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La « société franco-indienne » en péril :

Désordres à Pondichéry, de Georges Delamare (1938) (II)

 

par Jacques Weber

 

 

 

Un roman de la décolonisation dès 1938 ?

Gourdieu s'est placé au service d'un certain Richelot, directeur de la revue Fraternité, qu'il a rencontré à Paris. Ce Richelot est un agent de l'URPA, l'Union des Revendications Panasiatiques, dont le responsable à Paris est un certain Schwertz. Retenu en France par une spéculation juteuse, cet agent de la IIIe Internationale a vu en Gourdieu un remplaçant for convenable. Il a néanmoins gardé pour lui « le plus clair de la prébende » (p. 9).

Subventionnée par Moscou, l'URPA ne manque pas de moyens financiers. Son talon d'Achille réside plutôt dans la rapacité de ses agents, plus soucieux de leur fortune que d'une cause à laquelle ils ne croient pas vraiment. Richelot s'est « sucré copieusement » sur les fonds de Schwertz et Gourdieu regrette amèrement de n'avoir pu traiter directement avec ce dernier : « C'est lui qui aurait eu le gâteau, ce bon gâteau avec lequel on peut vivre partout comme un satrape » (p. 64).

Ces mercenaires du Komintern sont en effet animés par « une cupidité de négrier ». Leur intérêt réside désormais dans ce qu'ils appellent « l'affranchissement des esclaves », mais leur mentalité est bien celle des esclavagistes : « Les traitants se sont mués en marchands de haine, en mauvais bergers dont, plus tard, les moutons enragés connaîtront les dures méthodes de dressage. »

La sincérité est ce qui manque le plus à ces aventuriers comme au système qui les rétribue. A la fin du livre, Morel, qui a enfin découvert la vérité sur Gourdieu, se lance dans une virulente dénonciation du communisme qui exploite « les instincts, non les principes », et « se manifeste d'abord par le mensonge ». Il dénonce également « la République soviétique » dans laquelle il ne voit qu'une « dictature camouflée » (p. 192).

Désordres à Pondichéry s'inscrit dans la série des romans coloniaux à forte connotation anticommuniste. S'il est parfois le cadre d'une remise en cause de l'impérialisme, ainsi que nous l'avons vu, le roman colonial peut être également le prétexte d'une dénonciation du totalitarisme communiste[i]. Rien d'étonnant à cela, les colonies étant, depuis que tout espoir de révolution européenne s'est estompé, le terrain privilégié de la lutte contre le capitalisme.

C'est pour Georges Delamare un péril immense qui menace l'ensemble des colonies européennes. Longtemps, « les haines locales, le ressentiment des peuplades refoulées ne furent jamais que des sentiments éphémères bien vite modifiés sous une tutelle pleine de bonhomie ». Désormais, les colonies doivent affronter un « antagonisme venu du dehors, bien outillé, organisé, riche, animé par une foi implacable » (p. 143).

« Les colporteurs de révolte » propagent « le sophisme du prolétariat triomphant » en Cochinchine, au Cambodge, au Laos, en AOF et ailleurs. Partout, la stratégie est la même : « Par des articles, par de gentilles réunions-concerts et des conférences qui n'ont l'air de rien, on travaille la rancune des jaunes ou des noirs [...]. Des instituts, des associations, des unions, des ligues se fondent, se développent le mieux du monde pour la culture, les revendications, l'émancipation des races opprimées » (p. 7).

Gourdieu a ainsi fondé une Ligue d'Évolution hindoue, dont le secrétaire général n'est autre que Nerhunu. Sitôt créée, la Ligue a lancé un « Appel aux travailleurs hindous ». Ce tract rappelle que « l'Inde est le berceau du monde et que les peuples de l'Asie sont les dépositaires des grandes connaissances humaines ». Il déplore que les hindous laissent à des étrangers le soin de faire valoir « leur glorieux héritage ». Il conclut que les hindous doivent enfin « s'affranchir des mortifiantes tutelles ». C'est « dans cet esprit de juste libération qu'a été fondée la Ligue » (pp. 96-97).

La première réunion de la Ligue est un fiasco. Le public est pourtant nombreux, mais « la phraséologie habituelle : égalité sociale, solidarité, révolution mondiale, etc. » (p. 101) se heurte à un mur d'indifférence. Gourdieu lui-même comprend « que ce sera difficile de secouer ce pays de sa torpeur... Pour un Nehrunu exaspéré, d'ailleurs insupportable, combien en effet de bêtes de somme, de braves et bonnes et loyales bêtes de somme, heureuses de servir des fermiers indulgents ? » (p. 106).

Nerhunu est cependant plus efficace lorsqu'il harangue les ouvriers de l'indigoterie en l'absence de Morel, en excursion à Gingy. Avec « un bagout plein d'allant », il fait les questions et les réponses. Il explique ce qu'est « le despotisme capitaliste », « inique » et « barbare ». « Vous, vous êtes les prolétaires », poursuit-il, « les bons à tuer, pour enrichir les exploiteurs [...]. Le patron n'a que la peine de porter à la banque l'argent que vous avez gagné ! » (p. 132). « Que les ouvriers de toutes les usines marchent ensemble, ceux de l'indigo, ceux des huileries, ceux des filatures, ceux des rizières et, si le patron résiste, en avant la grève générale ! » (p. 134).

Les vrais « désordres », à Pondichéry et ailleurs

La question qui se pose ici est de savoir quelle est la part de vérité et la part de fiction. En d'autres termes, Désordres à Pondichéry est-il un récit didactique fiable ou bien n'est-ce qu'un instrument de propagande ayant finalement recours à des procédés aussi condamnables que ceux de Gourdieu et Nerhunu ?

Il y a en fait une part de vérité et, plus que des erreurs, de nombreuses omissions. Delamare ne prête pas tant le flanc à la critique lorsqu'il dénonce, d'une façon générale, « le noyautage communiste dans les colonies » (p. 139) que lorsqu'il étudie le cas particulier de Pondichéry.

Dès 1920, à l'occasion du Congrès des Peuples orientaux à Bakou, Zinoviev appelle les 800 millions d'habitants de l'Asie à se libérer de l'oppression. La même année, Lénine invite « tous les partis communistes [à] donner un soutien actif aux mouvements révolutionnaires de ces pays » (les colonies)[ii]. Après le Ve Congrès de l'Internationale (Moscou, 1924), la propagande anti-coloniale se développe : la guerre du Rif lui donne un certain impact.

Dans un premier temps, le Komintern est favorable à un rapprochement entre le prolétariat et la bourgeoisie nationale. Très vite toutefois, Staline rompt avec la stratégie du « Front uni » et se prononce pour la lutte des classes aux colonies. Le VIe Congrès de l'Internationale, en 1928, « fait obligation » aux partis communistes métropolitains de collaborer avec les organisations communistes coloniales et de leur donner un « soutien énergique »[iii].

Effectivement, apparaissent peu après plusieurs partis communistes asiatiques : le parti communiste indochinois est fondé par Ho Chi Minh en 1930 ; vers la même époque, sont fondés les PC de Malaisie et des Philippines[iv]. De nombreux mouvements d'émancipation s'affilient à la IIIe Internationale : c'est le cas de l'union nationaliste Sarikat Islam en Indonésie, laquelle est « à la fois force de contestation [de la société coloniale] et force de conservation (de l'islam indonésien) »[v].

Pourtant, contrairement à ce que l'on pourrait croire à la lecture de Désordres à Pondichéry, toutes les organisations anticoloniales et tous les mouvements de libération ne sont pas communistes. Certains se réfèrent à des valeurs traditionnelles, au panafricanisme, au panislamisme, à la Révolution française... et se montrent même parfois hostiles à la IIIe Internationale. On ne peut, comme G. Delamare, voir la main de Moscou derrière toutes ces organisations, dont quelques-unes sont d'ailleurs apparues avant la Révolution d'octobre. On peut reprocher à notre romancier certains amalgames. Lorsqu'il écrit par exemple : « Les procédés ne varient pas. A Madagascar : le comité de l'Indépendance, aux Indes néerlandaises : la Ligue d'Indépendance indonésienne, en Tunisie : le Destour puis le Nouveau Destour, parti séparatiste » (p. 139). Or, le Néo-Destour, pour ne parler que de lui, est plus pragmatique que dogmatique, plus réformiste que révolutionnaire.

On ne peut non plus suivre Delamare dans sa singulière schématisation du « gandhisme » : le Mahâtmâ ne serait « pour rien » dans le boycottage des denrées et produits européens ; ce mouvement serait le fait « de pseudo-émules de Gandhi » et il faudrait en « chercher l'origine [...] au sein d'une association contre l'impérialisme colonial, subventionnée par Moscou » (p. 51).

On s'étonnera peut-être que Delamare ne fasse pas allusion au Parti Communiste Français. On ne pourra sur ce point lui donner tort. Malgré les mots d'ordre de Staline, l'attitude du PCF est des plus circonspectes. Il est favorable au principe de l'indépendance des colonies, mais elle ne lui paraît pas opportune dans l'immédiat en raison du contexte international. Maurice Thorez explique que « l'intérêt des peuples coloniaux est dans leur union avec le peuple de France et non dans une attitude qui pourrait favoriser les entreprises du fascisme et placer l'Afrique du nord sous le joug d'Hitler »[vi].

Quant aux communistes pondichériens, ils ne prendront une certaine consistance politique que pendant la Seconde Guerre mondiale avec l'apparition du Front National Démocratique, dont ils seront la cheville ouvrière avec des socialistes et des membres de Combat, et surtout avec l'arrivée à Pondichéry d'un grand leader, V. Subbiah.

Il est pourtant bien vrai que Pondichéry n'a pas attendu Gourdieu pour connaître ses premiers « désordres ». En fait, la colonie vit dans une agitation permanente depuis le début des années 1880, époque à laquelle un certain Chanemougam, chef du très traditionaliste « parti indien », a fait main basse sur les institutions au moyen de fraudes gigantesques et fort ingénieuses. Il fait élire le député avec la quasi-totalité des voix des inscrits et compose à sa guise les conseils locaux. Lorsqu'un gouverneur ne lui convient pas, il le fait rappeler : « C'est ainsi que l'illustre Chanemougam a coutume de rejeter en s'en débarrassant les sandales qui le blessent »[vii]. Ce « Louis XI noir », qui affirme que si son député était un chat, le ministère miaulerait avec lui, utilise ses immenses pouvoirs pour éliminer l'influence française et ruiner les entreprises des créoles.

Ces derniers réagissent au début du xxe siècle : contre Chanemougam et l'oligarchie des hautes castes, le parti français de Henri Gaebelé obtient l'alliance des parias et des musulmans. Dès lors, chaque élection met Pondichéry à feu et à sang. Les « bâtonnistes » deviennent les maîtres de la colonie : au moyen du bâton, du fusil, du vitriol et de la bombe, ils terrorisent les électeurs du parti adverse et les dissuadent de voter. Ils prennent d'assaut les bureaux de vote et y confectionnent des procès-verbaux extravagants. La moindre élection partielle se transforme en bain de sang.

On est bien loin de l'image idyllique de Pondichéry que donne G. Delamare. La « société franco-indienne », qui a peut-être été une réalité avant les ravages de la politique républicaine d'assimilation, n'est plus qu'un souvenir lorsque Gourdieu arrive à Pondichéry. Il y a bien longtemps que le chaos règne dans cette colonie.

« La petite Inde française si chétive » qui, de toute la péninsule, serait seule à « opposer aux mauvaises doctrines une douceur désarmante » (p. 102), n'a pas attendu Gourdieu pour connaître le boycottage et la grève. Le mouvement swadeshi, très fort à Chandernagor, après la partition du Bengale en 1905, a fait sentir ses effets à Pondichéry dès les années qui ont précédé la Première Guerre mondiale.

A partir de 1930, la crise économique touche l'Inde française. L'agitation ouvrière prend de l'ampleur. Des nationalistes indiens, fuyant la police britannique, se réfugient en territoire français et y entretiennent une certaine effervescence. En 1931, les « Jeunesses de l'Inde française » tiennent leur première réunion à Pondichéry : d'inspiration gandhiste, elles se prononcent contre la domination étrangère et en faveur de réformes sociales. En 1933, elles fondent le Harijana Seva Sangham qui organise des syndicats clandestins et encourage les travailleurs à « lutter contre les exploiteurs ».

En juin et juillet 1936, alors que le Front populaire est au pouvoir, des grèves éclatent : les ouvriers demandent la journée de huit heures, des augmentations de salaires, des jours de congé et le droit de former des syndicats. Des débordements se produisent ; la répression est sanglante : on compte au moins 12 morts parmi les grévistes.

En 1937, un nouveau parti apparaît, le Mahajana Sabha, qui propose une limitation des pouvoirs du gouverneur et un assainissement de la vie politique. Il entre en lutte avec le « parti franco-indien » du maire de Pondichéry, David, qui a ravi l'hégémonie au parti Gaebelé en 1928. Les violences politiques redoublent : en 1938, David échappe à un attentat ; l'un de ses bras droits est assassiné.

Les désordres ne sont pas nés spontanément avec l'apparition d'un agitateur porteur d'une « consigne de peste » et « l'effrayante épidémie » (p. 149) ne prendra pas fin avec son départ.

Dans le roman, tout finit bien, provisoirement au moins. Gourdieu est découvert avant d'avoir pu semer les « mauvais germes » (p. 149). La capture du chef de l'agitation asiatique à Shanghaï a permis l'arrestation de Schwertz et de Richelot à Paris. Ce dernier a dénoncé Gourdieu que le gouverneur a reçu l'ordre d'expulser. Sanction dérisoire, juge le chef de la colonie, qui ne protégera que momentanément « les Français adoptifs et les autres, unis à l'abri d'une responsabilité paternelle ». Lorsque de « mauvais amis s'ingénient à pervertir les fils », « le chef de famille » ne doit pas hésiter à les « châtier impitoyablement » (p. 144).

Totalement « à sec », Gourdieu, qui ne dispose que de vingt-quatre heures pour quitter la colonie, décide d'emprunter quelques centaines de francs à Morel. Ce dernier, à qui le tambiram vient de remettre sa lettre compromettante à Richelot, a enfin tout compris. Il lui donne 2 000 francs et le chasse avec mépris. Gourdieu essaie alors de montrer la noblesse de la cause qu'il a défendue. Ses arguments sont repoussés par l'indigotier, qui, dans un accès de colère patriotique, se livre à une violente dénonciation du communisme et de l'URSS.

Incapable de lutter à armes égales sur ce terrain, Gourdieu se venge perfidement en annonçant au « plus anglophobe » des Pondichériens que sa fille « file le parfait amour avec un Anglais cent pour cent ». Morel est terrassé par cette nouvelle. Sa souffrance fait prendre conscience à Françoise, qui a surpris cette violente altercation, que son devoir est à Pondichéry avec son père. Elle défait ses valises : elle ne rejoindra pas Iggins à Madras. Elle est sauvée, mais elle ne le saura jamais.

Désordres à Pondichéry a été préfacé par Claude Farrère, de l'Académie française. Il y a vu, à juste titre, une remarquable peinture de ce « lointain bibelot, témoin discret du temps passé » (p. II), de cette ville « pittoresque et surannée qui s'efforce ingénument de devenir moderne et qui n'y réussit guère » (p. I).

Dans son Inde perdue[viii], Farrère, dont on devine à chaque page « l'amertume, la colère, le sentiment de l'absurde [...] a fort bien analysé la légèreté des Français »[ix].

On retrouve, dans Désordres à Pondichéry, l'expression du même patriotisme, amer et lucide. Farrère souhaite d'ailleurs que beaucoup de Français lisent l'ouvrage de Delamare, « aient le courage d'y réfléchir et [mesurent] la grandeur que nous avons failli atteindre et que nous n'atteindrons plus jamais, par notre seule faute » (p. III).

Désordres à Pondichéry a été lu et bien lu : dans la seule année 1938, on compte au moins sept éditions. La parution du roman coïncide en effet avec un regain d'intérêt pour « la France d'outre-mer ». Le ministre socialiste des Colonies, Marius Moutet rappelle la « mission civilisatrice » de la France. Le gouvernement de Léon Blum crée un Comité de la France d'outre-mer. Jean Zay prescrit aux professeurs « d'insister sur la France d'outre-mer »[x] ; la presse, le cinéma et les chroniques radiophoniques – celles de Delamare peut-être – célèbrent l'Empire.

Les efforts de la propagande coloniale ont porté leurs fruits. L'opinion est de plus en plus attachée à l'Empire. Nombreux sont, à l'époque où Delamare écrit, les Français hostiles « à l'abandon de n'importe quelle partie de notre domaine colonial » (Le Temps, 18 février 1938).

Toutefois les revendications de l'Italie fasciste et de l'Allemagne nazie continuent d'inquiéter, et c'est en définitive d'ailleurs que viendra le grand désordre...

Jacques Weber

Université de Nantes

ROMANS SUR PONDICHÉRY

Avril, Nicole

Les Remparts d'Adrien. Paris, Albin Michel, 1975.

Delamare, Georges

Désordres à Pondichéry. Paris, Les Éditions de France, 1938.

Frain, Irène

Le Nabab. Paris, Le Livre de poche, 1982.

Gautier, Judith

Une aventure coloniale au xviiie siècle. L'Inde éblouie. Dupleix. De Bussy. La Touche. Paris, Armand Colin, Paris, 1913.

Moutoussamy, Ernest

Aurore. Roman antillais. Paris, L'Harmattan, 1987 (l'émigration indienne à la Guadeloupe).

Rivard, Yvon

Les silences du Corbeau. Montréal, Boréal, 1986 (de jeunes Occidentaux dans un ashram).

Vincent, Rose

Le Temps d'un Royaume. Jeanne Dupleix. Paris, Le Seuil, 1982.

ROMAN SUR CHANDERNAGOR

Mégret, Christian

Les Chimères bleues de Chandernagor. Paris, Robert Laffont, 1964.

SOURCES DES ILLUSTRATIONS

I. Zig et Puce aux Indes (29 mars 1931-20 mars 1932), Paris, Futuropolis, 1987. Création Alain Saint-Ogan – © Greg – 1931/1974.

II.La Famille Fenouillard [1893], Paris, Armand Colin, 1988.

III.Robert Rigot, « Chantal et la petite danseuse de Pondichéry », Âmes vaillantes, Paris, Éd. Fleurus, 1953, pl. 2.

 

 

 

 

A propos de Pondichéry de Thierry Ardisson

Abréviations :

LE : Lettres édifiantes

P : Pondichéry

Toujours à propos de Pondichéry, Mireille Lobligeois nous fait part de ses découvertes.

p. p. 48-49. Réception de Mouzafer Singh à Pondichéry après la bataille d'Ambour. Le récit s'inspire largement des Lettres édifiantes[xi] (très bonne source). C'est un condensé agrémenté de quelques inventions. Par exemple, le “palanquin étincelant” de Dupleix (p. 48) est parfois mal compris. Les deux éléphants “qui portaient chacun deux petits canons de deux livres de balle” (LE p. 318-319) deviennent “deux éléphants portant chacun deux petits canons et deux livres de balles (p. 49).

Toujours en p. 49, M. Ardisson écrit : “Enfin, sur un éléphant prodigieusement grand, parut le soubab, un jeune prince de vingt-cinq ans, de taille moyenne, aussi blanc qu'un Européen et d'une politesse infinie”. C'est une reproduction textuelle d'une phrase des Lettres édifiantes et rien n'indique qu'il s'agit d'une citation :

“Mouzaferzinque lui-même paraissait enfin sur son éléphant prodigieusement grand...” (L.E. p. 919)

“Mouzfaferzinque est un jeune prince de vingt-cinq ans, d'une taille moyenne, aussi blanc qu'un Européen, d'une figure prévenante et d'une politesse infinie” (LE p. 321)[xii][xiii]

Lettres édifiantes et curieuses, réédition de 1810, Toulouse, tome XIV, pages 241-323.

 

 



[i] Dans un article récent, Madame Danielle N. Andrianjafy Ratsiorimihamina, cite le roman de L. Poirier, Caïn, Paris, 1930, qui « réédite les aventures de Robinson Crusoë à quelques considérations antimarxistes près ». Caïn « est un révolté contre la terre promise par le prophète de Moscou, dont la parole lui avait été enseignée » (p. 20 de Caïn). Et cf. Danielle N. Andrianjafy Ratsiorimihamina, « Nos décivilisés. Naissance, vie et mort », in Le Roman colonial, op. cit., p. 61.

[ii] Henri Grimal, La Décolonisation de 1919 à nos jours, Bruxelles, 1985, p. 36.

[iii] H. Grimal, La Décolonisation, op. cit., p. 37.

[iv] Le parti communiste indonésien a été fondé plus tôt, en 1920.

[v] J.-L. Miège, Expansion européenne, op. cit., p. 307.

[vi] Maurice Thorez, Œuvres, t. 14, p. 280. Cité par H. Grimal, La Décolonisation, op. cit., p. 38.

[vii] Jacques Weber, Les Établissements français en Inde au xixe siècle (1816-1914), Paris, Librairie de l'Inde, 1988, t. 3, p. 1731. Voir également les chapitres IX, X et XII de cette thèse.

[viii] Claude Farrère, L'Inde perdue, Paris, Ernest Flammarion, éd., 1935.

[ix] Jean Biès, Littérature française et pensée hindoue des orignes à 1950, Paris, Librairie C. Klincksieck, 1974, p. 288.

[x] Charles-Robert Ageron, France coloniale ou parti colonial ? Paris, PUF, 1978, pp. 260-261.

[xi] Lettres édifiantes et curieuses, réédition de 1810, Toulouse, tome XIV, pages 241-323.