Blue Flower


DUCHESSE DE TALLEYRAND-PERIGORD PRINCESSE DE BENEVENT

Créole des Indes !

 

Par Michel Gaudart

 

De l’esprit de Madame de TALLEYRAND, seule est restée une phrase absolument apocryphe : “Je suis d’Inde”(1). De ce fait, la princesse de BENEVENT, créole des Indes(2) est restée dans l’Histoire comme l’archétype de la femme belle et bête.

Belle, elle l’était à coup sûr avec ses yeux bleus et ses cheveux d’or, telle qu’on peut la voir sur son portrait peint par Madame Vigée-Lebrun. Tous les avis sont d’ailleurs concordants : “Madame GRAND, au temps de sa liaison avec TALLEYRAND, avait la sorte de beauté qui est la plus rare et la plus admirée en Europe”. (Révélations sur la vie du prince de TALLEYRAND, par GOLMACHE). “Elle était grande et avait toute la souplesse et la grâce si communes aux femmes nées en Orient” (mémoires de Madame de REMUSAT). “Aussi belle que Vénus elle-même” (écrivain qui la rencontra à Paris en 1802).

Bête ? Rien en fait n’est plus faux, comme nous pouvons le lire dans le témoignage de ceux ou celles qui l’ont connue : “Elle était très belle et je n’ai jamais rien entendu sortir de sa bouche qui ressembla aux propos vides de sens que l’on se plaisait à lui prêter. Jamais elle n’a proféré devant moi une seule phrase de mauvais ton, jamais elle n’a dit un mot qu’on pût qualifier de bêtise.” (mémoires de Madame de Chastenay, - 1806). “La conversation de la princesse de BENEVENT n’était point celle d’une sotte” (histoire politique et privée de Charles Maurice de TALLEYRAND, par MICHAUD). Nous devons donc détruire cette légende propagée par la jalousie des amies, des admiratrices et parfois même des maîtresses de l’ancien évêque d’Autun.

La future duchesse de TALLEYRAND-PERIGORD, Noël Catherine VERLEE, était fille de Jean-Pierre VERLEE, Pilote du Gange, puis Lieutenant de Port à Pondichéry, qui terminera comme Capitaine de Port à Chandernagor avec la Croix de Chevalier de l’Ordre Royal et Militaire de Saint Louis. Jean-Pierre VERLEE naquit vers 1724 à Port-Louis, diocèse de Vannes, de Jean Adam VERLEE(3) et de Marie BOITEVIN, et mourut le 18 Mai 1786 à Chandernagor (Inde Française). De son premier mariage avec Marguerite de SILVA, décédée en Ile de France, étaient issues au moins deux filles :

a) Marie Anne Françoise Xavier VERLEE, née vers 1744 à Chandernagor (Inde Française), qui épousa le 12 Septembre 1768, à Chandernagor, Michel NICOLAS de CALNOIS, fils de Jean François NICOLAS de CALNOIS Conseiller au Conseil Supérieur de Pondichéry, gouverneur par intérim, et de Rose GALLIOT de la TOUCHE (sœur cadette de mon ancêtre N° 719) et d’où postérité.

b) Marguerite VERLEE.

Le 17 Avril 1758 à Pondichéry (Inde Française) Jean-Pierre VERLEE, veuf, se remaria avec Laurence ALLEIGNE, née en 1744 et décédée le II Brumaire An XI (2 Nov. 1803) à Paris. Laurence ALLEIGNE était fille de Jean Baptiste ALLEIGNE, dit SAINT-JACQUES, Maître Armurier de l’Armée Française dans le DECCAN (qui lui-même était né à Saint Philibert et veuf en premières noces de Marie ERMONEAU qui décédera sans lui laisser d’enfants), et de Jacquette BANET.

Jacquette BANET, née vers 1728 à Brest et + 3.12.1757, à Pondichéry, était elle même fille de Jean Baptiste BANET, Maître d’Artillerie, et de Laurence GOUESSE.

Ainsi donc, Noëlle Catherine VERLEE, Créole des Indes, par son ascendance est une pure Bretonne !

Du deuxième mariage de son père, une sœur l’avait précédée : Françoise VERLEE, (°10.11.1760 à Pondichéry). Au moins un frère suivra : Jean François Xavier VERLEE, né vers 1764 à Chandernagor, qui deviendra chef du comptoir de Mahé.

Noël Catherine VERLEE naquit le 21 Nov. 1762 à Tranquebar (Inde Danoise)(4) et se maria le 10.7.1777 à Chandernagor avec Georges François GRAND, Ecrivain de l’Honorable Compagnie des Indes Anglaises, d’origine Française et naturalisé Anglais, fils d’un Genevois et d’une CLERCS de VIRLY(5). Elle divorce le 7 Avril 1798 à Paris, (IIe) pour épouser le 23 Fructidor 1802 à Paris, (Xe) Charles Maurice de TALLEYRAND. La princesse de BENEVENT devait s’éteindre le 10 Décembre 1835 à Paris, au N° 87 de la Rue de Lille, et sera inhumée le lendemain au cimetière Montparnasse, 2e division, Iere section, N° 734.

On a beaucoup parlé des amants de la belle créole : citons, parmi ceux ci, mais nous n’en prenons point la responsabilité : Sir Philipp FRANCIS, esquire, Thomas LEWIN, esquire, VALDEC de LESSART, RILLET-PLANTAMON, Louis de MONNERON, FREUILLY, DILLON, Don Joseph Michel de CARVAJAL, duc de SAN-CARLOS.

Comment, après tous ces noms, dont le plus beau fleuron est celui de TALLEYRAND, amant avant d’être mari, ne peut on imaginer la sourde jalousie de toutes les aristocrates évincées au profit de cette belle roturière !

 

 

 

NOTES 

 

(1) Fin XVIIIe siècle et début XIXe siècle, on ne disait pas “l’Inde”, mais “les Indes”.

(2) Créole. Personne de race blanche, née dans les plus anciens territoires français d’outre mer. En aucun cas, créole ne veut dire métis. Aux Indes, un métis est appelé un “topa”, du tamoul “topi” qui signifie chapeau, car au xviie siècle, comme au xviiie siècle, seuls les topas, les créoles et les européens (c’est à dire ceux nés en Europe) avaient droit au port du chapeau.

(3) Jean Adam VERLEE se remaria avec Catherine GUIGNE, qui lui donna au moins une fille : Marie Catherine VERLEE, née à Lorient (paroisse St Louis) et qui décéda le 18.7.1788 à Chandernagor. Par contrat du 17.6.1778 à Chandernagor, elle épousa Pierre Nicolas de la COUR, natif de La Rochelle (paroisse St Jean) qui devait décéder le 27.7.1804 à Chandernagor, sans enfant.

(4) Le 16.1.1761 après une résistance acharnée de la part de Thomas Arthur, comte de LALLY, baron de TOLLENDAL, Pondichéry tombe aux mains des Anglais qui font sauter la ville à la poudre. La plupart des habitants de Pondichéry se réfugient alors à Tranquebar sur la côte de Coromandel commandé par un gouverneur Danois.

(5) les CLERCS de VIRLY, de noblesse Normande, émigrèrent à la révocation de l’édit de Nantes en Suisse.