chancelier de l’Université, exhorta le Département de français à tirer le meilleur parti de la situation historique de Pondichéry, pour resserrer ses liens avec tous les pays francophones du monde.

Actuellement, le projet d’établissement du Centre canadien francophone demeure vivant, même s’il a pris une tournure légèrement différente. En effet, l’objectif est à présent d’instituer une sorte de « Grand Forum francophone des affaires », qui proposerait des salles de réunion et des logements aux hommes d’affaires français de passage en Inde. Cette structure prendrait la forme d’ « une institution-relais » pour ceux d’entre eux qui doivent se rendre dans les grandes capitales économiques de l’Inde.

Après l’Inde et la France, le Canada constitue donc un promoteur important de la culture française à Pondichéry. Mais en dehors de ces médiateurs gouvernementaux, d’autres acteurs publics participent à cette vocation.

2- Les autres acteurs publics

A la suite de l’année de l’Inde en France en 1985, plusieurs institutions éducatives françaises reçurent du ministère de l’éducation nationale des propositions d’échanges scolaires et universitaires avec l’Inde. Ce fut entre autres le cas du Collège des Bruyères de Valentigney dans le département du DOUBS. Dès lors, plusieurs programmes d’échanges d’élèves et de professeurs se mirent en place entre la région Franche-Comté et des établissements indiens (quatre exactement de décembre 1989 à août 1991), lesquels furent autant d’expériences profitables pour les deux partis.

Des liens d’amitiés s’étant ainsi tissés, la ville de Pondichéry reçut fin 1990 la visite de Son Excellence Monsieur André LEWIN, Ambassadeur de France en Inde, accompagné d’une délégation du Conseil régional de Franche-Comté dirigée par M. Hervé LA VENIR, responsable du Comité des relations internationales de la Région. Le but de cette visite était d’étudier l’opportunité d’une coopération ponctuelle entre la région française et la ville de Pondichéry. Parmi les actions envisagées, plusieurs l’étaient dans le domaine culturel41 :

- aide financière à l’Alliance française,

- contribution technique à la presse en langue française,

- aide à la diffusion de programmes de radio et de télévision en langue française.

Aujourd’hui, quatre ans après la fondation de l’Association « Amitiés Franco-indiennes de Franche-Comté » (février 1992), la région Franche-Comté constitue un interlocuteur privilégié pour Pondichéry, dans ses relations culturelles avec la France.

Dans un même ordre d’idées, le Conseil Supérieur des Français de l’Etranger (CSFE), par l’intermédiaire de ses deux délégués pondichériens, peut devenir un acteur influent de la politique culturelle de la France dans son ancien comptoir.

En effet, MM Aroquiassamy et Dubaille Cojandé, en leur présente qualité d’élus représentatifs de la communauté française à Pondichéry au sein du CSFE, ont compétence pour donner au gouvernement leur avis sur toutes les questions concernant les Français à l’étranger. De plus, les douze sénateurs élus par ces mêmes membres du CSFE, et représentant au Parlement les Français établis hors de France, peuvent à tout moment déposer des propositions de lois ou amendements prenant en compte leurs aspirations42. Enfin les délégués ont également une fonction d’information (études de fond menées sur des problèmes précis), pouvant déboucher sur des voeux et motions contribuant à une meilleure administration des Français résidant hors de France.

Toutes ces compétences font de MM. Arioquassamy et Dubaille Cojandé, des responsables avertis de l’action culturelle française dans son ancien comptoir.

Evoquons enfin les structures audiovisuelles françaises, autres médiateurs publics de cette promotion culturelle.

Ce n’est qu’au début des années 1990 que Radio France Internationale (RFI) commençait à diffuser des émissions en direction de l’Inde ; dès 1992 en effet, elle proposait quatre heures d’écoute quotidiennes. Mais la réception de ces émissions était généralement de mauvaise qualité dans la mesure où les postes émetteurs étaient beaucoup trop éloignés. Ainsi des négociations se sont-elles engagées pour que RFI installe son signal sur un satellite couvrant toute l’Asie ; cela aurait pour conséquence de favoriser les reprises locales en « modulation de fréquence » (FM). Or, il lui fallait disposer, pour ce faire, d’un appui émetteur quelque part en Inde. Les autorités indiennes firent aussitôt savoir qu’elles n’étaient pas opposées à ce que cette coopération avec RFI prenne appui sur Pondichéry, où la France dispose d’atouts culturels et linguistiques non négligeables. Mais quatre ans après le lancement de ce projet, les négociations n’ont toujours pas abouti.

Concernant la télévision, dès janvier 1992, le Lycée Français était équipé d’une antenne parabolique de cinq mètres de diamètre, qui lui permettait de capter des émissions télévisées en provenance d’une dizaine de pays, dont les Etats-Unis d’Amérique, la Grande-Bretagne, mais par dessus tout, la France. « Pour les lycéens qui peuvent tous les jours aller voir ces émissions (…), peut-on lire dans le Trait-d’Union, c’est là un accès ouvert à la culture de la métropole et un enrichissement de la plus grande importance »43.

Deux ans plus tard, alors que la chaîne nationale Doordashan annonçait son intention de réaliser régulièrement des émissions en langue française à présenter au public pondichérien (compte-rendu des activités de l’Alliance française, exposition des travaux de l’Institut Français et de l’Ecole Française d’Extrême Orient, reportages sur les vestiges historiques de Pondichéry,…), les foyers équipés de la connection-câble pouvaient capter en direct la chaîne Canal France International (CFI). Ainsi les francophiles et francophones recevaient-ils dès lors, les émissions pré-selectionnées de toutes les chaînes françaises, telles que : « L’Heure de Vérité », « La Marche du siècle », « 7 sur 7 », etc.

A côté de tous ces médiateurs que l’on peut qualifier de « publics », un certain nombre d’institutions privées se révèlent également être des acteurs fondamentaux de la promotion culturelle française à Pondichéry.

Les acteurs privés

Au premier rang, on trouve bien évidemment l’Alliance française de Pondichéry.

1- L’Alliance française de Pondichéry

Fondée en 1883 par le géographe Pierre FONCIN, l’Alliance française est une association sans but lucratif et reconnue d’utilité publique, qui a pour mission d’assurer la diffusion de la langue et de la civilisation françaises dans un esprit de dialogue et d’échange. A l’étranger, l’association est présente dans près de 130 pays où elle développe, outre des activités d’enseignement, une mission de promotion culturelle. En 1993, plus de 360 000 étudiants ont suivi les cours de français dispensés par un réseau de 1 050 Comités.

L’Union indienne, avec ses quatorze Comités d’Alliances Françaises, offre à l’association du boulevard Raspail, son réseau le plus important d’Asie. En effet, près de 12 000 étudiants y apprennent le français, enseigné par environ 600 professeurs. En outre, ils coopèrent avec l’Indian Council for Cultural Relations (ICCR) pour produire sur la scène indienne des événements culturels français choisis en fonction de la demande locale. L’ensemble du réseau est coordonné par une institution centrale siégeant dans la capitale : la Délégation générale de l’Alliance française en Inde.

Dès 1889, un Comité de l’Alliance française est implanté dans l’Etablissement de Pondichéry. Mais l’association, ainsi fondée par l’indianiste Martinet, connaît des débuts difficiles. En effet, son œuvre rencontre peu à peu l’hostilité des colons qui n’apprécient guère le fait que la connaissance de la langue française soit mise à la portée de la population locale. Néanmoins, l’association poursuit son activité avec obstination. Au lendemain de la seconde guerre mondiale, l’Alliance de Paris envoie à Pondichéry un nouveau délégué général en la personne de M. Emmanuel Adicéam, pour l’organisation et la coordination des Comités créés dans l’Inde du Sud.

Ce dernier prend ses fonctions le 14 novembre 1946, alors que l’Inde prépare son indépendance. Aussi s’emploie-t-il à définir, dès le 15 mars 1947, une nouvelle orientation pour l’Alliance française en ces termes :

« Au lieu de se consacrer à une propagande unilatérale en faveur de la culture française, nous avons pensé que, réciproquement, l’Alliance devait aussi se donner pour tâche de faire connaître à la France la culture, c’est à dire les langues, les littératures, les arts et les civilisations de l’Inde. Ceci en vue d’assurer un rapprochement de ces deux grands pays, la France et l’Inde sur le plan culturel. »44

Or, par crainte que les activités de cette association en plein développement, n’échappent au contrôle des autorités françaises, l’Inspecteur des colonies en mission dans les Etablissements français de l’Inde, encouragea le gouvernement à réduire ses subventions ; d’autant qu’il ne lui semblait pas utile de maintenir une telle structure sur une terre française, où œuvrait déjà l’Instruction publique. Le 9 juin 1947, l’Alliance de Paris mit fin à la mission de M. Adicéam à sa demande. Dès lors, les activités de la section pondichérienne de l’Alliance française enregistrèrent un fort ralentissement, au point de cesser la même année.

Au moment de la cession des Etablissements à l’Union indienne, deux institutions majeures sont créées à Pondichéry dans le souci de maintenir, comme le souhaitait Nehru, une « fenêtre ouverte sur la France ». Il s’agit de l’association des Amis de la langue et de la culture françaises, fondée par Lambert Saravane, et de l’Institut Français de Pondichéry qui comporte une section « Langue et Littérature françaises ». En outre, le directeur de cette section se voit également confié la responsabilité du Lycée français de Pondichéry, ce qui lui confère en fait une autorité comparable à celle d’un « conseiller culturel » pour l’Inde du sud.

Mais un désaccord profond entre lui et les autres autorités françaises en arrive rapidement à entraver son action. Le Consul Général de l’époque, M. Morel Francoz conçoit alors l’idée de relancer l’Alliance française. Si bien que dès 1958, un nouveau Comité entre en fonction avec pour vocation principale de développer des activités culturelles. Au même moment, le gouvernement décide d’amputer l’Institut de sa section « Langue et Littérature françaises ». L’Alliance commence alors, en plus de ses activités culturelles, à dispenser des cours de français.

Quarante ans plus tard, l’association enregistre 1 871 inscriptions en cours de français et un bilan d’une centaine de manifestations culturelles produites sur la scène locale.

Comment peut-on aujourd’hui définir la politique culturelle de l’Alliance française, à Pondichéry ?

Si M. Jean Harzic, Secrétaire général de l’Alliance française de Paris, en visite officielle à Pondichéry en mars 1991, définit la vocation générale de l’association en Inde, en ces termes :

« Une Alliance française en Inde est un lieu de rencontre, un espace où l’on étudie, où l’on peut en même temps s’initier à la culture indienne, c’est un lieu de communication où se rassemblent en dehors de tout climat environnant, parfois plusieurs centaines d’étudiants aspirant à une même connaissance intellectuelle. »45

MM. Jean QUIMONES et Joël RAFFIER, respectivement Directeur de l’Alliance française de Pondichéry d’août 1991 à août 1994, et Délégué Général adjoint de l’Alliance française pour l’Inde du Sud depuis, précisent quant à eux la politique de l’institution autour de quelques points.

- Une plus grande participation de la communauté tamoule : l’Alliance française ne doit pas se contenter d’exporter la civilisation française, mais de promouvoir également chez les français la connaissance de la culture locale.

- Une coordination (depuis 1994) des activités des sept Alliances de l’Inde du Sud : la fonction de Directeur de l’Alliance française de Pondichéry a ainsi été transformée en poste de Délégué Général-adjoint pour l’Inde du Sud.

- Une participation accrue du monde de l’Entreprise : vers la recherche de partenaires économiques et le développement du mécénat culturel.

Si l’Alliance française bénéficie ainsi d’une grande notoriété à Pondichéry, quelques autres initiatives privées méritent également qu’on leur accorde une certaine attention.

2- Les autres initiatives privées

Faisons avant tout un cas à part de l’association Les Amis de la langue et de la culture françaises que nous étudierons plus en détail dans le chapitre consacré au mouvement associatif franco-indien.

A Pondichéry, plusieurs acteurs privés participent à l’action culturelle française, qu’il s’agisse de véritables entreprises commerciales ou de contributions personnelles. Dans la première catégorie, on peut rappeler l’existence de deux grandes librairies indiennes proposant au public pondichérien des livres français : Kaïlash Librairie Française, et French Book Center. Etant donnée leur spécialisation dans l’édition et la vente de livres français, nous évoquerons plus en détail leur activité dans la section consacrée aux supports de la diffusion culturelle46.

Dans la deuxième catégorie des initiatives privées, il nous a semblé intéressant de relever ici certaines contributions personnelles à la diffusion de la langue et de la culture françaises. En effet, si Pondichéry n’est pas encore reconnue en France pour ses écrivains en langue française47, on peut néanmoins saluer les efforts entrepris par quelques pondichériens francophiles, soit pour traduire en français des œuvres tamoules, et assurer ainsi la promotion de la langue française, soit pour exprimer en tamoul des œuvres françaises, et contribuer par là même à la connaissance de la culture française ; le tout œuvrant pour un rapprochement des deux nations.

Parmi les premiers, citons tout d’abord une initiative qui a vu le jour à l’occasion de la célébration, en 1991, du centenaire du grand poète tamoul défunt : Barathidassane. Ainsi, le 7 décembre 1991, l’Alliance française et l’Institut français de Pondichéry organisaient au Club de l’Alliance, en présence du ministre pondichérien de l’Education (M. Gandhiraj), une rencontre autour du livre de Mme DAVID, professeur de lettres en retraite, paru sous le titre : Candi48. L’auteur proposait, à travers cet ouvrage, une traduction en français de la pièce de théâtre du poète Barathidassane : Karkendou (ou « Sucre candi »). Mme DAVID, dont la langue maternelle est le français, s’est efforcée de préserver dans Candi toutes les nuances de la langue tamoule, ainsi que les émotions véhiculées dans la pièce originelle.

A cette occasion, les participants ne manquèrent pas de rendre hommage aux quelques autres tentatives avortées de publications d’ouvrages de traduction, comme L’écume des Mers de Gasca (traduction de Kadal Koumijigal), ainsi que Le sourire de la beauté (Ajaguine Siripou) et Picirandear qui n’attendaient que de séduire des éditeurs. Cet appel ne restera pas lettre morte, puisqu’en 1994, sera publiée la tragédie de Barathidassane Picirandear, traduite du tamoul par Léonce CADELIS.

D’autre part, si l’on ne présente plus la traduction française du Koural de Tirou Vallouvar, par le Bâtonnier Gnanou Diagou (réédité par son petit fils Jaganou Diagou) il nous faut en revanche évoquer un autre poète tamoul qui fut mis à l’honneur en français ces dernières années : Kannadâssane. En 1991, paraissait en effet aux Editions Lyonnaises d’Art et d’Histoire, un ouvrage écrit par les Professeurs Jean-Marie Julia et Jacques Natali, intitulé 100 poésies de Kannadâssane, poète tamoul49.

Dans la catégorie des ouvrages français traduits en tamoul, le premier nom qui nous vient à l’esprit est celui de M. Satchinanandame. Ancien professeur de tamoul au Lycée Français de Pondichéry, ce dernier publie depuis de nombreuses années aux éditions Sarada Padippagam, des traductions en langue tamoule de poèmes, essais ou contes français. Ainsi achevait-il en août 1996 son deuxième tome des Contes populaires français50. Mais les vingt-deux nouvelles histoires, que comporte le recueil, ne sont qu’une suite donnée aux deux cent cinquante autres (environ) déjà éditées. Tout comme Le Filleul, Délicieux contes français, ou Délicieuses pages françaises, ce dernier ouvrage tend à faire connaître la France et ses moeurs aux lecteurs pondichériens tamoulophones.

D’autres initiatives personnelles méritent d’être citées dans cette même perspective. Ainsi, M. Suddhananda Bharathi, plus connu sous le nom de « Kaviyogui » avait traduit en tamoul, dès les années 1940, des œuvres aussi illustres que Les Misérables de Victor HUGO, Le Cid ou Horace de Corneille. En décembre 1989, son œuvre fut consacrée par la troupe « Silamboli Iyal Issai Nadaga Mandram » qui jouait sa version tamoule de Horace, au Kamban Kalai Arangam à Pondichéry. La manifestation connut un tel succès que la pièce fut rejouée de nombreuses fois par une troupe spécialement fondée en l’honneur de Suddhananda Barathi, la « Kaviyoguy Suddhananda Barathi Nadakalayam ».

Plus récemment, le Pondichérien Kailasam publia en tamoul un condensé du roman de Jules Verne : Le tour du monde en 80 jours51 Déjà auteur d’un petit lexique français-tamoul et tamoul-français, le traducteur ambitionnait de faire connaître à la jeunesse tamoule l’un des écrivains français le plus célèbres.

Tous ces amoureux de la France, de sa langue et de ses auteurs, constituent autant de médiateurs, aussi modestes soient-ils, de la culture française à Pondichéry.

Enfin, au titre de l’action privée en faveur de la culture française, nous nous devons d’évoquer ici le plus célèbre mensuel français à Pondichéry depuis cinquante deux ans : Le Trait-d’Union.

Né sous le titre Jeunesse de l’Empire Français en novembre 1944, le mensuel ne prend son appellation actuelle qu’en juin 1946 sous l’impulsion d’Abel CLOVIS. Depuis, Le Trait d’Union n’a cessé de représenter, pour la communauté francophone de Pondichéry, le journal local de référence. De même, il constitue depuis des générations, comme son nom l’indique, le lien entre les Pondichériens installés en France et la terre de leurs pères. L’une des raisons de sa notoriété réside sans doute dans la grande impression de continuité qu’il véhicule à travers le temps. En effet, tout en conservant le même aspect « rustique » de la gazette du milieu du siècle, Le Trait d’Union s’attache à maintenir dans ses colonnes, des rubriques récurrentes qui ont su fidéliser ses abonnés ; il s’agit aussi bien des nouvelles locales (formation des bureaux des associations, résultats du baccalauréat, manifestations culturelles,…), que de rappels sur l’Histoire française, ou enfin, des essais sur la géographie, la littérature, la civilisation,… indienne et française. De nombreuses personnalités locales (ou métropolitaines ayant séjournées à Pondichéry) collaborent souvent à la rédaction des articles, ce qui ne manque pas de rendre à chaque tirage l’originalité des opinions exprimées.

Reconnue aussi bien en France qu’en Inde52 comme une institution incontournable de la vie culturelle et sociale pondichérienne, le Trait d’Union constitue ainsi, un des médiateurs fondamentaux de la culture française à Pondichéry.

Parfois, une coopération étroite s’organise entre les acteurs publics et privés de cette promotion culturelle.

La coopération entre les acteurs publics et les acteurs privés

1- Une coopération étroite entre le gouvernement français et l’Alliance française de Pondichéry

New Delhi, capitale de l’Union indienne, est le siège à la fois des services culturels du gouvernement français en Inde, mais aussi de la Délégation Générale de l’Alliance française. Cette proximité d’implantation, comme de vocation, porte parfois à confusion dans l’opinion publique indienne. Il n’est pas rare en effet d’entendre certaines personnes féliciter la France et son gouvernement pour la qualité des manifestations qu’organise l’Alliance.

La raison en est que dans les faits, la Délégation de l’Alliance française en Inde, forte de ses quatorzes antennes réparties sur tout le territoire, travaille effectivement en étroite collaboration avec les services culturels de l’ambassade. Parfois même, certains en arriveraient à considérer le Délégué Général comme « un second conseiller culturel » d’ambassade.

A Pondichéry, ville symbolique des relations franco-indiennes, les services culturels entretiennent des relations étroites avec l’Alliance française, faute d’y disposer d’institutions décentralisées propres. Ces liens se manifestent d’abord par la signature d’un certain nombre de conventions de coopération, et ensuite, par l’importance de la correspondance entretenue.

Tout d’abord, la diplomatie culturelle française en Inde coopère avec l’Alliance de Pondichéry à travers un certain nombre d’accords. Citons, à titre d’illustrations, deux conventions successivement signées en Janvier 1992 et Décembre 199553. La première concerne l’établissement et le fonctionnement à Pondichéry de l’Attaché linguistique, correspondant direct du Bureau d’Action Linguistique des services culturels. En effet, l’accord prévoit que l’Alliance française mettra à la disposition de l’intéressé toute une structure administrative dans ses propres locaux, et prendra en charge ses dépenses courantes. L’ensemble des prestations seront ensuite facturées à l’ambassade.

La deuxième convention que l’on peut citer concerne les cours de français dispensés à Yanaon pour l’année 1996. En l’absence sur place d’une représentation consulaire, comme d’une antenne de l’Alliance française, les deux partis se sont mis d’accord sur les points suivants : la prise en charge financière, matérielle et pédagogique d’un instituteur, par l’Alliance française de Pondichéry, laquelle facturera ensuite aux services culturels les prestations fournies.

Comme on peut le constater dans ces deux cas, l’Alliance française de Pondichéry joue parfois le rôle d’un véritable service déconcentré de l’ambassade de France en Inde. Mais en plus de ces diverses conventions, les deux partis entretiennent des relations épistolaires constantes. Une étude systématique des borderaux d’envois des services culturels de New Delhi vers l’Alliance française de Pondichéry depuis six ans, nous ont conduit à classer ces correspondances en deux grandes catégories : les courriers d’information d’une part, et ceux d’attribution d’autre part.

Les premiers concernent majoritairement les thèmes suivants :

- annonces de rendez-vous officiels : visite du conseiller culturel, rencontre annuelle des directeurs d’établissements culturels, missions envoyées de France, etc.,

- documentation juridique et règlementaire : notes sur les principes juridiques régissant telle ou telle activité culturelle, informations sur le taux de change, synthèses sur les modalités de séjour des artistes étrangers en Inde, etc.,

- suggestions de programmation culturelle : renseignements réguliers sur les programmes dont dispose l’ambassade, et transmissions des propositions émanant d’artistes en France.

Les courriers d’attribution consistent généralement en des dons :

- de livres, de cassettes vidéo, de supports pédagogiques,…

- de revues d’actualités françaises et indiennes

- d’affiches promotionnelles de la France (Fromages de France, Vins de France, la Région Franche-Comté,…)

Aussi peut-on noter, à propos de ces envois, qu’ils proviennent généralement directement des services culturels de l’ambassade de France, sans transiter par la Délégation Générale de l’Alliance française à New Delhi. Corollaire à cela, la correspondance semble plus fréquente entre les deux premières structures, qu’entre l’Alliance de Pondichéry et sa Délégation Générale. Tout cela pourrait confirmer notre impression d’un service déconcentré de l’ambassade implanté à Pondichéry, et prenant la forme d’une association de droit local.

Par ailleurs, l’Alliance française de Pondichéry est également liée par convention à la région Franche-Comté.

2- Une convention entre le Conseil régional de Franche-Comté et l’Alliance française de Pondichéry

Soucieuse de nouer des relations amicales et commerciales avec le territoire de Pondichéry, la Région Franche-Comté a estimé que c’est à travers l’Alliance française que devait prendre forme son action. Dans ce but, elle signa avec cette dernière, en 1991, un arrangement où elle se proposait de lui accorder une aide de 200 000 FF pour la réalisation des trois projets suivants :

- la rénovation de la bibliothèque,

- l’amélioration des installations informatiques,

- la création d’une unité vidéo.

En contrepartie, l’Alliance française s’engageait, pour cinq ans, à mettre à la disposition de la Région Franche-Comté, une structure administrative (bureau-secrétariat-téléphone) et la libre utilisation, en cas de nécessité, des installations réalisées grâce à la subvention apportée.

Après la construction de l’auditorium, grâce à une subvention du ministère des Affaires étrangères, la région Franche-Comté a donc promis l’aménagement de la nouvelle bibliothèque, ainsi que la modernisation de l’équipement pédagogique ; ce qui donne désormais au 38 rue Suffren, les allures d’un important centre culturel.

 

II-LES SUPPORTS DE LA DIFFUSION CULTURELLE FRANCAISE A PONDICHERY

Nous analyserons successivement le film, puis le livre français à Pondichéry.

Le film français à Pondichéry

L’Inde est le premier producteur cinématographique au monde. Aussi le cinéma représente-t-il pour l’Indien, et de loin, la première source de divertissement personnel. La ville de Pondichéry, avec sa dizaine de salles de projections publiques, n’échappe pas à la règle : bien au contraire, elle redevient en ce sens une ville indienne ordinaire. De surcroît, les films projetés à Pondichéry sont presqu’exclusivement issus de la production régionale (Etat du Tamil Nadu), parfois nationale, en de rares occasions, internationale mais quasiment jamais française.

Aussi les seuls films français proposés aux Pondichériens le sont-ils sous les auspices de l’Alliance française, soit en salle (auditorium), soit sous forme de projection vidéo. En effet, l’association présente mensuellement à ses membres et adhérents environ quatre projections « grand écran » et une vingtaine de projections vidéo, en moyenne. Mais ces chiffres se voient bien sûr majorés à l’occasion des festivals organisés en l’honneur de tel ou tel artiste.

1- La projection vidéo

La projection vidéo a pendant longtemps représenté une activité marginale de l’Alliance française. En effet, l’irrégularité de l’approvisionnement (liée à la bonne volonté des donateurs) comme la mauvaise qualité des copies (dûe à un usage répétitif et non renouvelé) portaient un lourd préjudice à l’activité. En 1986, 68 cassettes non inventoriées servaient de base à l’animation. Le système de location n’existait pas en raison du statut même de l’association et les mêmes films repassant régulièrement dans le cadre de programmes mensuels, de moins en moins de spectateurs venaient assister aux projections. En 1987, quelques investissements eurent lieu, de telle sorte qu’au 31 décembre de la même année, l’association pouvait revendiquer la possession d’environ 100 titres.

Philippe De Bray, alors Directeur de l’Alliance française de Pondichéry, entreprit ainsi de diversifier ses programmes. Les membres apprécièrent et reprirent l’habitude d’assister aux séances. En outre, celui-ci lançait, la même année, l’idée d’un « circuit-vidéo » en collaboration avec ses homologues d’Hyderabad, Madras et Chandigarh, où chaque Comité ferait profiter les autres de son stock de cassettes. L’opération se révèla être un franc succès, puisque dès 1988, on pouvait assister à l’Alliance française de Pondichéry à plus de trois projections par semaine.

Par ailleurs, si le prêt était interdit car illégal, le Comité ne voyait pas cependant beaucoup d’inconvénients à « confier » à ses membres des cassettes pour leur usage privé, en contrepartie de quoi ceux-ci faisaint « un petit don » en faveur de l’Alliance. Ainsi, c’est près de quarante à cinquante titres qui étaient parfois « confiés » de la sorte, à chaque fin de semaine. Au bilan, ce système permettait non seulement des rentrés non-négligeables, mais il contribuait à multiplier le nombre de films-vidéo disponibles, et donc à auto-entretenir l’activité. Au 31 décembre 1988, l’Alliance française de Pondichéry possédait près de 200 titres, et avait assuré 218 projections dans la salle vidéo.

Depuis l’achèvement de la construction de l’auditorium dans les locaux de l’Alliance (rue Suffren) en 1991, l’activité vidéo accuse un léger ralentissement, au profit de la projection de films en salle. Néanmoins, dotée aujourd’hui d’une vidéothèque d’environ 240 cassettes, l’Alliance française de Pondichéry détient là un support important de diffusion culturelle.

2- Le cinéma en salle

- L’organisation :

A l’origine, l’Alliance française se chargeait seule de la mise en œuvre de toute l’activité cinéma. Elle gérait la commande, l’inventoriage et la projection des films sans l’aide d’un quelconque mécène. Mais les rapports d’activité datant de cette période soulignent la difficulté que constituait une telle entreprise en solitaire. En 1986 en effet, le Directeur de l’Alliance évoque les deux principaux problèmes rencontrés :

- difficulté de trouver une salle de projection

- pauvreté et mauvaise qualité technique des films envoyés par les services culturels de l’ambassade

Seule la collaboration de l’Alliance française de Pondichéry avec Unifrance Film54 pouvait laisser présager quelques améliorations. Or, en 1987, un autre organisme s’intéresse au cinéma français à Pondichéry : Navadarshan. Navadarshan est une association culturelle indienne fondée en 1975 qui rassemble les cinéphiles de Pondichéry.

« Il s’agit de cinéphiles avertis. Certains d’entre eux reconnaissent immédiatement un Truffaut, d’un Beneix ou d’un Tavernier ! Alors que beaucoup de nos membres ne sauraient le faire. »55

En 1987, Navadarshan décide de coopérer avec l’Alliance française ; laquelle ne peut que s’en réjouir puisque l’accord précise que toutes les dépenses engagées dans les projections, les locations de salle, le paiement des employés ou autres activités de gestion seront désormais partagées. En outre, faute de disposer d’une maintenance technique efficace, l’Alliance a recours au matériel de projection de son nouveau partenaire. Enfin, si aujourd’hui les films sont projetés dans l’auditorium de l’Alliance (inauguré en 1992), seule la salle prêtée par l’association Navadarshan (salle Jeanne d’Arc) servait de salle de projection entre 1987 et 1992. Finalement cette collaboration a permis un léger regain du cinéma français à Pondichéry, d’une part en augmentant la fréquentation des salles (que nous détaillerons plus bas), d’autre part en améliorant la qualité technique des projections.

- Les films projetés :56

L’Alliance française projette généralement environ quatre films par mois, auxquels s’ajoutent d’autres à l’occasion de festivals. On remarque une grande diversité dans les genres ; en effet, l’association prête autant d’attention aux comédies (comédies dramatiques ou comédies de moeurs), qu’aux films policiers, ou aux reconstitutions historiques. On note cependant que la comédie dramatique est largement représentée depuis les plus « anciennes » (« Le mariage de chiffon » de Claude Autant Lara (1942), ou « Belles de nuit » de René Clair (1952), tous deux projetés en 1993), aux plus récentes (« Femmes de personne » de Christopher Franck (1984) ou « Rive droite, rive gauche » de Philippe Labro (1984), projetés en 1989).

En outre, on a pu assiter au cours des dernières années à quelques films datant d’avant guerre : en effet, en 1989 étaient projetés « La belle équipe » de J.Duvivier (1936) et « J’accuse » de A. Gance (1937), tandis qu’en 1993, on pouvait assister à la projection de « Le bonheur » de M. L’Herbier (1935).

Dans tous les cas, l’objectif de l’Alliance reste le même : faire découvrir au Pondichérien les chef-d’œuvres du cinéma français. C’est la raison pour laquelle les œuvres des réalisateurs de renom reviennent souvent. Ainsi « Le train » de G. DEFERRE (1973) fut-il programmé à deux reprises en 1993. De même « La chinoise » de J.L. GODARD (1967) était-elle à l’honneur en 1993 et en 1994. D’autres œuvres majeures ne sont pas oubliées, comme « La mort en direct » ou « Coup de torchon » de B. TAVERNIER, « Max et les ferrailleurs », « Les choses de la vie » de C. SAUTET,… Mais l’Alliance ne dénigre pas pour autant les auteurs plus jeunes « La rue case nègre » d’Euzhan Palcy en est un exemple. Par ailleurs, l’Alliance rend parfois hommage aux grands réalisateurs français à l’occasion de ses festivals.

- Les festivals :

L’Alliance française promeut le cinéma français en organisant régulièrement des festivals. Il peut s’agir de festivals autour des grands noms du cinéma français tels que les réalisateurs G. Franju (en 1988), B. Tavernier (en 1987) ou Depardon (en 1993), ou les acteurs Lino Ventura (en 1988), C. Aznavour (en 1995). Mais il peut également s’agir de festivals à thèmes : citons celui organisé à l’occasion du bicentenaire de la Révolution française ou encore celui des « Films sur l’art » à l’occasion duquel les spectateurs ont pu découvrir la vie et l’œuvre des grands artistes français retranscrites au cinéma (« Pablo Picasso » de F. Rossif, « Van Gogh » de A. Resnais, etc). En somme, la politique des festivals constitue une composante majeure de l’activité culturelle de l’Alliance française de Pondichéry. Si, à la fin des années 1980, le nombre de festivals programmés restait faible (deux festivals par an en 1987 et 1988), celui-ci connut un fort essor principalement depuis l’année de la France en Inde. En 1989 en effet, sept thèmes sont abordés : les films de jazz en français, les films français sur l’Inde, les films sur l’art, les films sur la BD, un cycle sur la Révolution, un festival international du cinéma (Allemagne, France, Inde), un panorama du cinéma français. De même en 1992, on recense cinq festivals : le festival « Il y a cinquante ans, la Libération », le festival M. CARNE, le festival GAUMONT, le festival AZNAVOUR, le festival du cinéma japonais.

- La fréquentation :

Les spectateurs qui assistent aux projections sont en majorité des membres ou adhérents de l’Alliance française elle-même ou de Navadarshan. Ils bénéficient à ce titre d’un accés gratuit aux salles ; ainsi les éventuels bénéfices ne proviennent-ils que de clients exceptionnels (touristes ou affiliés temporaires). Aux dires des rapports d’activité, la fréquentation des salles connaît une ascension faible mais régulière. Celle-ci serait d’ailleurs plus le fait des membres-affiliés de Navadarshan, qu’à ceux de l’Alliance française ; en effet, le rapport d’activté de 1989 dénote une proportion moyenne de fréquentation de 80 à 120 personnes pour la première association, contre 10 à 30 pour la seconde. En outre, un accord prévoit depuis 1986 la diffusion de films français au sein de l’Ashram et de la communauté d’Auroville, ce qui permet la découverte du cinéma français par d’autres catégories de Pondichériens.

L’Alliance semble par ailleurs toujours à l’écoute de son public. En effet, l’hommage à TAVERNIER en 1987, et le festival GAUMONT en 1992 ont surtout été organisés en réponse à une demande de la part des spectateurs, lesquels ne manquèrent pas d’y assister en masse : 4 200 personnes assistèrent au premier et 3250 au second. De même l’Alliance reçoit-elle parfois, au grand plaisir de ses adhérents, un certain nombre de célébrités : c’est ainsi que Richard BORINGER et Charles AZNAVOUR étaient de passage à Pondichéry pendant l’été 1995. Enfin, la relative amélioration, ces dernières années, du matériel de projection et de la qualité technique des films, ainsi que l’inauguration en 1992 de l’auditorium de l’Alliance (rue Suffren), contribuent également au succès grandissant du cinéma français à Pondichéry.

Toutefois, il subsiste un certain nombre d’obstacles : Joël RAFFIER, dans son rapport de 1994 souligne principalement un sous-équipement persistant et un manque chronique de ressources financières.

- Le livre français à Pondichéry

Les ouvrages en langue française ne sont pas très répandus à Pondichéry. Néanmoins, tout francophile ou francophone motivé n’éprouvera aucune difficulté à se faire indiquer où il peut, soit emprunter ou consulter, soit acheter de tels livres.

1- Le prêt et la consultation

Plusieurs institutions offrent la possibilité aux Pondichériens d’emprunter ou de consulter des livres en langue française. Certaines sont ouvertes à tous, tandis que d’autres ne sont réservées qu’à une partie de la population. Dans la première catégorie, citons bien évidemment l’Alliance française et sa bibliothèque située au 38 rue Suffren.

La bibliothèque de l’Alliance, rénovée suite à la convention signée avec la Région Franche-Comté, dispose actuellement d’un fonds de près de 31 000 ouvrages en langue française. Ces livres proviennent essentiellement de dons de la part du gouvernement français, de mécènes culturels ou de simples particuliers. En effet, les contraintes budgétaires de l’Alliance ne lui permettent pas d’entretenir un investissement régulier dans l’achat d’ouvrages en France. En 1994, la bibliothèque revendiquait près de 800 inscrits et enregistrait la sortie d’environ 1200 livres par mois.

Non loin de là, la Bibliothèque publique Romain Rolland (précédemment mentionnée) met également à la disposition de la population pondichérienne un fonds non négligeable de livres en langue française. Un article paru dans le quotidien Hindu du 17 mars 1996, nous apprend que l’institution renferme au total aujourd’hui près de 140 000 livres, dont environ 40 000 en langue française. De plus, 11 000 adhérents, dont une majorité de jeunes, seraient responsables d’environ 400 000 sorties d’ouvrages par an. Les livres français sont répartis dans deux catégories de fonds : le rayon « Français » de la section ordinaire d’une part (romans, recueils de poèsie,…), et la collection des ouvrages rares d’autre part (rare collection) interdite au prêt. Dans cette dernière, sont classées un grand nombre d’éditions originales datant du XVIIIème siècle, et se rapportant à Pondichéry ou à l’Inde en général.

« Que les monuments du XVIIIè siècle n’abondent pas à Pondichéry, qu’ils ne surgissent pas à tous les coins de rues, c’est une constatation que nous ne critiquons pas. Qu’il soit fastidieux de ne se reparaître que de pierres et d’inscriptions, c’est ce dont nous convenons aussi. Restent les textes, plus vivants que les pierres, et qui sont quelquefois des monuments. Où peut-on le mieux les savourer, où est-on le plus incité à les lire, que dans la ville à laquelle ils se rapportent, et dans des éditions originales, dont les dates suivent de peu les événements relatés, fraîches encore des impressions reçues ? »57

Nous avons pu observer, sur la base du « Catalogue général des livres de la Bibliothèque publique de Pondichéry »(1960)58, une répartition des ouvrages comme indiquée dans le tableau de la fig.1.

Depuis plusieurs années, dans le souci de remédier aux ravages de l’humidité ambiante et des parasites désinvoltes, les pouvoirs publics locaux ont entrepris une vaste opération de transcriptions en « micro-film » des ouvrages « rares ». L’article paru dans « Hindu » nous rapporte à ce propos, que, selon le responsable de l’unité, 10 000 livres auraient déjà été microfilmés. Or, une étude des registres de cette opération nous a conduit à n’en dénombrer dans le meilleur des cas que 1450, et selon le rythme décrit ci-dessous (fig. 2). Notons par ailleurs que cette campagne, entamée en juillet 1981, s’est arrêtée sans motif apparent douze ans plus tard, en septembre 1993. Ainsi nous est offerte l’opportunité de dénoncer quelque peu le mauvais traitement dont font l’objet ces éditions originales françaises uniques. Dans son livre, Pierre BOURDAT remarquait déjà une « désinvolture un peu rude dans le maniement des volumes »59 par les bibliothécaires. Ajouter à cela, l’absence totale d’un entretien minimum, cette partie de la mémoire de la France en Inde est aujourd’hui exposée à un grave péril.

Si bien que certains particuliers, constatant le peu d’attention qu’y accorde le gouvernement français, entreprennent actuellement de racheter, petit à petit, les fonds de cette collection rare. Ainsi pouvait-on lire il y a quelques mois l’annonce suivante :

« Achète tous les livres écrits par mon grand-père Pierre de Closets d’Errey, ancien Conservateur de la Bibliothèque de Pondichéry. Des originaux sont à la Bibliothèque Romain Rolland de Pondichéry. Veuillez faire parvenir vos offres… »60

Mais à côté de ces institutions ouvertes à tous publics, il existe quelques bibliothèques de prêt, reservées quant à elles, à une population plus restreinte. Il s’agit principalement de certains établissements scolaires et universitaires, tels que le Lycée français et le Département de français de l’Université Centrale de Pondichéry.

En effet, le Centre de Documentation et d’Information du Lycée Français (CDI) est considéré à Pondichéry comme une source principale de diffusion culturelle française. Divisé en quatre salles climatisées, il offre à ses élèves, comme à tous ceux des écoles indiennes à programme français (EIPF : Collège Calvay, Pensionnat de Jeunes filles,…) une opportunité de consultation et d’emprunt d’environ 20 000 ouvrages. Une centaine de nouveaux livres sont commandés chaque année. Le CDI peut également être ouvert à la consultation, pour toute personne extérieure le désirant, une fois remplies quelques formalités administratives. Selon le proviseur, le CDI connaîtrait une très grande fréquentation aussi bien de la part des élèves, que des enseignants.

L’Université de Pondichéry dispose également d’un important fonds d’ouvrages français ; en effet, son doyen M. Kichenamourty l’estime, en 1996, à près de 6 000 titres. Parmi ceux-ci, une bonne moitié proviendrait de dons divers (anciens professeurs de français, services culturels de l’ambassade, associations caritatives,…). Si l’autre moitié résulte des investissements budgétaires de l’Université (un budget annuel de 75 000 Rps est consacré au seul achat d’ouvrages et de manuels) M. Kichnemourty attire notre attention sur le fait que ce budget n’est jamais entièrement consumé, en raison de l’insuffisance d’une offre diversifiée de livres français à Pondichéry. En somme, moins de dix ans après sa fondation, l’Université Centrale de Pondichéry constitue, à travers son tout jeune Département de français, un vecteur essentiel de la diffusion de la culture française dans la région.

Parallèlement à ces diverses institutions qui proposent le prêt d’ouvrages français, deux librairies françaises (que nous avons déjà évoquées plus haut) en assurent la vente.

2- La vente

Il s’agit tout d’abord de la librairie French Book Center61. Implantée depuis le 12 janvier 1987 rue Suffren, dans un ancien local de l’Alliance française, elle constitue l’antenne locale d’une société indienne établie à New Delhi. Sri Ramesh Kirpalani, responsable du groupe, offre ainsi aux francophiles pondichériens un choix d’environ 5 000 titres, neufs ou en occasion. Malheureusement, une centralisation de sa gestion par la société-mère (New Delhi) ne nous a pas permis l’accès aux registres de ventes et de commandes.

L’autre point de vente principal en matière de livres français est assuré par Kaïlash Librairie Française62. Fondée en 1986 par Raj de Condappa, elle « se donne pour mission la diffusion de livres français, quelles qu’en soient la destination et la quantité à travers le sous-continent indien et les pays environnants ». Ainsi, la branche de Pondichéry n’est-elle qu’une de ses quinze implantations dans toute l’Inde. Devenue Société d’édition depuis quatre ans, Kaïlash dispose en plus des centres de vente, d’un bureau d’édition à Pondichéry, à Paris63 et à Hanoï. Cette deuxième activité, selon Raj De Condappa, est motivée par la volonté de rendre financièrement abordables, entre autres à la population pondichérienne, les œuvres classiques françaises.

A l’occasion de l’année de la France en Inde, la société avait organisé une exposition (itinérante) dans toute l’Inde de cinquante auteurs français. De même, pendant quelques années, elle avait mis en place un système de « rencontres hebdomadaires » autour d’un penseur français à Pondichéry ; il s’agissait d’une conférence sur l’auteur, suivie d’une exposition de ses œuvres complètes.

Mais l’initiative fut peu à peu abandonnée faute d’audience suffisante. Aujourd’hui Kaïlash travaille avec de nombreuses maisons d’éditions françaises (Gallimard, Le Seuil,…) et se révèle être un partenaire privilégié du gouvernement français en Asie, aussi bien en Inde, qu’au Vietnam (où elle sera un participant essentiel du Sommet de la Francophonie de 1997). A Pondichéry, la librairie Kaïlash vend en moyenne 600 titres et en édite (ou réédite) environ 15, par an. En outre, 7 000 titres touchant à des domaines aussi variés que la littérature, la poésie, le théâtre, l’histoire ou l’enseignement, la vie pratique, etc… sont en permanence disponibles rue Lal Bahadur Shastri.

Néanmoins, ces ventes ne concernent que très rarement la population pondichérienne au sens stricte. Les clients sont en effet principalement des métropolitains ou des touristes de passage. Ainsi, après le film français, le livre français constitue un support dynamique mais limité de la diffusion culturelle française à Pondichéry.

Or, la fragilité contemporaine de la présence française dans son ancien comptoir est également liée à la situation incertaine du français dans l’enseignement local.

 

Catégories

Nombre

Religions, philosophie, sciences occultes

613

Droit-législation sciences sociales, commerce

422

Sciences pures et appliquées

1470

Philologie, dictionnaires, grammaire

 

Essais, éloquence, mélanges

2391

Pièces de théâtre

 

Histoire, géographie, biographies, voyages

2425

Inde

1650

Périodiques

250

Œuvres libres

730

Romans

3978

Arts

123

Atlas historique, géographie et histoire naturelle

77

Total

14129

 

Fig. 1. : Ouvrages français de la collection rare de la bibliothèque Romain Rolland.

Source : Catalogue général des livres de la bibliothèque de Pondichéry. Y. R. Gœblé.

 

Fins d’année

Nombre

Nombre cumulé

1981

141

141

1982

234

375

1983

279

654

1984

103

757

1985

64

821

1986

122

943

1987

148

1091

1988

61

1152

1989

 

 

1990

 

 

1991

 

 

1992

153

1305

1993

127

1432

 

Fig. 2. : Opérations de microfilmage (Opérations arrêtées le 14 septembre 1993).

Source : Registre de microfilmage. Bibliothèque Romain Rolland.

[1]



[1]



33 Voir sous-section suivante.

34 Voir communication de M. de ROQUEFEUIL, Consul général de France à Pondichéry, in Le Trait d'Union, novembre 1992, p 2.

35 Voir communication de M. BOISMERY, Conseiller culturel à l'Ambassade de France à New Delhi, in Le Trait d'Union, mai 1996, p 4.

36 M. de ROQUEFEUILLE, in Le Trait d'Union, novembre 1992 et M. BOISMERY, in Le Trait d'Union, mai 1995.

37 in Le Trait d'Union, mai 1995.

38 La somme varie selon les années. En 1994, la subvention s'élevait à 676.470 Rs.

39 Voir document budgétaire en annexe.

40 Voir section II de ce même chapitre.

41 in Le Trait d'Union, novembre 1990, p 5.

42 Rappelons, dans cette perspective, la visite à Pondichéry, en janvier 1991, de M. Charles de CUTTOLI, Sénateur représentant des Français établis hors de France.

43 in Le Trait d'Union, janvier 1992, p 12.

44 Cité par M. David ANNOUSSAMY, « L'Alliance Française de Pondichéry », in Le Trait d'Union, novembre 1994.

45 in Le Trait d'Union, avril 1991, p 4.

46 Voir section II, sous-section « Le livre français à Pondichéry ».

47 Voir Geetha GANNAPATHY-DORE : « Pour quand l'écrivain pondichérien de langue française ? », in Le Trait d'Union, février 1996. p 1.

48 G. DAVID, Candi, Editions de l'Institut français de Pondichéry, 1991.

49 JULIA (JM) et NATALI (J), 100 poésies de Kannadâssane, poète tamoul, Editions Lyonnaises d'Art et d'Histoire, Lyon, 1991.

50 SATCHINANANDAME, Contes populaires français vol II, Sarada Padippakam, Pondichéry, 1996.

51 N. Kaïlassame, Ulaguei surrivara 80 nâthkal, Athilashmi Puthukasâlai, Pondichéry, 1995.

52 Voir en annexe les différents témoignages d'amitié adressés au Trait d'Union.

53 Voir ces conventions en annexe.

54 Organisme chargé de la promotion du cinéma français à l'étranger.

55 Rapport d'activités, année 1988 (Philippe De Bray), p 20.

56 L'absence de continuité dans les données chiffrées relevées dans les rapports d'activité de l'Alliance Française ne nous ont pas permis d'établir une évolution quantitative de l'activité du cinéma.

57 Pierre BOURDAT, Pondichéry XVIIIème siècle, Ed du Musée de Pondichéry, Pondichéry, 1995, p 89.

58 Catalogue général des livres de la bibliothèque publique de Pondichéry, par Yvonne Robert GAEBELE, Imprimerie du Gouvernement de Pondichéry, Pondichéry, 1960.

59 P. BOURDAT, Pondichéry XVIIIème, p 90.

60 in Le Trait d'Union, mai 1996, p 9.

61 French Book Center, 38 rue Suffren, Pondichéry 605 001.

62 Kaïlash Librairie Française, 169 Lal Bahadur Shastri street, Pondichéry 605 001.

63 Kaïlash Librairie Française, 69 rue Saint-Jacques, 75005 Paris.