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COLLOQUES ET MANIFESTATIONS

Les manifestations concernant l’Inde et les relations entre l’Inde et la France sont singulièrement abondantes et nous nous en faisons l’écho tout au long de cette Lettre. Un colloque au Sénat, le pari indien et une journée d’études du CERI sur l’Inde au lendemain des élections législatives ont particulièrement retenu notre attention et font ici l’objet d’un bref compte rendu. Nous nous proposons d’apporter des compléments dans le n° 15 à paraître au cours du second semestre.

 

LE PARI INDIEN

Un colloque s’est tenu au Sénat1 tel que pouvaient le rêver depuis longtemps tous ceux qui souhaitent faire progresser les relations entre la France et l’Inde. Les personnes qui ont contribué à la création de l’AFUI2 et à son maintien à un haut niveau d’intérêt, peuvent être satisfaits. Leurs efforts ont enfin abouti. Ce colloque est fort brillamment résumé dans le bulletin n°273.

Nous allons seulement revenir sur certains points qui ont plus particulièrement attiré notre attention en fonction des objectifs de la Lettre du CIDIF, sans pour autant vous faire partager tous les temps forts4 de cette journée5 qui est une première dans les relations économiques franco-indiennes.

Le président du Sénat, M. René Monory a ouvert cette manifestation en regrettant « que les acteurs économiques français ne soient pas assez présents en Inde » alors que ce pays a réussi à maîtriser son inflation et continue d’être une démocratie stable. M. Monory a l’intention de se rendre en Inde en 1997.

M. Jean François Poncet a souligné que « l’image de mère Thérésa ne devait pas masquer d’autres réalités indiennes ». L’Inde est désormais un géant qui a ouvert son économie aux investissements et aux capitaux étrangers. Taux de croissance économique de 7% l’an, émergence exceptionnelle d’une classe moyenne (le tiers de la population), qualité des élites indiennes, esprit de tolérance permettant de concilier les antagonismes de la société indienne, une certaine stabilité comparativement aux tensions chinoises, un potentiel de sympathie réciproque entre l’Inde et la France6, voilà l’essentiel de son introduction. Ces thèmes ont été repris ou corroboré tout au long de la journée.

Mr. Ranjit Sethi, ambassadeur de l’Inde en France, M. Philippe Petit, ambassadeur de France en Inde, M. Pierre Amado, directeur de recherche au CNRS, Francis Doré, président de la Chambre de commerce et d’industrie franco-indienne, M. Marc Frilet, avocat associé au Bureau Françis Lefebvre, et Mme Christine Chauvet, secrétaire d’Etat sous le premier gouvernement Juppé et directeur général du CFCE et du CFME ont tour à tour pris la parole durant cette matinée7.

Notre ambassadeur en Inde, M. Petit, a commencé par noter l’étonnement des visiteurs européens qui viennent en Inde pour la première fois. La classe moyenne s’accroît très rapidement. Il y a 1/3 de pauvres très pauvres, 1/3 de pauvres décents et 1/3 de personnes ayant des moyens de vivre, ce qui représente tout de même 310 millions de personnes. La croissance est de 25% l’an pour le marché automobile et de 35% pour les logiciels. Les médias font des contresens8. Ils présentent l’Inde comme un pays pauvre à aider à l’instar du continent africain. Leur raisonnement consiste à souligner que la France s’occupe de l’Afrique et qu’en conséquence il est préférable de laisser à d’autres le soin d’aider l’Inde, ce raisonnement s’appuyant principalement sur l’aspect caritatif. Or considérer l’Inde comme un pays misérable est un énorme contresens. Ne pas y être présent sur le plan économique serait une catastrophe pour nous et non pas pour l’Inde car le développement indien ne s’arrêtera pas. La croissance ne se trouve pas seulement dans quelques régions mais touche l’ensemble du pays. Elle est bien répartie parce qu’il existe une véritable culture d’entreprise due au fait que l’économie libérale existait avant l’indépendance. Les chefs d’entreprise sont compétents. Il ne faut pas oublier que la Bourse de Bombay est plus ancienne que celle de Tokyo.

Notre ambassadeur a ensuite fait un tour d’horizon rapide sur les récents événements politiques en Inde : l’Inde est une vraie démocratie, seulement agitée en surface. Elle présente les caractéristiques d’une forte stabilité. Les dernières élections ont mis fin à la prééminence du parti du Congrès. Le système démocratique a parfaitement fonctionné. Un gouvernement de coalition a été désigné. Les grandes orientations sont restées constantes. La politique étrangère n’a pas varié. Les Indiens souhaitent la présence de la France et des Français. Cette demande de la présence française s’explique par le fait que les Indiens ne souhaitent pas se trouver en tête à tête avec les Américains9.

L’Inde est un monde qui se développe. Et M. Petit nous a dit qu’il était venu exprès de New-Delhi pour participer à ce colloque qui a pour but de mettre fin à une « parenthèse imaginaire ».

Je ne reprendrai pas ici les termes de l’intervention de l’Ambassadeur de l’Inde en France qui ne peut être que favorable à l’Inde. Je profite de la circonstance pour saluer la qualité de la langue française utilisée par son Excellence, Mr. Sethi qui est aussi par ailleurs un érudit de la culture et de la civilisation française.

L’intervention de M. P. Amado a été capitale pour une meilleure compréhension des hommes et de la société indienne. Rapportons seulement ici le commentaire d’un participant qui n’avait jamais imaginé auparavant que le système des castes puisse ne pas être un frein pour le développement économique

Dans ce concert de louanges sur l’évolution récente de l’économie indienne avec une amorce de simplification administrative de bonne augure, l’intervention de Mme Christine Chauvet est d’abord apparue, à l’énoncé de tous les chiffres, comme devant annuler tout ce qui avait été dit au cours de la matinée. Mme Chauvet a cependant terminé sur plusieurs phrases de conclusion dont j’ai surtout retenu celles-ci : « l’Inde, il faut y aller. Et c’est maintenant ».

M. Jean-Paul Virappoullê, député et président du groupe d’amitié France-Inde de l’Assemblée nationale, a émis le voeu de mieux faire connaître l’Inde à la France, par la régionalisation de l’information. Les différents intervenants ont alors rappelé que certaines régions françaises étaient déjà en contact avec l’Inde et que des projets économiques viennent de se concrétiser après de nombreuses années de négociation. Cette information régionale devrait se poursuivre. Au cours de la journée, il nous a été donné de comprendre par diverses interventions, et plus particulièrement celles de M. Francis Doré, que non seulement les régions françaises bénéficiaient de cette information générale mais que de plus, les demandes provenaient parfois directement des régions de l’Inde, sans passer par New-Delhi. A partir des différentes sources d’information de ces derniers mois, dont le colloque organisé le 3 juin10 par le CERI,11 l’économie indienne semble de moins en moins subir les aléas de la politique, les différents Etats de l’Union Indienne ayant entrepris de traiter directement avec les pays étrangers. Mais les différents intervenants sont restés extrêmement prudents.

L’après-midi était consacré à des tables rondes destinées à éclairer d’éventuels investisseurs français en Inde. Pour la petite histoire, je ne rapporterai ici que l’intervention de M. Riboud qui a brossé un tableau catastrophique, pas du tout fait pour attirer d’autres industriels français, alors que le groupe Danone est déjà fortement implanté en Inde depuis huit ans. Aux questions qui lui ont été posées, il a répondu qu’il communiquait les chiffres et les éléments donnés par son équipe sur place mais qu’il n’était lui-même jamais allé en Inde. Et pourtant, la conclusion était que Danone faisait des bénéfices en Inde et que cette société continuerait à y investir.12

Mr. Deepak Banker, président de la Fédération des Chambres indiennes de commerce et d’industrie, n’a pas seulement insisté « sur la réelle volonté du Gouvernement indien de poursuivre le processus de libéralisation. Il a aussi rappelé que les Indiens étaient très attirés par la culture et la civilisation française, que les Indiens étaient nombreux à souhaiter apprendre le français et que sa fille suivait les cours de l’Alliance française13.

M. Yves de Ricaud, conseiller économique et commercial de France en Inde est intervenu à plusieurs reprises et a rappelé que l’information était régulièrement diffusée soit de New-Delhi soit de différentes villes de l’Inde14

M. Yves Galland, ministre délégué des finances et au commerce extérieur a rappelé la mission qui devait s’effectuer à la fin de l’année 1995 et qui a été annulée par l’Inde, Il a fait part de son intention de se rendre bientôt en Inde avec une délégation importante d’industriels.

Il n’en est pas moins vrai que le CNPF était absent de ce colloque, peut-être parce que la priorité des interventions était donnée aux petites et moyennes entreprises. Il n’en est pas moins vrai que la France a toujours eu beaucoup plus de liens avec « les Afrique » qu’avec l’Asie. Cet aspect de la politique française a été clairement marqué par la présence du président de l’Afrique du Sud, le 14 juillet à Paris, et par les déclarations du président Chirac qui a demandé aux entreprises françaises d’investir en Afrique du Sud, pays dont le potentiel économique est élevé. Dès le lendemain, il partait pour le Gabon et le Congo, fidèle au général De Gaulle qui n’avait jamais oublié l’accueil que lui avait réservé Brazzaville, au début de la résistance française.

La France va-t-elle continuer à négliger ce partenaire en puissance, aux perspectives bien plus sûres que celles offertes par la Chine ? Il me semble que parmi les intervenants de ce colloque sur le pari indien, quelqu’un a aussi dit (pourquoi ne pas l’attribuer à M. Francis Doré ?) : « si nous n’allons pas en Inde, c’est tant pis pour nous. L’Inde n’en souffrira pas ». M. Jean François Poncet a également donné une image à retenir : « le marché indien est comme un buvard ».

J. L. B.

 

 



1 Voir le programme de la journée ainsi que la synthèse et le communiqué de presse émanant du Sénat, dans notre partie « Documents ».

2 Association France-Union Indienne, créée au lendemain de la cession des comptoirs, nous a dit M. G. Vallette

3 Bulletin de l’AFUI, 15 rue de Vaugirard, 75006 Paris. Nous ne saurions trop recommander à ceux qui s’intéressent à l’Inde de lire régulièrement ce remarquable bulletin et donc de s’y abonner.

4 Cette expression (temps fort) est critiquée par les puristes de la langue française. Voir la revue de presse

5 Le rapport de la mission d’information effectuée en Inde par la commission des Affaires économiques du Sénat, sous la présidence de son président Jean François Poncet a été remis à chaque participant du colloque. Pour se le procurer, téléphoner à l’Espace Librairie du Sénat : 42 34 21 21.

6 Le CIDIF a aussi pour mission de souligner que cette sympathie réciproque perdure depuis plus de trois siècles.

7 Voir dans la partie documents de la Lettre « La synthèse de la matinée » préparée par le service de la communication du Sénat.

8 Il y a une nette évolution depuis quelques mois dans ce domaine. Lire par exemple « Inde : une philosophie pour gagner ». Les Echos. 10 mai 1996 (voir notre revue de presse).

9 Dès 1991 et surtout à partir de la déclaration de libéralisation de l’économie par Mr. Rao, alors Premier Ministre, de nombreux Indiens ont manifesté leur inquiétude face à la disparition du contrepoids soviétique et nous ont dit qu’ils considéraient la France comme le recours contre l’hégémonie économique américaine. Il est vrai qu’ils s’adressaient à des Français.

10 Voir le compte rendu ci-après et la présentation du programme dans les documents.

11 Voir le programme de ce colloque dans les documents.

12 Nous vous donnons dans la revue de presse la page 8 du dernier bulletin de l’AFUI (n°27). 15, rue de Vaugirard. 75006 Paris ainsi que le mouvement d’humeur manifesté à ce propos par le journal indien the Hindu.

13 Aurons-nous l’occasion un jour de rendre compte de la grande misère des alliances françaises en Inde, et des exploits de tous ceux qui, envers et contre tout, tentent d’enseigner et de maintenir la langue française dans un pays pourtant fortement demandeur ?

14 Voir notre dossier « Documents »