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LE ROI DE FRANCE AUX INDES

d'après Raoul de Warren, A. de Lestrange et Michel de Roumanie

 

Etonnante histoire que celle de cette famille restée chrétienne depuis plus de quatre siècles. Aux Indes en 1560, Jean Philippe de Bourbon se fixa à Delhi à la cour du Grand Moghol, Abkar Khan. Il devint surintendant de la maison impériale et épousa une jeune portugaise, Juliana, sœur d'une des épouses de l'Empereur.

Pendant cinq générations, cette charge resta dans la famille jusqu'au sac de Delhi en 1737 par Nadir Chah. Le descendant français Bourbon de l'époque parvint à échapper au massacre et se retira dans sa forteresse de Sirgar, dans l'Etat de Narwar ; il en était le souverain.

En 1778, à part Salvador III de Bourbon, âgé de dix-huit ans, et sa mère accompagnée de trois jeunes cousins, toute la famille fut massacrée par le Rajah de Narwar, jaloux de son puissant vassal.

En 1780, la Begum de Bhopal accueillit les rescapés et Salvador III devint général en chef. Le fils de ce dernier (1772–1879) devint premier ministre.

En 1818, il signa un traité d'alliance avec l'Angleterre. Il mourut empoisonné. Son fils Sébastien (1830–1878) né posthume devint également premier ministre du Bhopal. L'un de ses fils Bonaventure (1848–1894) fera construire l'église “Bourbon Church”. Il aura deux fils dont Balthazar qui émigrera en Australie et laissera une descendance qui ne revendiquera pas le trône de France, et Bonaventure (1895–1960), grand-père du chef de la branche cadette vivant encore à Bhopal. Cette branche cadette a repris le flambeau de la famille par l'intermédiaire de Balthazar Napoléon, né en 1958, avocat à la cour de Bhopal. Il a un fils, Fitgerald né en 1985.

Trois hypothèses ont été formulées quant au rattachement de cette famille à la Maison de France. Jean-Philippe de Bourbon serait Jean de Bourbon Busset, né en 1567, fils de Claude de Bourbon et de Marguerite de la Rochefoucaud, et qui disparut en mer.

La deuxième hypothèse soutient que Jean-Philippe serait le 4ème enfant du Connétable de Bourbon (1489–1527) que celui-ci aurait eu avec Suzanne de Bourbon. Cette naissance aurait été dissimulée pour que l'enfant ne soit pas inquiété par Louise de Savoie, mère de François 1er. A la suite d'un duel, Jean-Philippe dut s'exiler. Il aurait été capturé à l'âge de 15 ans par des pirates turcs et débarqué en Egypte où il devint officier. Il aurait été fait prisonnier par les Abyssins et serait passé aux Indes vers 1560.

La troisième hypothèse fait de Jean-Philippe le fils du Connétable et d'une princesse indienne Alaïque, parente d'Akbar Khan. Ce mariage aurait été le départ d'un grand projet pour fonder aux Indes un empire chrétien échapant à l'autorité du Saint-Siège.

Une autre hypothèse avance que, après la mort du Connétable, Jean-Philippe aurait épousé Béatrix Bonaparte et aurait entamé ce projet avec son beau-père Jacques. Il aurait donc en 1560 essayé avec l'appui de Diane de Poitiers de se faire restituer le Bourbonnais, mais la conspiration d'Amboise pour renverser les Valois ayant échoué, il serait parti pour les Indes.

Que penser de toutes ces hypothèses ? La première est contredite par les dates ; la seconde est plus conforme à une tradition historique certaine. La troisième semble être du pur roman. Nous souhaitons que les papiers en possession des Bourbons des Indes relatifs à leur origine française soient publiés le plus tôt possible. En effet, s'il était prouvé que les Bourbons des Indes descendent bien légitimement du Connétable de Bourbon, ils seraient alors les aînés de la Maison de Bourbon et de toute la maison capétienne avant même la postérité d'Henri IV.

 

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LES LYS DE BHOPAL

Ils seraient les aînés des Capétiens

Les énigmatiques Bourbons des Indes

 

Le connétable de Bourbon fut tué au siège de Rome en 1527, d’un boulet de canon tiré, paraît-il, par le célèbre orfèvre Benvenuto Cellini. L’extraordinaire aventure de son fils secret qui fonda une famille en Inde est-elle vraie ? Les Bourbons de Bhopal témoignent.

Des Bourbons en Inde ? Homonyme peut-être ? Non point. Des Bourbons parents de la Maison royale de France sont mentionnés dans l’annuaire du téléphone de la petite ville de Bhopal au centre de l’Inde. Une découverte pour le moins étonnante et qui avait, avant moi, stupéfié, quelques décennies plus tôt, des officiers français lorsqu’ils aperçurent, dans le cimetière de Bhopal, des tombes fleurdelysées. Au début du xixe siècle, un voyageur avait rencontré un prêtre français qui s’était présenté comme l’aumônier de la princesse Isabelle de Bourbon.

A travers les siècles, les Bourbons de Bhopal ont acquis les traits indiens mais ont conservé le christianisme de leurs ancêtres et le cœur français. Ni riches, ni pauvres, ils constituent aujourd’hui une famille d’érudits. Leur chef Balthazar IV, avocat, nous reçoit avec la traditionnelle hospitalité indienne : « Je tiens à jour un arbre généalogique depuis Robert de Kalmont (Clermont prononcé à l’indienne), nous confie-t-il. En 1560, Jean-Philippe de Bourbon, mon ancêtre, vient de Nayari (Navarre). Il avait tué au cours d’un duel un important seigneur gascon et dut quitter hâtivement la France... »

Cela, c’est une version, mais il y en a une autre, encore plus étonnante. Chacun sait qui était le connétable de Bourbon, produit flamboyant de la Renaissance, le cousin de François Ier, traître à la France, le prince le plus riche d’Europe et le chef de la Maison de Bourbon. Or, pendant qu’il guerroyait en Italie pour le compte de Charles Quint, il produisit soudain un fils. Etait-ce de sa femme Suzanne de Bourbon, la fille d’Anne de Beaujeu, ou un enfant illégitime ? La caronique ne le dit pas mais le connétable, pour le mettre à l’abri de ses nombreux ennemis, l’abrita dans un village du Milanais, sous un faux nom, gardé par son fidèle serviteur Rignier.

Miniature de Balthazar de Bourbon Ier, Premier ministre à la Cour de Bhopal.

Pendant le siège de Rome, le connétable sortit son fils de sa retraite et le présenta aux soldats dont il devint la mascotte. Un beau jour, un coup de fauconneau tiré, dit-on, par Benvenuto Cellini tua le connétable. Et les officiers, naguère respectueux envers son fils, ne songèrent plus maintenant qu’à s’en débarrasser. L’un deux pourtant, un peu moins infidèle que les autres, avertit Jean-Philippe et lui conseilla de fuir en prétendant être un réfugié du sac de Rome. Ainsi le jeune homme, accompagné de son page Enocle et du fidèle Rignier, atteignit Barletta sur la côte de l’Adriatique. Après avoir erré pendant cinq ans, les trois compagnons s’installèrent à Agrigente, en Sicile. Un beau jour, un voyageur leur apprit que le fils du connétable de Bourbon était tenu pour mort. Enfin Jean-Philippe pouvait respirer, plus personne ne le cherchait !

Une nuit, les pirates, qui infestaient alors la Méditerranée, débarquèrent à Agrigente. Ils tuèrent Rignier et enchaînèrent Jean-Philippe et Enocle. Ils furent vendus pour 500 ducats à Abu Shiek, un marchand d’esclaves qui lui-même les revendit pour 2 000 ducats au représentant du sultan Soliman le Magnifique, Grand Pacha d’Egypte. Emprisonnés dans un splendide et immense palais où cohabitaient des milliers de serviteurs et d’esclaves, ils y rencontrèrent une vieille femme surnommée la Magicienne d’Ethiopie. Elle était en réalité l’ancienne reine de ce pays son fils ayant été assassiné lors d’une révolution de palais, elle avait été vendue comme esclave. La reine Maryam, Jean-Philippe et Enocle réussirent à s’enfuir et à atteindre l’Ethiopie. Grâce en partie au courageux Jean-Philippe, l’usurpateur fut écrasé lors de la bataille de Debrator et les droits de Madalena, la petite fille de Maryam, lui furent restitués. Un avenir brillant s’annonçait pour notre héros. Hélas, l’amour vint brouiller les cartes. Madalena s’éprit de lui et lui d’elle. Ils se marièrent mais, craignant la colère de la reine Maryam en apprenant que l’héritière du trône avait épousé un étranger, ils s’embarquèrent pour l’Inde.

Cette version romanesque est contestée par certains faits. Cependant, il est certain que Jean-Philippe de Bourbon accosta en Inde vers 1560. A peine eut-il atteint Delhi qu’il se présenta au Grand Moghol, car le sage Akbar recevait qui le lui demandait. « L’allure et la mine royale de Jean-Philippe plurent à Akbar qui lui donna à charge la Garde Impériale, le nomma “Maître des Canons” avec le titre de Mansabdar. » Jean-Philippe s’acquitta si brillamment de sa tâche et guerroya si impétueusement pour son maître que celui-ci lui accorda de gigantesques propriétés dans la région de Narvar, non loin de l’actuel Gwalior. Akbar fit encore plus pour son favori, il lui donna sa belle-sœur en mariage.

Les descendants de Jean-Philippe et de Juliana continuèrent à jouir de la faveur des Grands Moghols. Jusqu’au début du xviiie siècle où Francis de Bourbon, pour une raison inconnue, s’enfuit de Delhi et s’installa dans son domaine de Narvar. Le radjah de la région, jaloux de la puissance et des richesses des Bourbons, les fit tous assassiner. Seul, le petit-fils de Francis, Salvator de Bourbon, réchappa du massacre. Il trouva d’abord asile à Gwalior puis, de nouveau pourchassé, s’installa à Bhopal. Il s’engagea dans l’armée du nabab, le souverain musulman, et gagna rapidement ses galons au cours des guerres innombrables que se livraient les princes indiens. Bientôt, le nabab le nomma général.

 

Grâce à Balthazar Ier, une lignée de reines rendit Bhopal célèbre

 

Désormais, le sort et surtout la fortune des Bourbons étaient liés à Bhopal. Lorsque le nabab mourut, son fils et successeur nomma le fils de Salvator, Balthazar Ier, son général en chef. En 1820, le nabab mourut, ne laissant qu’une veuve de dix-huit ans, Kudsia begum, et une fille de trois mois, Sikunder begum, ainsi que d’innombrables cousins. Balthazar de Bourbon, le personnage le plus important et le plus puissant du royaume, décida de donner la couronne au bébé Sikunder begum, avec sa mère Kudsia comme régente. « A l’époque, raconte Balthazar IV, les femmes ne régnaient pas. Elles ne pouvaient exercer le pouvoir normalement, étant enfermées dans le Purdah (harem). Or, sans ambition pour lui-même, il installa la mère et la fille sur le trône. Ainsi commença la lignée des reines qui rendit Bhopal fameuse. » De sa retraite, il aida la régente à choisir un époux pour la jeune Sikunder, choix crucial puisque le mari de la souveraine deviendrait automatiquement roi consort de Bhopal. Il choisit donc un neveu du défunt nabab, Nounir Mohammed Khan. A peine les fiançailles étaient-elles annoncées que déjà la famille du fiancé conspirait. Balthazar vint à la rescousse, écrasa les conspirateurs et s’empressa de casser les fiançailles. Le frère cadet, Jhanjir Khan, fut choisi comme nouveau prétendant pour Sikunder. Balthazar se retira définitivement dans son domaine de Ichavar. Une fois de plus, ce n’était qu’illusion car bientôt rien n’allait plus entre la régente Kudsia et sa fille, Sikunder. Kudsia aux abois supplia Balthazar de revenir. Il n’eut pas le temps d’apporter son appui à son amie car il mourut empoisonné par ses adversaires. Chrétien dévot, Balthazar Ier fit ses prières et, après quatre heures d’agonie, s’éteignit le 1er janvier 1829. Il laissait à sa veuve Isabelle de Bourbon une gigantesque fortune, des propriétés immenses, cent maisons dans Bhopal, une collection incomparable de joyaux et quatre éléphants.

Les Anglais appelés à l’aide par Sikunder forcèrent Kudsia à abandonner et Jhanjir Khan, le mari, fut investi du pouvoir, couronnant ainsi ses ambitions. Mais, atteint de la maladie de la jalousie, il tenta de poignarder sa femme un an plus tard, en avril 1830. Celle-ci, non seulement survécut, mais réussit à s’échapper. Sikunder réconciliée avec sa mère, les deux femmes se réfugièrent avec Isabelle de Bourbon dans un pays voisin, protégées par des troupes fidèles. Jhanjir Khan essaya de se concilier les faveurs d’Isabelle, dont le prestige demeurait considérable dans le royaume. Il lui offrit encore plus de propriétés, encore plus de bijoux, si elle abandonnait les deux begums leur sort. La veuve de Balthazar Ier refusa. Le nabab confisqua alors tous ses biens. Elle ne put les récupérer qu’en 1844, à la mort du tyran, lorsque, enfin, sa veuve, Sikunder monta sur le trône dont il l’avait privée. Elle récompensa la fidélité des Bourbons en nommant Sébastien, le fils de Balthazar Ier et d’Isabelle, commandant en chef de ses armées, puis Premier ministre.

 

De qui Jean-Phillippe, le premier ancêtre, fut-il le fils secret ?

 

En 1857 éclata la révolte des Cipayes, soldats indiens servant dans l’armée anglaise. Immédiatement. Sébastien comprit que les insurgés n’avaient aucune chance. Il poussa  Sikunder et Kudsia à se ranger du côté des Anglais. Ceux-ci tinrent en haute estime les souveraines successives de Bhopal qui, elles-mêmes, accordèrent aux Bourbons une place à part dans leur Cour. « Ce fut une époque glorieuse pour les Bourbons », comme dit Balthazar IV.

Dans les années 30, cette longue et profitable union des begums de Bhopal et des Bourbons s’acheva par une séparation désagréable et difficile dont on a oublié la raison. Mis au ban de Bhopal, la plupart des propriétés de ces derniers furent saisies.Il fallut attendre la chute des princes indiens et donc celle de la begum de Bhopal pour que justice leur soit partiellement rendu. Il leur reste aujourd’hui des souvenirs, dont cette chapelle privée construite par un ancêtre, devenue cathédrale catholique de Bhopal et, surtout, la mémoire de la famille, en fait les cousins des grands rois d’Europe.

De qui Jean-Philippe, le premier ancêtre était-il le fils ? D’un cousin éloigné du roi de Navarre, père d’Henri IV ou du fameux connétable ? Dans ce dernier cas, les Bourbons sont incontestablement les aînés de l’illustre Maison, bien avant les Orléans, les  Bourbons d’Espagne, les Bourbons-Sicile, les Bourbons-Parme. Le véritable chef de la Maison Bourbon, le suzerain du roi d’Espagne et du comte de Paris serait-il indien ?

(Extrait de Point de vue et images du  monde)