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Chers adhérents et amis,

Nous sommes heureux de vous présenter cette Lettre du C.I.D.I.F. comportant un nombre important de pages inédites. Il nous a fallu 7 années de patience pour en arriver à ce stade.

Je suis certaine que vous lirez avec intérêt le mémoire de fin d’études à Sciences -Po par Stéphanie Samy qui est à présent en « prep ENA », selon l’expression consacrée. Si vous recevez le Trait d’Union de Pondichéry, vous avez certainement lu un compte rendu de ce mémoire. Les documents mais aussi certains articles de la revue de presse ont été choisis pour compléter cette étude[i].

Vous trouverez également plusieurs articles rédigés par Jacques Weber ou sous sa direction..

Le boudhisme dans la région de Pondichéry, qui l’eut cru ? C’est ce que nous expose M. Gobalakichenane.

Il ne nous est pas possible de rendre compte dans ce numéro des revues et ouvrages récemment parus. Nous ne pouvons cependant pas le clore sans rappeler que 1995 était l’année du tricentenaire de la mort de La Fontaine[ii] et souligner que notre fabuliste a en partie puisé ses sources chez Pilpay :

« Voici un second recueil de Fables que je présente au public… Je dirai par reconnaissance que j’en dois la plus grande partie à Pilpay, sage Indien. Son livre a été traduit en toutes les Langues. Les gens du pays le croient fort ancien, et original à l’égard d’Esope, si ce n’est Esope lui-même sous le nom du sage Locman ».

(La Fontaine, 1678)[iii]

Les critiques ont coutume d’écrire que les fables ont été empruntées à des conteurs orientaux. Dans sa présentation de l’oeuvre indienne, Guy Deleury précise que La Fontaine ne s’est pas servi de traductions mais de versions en différentes langues.

« Il pourrait s’agir d’une version latine traduite du grec par le père Poussines en 1666. Cette version grecque est peut-être celle faite, vers la fin du XIe siècle, sur une version en hébreu due à Siméon fils de Seth », un juif converti de la cour de l’empereur byzantin Alexis Comnène, dont, d’autre part, une version latine fut publiée vers 1275 par un autre juif converti, Jean de Capoue. La version en hébreu avait été faite sur une version en arabe, au VIIIe siècle, faite sur une version pehlevi (ou persan moyen) par un zoroastrien converti à l’islam, Abdallah, pour le khalife abbasside al-Mansour. La version en pehlevi n’a pas été retrouvée mais l’on sait qu’elle avait été composée par un certain Barzouyeh qui avait été chercher en Inde une version indienne pour le compte de l’empereur zoroastrien Khosroès Noushirvan au début du VIe siècle »[iv].

Voilà un aspect d’une filiation qu’adolescents nous aurions été heureux de trouver dans nos cours au lycée, à une période de l’Histoire qui nous enseignait que nos ancêtres étaient des Gaulois aux yeux bleus et aux cheveux blonds et qui n’admettait la grandeur que venant de l’Occident. Guy Deleury corrobore ce sentiment lorsqu’il écrit un peu plus loin :

« Contrairement à ce qu’afirmait avec beaucoup d’arrogance Kipling, l’Est et l’Ouest non seulement se sont rencontrés depuis des siècles, mais se sont fertilisés sans cesse réciproquement »[v].

Ajoutons encore que la version turque de Tchelebi « fut traduite en français par Galland en 1778 sous le titre ; Contes et Fables indiennes de Bidpaï et de Lokman », et que « la version persane d’Hoseïn ben-Ali recevait dans sa traduction française de 1644 le titre de : Livre des Lumières, ou la conduite des roys, composé par le sage Pilpay, indien. »[vi]

Saviez-vous que La Fontaine a également produit Songe d’un habitant du Mogol ?[vii] Nous venons de recevoir un livre de références, très bien documenté, coordonné par Philippe Le Treguilly et Monique Morazé, et auquel Jacques Weber, Philippe Haudrère, Francis Richard, Anne Kroell et Mireille Lobligeois ont apporté leur contribution. Voici enfin un outil de travail attendu et bienvenu, que chacun devrait avoir dans sa bibliothèque4

Comment ne pas signaler aussi la parution de Quand la France découvrit l’Inde. Les écrivains voyageurs français en Inde (1757-1818) ?[viii]

La Lettre du CIDIF ne diffusant pas seulement l’actualité, nous reviendrons sur tous ces ouvrages et sur bien d’autres encore, sans oublier les revues.

Que 1996 comble tous vos souhaits. Bonne et heureuse année.

Jacqueline Lernie-Bouchet

 



[i] Voir la partie « Documents » mais aussi certains articles de la revue de presse qui notent bien que les Pondichériens ont été rejoints par de nombreux immigrés du continent indien près de la gare du Nord à Paris.

[ii] (1621-1695).

[iii] Guy Deleury présente ce La Fontaine indien dont le Pantcha Tantra a été traduit par l’abbé J.A. Dubois. Imprimerie nationale Editions 1995.

[iv] op. cit., p. 7.

[v] A rapprocher avec l’article sur le métissage culturel dans la partie « Revue de presse ».

[vi] Op. cit., p. 9.

[vii] Imprimerie nationale Editions, RMN, 1989.

4 L’Inde et la France. Deux siècles d’histoire commune, XVIIe-XVIIIe siècles. Histoire, sources, bibliographie. CNRS Histoire. Septembre 1995.

[viii] L’Inde et la France. Deux siècles d’histoire commune, XVIIe-XVIIIe siècles. Histoire, sources, bibliographie. CNRS Histoire. Septembre 1995.