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Chers adhérents et amis

Notre travail est entièrement bénévole et exécuté en dehors de notre vie professionnelle, déjà bien remplie. Vous aurez tout de même les deux numéros prévus pour l'année 1994. Cette lettre aurait dû paraître avant la fin de l'année 1993 qui a été marquée par deux événements que nous souhaitons commenter ici.

Ce fut d'abord le 13ème Salon du livre de Paris[1], dont l'invité d'honneur fut l'Edition indienne. Quelle surprise de découvrir la passion et la véhémence avec lesquelles se sont exprimés les intellectuels indiens, invités par un groupe d'organismes français, à l'occasion de ce salon. Nous avons aussi eu la surprise de découvrir que Shashi Tharoor, l'auteur du Grand roman indien,[2] s'exprimait en un français irréprochable. Décidément, l'Inde d'aujourd'hui est à découvrir par les Français qui se plaisent à conserver d'elle une image traditionnelle faite de sadhus impavides et tout nus, circulant le long des routes indiennes, ou de yogis retirés du monde, dont les pratiques sont imitées souvent en une sorte de gymnastique adaptée à l'Europe, ou encore de mendiants affamés. A travers les intellectuels indiens, rencontrés lors du salon du livre, nous avons compris que l'Inde moderne existait dans un foisonnement multidirectionnel. Nous n'avons pu apercevoir que le sommet d'un iceberg. Les événements d'Ayodhia n'étant pas loin, le maître-mot qui paraissait préoccuper les intellectuels indiens était celui de “secularism” qui ne semble pas recouvrir notre concept de la laïcité mais lui ressemble. Nous ne sommes pas équipés pour vous faire connaître tout ce qui s'est dit au cours de ce colloque. Les actes seront sûrement publiés. Très modestement, nous reproduisons l'invitation et nous réunissons ici votre contribution.

Cet été, j'ai eu l'honneur de voir d'un peu plus près l'Institut Français de Pondichéry et d'assister à une réunion à laquelle participaient M. Jacques Pouchepadass, M. Robert Dulau et M. Cyril Anthony. A cette occasion, M. Dulau nous a remis son livre La ville, la maison, l'esprit des lieux[3], en français, en tamoul et en anglais. Il a insisté sur le fait que le patrimoine ne sera conservé, pour ce qu'il en reste, que si les enfants des écoles sont conscients de leur richesse et de leur histoire. C'est dans ce sens que sont entreprises diverses initiatives. Lorsque nous avons créé notre association, nous avions inclus dans nos objectifs la sauvegarde du patrimoine de Pondichéry. Nous ne savions pas à l'époque qu'un travail en profondeur se faisait et continue à se faire aussi bien dans le cadre de l'Institut français que de l'École Française d'Extrême Orient. Vous trouverez plus loin un extrait du rapport d'activité de l'I.F.P. (1991-1992), confortant ce que j'avance. Nous ne savions pas non plus, à l'époque, qu'une association indienne, l'I.N.T.A.C.H., qui dispose de moyens très modestes (j'ai aussi rencontré le responsable du Bengale à Calcutta qui se trouve à quelques kilomètres de l'ancien comptoir, Chandernagore), a entrepris la sauvegarde de tout patrimoine quel qu'en soit l'origine. Notre modeste contribution serait donc de porter à la connaissance du plus grand nombre toutes les actions entreprises dans ce sens et d'appuyer, en France auprès des organismes officiels, un dossier cohérent allant de l'objectif précis (la maison de Dupleix dans l'ancienne rue Dupleix – rue Nehru –, par exemple,) à toutes les étapes pour aboutir aux moyens nécessaires et chiffres. La collaboration de toutes les associations est indispensable quant aux efforts à fournir pour convaincre les autorités. Ensuite, quelques personnes désignées par tous devraient s'engager pleinement afin de mener ce projet à son terme. M. Charles-Hubert de Brantes, membre fondateur du C.I.D.I.F, qui nous a fait d'emblée connaître son intérêt pour cet aspect de nos objectifs, a réuni en un cercle informel des Pondichériens (les amis du patrimoine de Pondichéry. Lettre du C.I.D.I.F. n° 8, p. 109) qui sont beaucoup plus à même que nous de susciter, puisqu'ils sont sur place, des initiatives et une prise de conscience auprès de tous les Pondichériens.

Lors de mon séjour à Pondichéry, l'été dernier, M. Jean Deloche (E.F.E.O.) m'a remis pour la bibliothèque les trois volumes déjà répertoriés dans une précédente lettre du C.I.D.I.F. Tous ces apports seront détaillés la prochaine fois.

A la rentrée, nous assistions à la sortie du livre Pondichéry[4], signé par Thierry Ardisson. Cet ouvrage a déjà fait couler beaucoup d'encre mais là encore, nous apportons notre contribution avec des articles inédits.

Tout le reste de ce numéro se partage entre la revue de presse dont les articles nourrissent notre recherche et notre réflexion autour de thèmes récurrents, et des documents qu'il nous a semblé important de vous communiquer comme la dernière loi sur la nationalité, parue au journal officiel du 31 décembre 1993.

Les revues à vous faire connaître sont nombreuses. Nous vous en parlerons dans le numéro prévu au milieu de l'année.

Je vous souhaite une année 1994, selon vos rêves et vos désirs.

Jacqueline Lernie-Bouchet

 



[1] Le salon du livre de Paris : 17, 18 et 19 mars 1993.

[2] publié aux Éditions du Seuil, et traduit de l'anglais par Christiane Besse.

[3] Institut Français, Pondichéry, 1993.

[4] Le Grand roman indien. Editions du Seuil. Mars 1993. traduit de l'anglais par Christiane Besse